Bien plus puissant et intuitif que le Nymphes, l’Artemis est le nouveau synthé analogique polyphonique 6 voix signé Dreadbox. Voyons si ce petit module au doux nom d’une célèbre déesse grecque apporte qualité sonore et plaisir de jeu…
Lors de notre test du Nymphes il y a quelques années, nous avions apprécié le tarif serré mais déploré l’ergonomie, liée au nombre limité de commandes directes et à l’absence d’écran. Il faut dire que le synthé avait été développé en plein Covid, particulièrement affecté par la pénurie de composants, en particulier les écrans. La qualité sonore et les caractéristiques techniques ne nous avaient pas vraiment émus, surtout après le superbe Typhon dont nous attendions une version polyphonique. C’est donc remplis d’expectative que nous avons récupéré un Artemis, désormais plus largement distribué. Positionné bien au-dessus de son prédécesseur niveau tarif, il embarque des caractéristiques techniques plus solides et une interface utilisateur bien plus engageante. La toute nouvelle version 1.2 de son micrologiciel vient à point, avec son lot de nouveautés. Alors, irrésistible la déesse ?
Une ergonomie intuitive, avec des commandes directes et un OLED bienvenu
Tout comme le Typhon, l’Artemis a été pensé pour simplifier la programmation, en prenant certains raccourcis. Le module, construit tout en métal, mesure 375 × 185 × 55 mm pour 2,3 kg. Il possède deux vis sur chaque flanc qui laissent envisager une mise en rack, mais les concepteurs n’ont pas prévu de fournir d’oreilles. Les potentiomètres et les curseurs sont bien ancrés et offrent une bonne résistance. Pour sa part, la connectique est simplement sertie avec un faible jeu. La prise en main est immédiate, avec des sections de synthèse logiquement réparties : LFO, VCO, VCF, volume, largeur stéréo et enveloppes. Elle est facilitée par les 11 potentiomètres, 22 curseurs verticaux de 50 mm (dont 5 pour régler les effets), 20 boutons rétroéclairés et le petit écran OLED 40 × 20 mm, permettant de visualiser le nom des programmes, les paramètres et les valeurs (souvent dans leur véritable unité, merci). On y navigue assez facilement, à l’aide d’un gros encodeur poussoir. Signalons au passage qu’aucun bruit lié à l’écran n’est à signaler sur notre exemplaire (n° 0895).

Une belle polyvalence sonore qui ne renie pas son ADN analogique
L’Artemis offre une mémoire confortable de 512 programmes réinscriptibles arrangés en 8 banques. La machine est préchargée avec 166 sons de qualité variable. L’ami E Nostalgia nous a quant à lui, concocté des extraits maison (préfixe « EN » ci-dessous) démontrant la polyvalence sonore et la qualité des effets embarqués, un grand merci à lui ! Le niveau sonore est correct sur les sorties lignes et sans souffle, avec possibilité de faire varier le gain de +/-13 dB dans chaque programme. Pour apprécier la prise casque, il faut privilégier les écouteurs à basse impédance, car le niveau de sortie est plutôt faible. L’Artemis est très à l’aise dans les sons analogiques classiques, que ce soient les strings (avec sa PWM et son effet chorus), les cuivres (avec son VCF à saturation très musical et la réponse à la pression polyphonique), les basses (vive le Sub-VCO, le VCF compensé et les enveloppes rapides !) ou les nappes planantes (avec ses VCO à ondes continues modulables, son VCF, son HPF global résonant modulable, ses 2 LFO et sa réverbe Shimmer).

- 01 Ouranos01:29
- 02 Epilogue01:10
- 03 Synthecica 4–200:17
- 04 Big Mass00:25
- 05 Ultra Sub00:19
- 06 Fairy Drop00:38
- 07 Shimmering00:53
- 08 Other World00:44

- EN Bass Seventies00:43
- EN Big Mama00:18
- EN Big Papa00:16
- EN Blob00:19
- EN Digital Dog00:32
- EN Drums exemple00:07
- EN FM Round00:16
- EN Mutagenese00:22
- EN Portamento Poly Poetic00:37
- EN Proba Tales from the Crypt00:29
- EN Reso Warm00:33
- EN Sounddesign00:20
- EN Spread Poly Filter x200:50
- EN String Pad00:35
- EN String Repeater00:43
Le côté vintage peut être introduit avec le réglage d’instabilité, qui agit sur plusieurs paramètres en même temps (on en reparlera plus loin). Il est également à l’aise dans les sons plus métalliques (synchro des VCO, FM linéaire entre les VCO, FM sur le VCF, matrice de modulation) et les effets spéciaux (matrice de modulation, modulation du LFO2 par le LFO1, effet distorsion avec réduction de bit / fréquence, longues réverbes bien maitrisées). Au-delà de la polyvalence, l’ergonomie aide beaucoup pour se fabriquer rapidement une banque. Nous n’avons pas noté d’artefact numérique dans le son, à part quelques craquements mineurs quand on change de programme, liés au chargement des nouveaux paramètres d’effets, notamment le délai, sur des sons tenus. Bref, nous avons apprécié le caractère sonore qui sort des sentiers battus sans renier son ADN analogique, vraiment rien à voir avec le Nymphes !
Une polyphonie de 6 voix avec des VCO à ondes continuellement variables
Bien plus puissant que le Nymphe, l’Artemis est un synthé analogique polyphonique 6 voix (monotimbral) avec, pour chaque voix, 2 VCO, 1 Sub-VCO, 1 noise, 1 VCF, 1 VCA, 2 LFO et 2 enveloppes. S’y ajoute un HPF final numérique après mélange des voix. Les voix peuvent être jouées en modes polyphonique, trio, duo, mono et unisson avec désaccordage programmable. Il manque le mode accords présent sur le Nymphes, bon. Le mode legato évite le redéclenchement des enveloppes à chaque note, classique. Il existe aussi un Glide polyphonique continu, fonctionnant en mode permanent ou automatique, dont le temps se règle en façade.

