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Rencontre avec David Manley

Rencontre avec David Manley

Cela fait maintenant un demi-siècle que David Manley est une figure incontournable dans le monde de l'audio pro. Designer de génie, grand spécialiste du tube, il a travaillé pour les plus grands... et débarque sur AudioFanzine !

 

Lors de l 'AES, Denfert et votre servi­teur passent sur le stand de Funky Junk pour y prendre quelques photos et recueillir les nouvelles en vue de news à publier. Nous avons le bonheur de tomber sur M. David Manley, une légende vivante du maté­riel audio haut de gamme. Une longue, longue discus­sion s’en­gage qui se termi­nera par une invi­ta­tion à dîner chez lui. C’est cette soirée que nous allons vous faire vivre.

 

Qui est David Manley ?

Si vous posez la ques­tion à Alan Shaw, croisé lui-aussi sur l’AES, David Manley n’est ni plus ni moins que « the godfa­ther of sound » (le parrain du son). De la part du concep­teur des enceintes Harbeth qui équipent les studios de la BBC, entre autres, le compli­ment produit forcé­ment son petit effet. Et c’est lorsqu’on se penche sur la bio de Sir Manley qu’on mesure la justesse du propos.

David Manley est né en Afrique du Sud en 1939. Son père, ingé­nieur anglais, est admi­nis­tra­teur. Il est malade et la mère de David se retrouve vite seule pour élever son fils, lequel fait déjà montre d’un prodi­gieux sens de l’in­gé­nie­rie de l’élec­tro­nique et du son. Il réalise en effet son premier ampli­fi­ca­teur à tubes à l’âge de 7 ans (les tran­sis­tors ne seront inven­tés que l’an­née suivante).
A 12 ans, David Manley réalise un émet­teur radio de 500 Watts. Un modèle tout à fait illé­gal, mais surtout excep­tion­nel puisque les stan­dards de l’époque tournent autour de quelques watts de puis­sance !

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Sa mère le voulait méde­cin mais David, soucieux notam­ment d’évi­ter à sa mère le poids finan­cier de longues études, tourne le dos à la faculté. Il sera ingé­nieur du son. Il part pour l’An­gle­terre où son savoir faire lui permet d’in­té­grer comme étudiant ingé­nieur l’EMI REDD (Research, Engi­nee­ring, Design and Deve­lop­ment), le labo­ra­toire où sont construites les consoles, enre­gis­treurs, ampli­fi­ca­teurs et les nombreux équi­pe­ments élec­tro­niques qui équipent les studios d’EMI. David Manley y parti­cipe notam­ment à la créa­tion des fameux enre­gis­treurs à bande EMI TR90.

A l’époque, EMI compte déjà parmi les plus impor­tantes maisons de disques et possède à ce titre, de nombreux studios à travers le monde, dont le célèbre Abbey Road de Londres, qui en plus d’être un haut lieu de l’en­re­gis­tre­ment de la musique clas­sique, demeure surtout célèbre pour avoir été l’antre des Beatles.

David Manley rejoint vite la divi­sion EMI / Abbey Road Clas­si­cal Recor­ding où il travaille ses tech­niques d’en­re­gis­tre­ment. A ce propos, il nous explique d’ailleurs sa défi­ni­tion de l’ingé­nieur du son, terme qui fait parfois tant débat : « Je suis un ingé­nieur du son. Vous savez pourquoi ? Parce que si un problème tech­nique survient pendant une séance, je peux répa­rer. Il y a plein de gens qui enre­gistrent ou qui mixent et le font très bien. Mais ils ne savent pas inter­ve­nir eux-même en cas de panne. Ce sont des  »sound opera­tors" (opéra­teurs du son), pas des ingé­nieurs du son".

Les enre­gis­tre­ments réali­sés à l’époque par Manley deviennent des réfé­rences pour les audio­philes cepen­dant que David, en plus de son travail chez EMI, Manley travaille en extra pour Decca Clas­si­cal. Nous sommes en 1958 et il n’a alors pas encore 19 ans quand ses employeurs l’en­voient en Afrique du Sud pour refaire le studio d’EMI à Cape Town, bien mal en point. David a droit à quelques vacances. Il est convenu qu’après la réor­ga­ni­sa­tion et réfec­tion du studio, il restera un bon mois dans son pays natal pour rechar­ger les batte­ries.

