La console MX Modular semble s’adresser à la fois aux artistes électroniques, aux DJs et aux ingénieures·eurs du son professionnelles·ls qui travaillent à la fois en studio et en live. Alors, pari réussi ou grand écart désastreux ? On passe au test !
Présentation et caractéristiques de la console Rodec MX Modular
Dans le monde du studio, Rodec reste peut-être encore méconnu pour certaines·ains. Cependant, dans le domaine du matériel DJ, la marque belge bénéficie d’une longue et prestigieuse histoire. Elle a connu un succès fulgurant dans les années 1980 avec le développement de la table de mixage MX180, qui a rapidement rencontré un vif succès auprès des DJ et des clubs les plus renommés de l’époque. Mais après une interruption de production malheureuse en 2014, Rodec a fait son grand retour en 2021 sous la direction de l’ingénieur Tom De Ridder. Depuis lors, la marque développe une philosophie audio analogique et modulaire haut de gamme, caractérisée par une grande flexibilité d’utilisation et un prix pour le moins prohibitif (environ 12 500 € pour le modèle complet et 8 900 € pour le modèle nu, sans module).
Passons donc aux caractéristiques techniques de la console. Tout d’abord, au déballage, on découvre une machine tout en métal de 451 × 285 × 625 mm pour un poids de 9,9 kg. Les signaux audio sont transmis à l’arrière de la bête via des connecteurs Sub-D25. Cela inclut les entrées et sorties des canaux 1–8 et 9–16 ainsi que les inserts (Send/Return) des huit premiers canaux. Une entrée pour extension est également présente, elle aussi au format Sub-D25 (Expander In), cependant, il s’agit ici d’une option pour préparer les futures extensions du système qui ne sont pas encore disponibles à l’heure où nous écrivons ces lignes. Néanmoins, une seconde console MX peut être connectée en série via les entrée/sortie Control Link à l’aide d’un connecteur DB15. Ensuite, une prise mini-jack permet l’utilisation d’un signal de sidechain externe (All Slots Sidechain), utilisable par exemple par les modules de traitement dynamique. Pour les huit premiers canaux, quatre entrées CV stéréo sont également disponibles via des connecteurs mini-jack (CV In). Enfin, deux inserts de bus stéréo et quatre départs auxiliaires stéréo, ainsi qu’un insert master stéréo (Sen/Return), peuvent être connectés au MX Modular via des connecteurs jack symétriques. Les quatre entrées RCA stéréo (RCA In) témoignent de l’histoire de Rodec dans le domaine du DJing. Associées au module phono que nous décrirons plus tard dans l’article, elles permettent de connecter jusqu’à quatre platines vinyles en direct. Les sorties XLR complètent la connectique analogique (Master Out L/R). On retrouve ensuite un bloc d’alimentation interne avec embase IEC standard. À l’arrière bien caché, vous trouverez également un port USB-C dédié aux fonctions d’interface audio. La conversion propose un total de 18 entrées et 18 sorties. Les convertisseurs AD (analog to digital) sont de marque AKM, tandis que les convertisseurs DA (digital to analog) sont signés ESS Technology. Par défaut, l’interface assigne les canaux 1 et 2 à la sortie principale. Les canaux individuels sont ensuite assignés aux canaux 3 à 18. Ceci s’applique aussi bien au routage des entrées qu’à celui des sorties. En mode lecture, les canaux 1 et 2 de l’interface sont automatiquement routés vers la sortie principale numérique (commutable par une touche). Les canaux 3 à 18 sont alors routés en continu vers les canaux 1 à 16 de la console.
Processeur d’effets intégré : moteurs internes, routage et mémoire utilisateur

Pour s’en servir, un rapide coup d’œil au manuel est recommandé (RTFM!), car les potentiomètres et les boutons du module ne sont étiquetés que de manière très sommaire « Param 1 à 3 » et « Shift ». Cependant, le manuel fournit des explications claires et concises, et après quelques réglages, cette section sera rapidement maîtrisée. Par défaut, le routage des départs auxiliaires combine le signal du périphérique externe et celui du processeur d’effets interne. Logiquement, si aucun périphérique externe n’est connecté, les départs auxiliaires ne reçoivent que le signal de retour des moteurs internes. En revanche, pour utiliser uniquement un périphérique externe, le processeur d’effets doit être réglé sur le programme 00, ce qui désactive le signal de retour des moteurs internes.
