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Test d'Arturia Memory V - La mémoire retrouvée

Rédigé par un humain
9/10

Plus de quarante ans après sa sortie, le Memorymoog continue de fasciner les amateurs de synthèse analogique. Avec Memory V, Arturia s'attaque à cette machine hors norme et en propose une relecture moderne, enrichie de nombreuses fonctionnalités.

Bien avant de bous­cu­ler le monde de la synthèse avec les gammes Brute et Freak ou de contri­buer à redy­na­mi­ser le marché des inter­faces audio, des contrô­leurs MIDI ou des claviers de scènes, la société greno­bloise s’était déjà forgé une solide répu­ta­tion grâce à ses recréa­tions logi­cielles des grands clas­siques de l’his­toire des synthé­ti­seurs. Mini­moog, Prophet-5, CS-80, OB-Xa, Jupi­ter-8, Juno, Syncla­vier… rares sont les machines mythiques qui n’ont pas eu droit à leur inter­pré­ta­tion maison. Pour­tant, le Memo­ry­moog était de ceux-là. Une absence d’au­tant plus curieuse qu’il s’agit de l’un des synthé­ti­seurs analo­giques poly­pho­niques les plus emblé­ma­tiques de l’his­toire. Est-ce l’exi­gence des fans de l’ins­tru­ment ou certaines spéci­fi­ci­tés de son compor­te­ment qui expliquent que le Memmy (son petit nom pour les intimes) n’ait jamais eu droit à sa version Artu­rienne ? Sans doute un peu des deux. D’ailleurs, peu d’édi­teurs logi­ciels s’y sont réel­le­ment essayés et les rares propo­si­tions exis­tantes ne s’ap­pro­chaient que de loin de l’ori­gi­nal. Commer­cia­lisé à partir de 1982, le Memo­ry­moog est le dernier synthé­ti­seur de la première période Moog, avant les diffi­cul­tés finan­cières de l’en­tre­prise. Souvent décrit comme « six Mini­moog dans un seul instru­ment », mais pour­tant bien plus que cela, il asso­ciait une poly­pho­nie de six voix, trois VCO par voix, des filtres discrets Moog en échelle de tran­sis­tors, des modu­la­tions mono et poly­pho­niques, des mémoires, un arpé­gia­teur… et surtout un son. LE son !

Pour la petite histoire, il y a plus de vingt ans, je suis resté litté­ra­le­ment sidéré lors d’un concert donné par un groupe local. Sur scène gron­dait et feulait un Memo­ry­moog. Le coup de foudre fut immé­diat. Ce n’est que très récem­ment que j’ai enfin pu passer plusieurs heures sur un Memo­ry­moog Plus en parfait état de fonc­tion­ne­ment. D’abord inti­midé par la pres­tance et le charisme que dégage l’ins­tru­ment, j’ai peu à peu appris à le domp­ter et à entrer en réso­nance avec lui. Hormis la qualité du clavier, aucune décep­tion. Le Memo­ry­moog était exac­te­ment tel que je l’avais imaginé dans mes rêves les plus fous, et même davan­tage. Capable de rugir comme de cares­ser, il possède une person­na­lité sonore hors du commun. L’ins­tru­ment est réputé capri­cieux, mais durant ces quelques heures, cet exem­plaire s’est comporté de la meilleure des manières. Inutile de dire qu’une version logi­cielle capable d’en captu­rer l’es­sence ne pouvait que m’en­thou­sias­mer. Évidem­ment, elle ne repro­duira ni le contact physique ni les vibra­tions qui parcourent le clavier et le châs­sis lorsque les trois oscil­la­teurs et me filtre entrent en action. Mais aujour­d’hui, les rares Memo­ry­moog en état de fonc­tion­ne­ment dépassent fréquem­ment les 10 000 €, sans comp­ter les frais d’en­tre­tien qu’im­pose une telle machine. Autant dire qu’il demeure inac­ces­sible à la grande majo­rité des musi­cien­·­ne·s.

