L'excitation monte à l'approche de votre premier concert ? Personne n'a manqué une seule répétition depuis des lustres et le groupe que vous allez sonoriser est enfin prêt à montrer au public de quoi il est capable. Génial ! Mais, avant de vous lancer, il reste primordial d’effectuer une reconnaissance préalable de la salle qui vous accueillera, afin de vous préparer de la meilleure des manières. Voici quelques humbles conseils pour vous épauler dans cette étape importante. C’est parti !
En tant qu’ingénieur·e du son d’un groupe, la pression est forte. Après tout, la qualité du rendu final dépendra en grande partie de vos techniques de prise de sons et de mixage. Malheureusement, contrairement aux musicien·nes que vous accompagnez, vous n’avez probablement pas la possibilité de répéter votre prestation pendant des semaines. La plupart du temps, vous n’aurez que la possibilité d’effectuer une courte balance dans une salle inconnue, avec du matériel qui ne vous est pas forcément familier. Et c’est une raison suffisante pour bien vous préparer et mettre toutes les chances de réussite de votre côté.
Prendre contact avec l’équipe technique du lieu d’accueil
Plus la salle sera petite, plus le choix du matériel de sonorisation sera limité. Cependant, même un parc matériel restreint pourra vous permettre d’offrir un résultat d’excellente qualité au public et aux musicien·nes. Ainsi, bien que la plupart des salles disposent d’un équipement de base, si votre groupe a des besoins supplémentaires, il faut penser à négocier en amont avec les organisateur·ices pour déterminer qui prendra en charge les frais de location additionnels. Les micros sans fil, par exemple, ne sont pas systématiquement fournis. Les groupes qui sont sûrs de remplir la salle peuvent bien sûr formuler des demandes particulières, mais, en tant que nouveaux venus, vous serez clairement en position de faiblesse pour obtenir tout ce dont vous rêvez.
Cela étant dit, si vous identifiez les points délicats les plus importants dès le départ, vous pourrez presque toujours trouver des solutions techniques alternatives. C’est la raison principale pour laquelle il est préférable de visiter la salle bien avant votre concert et de discuter de vos besoins avec l’équipe technique du lieu d’accueil. Or, avant tout, il faut savoir à qui vous adresser. En effet, les programmateur·ices ne sont pas nécessairement ingénieur·es du son, et croyez-nous, c’est une litote. Voici donc pourquoi vous aurez besoin de conseils techniques avisés, qui ne pourront être prodigués qu’en présence d’un·e technicien·ne maison qui connaît la salle sur le bout des doigts (et des oreilles).
Repérer les points essentiels au bon fonctionnement du concert
Dès votre arrivée, prenez d’abord le temps de vous imprégner de l’ambiance du lieu et de vous familiariser avec l’espace acoustique. Quelle est sa taille ? Où se trouve la scène ? Quelle est la configuration en façade ? Comment fonctionne la répartition du réseau électrique ? Où sont situés les boîtiers de scène ? Le backline est-il complet ? Par où entrent les auditeur·ices ? Où sont situées les issues de secours ? Comment acheminer le matériel du groupe ? Etc. Ces premières impressions vous donneront des indications importantes, notamment sur les instruments à amplifier et leur volume, le niveau sonore ambiant et la visibilité que vous aurez derrière la console de mixage.
Ça peut paraître anodin, mais nous avons déjà vu des groupes perdre un temps précieux et commencer à se préparer devant une porte fermée à clé parce qu’ils ne pouvaient pas entrer. L’agent de sécurité était déjà parti prendre sa pause en fin d’après-midi, l’ingénieur du son n’avait pas entendu la sonnette et le groupe commençait à s’inquiéter. Il est donc essentiel de comprendre comment la salle est organisée dans son ensemble.
Le placement de la régie son
La console de mixage est souvent située au fond de la salle, face à la scène. De là, on bénéficie généralement d’un excellent rendu stéréo et, si la console est installée sur une estrade, on profite en plus d’une vue imprenable sur le groupe. Néanmoins, dans ce type de configuration, un inconvénient persiste : les réflexions du son qui émanent du mur derrière soi. En effet, plus le matériau de la paroi sera dense et lisse, plus les réflexions seront prononcées. Malheureusement, cette amplification du signal n’est jamais uniforme, et le résultat dépendra fortement des fréquences qui sont distribuées dans l’espace à un instant T. Ainsi, s’il est possible d’y placer un matériau absorbant, comme du velours de scène, par exemple, vous serez tranquille, sinon, n’hésitez pas à prendre votre temps pour pouvoir profiter de l’éventuelle présence du public derrière vous afin d’effectuer vos derniers réglages. Car, comme vous le savez, une foule compacte est probablement l’un des meilleurs absorbeurs acoustiques qui existent.
