Avec Serato DJ Pro 4.0, la marque américaine Rane souhaite consolider sa place de leader dans le domaine ultra concurrentiel des logiciels DJ. Alors, objectif atteint ? On passe au test.
Présentation de Serato DJ Pro 4.0 et évolution du logiciel DJ
La nouvelle mouture de Serato DJ Pro a vu son prix augmenter par rapport aux versions précédentes, désormais, il faudra débourser 249 euros pour acquérir une licence standard, ou 11,99 euros chaque mois via un abonnement. Mais après tout, nous sommes en droit de nous demander si cette mise à jour vaut vraiment le coup. En effet, face aux nombreuses options disponibles, il est parfois difficile de faire un choix en ce qui concerne le logiciel DJ sur lequel investir. Ce choix impactera la préparation de vos sets, la manière de digger vos morceaux, et surtout, vos habitudes de mix sur le long terme.
Compatibilité matérielle et configuration requise pour Serato DJ Pro 4.0
Dans l’univers des contrôleurs, la plupart des fabricants proposent des machines compatibles avec le logiciel phare de Rane : qu’il s’agisse d’AlphaTheta, Denon DJ, Reloop ou bien encore Allen & Heath. D’ailleurs, lors de l’achat de certains contrôleurs DJ haut de gamme, le logiciel est fourni, comme c’est le cas avec les modèles AlphaTheta XDJ-AZ, DDJ-GRV6, Opus-Quad, DDJ-FLX10, DDJ-400, Rev7, Rev5, Rane System One, One MKII, Four, Performer, Denon DJ SC Live 4, SC Live 2, Prime 4+, Reloop Mixon 8 Pro … ou bien encore l’interface DVS Reloop Flux. Et il en va de même pour les mixeurs suivants : AlphaTheta DJM-S5, S7, S11, Rane Seventy, Seventy-Two MKII, Reloop RMX-90 DVS, Elite et Numark Scratch.
D’autre part on retrouve souvent la version allégée Serato DJ Lite, avec des modèles de contrôleurs plus abordables, qui offre bien évidemment la possibilité d’une mise à niveau vers la version Pro. Pour les offres actuelles, on pense notamment aux modèles AlphaTheta DDJ-FLX2, Omnis-Duo, DDJ-REV1, DDJ-SB3, DDJ-FLX2, DDJ-400, DDJ-200, Native Instruments Traktor Kontrol S3, S2 MK3, Roland DJ202, Numark Mixstream Pro Go, Pro +, Hercules DJ Control Inpulse 200 et enfin T7. Pour clore ce paragraphe, notons simplement que de nombreuses autres machines sont compatibles avec le nouveau Serato, mais la licence est vendue séparément, c’est le cas pour les modèles AlphaTheta Euphonia, DJM-V10-LF, DJM-A9, CDJ-3000X, CDJ-3000, 2000NXS2, PLX-CRSS12, Denon DJ X1850 Prime, AlphaTheta SLAB, Rane Twelve MKII, Denon DJ SC6000 Prime, LC6000 Prime, Reloop RP-8000 MKII, etc.
En ce qui concerne le système d’exploitation, vous aurez besoin au minimum de la version 10.15 de Catalina sur macOS ou de Windows 10 sur PC, avec un processeur Intel Core i5 ou équivalent, et surtout 8 Go de RAM. Globalement, au cours de nos essais, nous avons trouvé le logiciel très stable et n’avons rencontré aucune difficulté majeure concernant la consommation du processeur (test réalisé au studio sur un Mac Pro monté en 2024). C’est d’ailleurs à la fois le point fort et le point faible de la plateforme Serato : un environnement assez fermé, mais très stable. De plus, le temps d’ouverture du logiciel a été considérablement accéléré, là où il nous fallait une bonne minute sur la version précédente, ici tout est prêt à l’emploi en moins de dix secondes.
Streaming musical et analyse automatique des morceaux dans Serato DJ Pro 4.0
Premièrement, il est important de noter que l’ensemble des améliorations apportées sont plutôt d’ordre pratique, mais ne révolutionnent pas le logiciel en lui-même. Néanmoins, ces petites évolutions incrémentales finissent par faire la différence dans le monde du DJing, c’est d’ailleurs ce qu’on remarque souvent avec les nouveaux contrôleurs qui sortent… petit à petit, la pratique change et il dévient difficile de revenir en arrière.
Ainsi, la version Pro 4.0 apporte son lot de nouveautés, et on commence avec la plus importante de toutes, la fonction Show Streaming Services, qui offre une intégration totale des services de streaming musical les plus utilisés : Apple Music, Spotify, TIDAL, Beatport, Beatsource et SoundCloud Go. C’est un ajout bienvenu, surtout pour les nouvelles générations de DJs qui disposent de plusieurs bibliothèques de morceaux répartis sur un certain nombre de plateformes. D’ailleurs, les playlists peuvent accueillir des morceaux issus de différents support, qu’il s’agisse d’un média local (clef USB, disque dur) ou d’une plateforme de streaming. Pratique !
