Entre gain de performances, nouveaux workflows, pads MPCe et davantage de contrôles, Akai livre une MPC Live III plus ambitieuse et complète que jamais.
Depuis plusieurs années, Akai fait évoluer ses modèles MPC bien au-delà de leurs racines de sampler, de boîte à rythmes et de groovebox. Les modèles Live, X, One et les versions à clavier ont progressivement transformé la MPC en une station de production capable de composer, enregistrer, arranger et mixer sans avoir recours à un ordinateur. Cette évolution s’est accompagnée d’un flux régulier de mises à jour logicielles et de nouveaux instruments virtuels. On perçoit chez Akai une volonté claire de faire évoluer ses MPC dans la durée. Face à des concurrents sérieux comme Native Instruments avec Maschine+ ou Ableton avec Push 3, Akai entend conserver son avance, et force est de reconnaître que, face à ce dynamisme et à cet équilibre entre puissance matérielle et richesse fonctionnelle, la concurrence peine parfois à suivre.
Et voici donc qu’arrive la MPC Live III. Cette nouvelle génération conserve la philosophie générale des MPC modernes tout en apportant son lot d’évolutions. Sous le capot, la puissance grimpe nettement et l’ergonomie évolue avec davantage de contrôles physiques. Surtout, l’arrivée récente du système d’exploitation MPC 3 modifie sensiblement la manière d’aborder la création sur la machine. Reste une question essentielle : ces évolutions rendent-elles la MPC encore plus pertinente, ou bien plus complexe qu’elle ne devrait l’être ? C’est ce que nous allons voir.
Akai MPC : comprendre le fonctionnement et le workflow de la plateforme

Les Akai MPC peuvent convenir à de nombreux types de musiciens, encore plus dans leurs dernières générations, tant elles s’apparentent désormais à des STAN hardware. Cependant, historiquement, elles ont trouvé leurs lettres de noblesse dans les musiques urbaines. Pour ce test, j’ai demandé l’avis d’un ami, Cyril aka Greenfinch, habitué à ce type de production. Nous avons réalisé ensemble deux sessions, dont vous pouvez entendre les résultats dans les extraits audio.
Prise en main, ergonomie et nouveautés matérielles

La MPC Live III conserve l’un des grands atouts de la série : la batterie intégrée. Elle offre jusqu’à trois heures d’autonomie selon Akai, une valeur qui peut bien sûr varier en fonction de l’utilisation. Pendant le test, cette valeur a souvent été non seulement vérifiée, mais souvent dépassée. Les haut-parleurs embarqués sont toujours présents. Je m’attendais à des écoutes de dépannage et j’ai été agréablement surpris. On ne prendra bien sûr pas le risque de mixer avec eux, mais pour composer, jammer, même avec d’autres musiciens, ils sont d’une clarté et d’une définition largement suffisantes et font bien plus que le job. Un microphone intégré fait également son apparition. Il ne remplace pas un bon micro, mais lui aussi se révèle utile et n’a rien d’un gadget.

Côté matériel, la MPC Live III bénéficie d’une importante mise à niveau, il s’agit même d’un bond en avant. Elle repose désormais sur un processeur ARM huit cœurs associé à 8 Go de mémoire vive, contre un processeur quatre cœurs et 2 Go de RAM sur la génération précédente. Cette évolution se traduit directement par une augmentation des capacités de la machine. Le nombre maximal de pistes audio passe de huit à seize. Les pistes d’instruments virtuels passent quant à elles de huit à trente-deux. La polyphonie progresse également avec 256 voix stéréo contre 64 auparavant. Le stockage interne atteint désormais 128 Go. Au-delà des chiffres, le test souligne un gain sensible de réactivité, c’est flagrant. La navigation, le chargement des projets et l’utilisation des instruments paraissent plus fluides que sur les modèles précédents.
MPC Live III à l’usage : performances, fluidité et courbe d’apprentissage

La puissance matérielle supplémentaire de cette Live III permet de ne plus se sentir limité. Le nombre de pistes audio ou d’instruments simultanés grimpe nettement, et la polyphonie n’est pas un problème. Concrètement, cela signifie moins de contraintes et davantage de confort et de fluidité sur les gros projets. Le revers de cette richesse, c’est une certaine densité. La MPC peut paraître foisonnante lors des premiers jours. Mais pour qui accepte d’entrer dans sa logique, elle devient un environnement remarquablement complet.
Pads MPCe : expressivité, modulation et nouvelles possibilités de jeu

Sur le papier, ce genre de nouveauté fait typiquement partie des fonctionnalités qui provoquent un premier effet « waouh » avant de susciter une question bien légitime : est-ce vraiment utile au quotidien ? Après plusieurs heures passées sur la machine, la réponse est clairement oui. Ces nouveaux pads apportent un véritable gain en expressivité. Ils demandent certes un peu plus de précision, mais rien d’insurmontable. On prend très rapidement le coup de main et les possibilités supplémentaires deviennent vite naturelles. Que ce soit pour enrichir son jeu avec des variations, déclencher différents effets ou introduire des modulations en temps réel, leur apport est loin d’être gadget. Le potentiel de cette technologie est d’ailleurs mis en avant par l’extension MPCe fournie avec la machine.
Matière Première Créative : sampling et instruments virtuels