Section master : insert externe, groupes de sourdine et architecture analogique
Les potentiomètres de niveau de la section Master sont tous clairement identifiés. Comme d’habitude, on y trouve les masters des bus et des auxiliaires, un curseur linéaire master et une sortie casque. Pour le mixage casque, on peut effectuer une transition fluide entre le PFL et le master. On peut également activer ou désactiver l’insert master et configurer le mixage en mono. La dernière particularité de cette section est l’insert externe. Comme vous pouvez le voir sur les images, la console dispose de deux emplacements supplémentaires pour modules 500 (canaux 9 et 10). Un appareil stéréo, tel qu’un compresseur, peut y être inséré. Lorsque l’insert externe est activé, le signal est donc routé via l’insert master.
La section master d’une console de mixage analogique est généralement facile à expliquer. Cependant, le modèle MX Modular offre des fonctionnalités supplémentaires qui le distinguent de la concurrence. La première caractéristique notable est la programmation de groupes de sourdine (Mute) sur quatre couches (ABCD), chacune comportant huit banques mémorisables. La programmation des sourdines est simple : il suffit de sélectionner la banque et de maintenir enfoncé le bouton de la couche souhaitée (A à D). Le bouton de prévisualisation situé en haut de chaque canal permet d’assigner tel ou tel canal au groupe de sourdines pour jouer avec en live, passer de l’un à l’autre, etc. Un peu à la manière d’un séquenceur à boucle comme Ableton, même si ici comparaison n’est pas raison. En sortie de la section Master, on retrouve pour chaque canal un ampli op discret (format 2520) et un transformateur Lundhal LL 1585, pour un headroom mesuré à +28 dBu. Rodec propose plusieurs modules de traitement pour cette console, certains dans la série 500 (format API) et d’autres dans la série Rodec 100 (format propriétaire), passons les en revue pour nous faire une idée de l’offre actuelle.
Module M-501 : préampli et égaliseur 3 bandes au format 500

La section d’égalisation permet de traiter trois bandes de fréquences. Les potentiomètres des basses et des aigus contrôlent le niveau de fréquences fixes (100 Hz et 10 kHz), et peuvent les atténuer ou les amplifier de 15 dB chacune. De plus, le M-501 dispose d’une bande paramétrique pour les médiums, balayable sur une plage de 500 Hz à 13 kHz (+/- 15 dB également). L’égalisation peut être désactivée grâce au commutateur EQ-In. Cela permet d’utiliser le M-501 comme un simple préampli si besoin, sans passer par le circuit de l’égaliseur. Bien entendu, la console Rodec MX n’est pas limitée à ce module et s’avère compatible avec tous les fabricants tiers de la série 500. La qualité des préamplis est indiscutable, ils sont transparents et n’apportent pas de coloration particulière sur le signal. Selon nous, il existe des alternatives bien plus intéressantes ailleurs pour des tarifs similaires, mais ils font le boulot sans sourciller.
Modules MX-F-101 et MX-F-102 : faders mono et stéréo avec crossfader XY
Le module MX-F-101 (curseur linéaire mono) présent sur les canaux 1 à 4 ressemble de prime abord à un curseur de console de mixage classique agrémenté de quelques fonctionnalités supplémentaires. Les boutons On et Solo rappellent un clavier d’ordinateur vintage, conférant à la console un aspect esthétique plutôt unique. Comme sur une console classique, chaque canal peut être routé vers les bus 1 et 2 et vers la sortie master, et le signal peut aussi être envoyé aux sorties auxiliaires 1 et 2. Le placement panoramique est variable en continu et le monitoring PFL (« Pre-Fade-Listen ») est également possible.
Le curseur, très semblable à ceux utilisés sur les consoles DJ, se déplace très facilement de 0 à 10. Peut-être même trop facilement si vous êtes habitué aux faders d’une console de studio d’enregistrement. C’est une question de goût et d’habitude. Notez qu’à dix, le fader correspond à un gain unitaire de 0 dB. Par conséquent, pour augmenter le signal, il faut intervenir directement à la source ou via le module de préamplification M-501. De plus, chaque module dispose d’un commutateur à trois positions : X, Thru et Y. Les positions X et Y acheminent le canal correspondant vers un cross-fader horizontal, permettant un mixage fluide entre les positions X et Y. Le principe est similaire à celui du mixage entre deux platines vinyles sur une console DJ. Original ! Pour finir, le module de curseur stéréo MX-F-102 (canaux 5–6 et 7–8) possède exactement les mêmes fonctionnalités que le module mono. Enfin, les canaux stéréo 9 à 16 de la Rodec MX ne disposent ni de curseur linéaire ni d’emplacement d’insertion pour module 500. Configurés en paires stéréo sur la console, ils peuvent simplement être activés/désactivés et leur niveau est ajustable via un potentiomètre. Cependant il est également possible de modifier leur routage vers l’interface audio. Le bouton « Aux1 vers USB » désactive les signaux analogiques du canal sélectionné et les envoie directement vers l’interface. Le second bouton Send/Return détermine si c’est le départ ou le retour auxiliaire qui est routé vers l’interface. Voilà tout, passons maintenant en revue les modules proposés au format propriétaire de la série 100.