Pour les amou­reux de beaux instru­ments, nous ne pouvons que vous encou­ra­ger à lire ou relire le test du Memo­ry­moog version LAMM par Synth­wal­ker.

En atten­dant, penchons-nous sur le Memory V. Comme souvent chez Artu­ria, l’objec­tif est autant de repro­duire le compor­te­ment du synthé­ti­seur origi­nal que de l’en­ri­chir d’ou­tils modernes adap­tés à un envi­ron­ne­ment logi­ciel. Cette nouvelle recréa­tion parvient-elle à captu­rer la person­na­lité unique du Memo­ry­moog tout en justi­fiant son exis­tence face à la profu­sion de synthé­ti­seurs virtuels analo­giques dispo­nibles aujour­d’hui ?

Instal­la­tion, inter­face et ergo­no­mie

Memory V - 1Sans surprise, l’ins­tal­la­tion s’ef­fec­tue via Artu­ria Soft­ware Center. L’opé­ra­tion ne présente aucune diffi­culté parti­cu­lière et quelques minutes suffisent pour rendre le logi­ciel opéra­tion­nel. Memory V est dispo­nible aux formats VST, VST3, AU, AAX et auto­nome sous macOS et Windows. Dès le premier lance­ment, les habi­tués des instru­ments Artu­ria se senti­ront immé­dia­te­ment en terrain connu. L’in­ter­face reprend les codes esthé­tiques de la machine origi­nale tout en adop­tant une présen­ta­tion plus lisible et adap­tée aux écrans modernes. Le panneau prin­ci­pal est agréable et malgré le nombre impor­tant de para­mètres héri­tés du Memo­ry­moog, l’en­semble reste clair et rela­ti­ve­ment intui­tif. Les sections oscil­la­teurs, mixeur, filtre, enve­loppes et modu­la­tion sont clai­re­ment iden­ti­fiables. Comme souvent chez Artu­ria, l’équi­libre entre fidé­lité histo­rique et confort d’uti­li­sa­tion est bien dosé. Bien sûr, quelques aména­ge­ments ont été réali­sés. Les boutons de sélec­tion d’oc­tave ont, par exemple, été rempla­cés par un sélec­teur rota­tif afin de gagner de la place. Les puristes retrou­ve­ront néan­moins l’or­ga­ni­sa­tion géné­rale du synthé­ti­seur d’ori­gine, tandis que de nombreux raffi­ne­ments ont été ajou­tés : info­bulles, inter­face redi­men­sion­nable, visua­li­sa­tion des modu­la­tions ou encore navi­ga­teur de présets doté d’un système de tags et de recherche. Plus de 300 présets sont four­nis et peuvent être filtrés par type, style musi­cal, concep­teur ou carac­té­ris­tiques sonores. La banque origi­nale du Memo­ry­moog est incluse. Non seule­ment elle permet de retrou­ver des sono­ri­tés emblé­ma­tiques, mais elle reste égale­ment parfai­te­ment exploi­table dans des produc­tions contem­po­raines au goût rétro. Elle est bien sûr complé­tée par une large sélec­tion de patchs modernes qui tirent plei­ne­ment parti des ajouts appor­tés par Artu­ria. Malheu­reu­se­ment, si le moteur est parfai­te­ment capable d’ex­ploi­ter les possi­bi­li­tés du MPE, davan­tage de présets spéci­fique­ment conçus pour cette tech­no­lo­gie auraient été appré­ciés.

Le moteur sonore de l’Ar­tu­ria Memory V : trois oscil­la­teurs, un filtre et une person­na­lité hors norme

