La marque américaine Positive Grid a récemment dévoilé un simulateur d’amplis guitare et basse nommé Bias X, dont la particularité est d’embarquer une intelligence artificielle. Voyons ensemble si les machines ont l’ouïe aussi fine que la nôtre.
Bias X : un simulateur d’amplis guitare et basse généraliste avec intelligence artificielle

Il faut dire que Bias FX avait fini par faire pâle figure face à l’artillerie lourde déployée progressivement par Neural DSP et d’autres acteurs du marché. Avec le recul, la stratégie de Positive Grid s’est révélée payante, car la marque a sorti, et continue de sortir, du matériel bien pensé, ultra pratique et suffisamment convaincant sur le plan sonore dans le cadre des usages visés.
Dans ce contexte, l’arrivée de Bias X avait de quoi titiller notre curiosité. Positive Grid nous présente ici un simulateur virtuel compatible PC et Mac, disponible aux formats VST3, AU et AAX, ainsi qu’en version standalone pour se passer d’un DAW. En tant que simulateur que l’on pourrait qualifier de généraliste, Bias X propose logiquement un catalogue bien fourni, avec 33 amplificateurs (guitare et basse), 63 effets répartis dans différentes catégories, et bien entendu la possibilité de personnaliser les enceintes. Cela inclut le choix du modèle, mais aussi la référence et le positionnement des micros placés devant.
Jusqu’ici, rien de véritablement nouveau sous le soleil de nos home studios. Pourtant, Bias X se distingue par l’intégration d’une intelligence artificielle directement au cœur du plugin. Si cette dernière n’a évidemment pas vocation à nous faire mieux jouer ni à jouer à notre place, en espérant que cela n’arrive jamais, cette sorte de Terminator mélomane vise à générer des préréglages à partir d’un descriptif textuel ou, mieux encore, à partir d’un fichier audio. Si le concept peut sembler nouveau, il convient tout de même de rappeler que l’application Spark, qui accompagne les amplis de la marque, propose déjà un écosystème reposant sur une IA, probablement basée sur les mêmes fondations.
Enfin, Bias X est proposé au tarif de 159 euros sur le site de l’éditeur, ce qui le place dans une gamme de prix équivalente à celle de la plupart de ses concurrents directs.
Version testée : 1.2.0.60112
Ergonomie, prise en main et qualité sonore du plugin Bias X

Toutefois, quelques réserves s’imposent concernant l’optimisation générale. Le plugin a été testé sur un PC puissant (Ryzen 5950X, 128 Go de RAM, 12 To de SSD) et l’interface s’est montrée parfois peu réactive, avec de légères saccades lorsqu’il était utilisé dans Cubase Pro, nettement moins en version standalone. Cela n’empêche pourtant pas de charger une bonne vingtaine d’instances sans constater de surcharge anormale du CPU. Le problème semble donc davantage lié à l’optimisation de l’interface qu’aux performances du moteur audio.
Autre point plus agaçant à l’usage, le comportement du scrolling de la souris sur les potentiomètres. En tournant la molette vers le bas, la valeur augmente, et inversement. Il ne semble pas possible de modifier ce réglage et, pour être honnête, je me suis fait piéger pendant toute la durée du test. En clair, quelques mises à jour seraient les bienvenues afin de corriger ces détails d’ergonomie qui peuvent devenir pénibles dans le cadre d’une utilisation intensive.
Par ailleurs, l’interface intègre les fonctions essentielles attendues, avec la gestion des niveaux d’entrée et de sortie, un noise gate doté d’une fonction « learn » pouvant éventuellement se substituer à une pédale dédiée, un accordeur précis dont le visuel aurait mérité d’être plus lisible, ainsi qu’une fonction « Doubler », devenue incontournable pour générer un effet stéréo à partir d’un signal guitare mono.

On dispose par ailleurs d’un chaînage en parallèle, en plus de l’agencement classique en série. Cela signifie qu’il est possible de combiner deux amplificateurs et deux enceintes, puis de mixer l’ensemble, aussi bien en termes de niveaux que de panoramiques.
Voici donc quelques extraits afin de vous faire une idée de la manière dont sonne Bias X, disons… au naturel :

