Quiconque s’est intéressé au segment des consoles de mixage numériques ces dernières années, a forcément croisé la série SQ d’Allen & Heath. La SQ5, en particulier, est devenue un vrai best-seller. En ce début d’été, l’équipe d’AF a eu le plaisir de passer au crible son héritière directe, la bien nommée SQ5+. Alors, saura-t-elle reprendre le flambeau de son aînée ? C’est parti pour le test !
Introduction : la SQ5+ succède à la SQ5
Avec cette nouvelle génération SQ+, fraîchement dévoilée à la fin du mois de mai dernier, la marque promet une architecture de bus améliorée et l’intégration native des extensions DEEP et des traitements RackUltra FX, très gourmands en ressources de calcul. Au final, l’objectif à moitié avoué d’Allen & Heath est de faire évoluer la console SQ5 pour se rapprocher au plus près des performances de la série Avantis, beaucoup plus imposante et onéreuse, le tout pour un prix relativement abordable de 3 599 €.
Et c’est très compréhensible, car les exigences des environnements de scène et de studio modernes ne cessent de croître : davantage de retours intra-auriculaires pour le musicien·nes, des réseaux numériques toujours plus complets à gérer, et, un besoin d’effets intégrés haut de gamme, sans latence ajoutée, figurent en tête des priorités du secteur. Voyons donc ce que la célèbre marque britannique nous réserve aujourd’hui.
Déballage, caractéristiques techniques et premières impressions de la machine
La SQ5+ est livrée dans un emballage minimaliste : outre la console en elle-même, la marque se contente de fournir un câble d’alimentation, et c’est tout. Aucun manuel d’utilisation imprimé n’est inclus, en revanche, tous les documents nécessaires sont disponibles en deux clics sur le site du constructeur. Un bon point pour la préservation de l’environnement ! De prime abord, la SQ5+ impressionne par sa construction en métal rigide, qui semble vraiment très robuste. Rien d’étonnant à cela, nous direz-vous, puisque cette machine est avant tout conçue pour les ingénieurs du son et les technicien·nes de façade professionnel·les. Elle doit donc pouvoir résister sans problème aux conditions difficiles des tournées. Les capuchons des curseurs et les encodeurs rotatifs sont en plastique, tandis que les boutons-poussoirs sont en caoutchouc. Chaque composant offre un maintien ferme et une résistance très agréable sous les doigts.
La disposition éprouvée de la surface de contrôle, qui couvre toute la face avant de la console, n’a guère évolué. La partie inférieure abrite les dix-sept curseurs motorisés de 100 mm, flanqués à gauche et à droite des boutons de sélection des couches de mixage. On y trouve également divers boutons assignés à des fonctions fixes, comme « copier » et « coller », par exemple. Au-dessus de chaque curseur se trouvent trois boutons supplémentaires, traditionnellement utilisés pour la sélection du canal, la mise en sourdine et l’isolation solo. Enfin, encore un peu plus haut, on retrouve quatre écrans LED colorés, dédiés à l’étiquetage des canaux.
L’écran incarne l’une des innovations les plus marquantes de la console : avec une diagonale de 9 pouces et une résolution de 1024 × 600 pixels, il est nettement plus grand et offre une visibilité bien supérieure à celle de l’écran de 7 pouces (800 × 400 pixels) qui équipait la version précédente. De plus, le nouveau design épuré est très lisible grâce à sa sérigraphie blanche bien nette. Il remplace le style néo-futuriste et les lignes incurvées bleues de la SQ5, qui ne faisaient pas l’unanimité, il faut bien l’avouer. Les boutons-poussoirs et les encodeurs rotatifs ne sont plus argentés, mais noirs, et disposés en rangées droites. Heureusement, les anneaux LED, bien pratiques pour s’y retrouver dans l’obscurité, ont été conservés. À gauche de l’écran, on retrouve toujours toutes les commandes les plus importantes, avec les paramètres Preamp, HPF, Gate, Comp et Pan.
La partie droite abrite les paramètres dédiés à l’égaliseur et à la section master. On y trouve également un potentiomètre de volume général, la sortie casque, un port USB et une entrée mini-jack stéréo additionnelle, bien utile pour connecter une source externe sans passer par le panneau arrière de la console (cette dernière est souvent utilisée pour diffuser de la musique d’ambiance avant le début d’un concert, par exemple). En plus de deux boutons programmables supplémentaires situés dans le coin inférieur droit, on découvre aussi huit boutons FX dédiés (contre quatre auparavant), qui permettent notamment d’accéder directement aux nouveaux effets RackUltra FX. En revanche, la petite section GEQ de l’ancienne version a été supprimée.