En parlant de digging et de chargement des fichiers audio, une autre nouveauté a fait son apparition : l’analyse automatique des morceaux dès l’import. Rappelons qu’avant la version 4, l’analyse de chaque morceau était une activité chronophage, mais nécessaire. Aujourd’hui tout se passe dès l’arrivée d’une piste dans la bibliothèque, et une fois le morceau chargé, toutes les informations importantes (bpm, tonalité, durée, etc.) sont disponibles directement. Sincèrement, c’est une excellente nouvelle qui permettra à tous·tes les utilisateurs·ices de gagner un temps précieux. Une fois vos morceaux chargés, vous pourrez donc en profiter dans la nouvelle bibliothèque conçue par Rane.
Nouvelle gestion de bibliothèque : Smart Crates, organisation et notation des morceaux
Pour la version Pro 4.0, Serato a complètement repensé la manière de gérer la bibliothèque musicale, en proposant une navigation plus rapide, mais surtout en offrant beaucoup plus de flexibilité pour l’organiser. Désormais, dès qu’on sélectionne un dossier, l’interface affiche le nombre de morceaux qu’il contient, sa durée totale de lecture cumulée et l’espace mémoire utilisé. L’un des points forts de Serato a toujours été son moteur de recherche interne et son système de Crates qui se mettent à jour de façon automatique en fonction des critères choisis (Smart Crates). La fonction Crate Sort classe les playlists par ordre alphabétique, par date de création ou dans un ordre personnalisé déterminé par l’utilisateur·ice : chaque playlist peut désormais être mise en évidence par un code couleur, mais aussi signalée comme favorite et épinglée tout en haut de la bibliothèque. Simple et efficace.
La notation des pistes (Track Rating) est aussi un élément qui faisait défaut aux versions précédentes de Serato, surtout pour celles et ceux qui travaillent leurs sets à l’instinct et qui naviguent dans une vaste collection de morceaux. Mais le mal est réparé dans cette version 4, qui permet non seulement d’effectuer une notation classique par piste avec un système d’étoiles, mais aussi d’ajouter les emojis de votre choix pour vous faciliter la vie. Et pour l’anecdote, vous pourrez également ajuster la taille des images de couverture (covers) de chaque morceau pour votre confort visuel.
Les modes Practice, Performance et DVS dans Serato DJ Pro 4.0
Le mode Practice, comme son nom l’indique, permet de se familiariser avec le fonctionnement du logiciel de manière autonome (sans contrôleur, ni aucun matériel connecté), et de préparer des sets en enregistrant des Hot Cues, des boucles, mais aussi en positionnant des marqueurs sur la grille pour une synchronisation précise du BPM et de la phase. En mode deux platines, vous pouvez également vous entraîner aux transitions à l’aide de deux curseurs linéaires, d’un crossfader, d’une fonction de séparation des stems simplifiée (instrumentaux et vocaux uniquement), etc. Les formes d’onde des deux pistes s’affichent clairement sur toute la largeur de l’interface. Et pour une meilleure vue d’ensemble de la bibliothèque, vous pouvez aussi limiter le nombre de données affichées pour les réduire aux seules informations de piste.
Le mode Performance nécessite quant à lui un matériel hardware compatible. À part ça, il reste fidèle à l’interface classique : les platines virtuelles affichent la durée de lecture, le BPM actuel et la position du curseur de vitesse/tonalité (Pitch), y compris sa plage en pourcentage. Selon la vue sélectionnée, les éléments suivants sont également présents : huit points de repère, deux boucles sauvegardées, une fonction de séparation des Stems avancée (Voix, Mélodie, Basse, Batterie), et les effets assignés aux pads correspondants. On retrouve aussi les fonctions secondaires les plus appréciées : Censor (les paroles explicites peuvent être censurées en inversant brièvement le passage à l’aide de ce bouton), Key Lock (maintien d’une tonalité constante malgré les changements de tempo), Replay (répétition d’un morceau) et Key Sync (synchronisation des tonalités entre deux platines). Et comme précisé précédemment, vous pourrez disposer les formes d’onde verticalement ou horizontalement, avec plusieurs options d’affichage.
Rappelons en passant que Serato Dj Pro a remplacé le légendaire Serato Scratch Live. Et avec la version 4, pour une utilisation en mode DVS, quelques mises à jour notables ont aussi fait leur apparition. En effet, en plus d’une latence quasiment imperceptible qui permet aux aficionados·as du scratch de s’en donner à cœur joie, le nouveau système anti-dérive (Anti-Drift) corrige toutes les fluctuations des moteurs de vos platines vinyles avec une précision de calcul de +/- 0,1 BPM. C’est un atout crucial qui permet ainsi aux différents plateaux de maintenir une vitesse constante, et donc de tenir une synchronisation de qualité tout au long d’un set.
