Après un premier casque hors du commun basé sur une technologie unique, HEDD change de cap avec le HEDDphone D1 : plus compact, plus léger et équipé d’un transducteur dynamique "maison", ce modèle peut-il rendre HEDD plus accessible, sans renoncer à l'excellence sonore de la marque ?
Fondée à Berlin en 2015, la marque HEDD (Heinz Electrodynamic Designs) s’est rapidement imposée dans le paysage de l’audio haut de gamme grâce à une technologie inventée par l’un de ses fondateurs, Klaus Heinz, déjà à l’origine d’ADAM Audio. La signature de la maison repose sur ses fameux transducteurs AMT (Air Motion Transformer), d’abord popularisés dans ses moniteurs de studio puis transposés en 2020 dans un casque hors norme, le HEDDphone. Massif, ambitieux, unique en son genre, ce premier modèle nous avait surpris autant par son approche technique que par son gabarit peu commun.

Spécifications
Le HEDDphone D1 est un casque de type circum-auriculaire, ouvert, avec un transducteur dynamique. Les spécifications annoncées par le constructeur sont les suivantes :
Impédance : 32 ohms
Réponse en fréquence : 5 Hz – 40 kHz
Le poids est largement inférieur à celui du HEDDphone TWO, que nous avions testé en novembre dernier : 350 g au lieu de 550. Cela peut paraître encore un peu lourd, étant donné que la plupart des casques tournent autour de 250 g mais, à l’usage, il nous a semblé que 100 g de plus que la moyenne était tout à fait supportable, là où les 300 g de plus du modèle TWO se faisaient vraiment vite sentir.

Le style général est très sobre, avec un mélange de plastique et de métal brossé (voir l’arceau ci-dessous). Le branchement en Y n’est pas réversible, comme c’est souvent le cas sur des casques produits récemment, et il convient donc de prêter attention à la fois au branchement du câble lors de l’installation, mais aussi à la façon dont on le pose sur ses oreilles à chaque utilisation, le câble en Y n’ayant pas de repères simples (un code couleur rouge-blanc, par exemple).
Les coussinets en velours perforé sont très confortables, doux, et « respirants ». Ils sont également très souples, permettant un bon contact sur tout le pourtour de l’oreille.
Est-ce que le casque HEDDphone D1 de Hedd est démontable ?
Tout à fait, comme toujours chez HEDD. En premier lieu, on retire les coussinets, non pas en tirant sur leur velours, mais sur un cerclage qui les supporte :
Ce qui nous découvre dix vis : cinq sur le pourtour du haut-parleur, cinq sur la bordure interne. Ce sont ces cinq dernières que l’on ôte en premier :
Le support du HP retiré, on pourrait aisément réparer un faux contact au niveau du connecteur jack :
La polarité du HP est même indiquée ! Sur l’envers du support HP, on retrouve les cinq vis que l’on a précédemment laissées. En les retirant (délicatement !), on découvre le cône du haut-parleur. Une merveille qui prouve que HEDD n’exagère pas lorsqu’ils disent avoir développé un cône selon une application propriétaire :
Pour conclure, le coussinet est accroché sur un support plastique, et il est sécurisé par des picots. Il convient donc d’ôter ce support pour pouvoir changer ce coussinet.
Ajoutons à cela que tout le reste du casque est construit avec des vis apparentes, et que HEDD propose le remplacement de toute pièce défectueuse. Rien à redire !
Confort
Comme nous l’avons laissé entendre au début de cette partie, les coussinets sont très confortables et le poids un tout petit peu élevé du casque (plus de 300 g) est presque sans conséquence. L’arceau bénéficie d’un excellent coussin, qui rend les écoutes prolongées très agréables.
Isolation
Non applicable, il s’agit d’un casque ouvert.
Transport
HEDD fournit, avec de D1, une petite mallette de transport, modeste, mais bien solide, avec juste assez de place pour y ranger également le câble. Encore une fois, c’est très bien.
Benchmark
Voici donc le nouveau protocole de mesures objectives, mené par nos soins afin de compléter l’écoute subjective. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plaisir de pouvoir vous fournir des courbes de réponse en fréquence et distorsion, réalisées dans notre atelier.