Memory V - Mod-VCO-MixDès les premières notes, on comprend pourquoi le Memo­ry­moog jouit d’une répu­ta­tion aussi parti­cu­lière. Aujour­d’hui, de nombreux synthé­ti­seurs virtuels parviennent à repro­duire de manière crédible les textures analo­giques de la grande époque. Mais le Memo­ry­moog possède une person­na­lité bien à lui, et le repro­duire ne semble pas être une mince affaire. Pour­tant, Memory V parvient à s’ap­pro­cher de son modèle de manière saisis­sante. Les accords semblent constam­ment en mouve­ment, même sans aucun effet. Les oscil­la­teurs inter­agissent entre eux avec une richesse harmo­nique remarquable. Côté archi­tec­ture, le son du Memory V prend sa source dans trois oscil­la­teurs par voix. Chaque oscil­la­teur propose les formes d’onde triangle, dent de scie et impul­sion avec PWM. Comme sur l’ori­gi­nal, les diffé­rentes formes peuvent être combi­nées simul­ta­né­ment, ce qui permet d’ob­te­nir des formes d’onde plus riches. Chaque VCO est modé­lisé indé­pen­dam­ment et chaque forme d’onde possède ses propres non-linéa­ri­tés. Celles-ci sont visibles à l’os­cil­lo­scope, c’est subtil, mais bien là. Comme sur un Mini­moog, l’os­cil­la­teur 3 peut être réglé en basse fréquence afin de servir de LFO. La synchro­ni­sa­tion d’os­cil­la­teurs est égale­ment de la partie. Mais alors que le Memo­ry­moog ne pouvait synchro­ni­ser que les deux premiers VCO, le Memory V ajoute la possi­bi­lité de synchro­ni­ser les VCO 1 et 3. Les modes Sync permettent de produire des timbres agres­sifs, effi­caces pour les leads ou certains effets sonores typique­ment années 80. Un géné­ra­teur de bruit complète l’en­semble, et heureu­se­ment, il est de bien meilleure qualité que sur l’ori­gi­nal. L’en­semble de ces sources peut être mélangé dans le mixeur. C’est l’un des plai­sirs du Memory V : comme sur l’ori­gi­nal, une agréable satu­ra­tion appa­raît lorsque l’on augmente le niveau des oscil­la­teurs. Cette satu­ra­tion peut être encore accen­tuée et affi­née grâce au poten­tio­mètre Drive placé en fin de chaîne. Avec lui, on peut obte­nir des distor­sions beau­coup plus agres­sives.

Memory V 01 – The Place
00:0002:02
  • Memory V 01 – The Place02:02
  • Memory V 02 – Spleen Memory01:52
  • Memory V 03 – Daydream01:16
  • Memory V 04 – Strings Sun Ray Shower00:25
  • Memory V 06 – Soft Neon00:55
  • Memory V 07 – Soft Neon noFx00:52
  • Memory V 08 – S and H Synth You my Roof00:34
  • Memory V 09 – Bass You my Roof00:54
  • Memory V 10– Modern Brass00:53
  • Memory V 11 – Arp Indus­tries01:12
  • Memory V 12 – The Place EP01:01

Memory V - Filter-EnvsImpos­sible d’évoquer un synthé­ti­seur Moog sans parler de son filtre. Artu­ria repro­duit ici le célèbre filtre passe-bas en échelle de tran­sis­tors qui a large­ment contri­bué à la légende de la marque. Comme sur l’ori­gi­nal, il délivre un compor­te­ment très plai­sant et musi­cal. Les basses sont solides même avec des fréquences de coupure rela­ti­ve­ment basses, les médiums ont une belle présence et les aigus jamais agres­sifs. Utili­sée avec parci­mo­nie, la réso­nance apporte une colo­ra­tion agréable et typique­ment Moog. Pous­sée davan­tage, elle peut aller jusqu’à l’auto-oscil­la­tion en produi­sant une onde sinu­soï­dale. Comme sur tout Ladder Moog qui se respecte, plus la réso­nance augmente, plus les basses s’at­té­nuent. Artu­ria a toute­fois eu la bonne idée d’in­té­grer une compen­sa­tion des basses. Une fois acti­vée, celle-ci permet de conser­ver des graves géné­reux, même avec des réglages de réso­nance élevés. Elle modi­fie égale­ment sensi­ble­ment le compor­te­ment du filtre, qui semble alors satu­rer plus faci­le­ment lorsque la réso­nance est pous­sée. Artu­ria a aussi ajouté un mode 12 dB/octave, c’est toujours appré­ciable.