Format Rodec 100 : adaptateur K7 et préamplis M-101 / M-108
Pour utiliser la série 100, l’adaptateur Rodec K7 est nécessaire. Il s’insère dans deux emplacements de la série 500 et offre la possibilité d’accueillir quatre modules au format 100. Vous pouvez ainsi utiliser la série 100 avec des racks de la série 500 d’autres fabricants si vous le souhaitez. Cinq modules sont actuellement disponibles, pensés eux aussi à la fois pour les DJ et les ingénieures·eurs du son. Nous avons eu le privilège de tous les avoir sous les doigts pour écrire ce test.
Le module Rodec M-101 est un préamplificateur phono/ligne stéréo. Il permet d’amplifier le signal d’entrée avec une réserve de gain de 20 dB. Si le signal reste insuffisant, un commutateur interne +20 dB présent sur le circuit imprimé du module permet d’obtenir un gain encore plus important. Un commutateur présent en façade cette fois, permet quant à lui de basculer en mode ligne ou phono. En mode phono, le M-101 propose deux signatures sonores distinctes, sélectionnables grâce au commutateur MX180. Une fois activé, le mode MX180 produit un son dynamique avec une pincée d’harmoniques additionnelles, que Rodec qualifie de « Rodec Party Classic Sound » dans le manuel. Le second mode (MX180 désactivé) utilise quant à lui un circuit discret qui nous a semblé très transparent (mais loin d’être anémique non plus). Le module M-108, quant à lui, est un préamplificateur de ligne stéréo qui se distingue du M-101 par son contrôle de gain continu sur une plage de +60 dB (en incluant un commutateur +30 dB). Particularité intéressante : ses deux amplificateurs opérationnels sont interchangeables (format classique API 2520) et peuvent être remplacés sans soudure pour celles et ceux qui le souhaitent. Il existe tout un tas d’amplis op disponibles dans ce format, et c’est une option très attrayante pour qui veut personnaliser encore un peu plus sa console.
Modules M-102, M-104 et Mini Styler : égalisation, filtre dynamique et ReStyler compact
Le module M-102 est un égaliseur stéréo à trois bandes fixes ultrabasiques. La bande grave est centrée à 100 Hz, la bande médium à 1 kHz et la bande aiguë à 10 kHz. Toutes les bandes peuvent être amplifiées ou atténuées de 10 dB. Rien à ajouter. On enchaîne avec un module bien plus créatif, le modèle M-104. Il s’agit d’un filtre stéréo dynamique contrôlable en tension (via CV) ou réactif à l’audio. Le signal d’entrée peut être atténué et/ou amplifié grâce au contrôle Gain avec une réserve qui s’étend de –00 à +20 dB. Le potentiomètre Dyn fonctionne de concert avec le potentiomètre Freq. Il s’agit tout simplement d’une enveloppe dynamique qui réagit en contrôlant l’ouverture du filtre à la fréquence de coupure sélectionnée (comme sur un synthétiseur classique) et s’ajuste soit en fonction du niveau d’entrée (comme un suiveur d’enveloppe classique qu’on pourrait trouver sur une pédale d’effet guitare), soit en fonction de la tension reçue (comme sur un synthétiseur modulaire cette fois). Le M-104 intègre également des filtres passe-haut et passe-bas sur un unique potentiomètre bipolaire, centrés sur la fréquence de coupure globale. C’est une implémentation limitée, mais aussi pratique et très rapide d’accès en live. Viennent ensuite un potentiomètre dédié à la résonance du filtre et un dernier paramètre Out pour régler le niveau du signal en sortie de module.

Exemples audio

- Crossfader XY00:36
- Guitare + EQ + FX00:36
- Guitare + EQ + Réverb00:52
- Guitare stéréo + Filtre dynamique00:36
- Orgue + Mini Styler00:23
- PIANO + EQ + FX00:19
- Voix + Préampli + EQ00:19