Le voilà donc en congés depuis quelques jours lorsqu’il discute un soir dans un bar autour d’une bière avec un type bien sympa­thique :

« Et toi, que fais-tu dans la vie ? demande l’homme.
- Je travaille dans les studios. Pour EMI.
- Ah ! Tu es peut-être mon sauveur !
 »

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Car l’homme en ques­tion a un problème : il a obtenu de la radio natio­nale à Cape Cod la mise à dispo­si­tion excep­tion­nelle de studios pour enre­gis­trer. Mais son ingé­nieur du son est à l’hô­pi­tal. La date fati­dique approche, les studios sont réser­vés, l’or­chestre, tout le monde est prêt, mais personne n’est là pour super­vi­ser l’en­re­gis­tre­ment. Serviable, David accepte de donner un coup de mains. Il est loin de se douter alors que son inter­lo­cu­teur n’est autre qu’Er­nest Flei­sch­man, qui devien­dra plus tard direc­teur du Los Angeles Phil­har­mo­nic.

David s’at­telle donc à la tâche. Il n’a que quelques jours devant lui. Il commence par décou­vrir que le maté­riel d’en­re­gis­tre­ment est « digne d’un petit home studio mal orga­nisé ». Il refait tout et équipe l’en­tre­prise d’un équi­pe­ment digne de ce nom.

De fil en aiguille, David se retrouve ainsi asso­cié de Flei­sch­man. Ensemble, ils vont créer un des plus impor­tants festi­vals de l’époque, l’un s’oc­cu­pant de la direc­tion tech­nique, l’autre de la direc­tion artis­tique. Ce faisant, ils vont aussi contri­buer de façon rocam­bo­lesque au démé­na­ge­ment d’Al­le­magne en Afrique du Sud d’un des plus grand plané­ta­rium au monde. Ils seront surtout asso­ciés dans un studio qui va deve­nir plus que consé­quent. Tout cela alors que David Manley n’a même pas l’âge légal pour être asso­cié dans une affaire ou en gérer une !

En quelques années, le studio Manley-VanNei­kerk va se déve­lop­per et deve­nir un complexe avec des filiales dans diffé­rentes villes, des salles de maste­ring et même une usine de pres­sage de disques. David fabrique tout l’équi­pe­ment élec­tro­nique (à lampes) et conçoit l’en­vi­ron­ne­ment acous­tique utilisé dans les studios. Il inter­vient aussi dans le domaine de l’image, tour­nant et réali­sant des centaines de publi­ci­tés. Dans le sillage de cette expé­rience, il réali­sera égale­ment un an d’épi­sodes pour une série de la BBC.

 

L’aven­ture VTL

Après plus de 10 ans, il vend les studios à Teal/RCA, achète et rénove un hôtel parti­cu­lier de 19 pièces dans lequel il ouvre… un maga­sin de Hi-Fi ! On n’y trouve que le fin du fin. Mais le démon de la concep­tion ne le lâche pas. Comme il pense que personne ne peut construire de meilleurs équi­pe­ments à lampe que lui, il se lance égale­ment dans la produc­tion d’am­pli­fi­ca­teurs.

Le besoin de quit­ter défi­ni­ti­ve­ment l’Afrique du Sud se fait toute­fois sentir et David s’em­barque sur un yacht pour navi­guer dans l’Océan Indien, notam­ment du côté de la Réunion et de l’Ile Maurice. Passionné par les bateaux tradi­tion­nels locaux et leurs méthodes de construc­tion, il traverse la Mer Rouge avec deux navires, passe par le canal de Suez, fait étape à Chypre et arrive enfin en Grande Bretagne. La vente de son plus gros bateau lui permet alors de finan­cer sa prochaine entre­prise, VTL (Vacuum Tube Logic), qui fabrique des amplis Hi-Fi.