Les deux enve­loppes ADSR béné­fi­cient d’une excel­lente réponse et possèdent quelques parti­cu­la­ri­tés inté­res­santes. Une option Retrig To Zero force les enve­loppes à redé­mar­rer depuis zéro à chaque nouvelle note, tandis qu’En­tire Attack impose la lecture complète de la phase d’at­taque. Combi­nées, ces deux fonc­tions permettent quelques astuces origi­nales. Avec une attaque longue et les segments Decay, Sustain et Release à zéro, il devient par exemple, possible d’ob­te­nir un effet d’en­ve­loppe inver­sée. Utili­sée seule, l’op­tion Retrig To Zero est effi­cace pour obte­nir des basses claquantes. Avec l’op­tion Keytrack Env Times, les temps d’en­ve­loppe varient sur toute l’éten­due du clavier : plus les notes sont aiguës, plus les enve­loppes deviennent rapides. Velo­city Env Times applique le même prin­cipe à la vélo­cité : plus on joue fort, plus les enve­loppes deviennent rapides. Des fonc­tions simples, mais intel­li­gentes qui rendent de simples ADSR beau­coup plus souples.

Memory V - GlobalEn plus de ces deux enve­loppes et du troi­sième VCO, un LFO global synchro­ni­sable au tempo, propo­sant six formes d’onde (Triangle, Saw, Ramp, Pulse, Sine et Sample & Hold), complète les sources de modu­la­tion d’ori­gine. Une matrice permet ensuite de l’as­si­gner au pitch et à la PWM de chaque VCO, au filtre, au volume et au pano­ra­mique (malheu­reu­se­ment global, pas au niveau des VCO). Pour les modu­la­tions poly­pho­niques, le VCO3 peut être utilisé comme source de modu­la­tion capable d’agir aux niveaux audio, auquel s’ajoute l’en­ve­loppe de filtre. Il est égale­ment possible de modu­ler le VCO 3 par cette même enve­loppe, avec inver­sion de pola­rité. Ici encore, une matrice permet d’as­si­gner ces deux sources au pitch et à la PWM des VCO 1 et 2, au filtre, au volume ainsi qu’au pano­ra­mique. En désac­ti­vant le suivi de clavier du VCO 3, on peut obte­nir des sons métal­liques, ou encore divers effets brui­tistes, auxquels s’ajoute ce carac­tère rugueux si diffi­cile à obte­nir sur des synthé­ti­seurs plus conven­tion­nels. Le Memory V permet de doubler la poly­pho­nie du Memo­ry­moog pour atteindre douze voix. Le mode unis­son n’en profite pas et reste limité à six voix, ce qui est large­ment suffi­sant pour obte­nir des textures bien grasses, surtout avec le réglage de detune. L’unis­son peut être joué en legato ou avec retrig­ger. Signa­lons enfin la présence d’un Glide poly­pho­nique.

Au final, une archi­tec­ture rela­ti­ve­ment simple sur le papier, mais qui reste aujour­d’hui extrê­me­ment effi­cace. Plus qu’une ques­tion de nombre de para­mètres, c’est surtout les inter­ac­tions entre les diffé­rents éléments qui font la diffé­rence.

Les nouveau­tés de Memory V face au Memo­ry­moog d’ori­gine

Memory V - 2 DispersionInté­res­sons-nous main­te­nant aux ajouts du Memory V par rapport au Memo­ry­moog. Comme beau­coup de synthé­ti­seurs virtuels de type analo­gique, Artu­ria intègre à ses logi­ciels plusieurs outils char­gés de repro­duire le compor­te­ment et les petites fluc­tua­tions carac­té­ris­tiques des machines vintage. Le poten­tio­mètre Vintage agit comme un raccourci permet­tant d’in­tro­duire davan­tage d’im­per­fec­tions dans le moteur sonore. Plus sa valeur augmente, plus les voix déve­loppent des varia­tions qui affectent, entre autres, la hauteur des VCO, le filtre, la largeur d’im­pul­sion, les modu­la­tions et le niveau. Sous un petit clapet dissi­mulé dans l’ha­billage « bois » se cache la section Disper­sion. Cette dernière permet d’ajus­ter indi­vi­duel­le­ment les écarts appliqués aux oscil­la­teurs, aux filtres, aux enve­loppes ou aux ampli­fi­ca­teurs. On peut ainsi obte­nir un instru­ment extrê­me­ment stable ou, au contraire, recréer un compor­te­ment plus impré­vi­sible. Pour de la pop moderne ou des produc­tions très propres, il est possible de conser­ver une excel­lente stabi­lité. Pour de la synth­wave, de la musique de film ou de l’am­bient, quelques ajus­te­ments suffisent à injec­ter énor­mé­ment de person­na­lité dans les sons.

