Vous adorez le son des microphones à ruban mais hésitez encore sur la marque vers laquelle vous tourner? Audiofanzine vient à la rescousse avec un banc d'essai de 12 microphones, du plus économique au plus coûteux!
Le voici donc, ce comparatif entre microphones à ruban que l’on nous demandait depuis quelque temps ! Et histoire de partir sur de bonnes bases, commençons comme à l’accoutumée avec un petit historique.
Un siècle de microphones à ruban : bref historique

Bien que toujours fréquemment utilisés par nombre d’ingénieurs du son, c’est à l’orée des années 2000, avec le développement des enregistrements numériques sur ordinateur, que les microphones à ruban se refont une deuxième vie. À la recherche d’un peu plus de chaleur dans leurs enregistrements (et d’une couleur sonore plus marquée), de plus en plus de musiciens et d’ingénieurs reviennent alors vers cette technologie. Le marché se développe et de nombreuses marques en profitent pour sortir leur propre microphone à ruban.
Principe de fonctionnement d’un microphone à ruban

« Un microphone à ruban est un type de microphone qui utilise un ruban fin et électriquement conducteur placé entre les pôles d’un aimant pour produire une tension par induction électromagnétique. Les microphones à ruban sont généralement bidirectionnels, ce qui signifie qu’ils captent de manière égale les sons provenant des deux faces du microphone tout en rejetant ceux venant de ses côtés. »
Je n’aurais su dire mieux… Si ce n’est que la technologie aidant, la directivité des microphones à ruban n’est effectivement pas toujours bidirectionnelle : certaines marques ont conçu des micros hypercardioïdes, comme le M160 chez BeyerDynamic ou les KU4/KU5A chez AEA.
Les 12 microphones à ruban sélectionnés pour ce comparatif
Attaquons maintenant dans le vif du sujet et parlons un peu des différents microphones sélectionnés pour ce comparatif, à noter qu’ils ont tous fait l’objet d’un test sur votre site préféré, il suffit de cliquer sur les noms pour y accéder directement. Nous y retrouvons :
- un Coles 4038
- un AEA R44CE
- un Royer R121 (ainsi que sa version active, le R122)
- un Cloud 44-A
- toute la collection « ruban » de chez t.bone (RB100, RB500, RM700 et RB770)
- un Beyerdynamic M160 (édition 2023), ainsi qu’une « vieille » version du micro, datant des années 2000
- et pour finir un Warm Audio Fen-tone
Soit un total de 12 microphones.
Bien évidemment, le choix des marques sélectionnées est loin d’être exhaustif et nous aurions également pu inclure Avantone, Shure, Stager, RODE, Melodium, Bumblebee, Samar, Mesanovic, SE Electronics, Golden Age et tant d’autres… Mais il nous fallait faire un choix. Nous nous sommes donc arrêtés sur un panel assez large, regroupant quelques-uns des grands classiques mêlés à d’autres marques plus modestes/modernes avec une gamme de prix variant entre quelques dizaines d’euros (pour les t.bone) jusqu’à plusieurs milliers (dont la palme revient à l’AEA avec son R44CE).
Micros à ruban actifs, passifs et options disponibles

La quasi-totalité de la sélection n’inclut également aucun filtre ou autre pad, excepté le Cloud 44-A qui possède un switch voice/music (activant ou non un filtre passe-haut) et RoyerLabs qui propose une version MkII de son R122 avec un pad –12 dB et un filtre coupe-bas (la version utilisée lors du test est un MkI, sans aucune de ces options).
Concernant les suspensions, tous en sont équipés, de plus ou moins bonne qualité. En particulier celles des t.bone, qui sont loin d’être les plus époustouflantes. Petit malus également pour le Coles 4038, pour lequel il vous faudra les acheter en option et dont le tarif n’est pas des plus économiques.
Pour finir, passons rapidement sur le packaging qui, de façon générale, est assez qualitatif. D’autant plus pour la plupart des t.bone avec leur tarif ultra compétitif et des accessoires au complet (boite en bois ou mallette, suspension, chaussette de protection).
Méthodologie de test, préampli utilisé et micros de référence
La réponse en fréquences étant si différente entre chaque microphone, il n’a pas toujours été évident de bien équilibrer les extraits audio. Faut-il se référer aux VUmètres ? Aux peak-mètres ? En se basant sur les aigus ? Ou sur le bas du spectre ? Nous avons finalement décidé de les équilibrer à l’oreille et à faible volume. Vous pardonnerez donc les potentiels écarts de niveau, le but de ce comparatif est surtout d’avoir un aperçu des différentes couleurs sonores proposées plus qu’un test purement scientifique.
Parlant technique, tous les tests audio ont été effectués via un préampli Neve 1073 DPA, sans modification de son impédance. Le fait d’inclure dans ce comparatif un AKG C414-ULS ou un Schoeps Cmc6/Mk22 aux côtés des rubans n’a d’autres velléités que de donner un référent, plutôt droit et qui permette de bien assimiler la couleur apportée par les différentes marques.
Essais des microphones à ruban sur guitares électriques
En proximité