Luke Manley

A dire vrai, les affaires marchent mal mais Luke, le fils ainé de David, est arrivé aux Etats-Unis où il a commencé la distri­bu­tion des amplis VTL. Ces derniers rencontrent là-bas un peu plus de succès que sur le vieux conti­nent, sans que leur vente ne puisse cepen­dant assu­rer la fortune fami­liale. Cédant aux instances de Luke, David se rend alors aux USA et installe sa société à New York.

Alors que la fabri­ca­tion et la commer­cia­li­sa­tion des amplis VTL est encore arti­sa­nale, David rencontre un asia­tique qui lui propose une commande de… plusieurs centaines d’uni­tés ! Manley avoue son inca­pa­cité à four­nir une telle quan­tité, sauf si… Le client met alors la main à la poche et signe un gros acompte qui permet à David et Luke de partir pour le sud de la Cali­for­nie où ils savent pouvoir trou­ver des moyens tech­niques et humain de produc­tion et d’ap­pro­vi­sion­ne­ment. Ils achètent alors une usine à Chino, et passe une étape déter­mi­nante dans le déve­lop­pe­ment de VTL

La qualité des amplis VTL, la connais­sance de l’en­vi­ron­ne­ment de studio et les compé­tence irrem­plaçables de David en maté­riel à lampes amènent les ingé­nieurs du son à lui deman­der du maté­riel plus orienté studio. Sous la marque Manley Labs, ce dernier déve­loppe et commer­cia­lise alors toute une gamme d’équi­pe­ment de studio à lampes dont des préam­plis micro, des égali­seurs, des conver­tis­seurs analo­gique/numé­rique. Vient ensuite le rachat de la marque améri­caine Lange­vin.

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Après quelques temps, il devient néces­saire de sépa­rer VTL et Manley Labs. D’au­tant que David a entre temps créé un label de musique : Vital. Il laisse donc les commandes de VTL aux mains de son fils et gère Manley Labs avec son épouse, Eve Anna. En 1996, il se retire pour­tant de l’af­faire pour reprendre sa liberté.

En bon fran­co­phile, il s’ins­talle alors à Paris, sur une péniche, où il vit avec sa nouvelle compagne et mène une acti­vité de consul­tant pour les studios euro­péens. Mais il ne peut pas rester bien long­temps sans remettre les mains dans le cambouis, et recom­mence donc à fabriquer des équi­pe­ments de studio.

Après plusieurs années de batailles juri­diques avec son ex-épouse, il a récem­ment retrouvé le droit d’uti­li­ser son propre nom comme marque. Installé en grande banlieue pari­sienne, il s’en­toure alors d’une petite équipe pour fabriquer des équi­pe­ments pour studios et « home-studios » dispo­nibles désor­mais sous la marque « David Manley Paris ».

Et c’est préci­sé­ment dans son nouveau fief que nous sommes allés lui rendre visite, histoire de visi­ter son atelier, de voir quelques fameux proto­types, et de parler audio, évidem­ment…

 

Dans l’antre de la bête…

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Passer une soirée chez David Manley, c’est d’abord être accueilli par un homme, son épouse et une équipe abso­lu­ment char­mants. Et puis, on écoute. Parce que David, il n’y a pas besoin de le faire parler. Il n’est pas avare d’in­for­ma­tions, d’anec­dotes savou­reuses et d’ex­pli­ca­tions tech­niques.

Non seule­ment il aime parta­ger son savoir, mais il sait le mettre à la portée des non initiés. Des quatre invi­tés, seul Jazzy Pidjay, notre nouveau modé­ra­teur théma­tique de tech­niques du son avait de sérieuses connais­sances en tech­no­lo­gie des lampes (il fabrique d’ailleurs ses propres micros et préam­plis à lampe). Pour­tant, David n’a pas hésité à expliquer clai­re­ment les choses pour les mettre à notre portée.

Oui, c'est un tube...

La visite de l’ate­lier est à elle seule fasci­nante. Elle nous fait plon­ger dans un univers sans doute fami­lier des élec­tro­ni­ciens, mais ô combien intri­gant pour les non-initiés.