Les VCO peuvent interagir : synchro dure du VCO2 par le VCO1 et FM linéaire « thru-zero » (façon DX) dosable, sympa pour passer sur des sons plus métalliques et tranchants. Un Sub-VCO à onde carrée accordée à l’octave inférieure du VCO1 est également présent, ainsi qu’un générateur de bruit blanc. Il y a un potentiomètre pour régler la balance entre les deux VCO et un pour doser le bruit ou le Sub VCO (on ne peut pas avoir les deux en même temps).
Un VCF par voix passe-bas compensé et un HPF global
Le signal attaque ensuite un VCF passe-bas à 2 ou 4 pôles avec compensation de résonance, produit par des OTA LM13700. Via le menu, on peut ajouter de la saturation en entrée (3 niveaux, plus une position OFF et une position permettant de couper les VCO, avec toutefois une légère repisse flashée à –50 dB). C’est une bonne idée, car ça apporte du caractère au signal et ça marche vraiment bien. La fréquence de coupure va de 20 Hz à 20 kHz, avec lissage parfait du potentiomètre dédié, même si l’écran n’affiche que 100 valeurs. Nous l’avons constaté en mettant le filtre en auto-oscillation VCO coupés, la réponse est continue sur toute la course. En réalité, tous les potentiomètres et curseurs sont codés sur 11 bits (2.048 valeurs). La fréquence de coupure est directement modulable par le suivi de clavier (0–50–100) et une enveloppe dédiée (sans inversion de modulation). Pour plus de souplesse (réglages continus et modulations négatives), il faut passer par la matrice de modulation (donc le menu). On peut aussi faire de la FM sur le VCF avec le VCO2 ou le générateur de bruit, via un sélecteur de source (la sérigraphie aurait pu être plus claire là-dessus) et un curseur de dosage nommé FFM.

Une matrice de modulation facile à mettre en œuvre
L’Artemis offre un certain nombre d’outils de modulation. A commencer par 2 LFO polyphoniques, capable d’osciller entre 0,1 et 25 Hz, avec possibilité de synchro à une horloge Midi suivant différentes divisions temporelles. Le cycle peut être libre ou redéclenché à chaque note. Ces réglages sont globaux aux 2 LFO. Chacun génère les ondes sinus, triangle, dent de scie, rampe, carrée, aléatoire, enveloppe positive ou enveloppe négative, les deux dernières étant des coups uniques. Le LFO1 offre un fondu d’entrée. Il peut directement moduler le VCO1, le VCO2 ou les 2 VCO, ainsi que le VCF. Le LFO2 peut directement moduler la vitesse du LFO1 (bien vu !), la position d’onde des VCO et la PW du VCO1. Efficace.
Passons rapidement aux deux enveloppes ADSR, classiques. La première est pré-assignée au VCF et au VCO, la seconde au VCA, mais on peut tout reconfigurer via la matrice de modulation. On peut aussi éditer les deux enveloppes en même temps, en maintenant le bouton VCA. Les temps se règlent de 1 ms à 15 secondes, avec une belle polyvalence, allant des attaques claquantes aux lentes évolutions. Il n’y a pas de possibilité de boucler le cycle des enveloppes.

4 effets numériques stéréo en série signés Sinevibes
Nous avions gardé un excellent souvenir de la réverbe du Typhon, un moins bon de celle du Nymphes. Avec l’Artemis, Dreadbox et Sinevibes ont mis le paquet. On dispose de quatre effets numériques stéréo simultanés en série, avec ordre fixe : distorsion, modulation, délai et réverbe. Chaque effet propose différents algorithmes dotés de 5 paramètres éditables directement via les 5 curseurs de droite, le dernier dosant le rapport signal sec / traité, ce qui facilite grandement la programmation. Tous les paramètres d’effets sont modulables via la matrice, comme nous l’avons dit.
Un arpégiateur et un séquenceur polyphonique avec probabilités
Décidément très complet, l’Artémis offre un mode arpégiateur ou séquenceur. L’arpégiateur peut scanner jusqu’à 32 notes et les rejouer selon 6 motifs (haut, bas, ordonné, alterné, pendulaire, aléatoire) dans différentes divisions temporelles, avec réglages de swing, probabilité et Gate. Maintenir la touche REC permet de maintenir l’arpège en cours (fonction Hold).