Comme vous pouvez le constater à l’écoute, si bon nombre de micros s’en sortent bien (voire très bien) sur un son clair, le résultat devient tout autre sur un jeu en palm-mute (plus fourni en bas médium) ou avec une grosse fuzz bien grasse. Sans conteste l’une des raisons qui nous ont fait jumeler chaque ruban avec un Shure SM57 (setup devenu un grand classique dans l’enregistrement de guitare électrique). Dès lors, même les t.bone, qui paraissent un peu pâteux de prime abord, retrouvent une certaine vigueur pour un résultat qui vient joliment taquiner d’autres marques plus prestigieuses.
Seconde prise en reculant certains microphones

Et avec un wurlitzer ?
Remplaçons maintenant la guitare par un wurlitzer, toujours via le boitier de reamping Radial. Avec un rendu moins puissant qu’avec une guitare fuzz, aucun besoin cette fois-ci de reculer les microphones. Même en proximité, tous offrent une belle couleur à l’ensemble avec des différences tonales et de dynamiques assez distinctes et vite reconnaissables entre chaque marque.
Essais des microphones à ruban sur saxophone

Cette fois-ci, aucun problème de volume sonore. Chaque microphone réagit parfaitement et une fois de plus, les qualités/défauts de chacun sont rapidement audibles et identifiables.
Quelques remarques sont cependant à prendre en compte concernant le BeyerDynamic M160. Le distributeur de la marque ayant été moins réactif que les autres, le M160 édition 2023 ne nous est arrivé que plusieurs jours après les prises, sans que notre saxophoniste ne puisse revenir… Nous nous sommes donc rabattus sur une prise de trompette, en laissant bien l’Akg et le « vieux » M160 comme référents.
Et si la prise de saxophone ne met pas forcément notre vieux M160 en relief, il faut bien prendre en compte que ce microphone a la particularité d’être hypercardioïde. Il a donc logiquement beaucoup plus tendance à favoriser le son direct du pavillon que ses concurrents, bidirectionnels, qui délivrent un meilleur équilibre entre son de proximité et son de pièce. De plus, ce Beyer ayant déjà un certain âge (et un certain vécu), ses rubans sont sûrement légèrement détendus. Il en résulte un son plus pincé que l’édition « 2023 » qui, pour le coup, développe une épaisseur et une corpulence bien plus sympathique.
Réaction des microphones à ruban sur un glockenspiel

Afin d’homogénéiser un peu plus le résultat général, un coupe-bas a été appliqué sur chaque prise. Pour un rendu bien plus satisfaisant, permettant de nous focaliser réellement sur la gestion de la dynamique et des aigus, assez différente entre chaque marque et micro.
Prises de batterie et ambiances avec des microphones à ruban

Histoire de se mettre un peu plus facilement en situation, une compression extrême a été appliquée sur la prise d’ambiance, permettant de mieux assimiler la couleur apportée par chaque microphone. Le panel sonore est alors assez riche, oscillant entre des couleurs très réalistes et d’autres, plus typées, voire carrément « dirty ».
Comme pour les prises de saxophone, le M160 édition 2023 n’était pas encore arrivé lors des prises de batteries. Une seconde séance fut donc organisée, en y incluant également le Cloud 44-A que nous n’avions pu utiliser lors de la première session. La batterie et le musicien furent bien les mêmes, mais les futs étaient réglés de toute autre manière, expliquant en grande partie la différence de son entre chaque séance…
Comparatif des microphones à ruban sur un piano droit Steinway

Si les grands noms (AEA, Coles, Royer) délivrent un son chaleureux et plutôt polyvalent, les t.bones sortent à nouveau du lot avec un rendu très typé, qui oriente définitivement la prise dans une seule et même direction au détriment d’une réelle flexibilité.
Cet exercice est également révélateur du potentiel problème de rapport signal/bruit induit par la sensibilité du ruban. Fort logiquement, les microphones actifs y gagnent quelques précieux décibels sur le bruit de fond. Ce qui, malheureusement, semble un peu plus compliqué pour d’autres, peu à l’aise devant des sources délicates.
Essais des microphones à ruban sur une voix masculine

Bilan du comparatif de microphones à ruban
Il est assez amusant de constater de si grandes disparités sonores entre toutes les marques testées et ce, malgré l’utilisation d’une même technologie, rodée depuis tant d’années. Certains constructeurs, comme AEA, Royer ou Coles se démarquent rapidement avec un rendu et une polyvalence assez incroyable. La prise est colorée, certes, mais elle fonctionne instantanément. Leur dynamique, leur réponse en fréquence et leur profondeur sonore en font des micros de grande qualité. Pour d’autres, il vous faudra un peu plus travailler le son ou le placement du microphone. Voire leur en adjoindre un second (statique ou dynamique) pour modeler leur son. Leur dynamique, parfois un peu molle, comblera ou fera entièrement défaut en fonction de ce que vous recherchez. Car, quitte à me répéter, le résultat est toujours très subjectif et un microphone qui n’est pas forcément le meilleur de la série en solo pourra tout aussi bien se révéler splendide une fois mis dans le contexte d’une chanson et je ne doute pas que les t.bones, malgré leurs petits défauts, puissent suffire sur certains projets très typés.
À propos de subjectivité, quel(s) micro(s) avez-vous justement préféré(s) ? Sur quel instrument ? Et pourquoi ?
Et si jamais vous souhaitez voir cette série se poursuivre avec d’autres microphones à ruban ou même si d’autres tests/comparatifs vous intéressent, faites-le-nous savoir, nous sommes tout ouïe !