De multiples appa­reils de mesure côtoient le maté­riel en cours de réali­sa­tion. Les cartons de lampes diverses et variées squattent le haut des étagères et David nous sort des trésors avec gour­man­dise, comme ce minus­cule objet bicé­phale dans lequel personne d’entre nous n’a su recon­naître un tube. Ou encore les stocks de lampes mili­taires rares récu­pé­rées avec amour en vue de produc­tions futu­res…

Qui veut des lampes ?

A une ques­tion tech­nique poin­tue que lui pose Jazzy Pidjay, David sort aussi une véri­table bible de la lampe, un recueil indexant pratique­ment toutes les réfé­rences de tubes exis­tants, avec leurs carac­té­ris­tiques complètes : le genre de rareté à faire sali­ver plus les adeptes du DIY qui doivent parfois écumer le net pendant des heures pour trou­ver le moindre rensei­gne­ment dispo­nible en 5 mn dans un tel ouvrage, hélas introu­vable.

David Manley prend aussi le temps de nous parler tôle­rie. Eh oui ! Les appa­reils ne se limitent pas aux circuits et aux lampes. Outre les diffé­rents contrôles, il faut bien les enclore dans des boîtiers. Et sur ce sujet, David fait preuve d’une extrême exigence.

 

 

La vieille Europe, terre bénie ?

L’homme exprime aussi son amour de l’Eu­rope et parti­cu­liè­re­ment de la France pour le goût des bonnes choses. Certains de ses produits sont desti­nés essen­tiel­le­ment au marché français. Pourquoi ? Parce que d’après lui, on sait recon­naître la qualité en France, et les gens préfèrent inves­tir dans un appa­reil qu’ils conser­ve­ront indé­fi­ni­ment que dans une m… pas chère à la mode qu’ils chan­ge­ront un an plus tard.

Si ce regard d’an­glais né en Afrique du Sud et ayant exercé une bonne partie de sa carrière aux Etats Unis nous fait bien plai­sir, souhai­tons que ce point de vue ne soit pas trop idéa­lisé. David souligne au passage le savoir faire français en matière de boîtiers métal, ce que mon expé­rience passée dans l’in­dus­trie m’avait déjà laissé voir.

C’est aussi le moment de discu­ter de l’es­thé­tique et du look des produits. Ceux de David sont habillés d’une belle robe rouge, mais les plus sages pour­ront les comman­der en noir ou en gris. De toutes façons, on recon­naît un Manley au premier coup d’oeil, quelle que soit sa couleur. Le look, avec ses switchs tout simples, ses gros potars et ses capots de diodes vintage, ses étiquettes gravées à la place de toute séri­gra­phie, tout concourt à produire un look « labo » et arti­sa­nal.

On peut aimer ou pas, mais quelle gueule ! Et, au contraire des desi­gns hyper modernes, ça ne risque pas de vieillir! On retrouve aussi comme constante sur l’en­semble des produits une dispo­si­tion claire et ergo­no­mique. On sent bien que la docu­men­ta­tion n’a pas besoin d’être bien épaisse : on a tout sous les yeux (et les doigts).

Une plon­gée sur les circuits en cours de montage nous montre un des points qui fait – outre sa concep­tion – la qualité légen­daire du maté­riel Manley. Tout est câblé en point par point avec, quand cela d’avère néces­saire, des soudures (parfaites) à l’ar­gent.

D’ailleurs, pour avoir précé­dem­ment travaillé dans diffé­rents domaines de fabri­ca­tion, j’ai appris qu’un produit bien conçu et réalisé avec soin dégage en lui-même une certaine beauté. C’est le cas des circuits Manley. Pas besoin de s’y connaître beau­coup en élec­tro­nique pour voir au premier coup d’oeil que c’est du sacré bon boulot !

Contre les idées reçues…

Le matos est une chose, la théo­rie en est une autre. Au cours de la discus­sion, David Manley balaye ainsi quelques idées reçues et assène quelques sentences savou­reuses.

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Le son d’une lampe ?