Naturellement, les oscilloscopes qui permettent de visualiser la propreté des signaux issus du sillon des vinyles, proposés à l’origine sur l’interface de Scratch Live, ont été repris. On retrouve aussi désormais les fonctions Needle Dropping (qui permet de passer d’une section à une autre en un instant) et Sticker Lock (pour déclencher un repère Hot Cue à partir d’un autocollant sur le vinyle). Le mode DVS s’avère donc très performant et reste sans aucun doute possible le plus fiable du marché à l’heure où nous écrivons ces lignes. Disons simplement que les sensations de jeu sont absolument excellentes et que le système Anti-Drift est très stable. Bravo Rane !
Séparation des Stems dans Serato DJ Pro 4.0 : fonctionnement et limites
En ce qui concerne l’algorithme de séparation des Stems, on se souvient que cette fonctionnalité avait véritablement révolutionné la version 3. Il n’a jamais été aussi facile de mixer des morceaux avec autant de créativité et de fluidité, et de créer des mashups en direct. D’après l’équipe de Rane, Serato DJ Pro utilise l’intelligence artificielle pour extraire en temps réel, d’un simple clic, l’a cappella, les leads, la ligne de basse et la batterie. Naturellement, cela nécessite une puissance de traitement importante, surtout si vous souhaitez découper les morceaux en sections individuelles de manière spontanée et sans délai. Par conséquent, pensez toujours à cocher la case « Analyse Stems » dans le menu des préférences. Ainsi, Serato créera automatiquement les pistes Stems en arrière-plan lors du chargement d’un morceau. Pour les ordinateurs plus anciens et moins performants, Serato recommande de placer les morceaux à préparer et à analyser directement dans le dossier Stems. Le logiciel copiera le morceau original au format Stem (reconnaissable à son symbole) dans ce dossier, ce qui consommera cependant un espace disque considérable.
La qualité des pistes extraites est généralement assez bonne, mais loin d’être immaculée. Parfois, les pistes sonnent exactement comme si elles sortaient tout droit du studio. Les instrumentaux et les Stems de batterie, en particulier, sont impressionnants. En revanche, les a cappella souffrent parfois d’un effet « boxy » extrêmement désagréable à l’oreille. De plus, certaines syllabes sont parfois étouffées, et certaines notes de la mélodie et de la basse se perdent en chemin. Alors, même si ces défauts sont facilement masqués dans le mix, nous estimons qu’il y a encore un peu de travail à effectuer pour perfectionner cet outil fantastique au demeurant. Pour en profiter, sans prendre trop de risque, notre conseil sera le suivant : ne séparez pas les pistes individuellement, mais toujours en combinaison avec la batterie, par exemple les voix avec la batterie, la ligne de basse avec la batterie, la mélodie avec la batterie, etc. Vous obtiendrez ainsi une qualité très décente, et, en bonus, les pistes pourront être mixées avec plus de précision grâce à la batterie qui servira de métronome.
Enregistrement des mixes et gestion des effets dans Serato DJ Pro 4.0
Selon le matériel utilisé, le logiciel permet d’enregistrer tous les signaux de sortie (qu’ils proviennent de canaux individuels, de la sortie auxiliaire ou du Master), aux formats WAF ou AIFF avec une résolution de 16 ou 24 bits. Serato DJ Pro permet même de capturer un mix vidéo, si nécessaire. La mise à jour concerne aussi le panneau DJ FX situé en haut de l’interface, qui classe les effets en huit catégories (Delay & Echo, Distortion, Filter, Looper, Modulation, Out FX, Reverb, Pitch). Ces effets peuvent être sauvegardés dans quatre banques différentes. Le pack de base ne contient cependant que dix effets individuels et douze combinaisons (Filter + Reverb, Pitch + Echo, etc.).
La sélection d’effets standard est certes suffisante pour attaquer un mix, mais pour enrichir les possibilités, les utilisateurs·ices peuvent ajouter plusieurs packs d’extension pour débloquer cinquante nouveaux traitements mais aussi de nouvelles fonctionnalités (Pitch 'n Time DJ, Flip, Video, DVS, Play, Remote, etc.). On aurait vraiment apprécié que l’ensemble de ses packs soit inclus d’office avec le logiciel. Les DLC deviennent une mauvaise habitude partagée par trop de marques selon nous, et au final, pour avoir un logiciel complet, le prix de revient nous paraît prohibitif. Cependant, mention spéciale pour les traitements développés par iZotope, qui offrent des résultats nets et de très bonne qualité. On regrette cependant que l’algorithme de réverbération sonne un peu trop creux et synthétique à notre goût. Outre le timing et l’intensité (Dry/Wet), les effets sont paramétrables grâce à quatre autres réglages spécifiques à chaque effet. Que ce soit en mode mono ou en combinaison, les effets s’appliquent à chaque platine de manière individuelle, ou alors à la sortie auxiliaire.










