Habitué aux machines spécialisées, Sonicware propose avec le Deconstruct Minimal une groovebox qui préfère se consacrer à l’essentiel plutôt que de multiplier les fonctions. Cette fois, c’est la techno minimale et la house qui sont à l’honneur.
Depuis quelques années, Sonicware s’est fait une spécialité des machines compactes et relativement abordables, avec une gamme qui couvre des approches assez différentes et spécialisées de la production électronique. La série LIVEN a ainsi été déclinée autour de la synthèse FM, du lo-fi, de l’ambient ou des sonorités inspirées des consoles 16 bits. À côté, Sonicware propose aussi des machines un peu plus complètes, comme les SmplTrek, Lofi-12 XT ou CyDrums. Avec le Deconstruct Minimal, le constructeur japonais s’intéresse cette fois à la techno minimale et à la house.
Comme d’habitude, Sonicware ne cherche pas à faire une station de production capable de tout faire, nous sommes très loin d’une MPC. Le Deconstruct Minimal est une groovebox destinée à construire rapidement des rythmiques, des lignes de basse typée 303 et des boucles susceptibles d’évoluer en temps réel. Elle réunit pour cela une boîte à rythmes, un synthétiseur de basse et des possibilités d’échantillonnage.
Un choix intéressant à une époque où nombre de grooveboxes tentent au contraire d’accumuler synthétiseurs, séquenceurs, pistes audio et fonctions d’arrangement. Face à des machines plus polyvalentes comme chez Elektron, Akai, Roland ou Novation, Sonicware joue souvent la carte d’un instrument volontairement limité. Ciblé, donc. Le constructeur insiste d’ailleurs beaucoup moins sur la quantité de sons disponibles que sur le comportement du séquenceur et la manière dont celui-ci peut faire évoluer une répétition. C’est précisément sur ce terrain que le Deconstruct Minimal devra faire la différence : dans ce type de musique, obtenir une boucle convaincante est une chose, parvenir à la faire vivre pendant plusieurs minutes en est une autre. Sonicware insiste aussi sur l’héritage des TR-808 et TR-909, dont il dit avoir étudié certaines variations de timing et de comportement afin de les reproduire sous forme de modulations appliquées au séquenceur et aux moteurs sonores. Voyons ce qu’il en est à l’usage.
Tour du proprio : format compact, connectique mini-jack et USB-C

La connectique, toute au format mini-jack 3,5 mm, est regroupée en haut de la façade et va à l’essentiel. En plus de la prise d’alimentation, on trouve une entrée et une sortie ligne ainsi qu’une sortie casque. Deux autres mini-jacks sont consacrés aux entrées et sorties MIDI/Sync. Contrairement à la série LIVEN, il faut donc utiliser un adaptateur TRS vers MIDI pour raccorder un appareil équipé des traditionnelles prises DIN. Un port USB-C assure à la fois le transfert de données ainsi que les communications MIDI et audio avec un ordinateur. Eh oui, à ce prix, le Deconstruct Minimal peut donc recevoir et envoyer de l’audio par USB, cette fonction pouvant être désactivée lorsque l’on souhaite n’utiliser que le MIDI ou le transfert de fichiers. L’échantillonnage peut également être effectué directement depuis l’entrée ligne ou par USB. En revanche, l’absence de véritables sorties séparées impose de faire sortir le mix complet par la sortie stéréo, et passer par l’USB ne change rien, puisqu’ici aussi, seuls deux canaux audio sont disponibles, sans possibilité de récupérer individuellement en simultané les 11 pistes. Comme indiqué plus haut, la machine peut également fonctionner avec six piles AA, un choix pratique et cohérent vu l’orientation nomade de la machine.
Architecture : boîte à rythmes, synthétiseur et sampleur