« Quel est le son d’une lampe ? Aucun ! Aucune lampe ne sonne de façon parti­cu­lière. C’est la façon dont on la fait travailler, le circuit qui l’ali­mente qui va lui donner sa couleur sonore ». Ça ne signi­fie pas évidem­ment qu’on peut utili­ser n’im­porte quelle lampe dans n’im­porte quelle situa­tion, certaines lampes étant plus aptes à travailler dans tel domaine et telle façon.

De même, lorsqu’on parle de la « chaleur » ou la colo­ra­tion des lampes, c’est pour M. Manley une certaine contre­vé­rité. Une lampe ne sonne pas forcé­ment chaud. Bien évidem­ment, on peut lui faire géné­rer ces harmo­niques et cette satu­ra­tion si propice au beau son, mais la présence d’une lampe dans un appa­reil n’au­gure en rien d’un « son chaud ». Tout dépend une fois encore du circuit, de la démarche du concep­teur. Sans comp­ter qu’il rappelle avec malice que dans certains produits, les lampes sont plus là pour la déco (et le marke­ting) que pour le son. (Note de Los Teignos : ou pour jouer dans le noir…).

Le disque vinyl ?

« Vous savez ce qu’on peut faire de mieux avec un disque vinyle? Le mettre au mur pour s’en­traî­ner au tir ! » J’en connais qui vont s’étran­gler ! Il ferait pour­tant mieux de suivre l’ex­pli­ca­tion qui nous a été four­nie : sur un disque vinyle tour­nant à une vitesse donnée, la distance parcou­rue par le diamant n’est pas la même à chaque tour à l’ex­té­rieur du disque (début) et vers le milieu (fin).
Sur un 33 tours, la tête parcours à peu près 91 cm par tour exté­rieur soit 30 mètres par mn. Vers le centre, la taille d’un tour n’est plus que de 40 cm soit 13 m 50 par mn. Soit seule­ment 45% de distance en moins. Comment alors, compte tenu des contraintes de taille de rainures liée à la matière et à la fabri­ca­tion, obte­nir un même son ? Impos­sible. Ainsi, d’après Manley, le son perd en aigus entre le début et la fin d’une face.

De même, lorsque l’ai­guille parcours un sillon, les sillons avoi­si­nants «  pleurent » sur l’ai­guille, para­si­tant (certes à faible niveau) la lecture du sillon en cours. Sachant cela, on est en droit de préfé­rer le son d’un disque vinyle, mais la préten­due ‘meilleure qualité sono­re’ avan­cée par certain se montre indé­fen­dable, même si le maxi 45 tours souffre moins de ces défauts que le 33 ou le 45 tours.

 

Les audio­philes et la Hi-Fi.

Manley ne semble pas éprou­ver un amour infini pour les tétra­ca­pil­lec­to­mistes (coupeurs de cheveux en quatre)  qui dissertent à longueur de temps des quali­tés de tel ou tel câble. Sans évidem­ment nier l’im­por­tance d’un bon choix de maté­riel, il semble agacé par ceux qui semblent plus se passion­ner par le choix du maté­riel que par l’écoute de la musique. Car Manley aime la musique. Son rapport au maté­riel est un rapport de fonc­tion. Il n’est pas passionné par le maté­riel lui-même, mais par le résul­tat sonore qu’il peut produire.

Et si vous avez encore des doutes sur l’im­por­tance du son pour David Manley, voyez ici sa vision du home cinéma !

Au passage, j’ai eu moi aussi ma petite remise en place des idées. Comme beau­coup de membres d’Au­dio­fan­zine, je m’in­té­res­sais peu à la Hi-Fi. J’ai un assez bon équi­pe­ment dans mon salon (un son encore meilleur que dans mon studio) et ça s’ar­rête là. « La Hi-Fi, c’est bon pour les non-musi­ciens. Nous, ce qui doit nous inté­res­ser, c’est le travail du son en studio » : voilà en gros ce que je pensais et fort de cette certi­tude, j’al­lais régu­liè­re­ment écou­ter les nouveau­tés en systèmes de moni­to­ring et autres équi­pe­ments de studios, sans jamais me préoc­cu­per de nouvelles enceintes Hi-Fi.