Memory V - 3 AdvancedSi le panneau prin­ci­pal permet déjà de retrou­ver l’es­sen­tiel de l’ex­pé­rience Memo­ry­moog, c’est dans le désor­mais clas­sique mode Advan­ced que se cachent les ajouts les plus signi­fi­ca­tifs. On retrouve ici le même panneau dissi­mulé sous le clavier, déjà aperçu sur d’autres instru­ments récents de la marque. Le système de modu­la­tion repose sur trois empla­ce­ments libre­ment confi­gu­rables. Chacun peut accueillir diffé­rents types de modu­la­teurs : enve­loppe ADSR supplé­men­taire, géné­ra­teur de fonc­tions, séquen­ceur de modu­la­tion ou encore source aléa­toire. Memory V ajoute un petit nouveau, déjà aperçu dans Pigments, le Voice Modu­la­tor. Ce module agit indé­pen­dam­ment sur chaque voix de poly­pho­nie et propose plusieurs ordres de lecture (Cycle, Random ou Reas­sign). Il peut être utilisé afin de recréer les légères diffé­rences de compor­te­ment que l’on retrouve natu­rel­le­ment sur les synthé­ti­seurs analo­giques vintage. En appliquant de très faibles varia­tions de hauteur, de coupure du filtre ou d’am­pli­tude, il devient possible d’ob­te­nir un résul­tat éton­nam­ment crédible. Cela complète parfai­te­ment la section Disper­sion évoquée précé­dem­ment. Mais il est égale­ment possible de program­mer des écarts beau­coup plus radi­caux et de l’uti­li­ser de manière très créa­tive afin d’ob­te­nir des résul­tats origi­naux. On peut aussi s’en servir pour modu­ler le para­mètre Pan et ainsi pallier l’ab­sence de réglage de pano­ra­mique par voix, comme sur certains synthé­ti­seurs Oberheim. Bizar­re­ment, le Voice Modu­la­tor est limité à huit voix, alors que le Memory V peut monter à douze. Bon…

Tout comme ces trois empla­ce­ments, la roue de modu­la­tion, le suivi de clavier, la vélo­cité, la vitesse de relâ­che­ment, l’af­ter­touch et le MPE peuvent être affec­tés à n’im­porte quel para­mètre. Quatre macros sont égale­ment dispo­nibles. Chacune d’entre elles peut pilo­ter plusieurs para­mètres (je me suis arrêté à 22), avec une plage d’ac­tion réglable indi­vi­duel­le­ment. Toutes les assi­gna­tions s’ef­fec­tuent simple­ment par glis­ser-dépo­ser. C’est à la fois effi­cace et pratique. On peut simple­ment regret­ter l’ab­sence d’une matrice globale permet­tant d’ob­te­nir une vue d’en­semble des modu­la­tions.