Réponse en fréquence :
On remarque :
- Légère montée progressive dans l’extrême grave jusqu’à 130 Hz (écart de 5 dB)
- Grande zone très linéaire et en bonne continuité avec les basses, jusqu’à 4 kHz, avec un léger creux juste sous 2 kHz.
- Un creux vers 5–6 kHz
- Remontée progressive, mais bien marquée jusqu’à 8 kHz (+7 dB par rapport à 1 kHz)
- Un second pic dans l’aigu, a 12 kHz, participant à une accentuation générale de la plage de fréquences entre 7 et 13 kHz.
- Descente conséquente, à 15 Hz, avec un extrême aigu plus en retrait (environ –6 dB par rapport à 1 kHz)
Les deux transducteurs sont très bien appariés sur toutes les plages de fréquences audibles.
Distorsion :
La distorsion mesurée est globalement très basse, ne dépassant jamais 1,5 % (ce taux maximum est mesuré à 20 Hz), et restant majoritairement sous 0,1 %.
Écoute
Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur Truelove’s Gutter)
Une ballade acoustique, avec beaucoup de réverbe et une différence de dynamique importante entre la voix et la guitare. La restitution met en avant une belle linéarité des médiums, offrant une voix dense et naturelle. La légère accentuation du haut médium apporte de la présence sans rendre le timbre trop nasal ou pincé. Malgré le creux vers 5–6 kHz, dont on se demande s’il n’impacte pas notre perception des détails, la réverbération est bien lisible grâce à une bonne extension générale vers l’aigu. L’ensemble reste propre, cohérent, agréable. Pour un début, on est charmé.
Sun Kil Moon – Butch Lullabye (sur Common As Light And Love…)
Sur l’intro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmoniques médiums ajoutées par la distorsion, l’attaque légèrement piquée des notes, tout en séparant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Le grave, grâce à son très léger retrait, gagne en lisibilité sans perdre en présence. Les attaques dans le médium de la grosse caisse sont clairement reproduites, mais sans trop en faire, grâce à une réponse très plate et neutre dans cette zone. Elles bénéficient également d’un haut médium légèrement surligné, ce qui renforce subtilement sa lisibilité. La grosse caisse conserve donc son caractère sec, tandis que le clavier-basse ronfle jusque dans l’extrême grave.
Massive Attack – Teardrop (sur Mezzanine)
Un titre avec beaucoup d’extrême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. Encore une fois, l’extrême grave est présent mais sans emphase, sans caractère brouillon. Les transitoires sont rendus avec force détails, c’est surtout frappant dans l’outro, grâce à la remontée entre 8 et 10 kHz, qui apporte de la brillance, mais aussi grâce à la linéarité générale de la réponse en fréquence. Encore une fois, on trouve l’écoute vraiment très enthousiasmante, et pour l’instant, aucune fatigue auditive.
Charlie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)
Voilà un morceau avec beaucoup de soufflants jouant dans des tessitures similaires : c’est très touffu et le but est d’essayer de discerner les timbres. La linéarité totale, des médiums jusqu’aux graves, favorise une bonne différenciation des timbres dans cette zone, certainement aidée par une distorsion généralement contenue au-dessus de 100 Hz. De plus, le haut médium légèrement en avant améliore cette lisibilité des cuivres et l’aigu accentué apporte du détail et facilite le suivi (par exemple sur les queues de réverbe, car, même si les exemples sont rares dans ce morceau, il y en a au moins un flagrant). Toujours pas de fatigue significative.
Edgar Varèse – Ionisation (New York Philharmonic, dir. Pierre Boulez)
Ici, l’on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réverbération naturelle de la salle, qui joue sur l’impression d’espace. L’écoute se fait entre 0:30 et 1:15 min. Si la scène panoramique bénéficie de l’accentuation dans l’aigu, les graves ne sont pas en reste, avec des timbales et des gongs particulièrement profonds. Les réverbérations naturelles de la salle sont bien perceptibles, d’où une représentation détaillée du positionnement de chaque instrument dans l’espace. Les transitoires sont très nets, mais sans agressivité pour autant. Toujours pas trop de fatigue auditive à la fin de ce test. Autant dire que l’on reste sur une très bonne impression.