Les propos de David Manley m’ont, au fur et à mesure de la soirée, fait voir à quel point cette vision des choses est idiote. La musique que nous créons, enre­gis­trons et mixons n’est pas faite pour être écou­tée en studio sur des enceintes de moni­to­ring, mais pour être diffu­sée sur des systèmes variés, si possible Hi-Fi. Ne pas s’in­té­res­ser à la chose, ne jamais se pencher sur la Hi-Fi et la diffu­sion, revient à prépa­rer un concert sans se préoc­cu­per du public.

Évidem­ment, en mixant, on se soucie toujours de la façon dont le morceau va sortir sur diffé­rents systèmes d’écoute. Mais s’in­té­res­ser aussi au maté­riel Hi-Fi, à ses évolu­tions, aux nouveau­tés qui sortent, aux modes sonores, au regard des jour­na­listes spécia­li­sés et des vendeurs de maté­riel me semble désor­mais être un point à ne pas négli­ger pour réali­ser de belles produc­tions.

A propos de Hi-Fi, d’ailleurs, il y avait tant à voir et tant à dire que le temps nous a manqué pour écou­ter tranquille­ment les nombreux systèmes présents. Nous avons tout de même pu en écou­ter un peu dont les énormes enceintes (aussi grande que David Manley) qui ornent le show-room, mais aussi les magni­fiques enceintes réali­sées par un des nombreux ami de David, Alan Shaw (dont nous avons parlé dans la première partie), qui four­nit notam­ment la BBC. Ces enceintes, bien que de taille rela­ti­ve­ment modeste, ont un son abso­lu­ment merveilleux. Large et précis tout en étant chaleu­reux, plein et velouté. Un véri­table régal ! A ceux qui ne jurent que par la « chaleur » du disque vinyle par oppo­si­tion à la « froi­deur » du CD, on peut alors clai­re­ment répondre que la chose dépend beau­coup du système d’écoute.

 

Ampli­fi­ca­teurs stéréo

Beau­coup de gens pensent qu’un ampli Hi-Fi stéréo revient moins cher que deux amplis mono. Qu’est-ce qui fait la diffé­rence ? En fait, d’après David Manley, le contenu d’un ampli stéréo et de deux amplis mono (de qualité) est assez simi­laire. Côté ampli stéréo, on écono­mi­se… sur la carros­se­rie, c’est à dire pas grand chose en regard du prix des compo­sants (je rappelle qu’on parle de haut de gamme).  Par contre, au niveau concep­tion, les choses sont plus compliquées, notam­ment au niveau de l’ali­men­ta­tion. Sans comp­ter le risque d’in­ter­fé­rences entre les deux canaux s’ils sont dans un même boîtier. De fait, pour Manley, lorsqu’on n’a pas de problème de place, il y a tout lieu en Hi-Fi de préfé­rer deux ampli­fi­ca­teurs mono à un ampli­fi­ca­teur stéréo.

David Manley Origi­nal Paris

Evidem­ment, nous avons aussi regardé et discuté des derniers équi­pe­ments réali­sés par David. Il serait trop long ici de parler de la tota­lité de la gamme. Si vous êtes inté­ressé par les produits David Manley Origi­nal Paris, contac­tez son distri­bu­teur Funky Junk pour tous les détails.

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Quant à nous, nous nous canton­ne­rons à l’évo­ca­tion de trois équi­pe­ments qui semblent assez bien résu­mer la philo­so­phie de concep­tion chez Manley.

 

Le Moni­tor Contro­ler

Il s’agit, comme son nom l’in­dique, d’un système pour moni­to­ring « semi-passif ».
On dispose de 5 sélec­teurs d’en­trée : pas d’une entrée avec un sélec­teur 5 posi­tion (David déteste les switch qui peuvent s’en­cras­ser), mais d’un sélec­teur ON/OFF basé sur un relais pour chaque entrée, ce qui permet d’écou­ter plusieurs sources simul­ta­né­ment. Chaque sélec­teur dispose d’une LED signa­lant que l’en­trée est en fonc­tion­ne­ment.