Dans les petites salles, en revanche, la console de mixage est parfois placée sur le côté de la scène. Cela permet d’économiser de la longueur de câble et d’offrir plus d’espace au public. L’autre avantage pour vous sera de pouvoir communiquer discrètement et directement avec votre groupe. Cependant, vous n’entendrez pas le son diffusé dans la salle, puisque vous serez littéralement posté·e derrière les enceintes. Ainsi, si c’est possible, il est toujours utile de travailler en collaboration avec une deuxième personne placée face au système principal, qui pourra vous donner des signaux prédéfinis pendant les premiers morceaux, afin de vous aiguiller sur les ajustements à effectuer sur le console.
Enfin, si vous prévoyez de mixer votre groupe depuis une tablette ou un smartphone pendant le concert, vous pourrez choisir la meilleure position d’écoute, mais vous dépendrez d’une connexion sans fil parfois aléatoire et d’une rapidité d’exécution très limitée. À l’inverse, si les organisateur·ices vous proposent une cabine de contrôle vitrée, méfiez-vous. Cette configuration, fréquente dans les salles polyvalentes, n’offre aucun avantage, ni au groupe ni à l’ingénieur du son. D’une part, vous n’entendrez votre mixage que sur votre propre retour, et, d’autre part, vous aurez beaucoup de mal à communiquer avec le groupe et à lire les réactions du public. Néanmoins, ces difficultés étant bien connues, la plupart des lieux d’accueil équipés de la sorte proposent généralement l’installation d’une console de mixage dans la salle, à condition toutefois d’en faire la demande préalable lors de la visite des lieux avant le spectacle.
Ne pas négliger le passage de câbles
L’autre point essentiel à prendre en compte sera de trouver les itinéraires de câbles les plus adaptés au concert de votre groupe. Votre passage de câbles doit être sûr, court et aussi simple que possible. Si vous devez débrancher rapidement un câble audio pendant l’entracte, un code couleur d’identification est toujours pratique, et même si les câbles noirs sont les plus discrets, rien ne vous empêche d’étiqueter les connecteurs mâles et femelles afin de vous y retrouver le plus rapidement possible en plein rush.
Rappelons au passage que pour obtenir une scène « bien rangée », il est recommandé de regrouper les câbles audio grâce à de bons vieux serre-câbles ou même de les faire passer dans une gaine commune. Idéalement, laissez les musicien·nes installer leur matériel et positionner les retours en premier. Cela vous évitera d’être contraint·e de malmener les câbles audio fragiles quelques minutes plus tard. N’oubliez pas non plus que certains musicien·es ont une grande amplitude de mouvement sur scène et que les câbles peuvent s’endommager à la longue, notamment s’ils marchent dessus, prévoyez donc quelques unités de rechange, juste au cas où.
Toujours prioriser les issues de secours
Conformément à l’article 9, paragraphe 3, alinéa 1 du règlement type relatif aux lieux de rassemblement, les portes des issues de secours ne doivent pas comporter de seuil. Par conséquent, tout risque de trébuchement lié à des câbles qui traverseraient une issue de secours est strictement prohibé, même s’ils sont fermement fixés au sol (d’ailleurs, il en va de même pour les escaliers). Ainsi, ici encore, si vous devez installer vos propres câbles dans l’établissement, il sera toujours préférable de consulter le ·la technicien·ne maison au préalable afin de déterminer un plan de câblage approprié.
Mais ne vous inquiétez pas, la plupart du temps, des connexions annexes sont disponibles. De plus, s’il est nécessaire de contourner une sortie de secours, de nombreuses salles sont déjà équipées de points de fixation permettant de faire passer les câbles au-dessus du cadre de la porte.
Attention aux spécifications obsolètes de la salle
À un moment ou un autre, presque tous·tes les gérant·es de salles de spectacle ont demandé à leur technicien·ne interne d’établir un inventaire complet de leur matériel d’éclairage, de sonorisation, de vidéo, etc. Puis, un appareil est tombé en panne, un nouveau a été installé et l’ancien a été mis au rebut. Mais, curieusement, la mise à jour des spécifications techniques a été oubliée. Pourtant, ces fiches techniques obsolètes continuent d’être envoyées par courriel aux groupes et aux ingénieur·es programmés pour l’année suivante.
Lors de l’installation, la réponse est souvent : « Ah oui, c’est vrai, non, nous n’avons plus ça depuis longtemps. De toute façon, la plupart des groupes l’apportent eux-mêmes. Désolé. » Pour éviter ce genre de situation, il est toujours judicieux de vérifier au préalable auprès de l’équipe technique maison si tout le matériel annoncé est véritablement disponible et fonctionnel. Et malgré toutes ces précautions, une inspection préliminaire, effectuée en personne, est toujours conseillée.
La suite au prochain épisode !





