Façonner le mixage d’un groupe lors d'un concert est un exercice grisant, surtout quand tout se passe bien. Mais face aux mille et une galères qui peuvent survenir en live, garder son sang-froid et disposer d’un plan de secours est essentiel pour éviter de gâcher la fête. Voici donc nos meilleurs conseils pour vous aider à assurer face aux imprévus. C’est parti !
Comment anticiper un problème de courant dans la régie ?
Une panne de courant en live, c’est un peu comme une panne de moteur en pleine mer, plus rien ne fonctionne et le show s’arrête net. Voire pire, parfois le système ne démarre même pas. Donc, si votre régie de sonorisation travaille avec une alimentation triphasée (ce qui est le cas de la plupart des salles de concert), il est impératif de vérifier le réseau électrique local avant même de brancher votre rack d’amplificateurs. Un fil neutre manquant ou d’autres problèmes mal anticipés peuvent, dans le pire des cas, détruire le matériel définitivement.
Par conséquent, prenez toujours quinze minutes avant d’attaquer votre prestation pour vérifier la santé du câblage de l’alimentation de votre système sono, à l’aide d’un testeur de tension (par exemple, un modèle Duspol). Si vous n’êtes pas à l’aise avec un testeur de tension, vous pouvez utiliser un testeur de prise plus simple comme un modèle Voltcraft ST-16B.
Cet appareil affiche en un coup d’œil un message d’état concernant les phases, le neutre et l’ordre des phases, et peut être utilisé par des personnes non initiées en quelques coups de cuillère à pot. Enfin, si vous n’avez besoin que d’une prise électrique standard pour alimenter votre équipement, il est aussi fortement conseillé de localiser le tableau électrique correspondant avant le début de l’événement et de s’assurer qu’il reste facilement accessible pendant toute la durée du show.
Comment réagir face à un transducteur qui tombe en panne ?
Le groupe est pressé, les musicien·nes sont stressé·es et veulent vite terminer la balance, mais un des tweeters du système de façade ne produit plus qu’un son grésillant, et, bien sûr, vous n’avez pas d’enceinte de rechange…
L’improvisation est alors essentielle. Avant tout, vous devez bien connaître votre rack d’amplis, votre contrôleur et les valeurs d’impédance nominale des enceintes. En réalité, presque tous les problèmes de sonorisation peuvent être contournés de façon à assurer le concert, tandis que les véritables réparations pourront attendre.
Souvent, si une des enceintes principales tombe en panne, un petit moniteur de rechange pourra facilement être utilisé pour la remplacer. Il est donc utile de préparer et de sauvegarder un réglage adapté à cette situation sur votre contrôleur. Mais sinon, en cas de défaillance d’une enceinte, d’une sortie d’un contrôleur ou d’un canal d’amplification, le spectacle pourra aussi être diffusé en mono, ce qui passera probablement inaperçu pour la plupart des auditeur·ices. Malheureusement, les pannes d’enceintes actives sont plus difficiles à compenser, il est donc toujours préférable de disposer d’une enceinte de rechange en régie, surtout pour les événements de grande envergure.
Sauvegarder et sécuriser votre session
Plusieurs groupes jouent dans la même soirée, et votre artiste est en tête d’affiche : rien d’extraordinaire, n’est-ce pas ? Mais juste avant qu’il·elle monte sur scène, vous vous apprêter à charger votre préset de balance, et là, catastrophe : votre configuration a été écrasée par erreur par le·la collègue inexpérimenté·e du groupe qui jouait en en première partie. Toutes nos condoléances.
Donc, si plusieurs personnes utilisent la même console de mixage, il est conseillé d’enregistrer votre session en double sur deux emplacements bien distincts, et d’en faire une copie de sauvegarde supplémentaire sur un ordinateur portable ou une clé USB, au cas où la console serait réinitialisée par erreur. Ce qui, croyez-nous sur parole, arrive beaucoup plus souvent qu’on ne pourrait l’imaginer.
Sans fil ou sans filet ?
En matière de système sans fil, nous avons tous·tes entendu cette phrase un jour : « Mais je ne comprends pas, pourtant ça fonctionnait bien tout à l’heure ! ». En réalité, une connexion sans fil stable n’est jamais garantie à 100% et nécessite une certaine planification, surtout lorsqu’on utilise plusieurs systèmes en simultané.