Le Multi-Arp : bien plus qu’un simple géné­ra­teur de motifs

Memory V - 4 Multi ArpOn retrouve avec plai­sir une autre vieille connais­sance : le Multi-Arp. Pour rappel, il s’agit d’un arpé­gia­teur multi­couche capable de faire fonc­tion­ner jusqu’à quatre arpé­gia­teurs simul­ta­né­ment. Sur le papier, l’idée peut sembler gadget. Dans la pratique, elle ouvre des possi­bi­li­tés créa­tives éton­nantes. Chaque couche dispose de son propre mode de lecture, de son propre rythme et de ses propres para­mètres de gate. On peut ainsi program­mer des motifs complexes qui évoluent constam­ment. Les modes dispo­nibles vont bien au-delà des tradi­tion­nels Up, Down ou Up/Down. On retrouve des motifs plus origi­naux qui favo­risent l’émer­gence de séquences moins prévi­sibles. Les amateurs de musique élec­tro­nique contem­po­raine devraient rapi­de­ment y trou­ver leur compte. Quelques notes main­te­nues au clavier suffisent souvent à faire naître des idées de compo­si­tion. L’ar­pé­gia­teur se montre égale­ment perti­nent dans des contextes plus ciné­ma­to­gra­phiques. Asso­cié à certaines nappes évolu­tives ou à des textures hybrides, il permet de géné­rer faci­le­ment des mouve­ments ryth­miques subtils qui enri­chissent consi­dé­ra­ble­ment les arran­ge­ments. Le Multi-Arp possède en outre son propre système de présets. Il est ainsi possible de réuti­li­ser ses motifs avec d’autres sons. Enfin, sa sortie MIDI peut être récu­pé­rée afin d’ali­men­ter d’autres synthé­ti­seurs, logi­ciels ou maté­riels. Cette section est une vraie réus­site.

Les effets : effi­caces sans voler la vedette au synthé

Memory V - 5 EffectsContrai­re­ment à certains instru­ments virtuels récents qui semblent parfois davan­tage conçus autour de leurs effets que de leur moteur de synthèse, Memory V conserve une approche rela­ti­ve­ment équi­li­brée. Le rack d’ef­fets inté­gré propose quatre empla­ce­ments libre­ment confi­gu­rables parmi une sélec­tion de dix-huit algo­rithmes. On retrouve la plupart des grands clas­siques du cata­logue Artu­ria : chorus inspiré du Juno, délais modernes, délais à bande, réver­bé­ra­tions, phaser, flan­ger, compres­seur, satu­ra­tion et plusieurs trai­te­ments plus modernes. La qualité sonore est globa­le­ment excel­lente et tous les effets permettent d’évi­ter le recours à des plug-ins externes. Même les réver­bé­ra­tions, souvent point faible des synthé­ti­seurs virtuels, s’en sortent avec les honneurs. Les chorus sont tout aussi bons. Autre point posi­tif : pratique­ment tous les para­mètres des effets peuvent être inté­grés au système de modu­la­tion. Il devient ainsi possible de produire des réver­bé­ra­tions évolu­tives, des délais dont le feed­back varie au cours du temps ou encore des effets de chorus animés de manière complexe. Cela dit, l’un des meilleurs conseils que l’on puisse donner consiste à désac­ti­ver tempo­rai­re­ment les effets lors de la décou­verte des présets. Le véri­table inté­rêt de Memory V réside avant tout dans la richesse de son moteur de synthèse. Une fois les effets coupés, on découvre une base sonore déjà parti­cu­liè­re­ment dense et expres­sive. Malheu­reu­se­ment, c’est ici que l’on découvre un défaut, assez courant chez Artu­ria : une fois revenu à l’in­ter­face clas­sique, il n’existe aucun bypass géné­ral des effets. De même, il n’est pas possible de les main­te­nir désac­ti­vés lors du chan­ge­ment de préset. Dommage. Dommage égale­ment de ne pas trou­ver de système de présets pour le rack d’ef­fet complet.

Perfor­mances, consom­ma­tion CPU et compor­te­ment

Memory V -6 presetsAvec sa modé­li­sa­tion analo­gique détaillée et ses nombreuses possi­bi­li­tés de modu­la­tion, Memory V ne figure pas parmi les synthé­ti­seurs les plus légers du marché. Et comme souvent avec Artu­ria, la version 1.0 ne semble pas parfai­te­ment opti­mi­sée de ce côté-là. Sur une machine récente, l’uti­li­sa­tion reste néan­moins tout à fait raison­nable. Lors de mes essais, quelques instances utili­sant des présets complexes n’ont posé aucun problème parti­cu­lier. La situa­tion devient natu­rel­le­ment plus exigeante lorsque l’on cumule les nappes poly­pho­niques, les effets internes et les modu­la­tions avan­cées.