Les pistes 7 à 9 peuvent exploiter des échantillons personnels. Elles acceptent des sons mono en 48 kHz/16 bits, d’une durée maximale de deux ou quatre secondes selon la banque utilisée. Une fonction Repitch To Tempo adapte leur lecture au tempo. La piste 10 est différente : elle accueille des fichiers stéréo pouvant atteindre huit secondes, avec lecture en boucle ou en one-shot, crossfade et time-stretch. Elle est donc davantage destinée aux courtes phrases et aux textures qui viennent compléter la partie rythmique. On l’a vu plus haut, les échantillons peuvent être importés ou enregistrés directement depuis l’entrée ligne ou l’USB. Pas de quoi transformer le Deconstruct Minimal en sampler complet, et ce serait de toute façon sortir de son terrain. Les durées disponibles imposent de travailler avec des éléments courts, mais elles suffisent pour ajouter quelques sons personnels, une boucle ou une texture à un pattern sans changer de machine.
Les réglages des neuf pistes rythmiques peuvent être sauvegardés dans l’un des seize emplacements de Drum Kits. Les pistes 7 à 9 pouvant accueillir des échantillons personnels, il est donc possible de les intégrer à ses propres kits. En revanche, on ne peut pas construire un kit entièrement à partir de samples personnels, puisque seules ces trois pistes les acceptent.
Séquenceur : Phrase Rotation, modes FEEL et Parameter Locks

Mais la fonction la plus intéressante est sans doute Phrase Rotation. Elle décale le contenu d’une piste par rapport aux autres sans avoir à réécrire la séquence. Avec cette fonction, une rythmique très simple peut changer de caractère très rapidement simplement parce que certains éléments ne tombent plus au même endroit. Combinée aux sub-steps, aux accents et aux variations de vélocité, cette fonction permet d’obtenir des cycles qui paraissent plus longs que les patterns dont ils sont issus.
Sonicware ajoute à cela trois modes FEEL. Cela n’a rien à voir avec de simples valeurs de swing, puisque la fonction agit, en plus du placement, sur d’autres paramètres comme la vélocité et la hauteur. Ainsi, FEEL08 s’inspire bien sûr de la TR-808, avec des variations de hauteur sur les charleys et de légers décalages de transitoires sur le clap et la caisse claire. FEEL09 regarde du côté de la TR-909, avec un timing plus serré, de petits décalages et une randomisation de la vélocité. Enfin, FEEL.MN mélange ces deux approches. C’est assez subtil, mais au bout du compte, cela donne des résultats personnels et efficaces.
En plus, tout cela reste accessible pendant la lecture. Le Deconstruct Minimal est axé sur le jeu en temps réel et il perdrait une bonne partie de son intérêt si chaque variation imposait de naviguer dans plusieurs niveaux de menus. Ici, on peut modifier un pattern, déplacer ses accents, ajouter des sub-steps ou faire tourner une phrase sans interrompre la séquence.
Qualité du son et effets

Côté effets, le Deconstruct Minimal dispose d’une réverbération proposant trois types (Room, Hall et Plate) et d’un delay de type écho à bande. Le niveau d’envoi vers chacun des deux effets est réglable indépendamment pour chaque piste. Le délai peut être synchronisé au tempo, fonctionner en ping-pong et être envoyé vers la réverbération. Cinq effets supplémentaires sont disponibles sur le bus master : un filtre, un phaser, une distorsion, un effet de répétition (Snip Loop) et un compresseur de type ducking. Ils disposent d’une commande dédiée permettant d’en faire varier l’intensité en temps réel. Enfin, un isolateur à trois bandes permet d’agir sur les graves, les médiums et les aigus de la section rythmique. Ici aussi, dans l’esprit de la machine, les effets sont destinés à être manipulés en temps réel. À l’usage, à l’exception de la réverbération moyenne, ils font correctement le job.
Le Deconstruct Minimal n’est cependant pas totalement exempt de défauts. Lors du passage d’un pattern à un autre, on perçoit une micro-coupure sur les effets comme la réverbération ou le délai. Rien de catastrophique, mais la coupure s’entend suffisamment pour être gênante dans une utilisation live. Espérons qu’une prochaine mise à jour corrige ce point.