Certains fabricants (Shure ou Sennheiser, par exemple) proposent des logiciels gratuits permettant de calculer les fréquences optimales pour les configurations d’envergure. Sur place, la portée du réseau sans fil peut également être vérifiée à l’aide d’un scanner RF afin de détecter d’éventuelles interférences. De plus, lors de la balance, il est conseillé de parcourir l’ensemble de la scène avec les différents systèmes sans fil, afin de bien s’assurer que la connexion reste stable partout.
Mais que faire si, malgré toutes vos précautions, la connexion se coupe quand même ? La réponse est simple : préparez un ensemble de micros de secours (connectés en filaire, cela va de soi) et réglez l’égalisation et le gain de manière appropriée lors de la balance pour pouvoir les dégainer quasi instantanément, si besoin.
Gérer un problème avec la console de mixage
À l’époque analogique, il était indispensable de disposer d’une deuxième alimentation pour la console de mixage. L’équivalent numérique actuel n’est rien d’autre qu’une deuxième console, qu’il est toujours préférable d’avoir sous la main pour les événements importants. Des consoles numériques compactes et performantes sont désormais disponibles au même prix qu’une deuxième alimentation dans les années 80. Et plus d’une fois, une petite console qui ne paie pas de mine et qui dort dans le coffre de votre voiture pourra vous permettre de sauver un concert, en cas de gros pépin.
L’absence de balance
Un jour viendra sûrement où vous devrez mixer en direct, sans avoir eu le temps d’effectuer une balance au préalable. L’exemple le plus courant est le suivant : vous êtes responsable du son en façade pour un festival municipal qui n’a pas prévu de pause entre le discours du maire et l’installation des musicien·nes, donc pas de balance. Le second cas d’école : le groupe est coincé dans d’interminables embouteillages et arrive pile-poil pour jouer son set face à une foule impatiente et chauffée à blanc par l’attente et l’ennui.
Pas de panique ! Avec un peu de préparation, vous pourrez surmonter cet obstacle. L’essentiel est de bien connaître la configuration du groupe et de préparer, avant tout, les niveaux de chaque entrée. En d’autres termes, il s’agit d’effectuer une balance fantôme que vous n’aurez plus qu’à modifier rapidement lors du premier titre joué sur scène. Le meilleur moyen d’y parvenir est d’écouter (si possible) les mixages récents du groupe, puis d’analyser et de mémoriser la balance générale pour coller au mieux à leur direction artistique.
Après avoir réglé les gains en amont, vous pourrez configurer les filtres coupe-bas, puis ajustez les égaliseurs, les compresseurs et les gates des canaux principaux. Faites appel à votre expérience et préparez chaque réglage en amont, sans toucher aux seuils de compression et de déclenchement des compresseurs et des gates (Threshold). De cette façon, et dans l’idéal, il ne vous restera que le seuil à doser lors du premier morceau.
Gérer un problème de comportement
C’est un cas de figure très déplaisant, mais qui arrive malheureusement plus souvent qu’on ne l’imagine. En tant qu’ingénieur du son en façade, vous pourrez, dans le pire des cas, devenir la cible des frustrations de certain·es auditeur·ices. Ces interactions indésirables peuvent aller des conseils bien intentionnés aux insultes, voire pire. Face à des attaques verbales, il est conseillé de toujours garder son calme, mais en cas de violence physique, il n’y a qu’une seule solution.
Protégez votre intégrité physique, faites appel au service de sécurité et gardez toujours à l’esprit qu’il n’y a aucune honte à quitter le navire et à se réfugier dans un endroit sûr. Si possible, tournez la situation à votre avantage et baissez le master à zéro, puis verrouillez la console. En un instant, vous obtiendrez au moins l’attention du groupe et gagnerez probablement le cœur du public, ce qui ne peut être que bénéfique. Ensuite, laissez les organisateur·ices faire leur travail pour apaiser la situation, prenez une grande inspiration et reprenez votre mix. C’est un moment difficile à passer, et très démotivant. Mais si vous parvenez à vous en relever et à terminer votre prestation, vous en sortirez plus fort pour aborder au mieux vos prochains mixages.
La suite au prochain épisode !