Passons maintenant au panneau arrière, qui abrite l’écrasante majorité des connexions. On découvre ici seize préamplis sur embase XLR et une entrée talkback dédiée. Quatre entrées ligne sur embase Jack permettent de connecter deux entrées stéréo supplémentaires. Côté sorties, on accède à douze sorties XLR, deux sorties Jack, une entrée pour pédalier et une sortie numérique AES. À part ça, la console dispose d’un connecteur d’alimentation IEC standard et d’un bouton marche/arrêt. Sur le côté droit se trouvent deux ports RJ45 pour les connexions réseau et SLink, indispensable pour relier des boîtiers de scène. De plus, un port USB-B permet d’utiliser l’appareil comme interface audio ou comme contrôleur de STAN.
Terminons le tour du propriétaire en rappelant qu’il est toujours possible d’acheter des cartes d’extension d’E/S optionnelles (comme Dante ou Waves) et de les installer via le lecteur de cartes à disposition. Comme vous pouvez le constater, peu de choses ont changé à l’arrière par rapport à la SQ5.
Le cœur de la bête : moteur, effets, conversion et mémoire intégrée
Au cœur de la bête, on retrouve le même moteur FPGA XCVI que sur les modèles SQ standards. Il travaille avec une fréquence d’échantillonnage de 96 kHz et une résolution en « bit-depth variable » pouvant aller jusqu’à 96-bit, pour une latence inférieure à 0,7 milliseconde. Au total, le système offre quarante-huit canaux d’entrée et quarante-quatre bus de mixage, répartis sur un mixage Main (L/R), douze mixages stéréo, trois mixages matriciels stéréo, quatre départs d’effets standards stéréo et enfin quatre départs d’effets RackUltra FX stéréo.
Les canaux d’entrée intègrent un traitement du signal comprenant un réglage d’amplitude, un filtre coupe-bas, un expandeur/gare, un égaliseur paramétrique, un compresseur et un délai. Les sorties profitent d’un égaliseur graphique, d’un égaliseur paramétrique, d’un compresseur et d’un délai. Cerise sur le gâteau, tous les canaux d’entrée et de mixage disposent de points d’insertion librement configurables. La section d’effets intégrée propose huit processeurs d’effets standards, quatre processeurs d’effets RackUltra FX et un égaliseur paramétrique supplémentaire. Les extensions DEEP sont intégrées d’office et travaillent sans latence (elles peuvent fonctionner en mode 2 × 24 canaux ou 1 × 48 canaux).
Pour la conversion audio et le stockage de données, la console est équipée d’un port USB-A permettant l’enregistrement et la lecture stéréo à 48 kHz ou 96 kHz en 24-bit, ainsi que l’enregistrement multicanal de seize canaux à 96 kHz ou de trente-deux canaux à 48 kHz. Une interface audio USB-B supplémentaire permet la diffusion native de trente-deux entrées et trente-deux sorties à 48 kHz ou à 96 kHz, avec une résolution de 16-bi ou 24-bit.
La gestion de la mémoire permet de préparer jusqu’à trois-cents scènes par spectacle et offre des filtres de rappel globaux ou spécifiques à chaque scène. Des bibliothèques dédiées aux effets, au traitement, aux canaux, aux permissions utilisateur·ice et au routage des entrées sont également disponibles. La gestion des accès utilisateur·ices permet la création de dix profils configurables avec des droits hiérarchisés. Enfin, la console est compatible avec le système de monitoring personnel ME d’Allen & Heath et peut être contrôlée à distance via des applications gratuites pour Windows, macOS, iOS et Android. En ce qui concerne les balances virtuelles, la SQ5+ se connecte tout aussi facilement à un ordinateur : elle est immédiatement reconnue dès le branchement, et permet ensuite de définir les signaux d’entrée dans le menu de routage, soit à l’aide d’une matrice, soit en les sélectionnant directement sur le sélecteur d’entrée de chaque canal.
En pratique : démarrage et découverte de l’interface
Au démarrage, un grand logo SQ+ apparaît à l’écran et les ventilateurs se mettent en marche immédiatement, précisons qu’ils ne sont pas bruyants pour un sou, et donc, qu’ils ne s’avèrent pas gênants lors d’une prestation où le silence est de mise (théâtre, session acoustique, etc.). Autre bon point : la machine est prête en quelques secondes, ce qui est vraiment très appréciable. Au préalable, nous avions simplement connecté les sorties L/R principales directement sur notre convertisseur Antelope, via des câbles XLR de marque Vovox.
Bien que la structure de l’interface graphique reste fondamentalement la même que sur la SQ5, la nouvelle charte de couleurs lui confère une allure nettement plus moderne, et surtout, beaucoup plus facile à lire en live. La navigation dans les différents sous-menus est très intuitive, leur organisation est claire et structurée. On peut, par exemple, assigner librement des entrées dans les paramètres de routage, grouper les curseurs par paires stéréo et créer facilement des fenêtres d’édition personnalisées par simple glisser-déposer.