Côté mix, comme son ancêtre maté­riel, Memory V n’est pas un synthé­ti­seur parti­cu­liè­re­ment discret. C’est proba­ble­ment sa plus grande qualité, mais aussi peut-être son prin­ci­pal défaut. Dès que plusieurs oscil­la­teurs entrent en jeu, l’ins­tru­ment déve­loppe une densité harmo­nique impres­sion­nante. Les médiums se remplissent rapi­de­ment et certaines nappes semblent occu­per natu­rel­le­ment tout l’es­pace dispo­nible. En situa­tion de mixage, il faut rester vigi­lant tant le Memory V peut prendre de la place. Le registre médium, notam­ment entre 300 Hz et 1,5 kHz, peut rapi­de­ment deve­nir dense lorsque plusieurs parties de Memory V se super­posent. Quelques correc­tions d’éga­li­sa­tion sont alors souvent néces­saires afin de préser­ver la lisi­bi­lité des voix ou d’autres instru­ments utili­sant des plages fréquen­tielles voisines. Cela n’a rien d’anor­mal. Le véri­table Memo­ry­moog possé­dait exac­te­ment cette répu­ta­tion. Ses sono­ri­tés massives faisaient sa force, mais deman­daient égale­ment un certain savoir-faire lors du mixage. Cette person­na­lité affir­mée distingue d’ailleurs Memory V de nombreuses produc­tions logi­cielles actuelles, souvent conçues pour s’in­té­grer faci­le­ment dans n’im­porte quel contexte. Ici, c’est plutôt au reste de l’ar­ran­ge­ment de faire de la place au synthé­ti­seur. C’est lui la star.

Tant qu’à parler d’autres repro­duc­tions logi­cielles, quelques mots sur les concur­rents directs du Memory V. Si les émula­tions de Mini­moog, de Prophet-5, de Jupi­ter-8 ou de Juno sont aujour­d’hui innom­brables, celles du Memo­ry­moog demeurent rares. Le concur­rent le plus évident reste Cherry Audio Memo­ry­mode, commer­cia­lisé quelques années aupa­ra­vant. Mais recon­nais­sons que la copie de Cherry Audio ne se montre pas à la hauteur de celle d’Ar­tu­ria. Elle peine à repro­duire la person­na­lité de l’ori­gi­nal, avec un côté un peu dur et agres­sif, carré­ment hors sujet pour une émula­tion de Memo­ry­moog. Le vieux Memo­ry­moon, quant à lui, malgré un son plus massif, n’a jamais réussi à convaincre. UVI et IK Multi­me­dia proposent eux aussi des versions virtuelles du poly­pho­nique de Moog, mais il ne s’agit pas de véri­tables repro­duc­tions. Elles reposent sur des banques d’échan­tillons et sur une archi­tec­ture qui n’a pas grand-chose à voir avec celle de l’ins­tru­ment d’ori­gine. Durant le test, j’ai eu la curio­sité de compa­rer Memory V et Legend HZ, une émula­tion XXL poly­pho­nique du Mini­moog dont vous trou­ve­rez le test sur Audio­fan­zine. J’ai eu la surprise de les trou­ver très proches sur de nombreux timbres. C’en est même éton­nant. Memory V permet toute­fois d’ob­te­nir des résul­tats plus agres­sifs grâce à son Drive, qui va plus loin. Quoi qu’il en soit, malgré la surpo­pu­la­tion de cette caté­go­rie, Memory V semble trou­ver sa place grâce à sa person­na­lité. Aucun risque de le confondre avec un Jupi­ter, un Prophet ou un Oberheim. C’est à chacun de voir s’il a l’uti­lité d’un nouveau synthé­ti­seur logi­ciel typé analo­gique, mais celui-ci se distingue au moins par son carac­tère, tandis que ses fonc­tion­na­li­tés modernes lui permettent de s’in­té­grer sans diffi­culté dans une confi­gu­ra­tion actuelle.