On dispose en outre :

  • d’un contrôle de volume stéréo
  • d’un switch mono à main­tien tempo­raire (on repasse en stéréo quand on le relâche : pratique pour contrô­ler d’éven­tuels problèmes de phase).
  • d’un mute (géné­ral)
  • d’un mute gauche et mute droit, eux aussi à main­tien tempo­raire
  • d’un sélec­teur ampli A (par exemple pour des moni­teurs de proxi­mité), ampli B (par exemple pour les moni­teurs à distance) et casque.

L’ap­pa­reil comporte un ampli casque inté­gré de 30 Watts avec un conver­tis­seur d’im­pé­dance pour gérer les longs câbles. Celui-ci ne colore pas le son, d’où l’ap­pel­la­tion « semi-passif ».

 

Le ELMU

Il s’agit d’un limi­teur/compres­seur 4 canaux Vari-Mu et élec­tro-optique. Elec­tro-optique comme le LA2A, mais le circuit conçu par David Manley est tota­le­ment symé­trique. Les 4 canaux peuvent être utili­sées en chaîne ou sépa­ré­ment. Ainsi, la compres­sion élec­tro-optique peut rentrer dans la Vari-Mu, mais on peut aussi l’uti­li­ser pour de la guitare ou de la basse tandis que le Vari-Mu travaille sur des voix en stéréo, ou sur deux canaux mono, etc.

On peut insé­rer un égali­seur entre les deux compres­seurs, inver­ser l’ordre des compres­seurs, etc.
On ne rentrera pas dans les détails des circuits (sans PCB, tout est câblé en point par point à la soudure d’ar­gent), mais disons simple­ment que le compres­seur Vari-Mu dispose d’une paire de lampes triodes (comme sur le Fair­child) couplé selon un système propre à Manley.

 

Le MVCO (Mono Vintage Combo)

Il s’agit d’un préam­pli muni d’une entrée micro (avec alim fantôme) et d’une entrée instru­ment utili­sables simul­ta­né­ment. Chaque entrée dispose de son propre contrôle de volume tandis que l’en­trée instru­ment est égale­ment munie d’un contrôle clean/dirty pour obte­nir, par exemple, des sons crunch sur une guitare.

Le signal passe ensuite par un égali­seur 3 bandes au son vintage, puis par le master volume/over­drive du préam­pli pour entrer dans un compres­seur avec niveau d’en­trée, de sortie et release réglables (l’at­taque est fixe à 50 ms). On dispose enfin d’un bouton permet­tant de shun­ter le compres­seur tout en conser­vant ses réglages.

A noter que l’ap­pa­reil existe aussi en version stéréo (SVCO).

 

Note : avant de lais­ser la parole à Los Teignos, je tiens à remer­cier David et Véro­nique Manley pour leur accueil chaleu­reux et leur dispo­ni­bi­lité, de même que l’équipe de Manley pour leur dévoue­ment.

Un nouvel AFien ?

L’ar­ticle de Billy­Boy pour­rait sans problème s’ar­rê­ter là… Entre la bio de Mister Manley, le récit de notre rencontre avec lui et les quelques points de vue inté­res­sants qui s’en sont déga­gés, il y a déjà de quoi occu­per un bon dimanche de lectu­re… et une bonne semaine de discus­sion sur les forums.

Sauf que c’est à moi que revient le privi­lège de mettre la cerise sur ce sympa­thique gâteau. Et pour le coup, je devrais plutôt parler de ceri­sier sur la patis­se­rie. Loin de se conten­ter d’une rencontre, l’ami David envi­sage en effet de prendre part plus acti­ve­ment à Audio­Fan­zine.  Comment ? En inter­ve­nant régu­liè­re­ment sur nos pages au sein d’une chro­nique péda­go­gique. De quoi ça parlera ? D’au­dio évidem­ment, de tubes bien sûr et de tout ce qui, de près ou de loin, est suscep­tible d’in­té­res­ser le musi­cien un tant soit peu curieux… Avouez qu’on peut diffi­ci­le­ment rêver d’un meilleur inter­ve­nant !

