Indispensable en studio, le compresseur façonne la dynamique et le caractère d’un mix. Voici une sélection de plug-ins inspirés de modèles vintage et leur apport musical.
Avec l’égaliseur, le compresseur est sans doute l’outil le plus important de l’ingénieur du son. Omniprésent à toutes les étapes de la production, de l’enregistrement au mixage en passant par le mastering, il joue un rôle crucial dans le contrôle de la dynamique et la mise en valeur des sources. Dans le domaine logiciel, on peut distinguer trois grandes tendances : les compresseurs généralistes et transparents, conçus pour un contrôle précis et polyvalent, les compresseurs qui émulent le comportement de modèles vintage emblématiques, et, plus récemment, une nouvelle catégorie de compresseurs dits « intelligents », souvent basés sur des algorithmes d’analyse avancée voire sur l’IA.
Les DAW sont généralement bien pourvus en compresseurs généralistes, mais plus rarement en modèles typés vintage. L’intérêt d’en intégrer à son arsenal de plug-ins reste une question personnelle, parfois même sujette à débat. À partir du moment où l’on possède un bon compresseur transparent, quel est l’intérêt d’y ajouter des modèles souvent moins polyvalents ? Les temps et courbes d’attaque ou de release peuvent souvent être reproduits sur des outils modernes, et les couleurs induites par les modélisations de préamplis ou de transformateurs, fréquemment intégrées aux modèles vintage, peuvent être simulées à l’aide de plug-ins de saturation dédiés. Au-delà de ces considérations presque philosophiques, intéressons-nous à ce que les compresseurs vintage peuvent réellement apporter au workflow et à la prise de décision. Comme nous l’avons récemment évoqué à propos des égaliseurs, le fait de combiner modèles transparents et modèles typés vintage, avec leurs courbes d’enveloppe spécifiques, leurs non-linéarités et les légères saturations générées par leurs étages d’amplification, présente à notre sens un réel intérêt.
Pour bien appréhender ce top, il peut être utile de lire ou relire les articles sur la compression dans notre série le guide du mixage. Profitons-en aussi pour revoir les différentes topologies utilisées dans les compresseurs vintage.
Les compresseurs Vari-Mu, comme les Fairchild 670, reposent sur des lampes dont le gain varie en fonction du niveau du signal. Plus le signal d’entrée augmente, plus la polarisation de la lampe change, ce qui réduit progressivement son amplification. Les Vari-Mu sont historiquement le mode de compression le plus ancien. Ce fonctionnement entraîne une réduction de gain douce et naturelle, avec une saturation harmonique typique des circuits à lampes (harmoniques paires). Aujourd’hui, la compression Vari-Mu est très appréciée sur les bus et en mastering.
Les compresseurs Opto, comme le Teletronix LA-2A, utilisent une cellule optique composée d’une source lumineuse (lampe ou LED) et d’un élément photosensible, généralement une photorésistance. Le signal audio pilote l’intensité lumineuse, plus le niveau d’entrée est élevé, plus la diode s’allume. La photorésistance réagit à cette lumière en modifiant sa résistance, ce qui réduit le gain. Donc, plus la lumière est intense, plus la compression est importante. Comme la cellule met un certain temps à réagir et à “se décharger”, les temps d’attaque et de release ne sont pas strictement fixes, mais dépendent du comportement physique du composant. Cela donne une compression douce, progressive et très musicale.
Les compresseurs FET (Field Effect Transistor), comme le Urei 1176, utilisent un transistor à effet de champ comme élément de contrôle du gain. Le FET agit comme une résistance variable. Lorsque le niveau dépasse le seuil, le transistor réduit très rapidement le gain. Cette rapidité, plutôt inédite à l’époque de leur apparition, permet des temps d’attaque très courts et un contrôle resserré des transitoires. Ce type de compression introduit souvent une coloration marquée, avec une légère distorsion harmonique (principalement des harmoniques impaires) qui contribue au caractère nerveux de ces compresseurs.
Les compresseurs VCA (Voltage Controlled Amplifier), tels que le bus compressor de SSL, utilisent un amplificateur contrôlé en tension pour gérer la réduction de gain. Le signal est analysé par un circuit de détection qui génère une tension de contrôle, laquelle pilote ensuite le VCA. Cette architecture permet une grande précision dans le réglage des paramètres : seuil, ratio, attaque et release peuvent être définis avec exactitude. Les VCA sont souvent plus transparents et polyvalents, capables d’un travail subtil comme très énergique. Ils se prêtent volontiers à de nombreuses situations.
Beaucoup plus rares, les compresseurs PWM (Pulse Width Modulation), comme le PYE Compressor, fonctionnent selon un principe différent : le signal audio module la largeur d’impulsion d’une onde haute fréquence, et cette modulation contrôle la réduction de gain. Cette technologie, tout en assurant un contrôle efficace de la dynamique, apporte une signature sonore particulière. Les compresseurs PWM font des merveilles sur les basses et les percussions.
Enfin, on peut également citer les compresseurs à réseau de diodes (diode bridge), une topologie principalement associée à Neve. Dans ce type de circuit, la réduction de gain est assurée par un pont de diodes dont la conductivité varie en fonction du signal de contrôle. Lorsque le niveau dépasse le seuil, le signal de commande modifie le comportement du réseau de diodes, entraînant une atténuation du signal audio. Ce principe génère une compression au caractère très marqué. Comme ces circuits nécessitent généralement des transformateurs d’entrée et de sortie pour fonctionner correctement, ils apportent également une coloration supplémentaire et une certaine épaisseur au son. Ils sont souvent appréciés sur les bus de batterie, les guitares ou les mixes qui demandent du caractère.
Penchons-nous donc maintenant sur quelques modèles emblématiques de compresseurs vintage logiciels. Le choix étant tellement vaste, n’hésitez pas à nous dire quels sont vos modèles préférés.