Notre avis : 9/10

Avec Memory V, Artu­ria ne se contente pas d’ajou­ter un nouveau clas­sique à sa collec­tion. L’édi­teur s’at­taque à l’un des synthé­ti­seurs analo­giques les plus emblé­ma­tiques jamais conçus et livre une émula­tion plutôt convain­cante. La richesse harmo­nique est remarquable et les timbres débordent de carac­tère. Alors bien sûr, personne n’est dupe, avec Memory V, on n’aura pas un Memo­ry­moog à la maison et, côte à côte, il peut exis­ter de légères diffé­rences de timbre. Mais force est de recon­naître que la person­na­lité géné­rale de l’ins­tru­ment a été parfai­te­ment captu­rée.

Comme d’ha­bi­tude avec l’édi­teur, l’in­té­gra­tion de fonc­tion­na­li­tés modernes est égale­ment une réus­site. Les modu­la­tions avan­cées, les effets, le support MPE ou encore le Multi-Arp permettent d’ex­plo­rer des terri­toires que le Memo­ry­moog histo­rique n’au­rait jamais pu atteindre.

Tout n’est pas parfait pour autant. Sa densité sonore impose parfois un peu plus de travail au mixage, mais, après tout, c’est aussi le cas sur l’ori­gi­nal. Et comme souvent avec les versions 1.0 chez Artu­ria, la consom­ma­tion CPU ne semble pas toujours très bien opti­mi­sée. C’est déci­dé­ment une mauvaise habi­tude chez l’édi­teur. Dommage aussi qu’il n’y ait pas davan­tage de présets program­més pour le MPE. Aussi, l’ab­sence d’un bypass géné­ral des effets dans l’in­ter­face prin­ci­pale se fait un peu sentir. Le prix hors réduc­tion est égale­ment un peu élevé. Mais selon les produits que vous possé­dez déjà chez la marque, le tarif peut deve­nir beau­coup plus attrac­tif. À vous de voir, en vous connec­tant à votre compte, le prix que vous propose Artu­ria.

Pour­tant, ces réserves restent mineures face aux quali­tés globales de l’ins­tru­ment. Memory V ne cherche pas à être un synthé­ti­seur univer­sel capable de tout faire. Il assume plei­ne­ment son iden­tité et son carac­tère parfois enva­his­sant. Et c’est préci­sé­ment ce qui le rend atta­chant.

Ce Memory V consti­tue la première salve avant l’ar­ri­vée de la prochaine V Collec­tion, et si les nouveau­tés sont du même niveau, cela risque d’être drôle­ment inté­res­sant.

Points forts

  • Très belle modélisation du caractère du Memorymoog
  • Sonorité riche, épaisse et musicale
  • Outils modernes parfaitement intégrés
  • Système de modulation puissant
  • Le multi-arp toujours aussi sympa et inspirant
  • Très bonne qualité des effets

Points faibles

  • Peut rapidement envahir un mix dense
  • Consommation CPU parfois conséquente (version 1.0)
  • Peu de presets exploitant réellement le MPE
  • Pas de bypass global des effets dans l'interface principale
  • Prix relativement élevé hors promotions
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    jptoo2

    jptoo2

    969
    969 posts au compteur
    Posteur·euse AFfolé·e
    Membre depuis 15 ans
    Commentaires sur le test : Test d'Arturia Memory V
    Heureux que quelqu'un d'autre parle de l'optimisation des plugins Arturia,leur bus peak et bus drum en sont des beaux exemple,mais il n'est pas le seul BX et IK ne sont pas bon nom plus
    JayBignoise

    JayBignoise

    1174
    1174 posts au compteur
    AFicionado·a
    Membre depuis 10 ans
    Merci Coramel pour à nouveau un article riche et de qualité. Diantre, peut être l'ajout qui va me faire craquer lors de la prochaine itération de la VC.

    JayBignoise "PPG,PPG, PPG"

    Noooon... Fuyez pauvres fous !!! : Jay's Soundcloud

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