Préamplis, compresseur, égaliseur et routage du signal sur la SQ5+
Pour évaluer la qualité des préamplis, nous avons connecté notre fidèle Shure SM7B, accompagné de l’indispensable FetHead de Triton Audio, sur le premier canal. Une fois le canal sélectionné, l’écran et les contrôles se mettent à jour et nous pouvons régler tous les paramètres dynamiques, soit via les boutons physiques situés à gauche de l’écran, soit directement en sélectionnant la fonction correspondante sur l’écran tactile. L’égaliseur s’avère aussi très efficace, et, pour illustrer cela par un exemple sonore, nous avons pris une piste de guitare enregistrée (Telecaster), ré-ampée dans un ampli, puis envoyée directement dans la console. Nous trouvons rapidement le volume idéal et une évidence s’impose : sur cette nouvelle génération SQ+, le préamplificateur offre le son typique d’Allen & Heath, clair et naturel, sans être fade pour autant. Le préampli délivre une belle densité sur chaque note et propose un son très agréable.
Ensuite, nous n’avons eu aucun mal à épaissir obtenu grâce au compresseur interne, mais aussi à profiter d’une prise très propre grâce au noise gate intégré (réglé avec un seuil assez bas). Grâce au filtre coupe-bas dédié et à l’égaliseur, nous avons réussi à ajuster le signal de la guitare en deux temps, trois mouvements. L’utilisation de l’égaliseur est très intuitive : les commandes rotatives et l’écran tactile répondent avec précision, et le traitement délivre un son très musical musical, qui respecte au mieux les sonorités typiques de la Telecaster utilisée ici, avec un twang bien présent.
Enfin, en termes de routage, la SQ5+ offre une plus grande liberté que la génération précédente. Grâce à l’intégration des extensions DEEP et des traitements RackUltra FX, destinés à réduire l’écart avec la gamme Avantis, le nombre de bus de mixage de la SQ5+ passe à 44 (contre 36 sur la SQ5). En clair, cela offre une flexibilité très nettement supérieure et la possibilité de gérer des configurations plus complexes, sans se retrouver à court de canaux. Par exemple, nous pouvons désormais utiliser davantage de signaux stéréo de retour envoyés vers des écouteurs intra-auriculaires, sans avoir à passer en mono, ou bien encore effectuer un traitement parallèle plus poussé et traiter les pistes d’harmonie collectivement sur un canal de groupe. Pratique !
Les effets de la SQ5+ : effets standards, extensions DEEP et RackUltraFX
Comme convenu, Allen & Heath a également placé la barre plus haut en matière d’effets. On retrouve les huit moteurs d’effets standards habituels, avec des classiques comme le délai, la réverbération et le chorus, mais, cette fois, l’intégration native des extensions DEEP et des traitements RackUltra FX apporte une vraie nouveauté. Ainsi, on accède exactement aux mêmes algorithmes d’effets, de très bonne qualité (d’ailleurs, assez gourmands en ressources), que ceux issus de la gamme Avantis.
Mais ce n’est pas tout, les utilisateur·ices recevront aussi le fameux Plus Pack, en enregistrant simplement leur console et en s’abonnant à la newsletter de la marque (puis en déverrouillant l’accès au pack via une simple clé d’activation). Ce pack comprend principalement des émulations de différents compresseurs, comme le célèbre DBX 160 VU ou le légendaire SSL Bus Compressor. Auparavant, ces traitements étaient réservés aux consoles bien plus onéreuses que la SQ5+, et devaient surtout être achetés séparément.
Pour démontrer les avantages sonores de ces modules complémentaires, nous avons envoyé plusieurs pistes issues d’une boule de batterie « Dry » vers la console. Nous avons routé l’ensemble des fûts vers un groupe séparé, tandis que les overheads et les cymbales charleston étaient envoyés directement vers la sortie. Après quelques tours d’égalisation et l’ajout d’une réverbération, nous nous sommes amusés à appliquer divers compresseurs aux différents canaux. Ainsi, dans notre extrait sonore, la grosse caisse et la caisse claire sont chacune traitées par un DBX 160 VU. Ensuite, nous avons traité les overheads avec une modélisation de type Distressor, juste pour le plaisir, en en profitant pour ajouter une légère touche de saturation. Enfin, le groupe de batterie passe également par un compresseur de bus SSL, que nous avons utilisé en parallèle en n’hésitant pas à bien écraser le signal.
Impossible de terminer nos essais sans passer en revue les effets standards de la série SQ. Nous sommes donc amusés à utiliser un délai, une réverbération et un effet de doublage type ADT sur notre bonne vielle Telecaster guitare. Selon nous, les résultats sont plutôt bons, et nous avons eu un petit coup de cœur pour l’effet ADT, qui nous a permis d’épaissir facilement le signal, dans le plus pur style des Fab Four.
Extraits sonores

- 1 – Guitare Dry00:19
- 2 – Guitare + EQ00:19
- 3 – Guitare + Réverbe Hall00:19
- 4 – Guitare + Délai00:19
- 5 – Guitare + ADT00:19
- 6 – Batterie Dry00:19
- 7 – Batterie traitée00:19





