- 1 – BlackFace 63 – 121 + D57_R12100:22
- 2 – Jazz Clean – 212 + C414_R12100:22
- 3 – AC Chime Gain 7 – 121 + C414_Rib121 + Clean Boost PL + Rev Plate00:25
- 4 – TwoStone Studio Gain 6 – 112 + D421_R121 + Clean Boost Ignite00:25
- 5 – British Lead – 412 + D57_C41400:28
- 6 – BE101 – 412 + D57_R121 + Rev Room00:23
- 7 – British 800 – 412 + D57_R121 + Rev Hall00:14
- 8 – Route 66 – 212 + D57_R121 + Clean Boost + Dly Time Fade + Rev Hall00:35
- 9 – Archon Lead – 412 + D57_R121 + Room00:18
- 10 – Insanity III – 412 + D57_R121 + Room00:18
- 11 – Treadplate – 412 + D57_R121 + Room00:18
Sur les sons clairs, le plugin s’en sort plutôt correctement. En revanche, j’ai trouvé que la gestion de la saturation, quel que soit son niveau, n’était pas totalement à la hauteur des standards actuels. Plus précisément, on retrouve bien le timbre général des amplis simulés, mais le jeu révèle rapidement le caractère numérique de certaines simulations. Ce dernier se manifeste notamment par un haut du spectre au rendu « chimique » assez marqué. Ce n’est pas foncièrement mauvais, mais certaines simulations flirtent parfois avec la caricature. J’ai d’ailleurs eu du mal à atténuer ce caractère, même en prenant le temps d’affiner les réglages des amplis et des enceintes. Bien entendu, en noyant le signal dans un peu de réverbe, celles proposées étant d’excellente qualité, et en ajoutant un égaliseur supplémentaire, il devient possible de retrouver davantage de naturel. Cette approche vient toutefois contredire quelque peu la philosophie de simplicité et d’assistanat que Positive Grid semble vouloir mettre en avant dans sa communication.
Génération de sons par intelligence artificielle : ce que propose l’IA de Bias X

Dans un premier temps, je lui ai donné des indications classiques, telles que n’importe quel guitariste/bassiste pourrait être amené à formuler : « I want a high-gain tone with a subtle room reverb », « I want a tone in the style of Andy Timmons » ou encore « I would like a large ambient clean tone ». Je vous laisse découvrir le résultat :

- 12 – IA – Modern High-Gain with Room00:18
- 13 – IA – I am a fan of Andy Timmons00:22
- 14 – IA – Large ambient clean tone00:35
- 15 – IA – Lead tone with HG amp + ST Dly + Hall00:24
Objectivement, l’IA est plutôt dans le vrai, et ce, dès la première proposition. Il s’agit donc d’un moyen efficace de se façonner rapidement un son, quitte à le retravailler manuellement par la suite. C’est également un excellent outil pédagogique pour les débutants, puisqu’il permet de mieux comprendre l’enchaînement des effets et les différences de caractère entre les amplificateurs.
L’exercice se complique ensuite. Puisque Bias X le permet, j’ai chargé un fichier audio afin que le plugin me propose un préréglage similaire. Pour l’anecdote, il s’agit d’une prise réalisée lors du test du plugin Misha Mansoor X. Bias X me propose alors quatre préréglages, que je vous laisse écouter :

- 16 – Ref Neural DSP – Misha Mansoor00:32
- 17 – IA – Proposition 100:33
- 18 – IA – Proposition 200:33
- 19 – IA – Proposition 300:33
- 20 – IA – Proposition 400:33
Les trois premières propositions sont assez éloignées de l’original, tandis que la dernière se montre un peu plus crédible, bien que l’on reste très loin d’une copie carbone. Pourtant, l’exercice avait ici tout pour être pertinent, puisqu’il s’agissait d’une piste de guitare totalement isolée. On obtient bien quatre préréglages orientés high-gain, mais le timbre n’est jamais réellement juste. Si l’on perçoit une réverbe, le délai semble quant à lui avoir été totalement ignoré. Dans l’ensemble, le résultat reste assez moyen.
Enfin, j’ai souhaité mettre l’IA à l’épreuve dans un cas plus réaliste, où la guitare n’est plus isolée, mais intégrée à un mix. Pour l’occasion, j’ai utilisé l’une de mes propres productions. Je vous laisse écouter l’interprétation proposée par Bias X :

- 21 – Ref – Son album00:20
- 22 – Proposition son album + Doubler00:18
J’ai ici obtenu plusieurs propositions totalement inexploitables. Celle retenue dans le cadre du test est finalement la moins mauvaise, mais j’ai dû couper la réverbe d’origine, beaucoup trop envahissante. J’ai également utilisé la fonction Doubler afin de recréer une sensation de stéréo se rapprochant de la production originale. Là encore, le résultat demeure assez moyen. On obtient bien un son high-gain, mais la balance tonale reste très éloignée de la référence.