L’édition d’échantillons reste l’un des points forts de la machine. Découpe, normalisation, fades, inversion, time-stretch, détection de transitoires, création de slices, assignation aux pads : tout se fait très facilement. Le chopping, discipline reine pour de nombreux utilisateur·ice·s, reste toujours aussi agréable. On découpe une boucle, on répartit les fragments sur les pads, puis on rejoue la matière à sa façon. Cette approche demeure très créative, qu’il s’agisse de hip-hop, house, electronica, pop expérimentale ou bande-son. Le time-stretch et la gestion du pitch se montrent solides. L’une des choses les plus agréables, c’est que la MPC Live III est aussi à l’aise pour enregistrer un son et le rejouer en quelques secondes que pour passer beaucoup plus de temps à construire un instrument complexe. Peu de machines parviennent aussi bien à cet équilibre.

Séquenceur, mode Matrix et nouveaux workflows de composition


Effets, intégration logicielle et environnement MPC 3

Au-delà de son fonctionnement autonome, la MPC Live III s’intègre dans un écosystème logiciel complet grâce à MPC 3, disponible sur macOS et Windows. Ce logiciel reprend la philosophie de la machine dans un environnement informatique plus confortable pour certains usages : grand écran, souris, clavier, gestion avancée des fichiers et intégration au studio logiciel existant. L’intérêt principal est la continuité du workflow. Un projet commencé sur la Live III peut être repris sur ordinateur, puis renvoyé vers la machine selon les besoins. On retrouve l’organisation générale propre à l’univers MPC. Le logiciel peut également être utilisé comme application autonome, mais aussi comme plug-in au sein d’une STAN compatible.
Retour d’expérience : l’avis de Greenfinch sur la MPC Live III