Sur ce, je laisse le soin à David de se présen­ter lui-même…

Los Teignos

 

"Bien, bien, bien ! Je me présente : David Manley, nouveau rédac­teur d’Au­dio­Fan­zine. Je consi­dère comme un honneur et un privi­lège de parta­ger mes connais­sances et d’in­for­mer les inter­nautes de ce site, mais c’est aussi mon devoir que de le faire. J’ai une véri­table passion pour les gens qui font du son et de la musique, et tout spécia­le­ment pour les jeunes qui débutent. Moi-même à 66 ans, j’ap­prends encore de nouvelles choses tous les jours alors que j’ai été dans tous les secteurs de l’in­dus­trie audio depuis 50 ans. Ce que je dirais à mon sujet tient en quelques mots : j’ai été formé pour conce­voir des équi­pe­ments audio, pour être ingé­nieur du son et, de ce fait, j’ai conçu plus de 100 studios et salles de maste­ring ! Et plus d’un millier d’équi­pe­ments studio et Hi-Fi.

Mais assez parlé de moi ! Pourquoi ai-je envie d’écrire pour Audio­Fan­zine ? Parce que mon métier est ma passion, la musique et le son sont ma passion, et qu’en­fin, je prend un véri­table plai­sir à échan­ger avec d’autres passion­nés par ces sujets, à les infor­mer correc­te­ment (vous, chers lecteurs !). Or, pour être honnête, bien des sujets essen­tiels sur l’au­dio n’ont jamais été abor­dés, ici ou ailleurs, par des gens qui s’y connaissent vraie­ment…

J’es­père donc vous parler de sujets qui ne sont pas abordé dans des livres (à moins que vous ne dispo­siez d’une biblio­thèque exhaus­tive des publi­ca­tions dans le domaine depuis les 50 dernières années, ce qui est mon cas). Ayant travaillé avec beau­coup de gens dans le monde du son et de la musique, je pense avoir bien des choses à racon­ter sur ce sujet et, après avoir rencon­tré quelques très grands chefs d’or­chestres, compo­si­teurs, instru­men­tistes, chan­teurs ou rockers de tous hori­zons, je crois avoir gagné mes galons de « petit musi­co­lo­giste ».

Une seule chose: je n’écri­rai pas sur le maté­riel que je construis avec mon entre­prise. Mais je pour­rais expliquer mes choix dans leur concep­tion pour que vous puis­siez comprendre un peu mieux. Quoi qu’il en soit, je vous promets de vous infor­mer et de vous diver­tir. J’écri­rai en anglais (car je suis anglais !) mais j’adore la langue de Molière et je vis en France ! Je ne peux malheu­reu­se­ment pas m’ex­pri­mer correc­te­ment dans cette langue. Je serai donc traduit par l’équipe d’Au­dio­Fan­zine.

A très bien­tôt sur Audio­Fan­zine, donc."

David Manley.

 

 

 

  • warlus1 918 posts au compteur
    warlus1
    Posteur·euse AFfolé·e
    Posté le 22/08/2012 à 22:29:26
    article très instructif !
  • tangai 1511 posts au compteur
    tangai
    AFicionado·a
    Posté le 07/01/2013 à 16:53:24
    RIP ? http://www.theaudiobeat.com/blog/david_manley.htm
  • jeff 7 adore. 2737 posts au compteur
    jeff 7 adore.
    Squatteur·euse d’AF
    Posté le 06/12/2014 à 10:37:44
    Rhhhooo ...quel dommage qu'il nous ai quitté David!
  • Will Zégal 69991 posts au compteur
    Will Zégal
    Will Zégal
    Posté le 19/12/2014 à 07:39:46
    Oui, David Manley est mort il y a quelques années (déjà !)

    Notez que l'article dont je suis l'auteur est sans doute à prendre avec quelques pincettes. Depuis sa rédaction, nous avons eu l'occasion d'en savoir plus sur David et il faut probablement faire la part, dans ce qui est dit dans l'article, entre les faits historiques et la légende qu'il s'est construite.

    Cet article extrêmement laudatif ne tient ses sources que des dires de David lui-même et d'une bio figurant sur le site de VTL et est plus à prendre comme le fruit de l'admiration pour le personnage à l'époque de cette rencontre que comme une vraie enquête journalistique.

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