Ok, donc Cyril, alias Greenfinch, musicien compositeur. Pas beatmaker parce que je n’aime pas cette étiquette, mais compositeur de musique, plutôt orienté rap depuis des années. Mais j’ai une formation classique à la base. J’ai un cursus de jazz, j’ai fait de la chanson française. Depuis 15 ans, je travaille avec Greenfinch, mon projet personnel, et je place des productions pour des rappeurs, mais aussi pour la lo-fi dernièrement. J’ai eu l’opportunité de placer quelques morceaux chez Chillhop et Lofi Girl et, avant ça, j’ai fait des collaborations rap avec des artistes qui tournent pas mal comme Scylla, Le Bon Nob, Kool Shen, Zippo et Davodka. Je suis un musicien un peu touche-à-tout, je suis guitariste, entre autres.
Pour les tests, nous avons fait deux sessions assez rapides, une pour chaque modèle. Qu’as-tu pensé de la MPC Live III et de sa prise en main ?
Assez coriace à prendre en main quand même. J’avais besoin de ton intervention. Il y avait des choses que je ne comprenais pas. C’est une machine très complète. Il y a beaucoup de raccourcis, mais aussi beaucoup de combinaisons de touches. J’aime bien l’écran. Il est suffisant, on voit bien l’essentiel des informations. L’enregistrement a été assez intuitif. Mais je me souviens avoir eu besoin de toi sur pas mal de questions. Au bout d’une heure, j’avais compris comment ajouter des instruments, comment enregistrer et comment séquencer. Puis, après avoir suffisamment tâté le terrain, on a fait un morceau. Franchement, le premier, le tout premier morceau (Cyr 1), on l’a fait en une demi-heure.
Tu avais déjà utilisé une MPC d’ancienne génération, la MPC 2000 XL, il me semble ?
Non, c’était la 1000. Je n’ai jamais eu l’opportunité d’avoir une 2000 XL, mais je sais qu’il y a plein de beatmakers que j’adore qui l’utilisent, comme Itam, Mani Deïz. Les convertisseurs apportaient une couleur que je n’avais pas sur la MPC 1000. Un grain que tout le monde recherchait, dans le hip-hop en tout cas. J’ai aussi eu une Ensoniq EPS. J’aimais bien cet aliasing. Je trouvais ça intéressant.
Après avoir connu les MPC d’ancienne génération et en découvrant la Live III, est-ce que tu as retrouvé tes repères ou est-ce qu’on est complètement sur autre chose ?
Sur la 1000, il y avait beaucoup de combinaisons de touches. La touche Shift servait énormément. Sur la Live III, il y en a encore beaucoup, mais aussi pas mal de touches d’accès direct. Et puis l’écran aide beaucoup. Donc oui, j’ai retrouvé les combinaisons de touches (rires), mais, pour le reste, c’est très différent. J’ai ressenti le workflow comme un mélange entre les anciennes MPC et un DAW.
Le workflow est très proche d’un DAW comme Ableton Live par exemple. Avec un large écran, un piano roll, etc. Pour la personne qui n’a jamais voulu travailler avec un DAW, parce que ça existe, ça risque d’être compliqué. Celle qui n’a connu que le full hardware, qui n’a vraiment connu que ça, une machine comme l’Isla par exemple, que je connais bien, est sans doute plus adaptée.
Ensemble, on a à peine effleuré le mode Matrix, donc bien sûr, tu ne peux pas en dire grand-chose, mais pour le reste, que penses-tu de l’enregistrement des performances et de l’édition ?
Oui, on s’est principalement servis du mode linéaire. On s’est servis du piano roll en ajoutant des notes en tactile. On a joué des parties en temps réel, principalement les pianos et les batteries. La quantification en temps réel fonctionnait bien.
On a aussi enregistré des parties sans quantification, en mode libre.
Ah oui, sur le premier morceau, il me semble.
On peut aussi parler de l’enregistrement de la guitare…
Exact. On a pris une guitare pas du tout optimisée, dont les cordes auraient dû être changées depuis des années, et finalement, on a réussi à faire quelque chose de propre.
Une guitare un peu roots, une vieille Yamaha Pacifica, on l’a branché directement sur la MPC Live III, et j’ai mis un simulateur d’ampli clean.
Oui, on l’a branchée directement, le son était très bon, le volume était raisonnable, le gain était raisonnable. Pour la prod, je l’ai juste édité un peu pour la spatialiser. Chose qu’on aurait pu faire avec la Live III…
Côté son ?
Alors, bien sûr, le grain est très numérique. Mais la machine intègre tellement d’effets, à l’image d’un DAW, que tu peux obtenir de l’aliasing, des distorsions, etc. On n’a pas utilisé les moteurs vintage (les simulations de modèles comme la MPC60 ou la SP-1200) sur la Live III, mais je crois qu’ils y sont (NDLR : Oui). Donc, on peut retrouver ce son typique des sampleurs vintage.
Qu’as-tu pensé des banques de sons internes ?
Très bonnes. En fait, il y avait déjà des banques lo-fi intégrées et je t’ai même demandé pour récupérer des éléments. Donc, ça veut dire que j’ai bien aimé. Il faut faire le tri, mais oui, je pourrais potentiellement les utiliser dans mes productions.
Et les instruments virtuels ? J’ai mon propre avis sur la question, qui n’est peut-être pas le même que le tien. Qu’en as-tu pensé ?
Intermédiaire. Voilà, je préfère dire intermédiaire. En fait, c’est comme sur les DAW : les instruments intégrés sont bons pour tout ce qui est électronique, mais dès qu’on touche à des choses plus acoustiques, c’est d’un niveau moyen. Ça manque de réalisme. Les chœurs, les violons, etc., restent dans un entre-deux entre synthèse et réalisme. Par contre, les pianos électriques, les synthés et les pads sont extraordinaires. Dans l’ensemble, ça fait carrément le job.
On a déjà un peu abordé les effets…
On n’a pas énormément utilisé les effets car les sons à la base étaient bons. On a utilisé un peu de délai, de réverbération, des EQ… Les réverbérations sont sympas, il y en a dans chaque morceau. Pour la prod, j’ai un peu rééquilibré dans un DAW, parce que je suis habitué comme ça, et parce que c’est l’équilibre que j’avais besoin d’entendre. Mais ça aurait pu être fait dans la Live III. Et puis j’ai trouvé l’édition des effets avec les contrôles très bien faite, c’est intuitif. Finalement, ça doit être quand même bien sympa de tout faire avec une seule machine et je n’aurais pas peur de tenter l’aventure. Ça me ferait plaisir de faire des morceaux purement intuitifs.
Est-ce que tu as été à l’aise avec l’écran ? Qu’as-tu pensé de sa réactivité ?
Super précis. Même le piano roll, l’étirement des notes, c’était facile. Franchement, il n’y a rien à redire là-dessus.
Qu’est-ce que tu as pensé des nouveaux pads MPCe ?
Au début, je pensais que j’allais faire des déclenchements involontaires. Mais en fait, je me suis rendu compte qu’à moins d’avoir des paluches d’ours, il n’y a pas besoin de se concentrer particulièrement. Donc, ça demande peut-être un chouïa plus de précision. Mais la feature est tellement originale que ça vaut le coup. Et niveau gestion de la vélocité, c’est nickel. À l’image de la réputation d’Akai à ce niveau-là.
Si tu devais résumer cette expérience en un seul mot ?
Ludique. Peut-être un peu complexe de prime abord, mais c’est comme tout nouvel instrument, il faut l’apprivoiser.
Merci Cyril, à très bientôt pour la suite de cette entrevue.


