Depuis quelques années, la marque américaine Cloud a le vent en poupe, en particulier grâce à son fameux "Cloudlifter". Mais avez-vous entendu parler de son microphone à ruban Cloud 44-A ? Voyons ce que ce mystérieux micro a dans le ventre !
La petite histoire de Cloud Microphones

Mais pourquoi donc seulement se focaliser sur un seul type de microphone, aussi mythique soit-il? Et bien tout simplement car Jon Sank, le père de Stephen, était dans les années 50–60 un employé de RCA dont l’une des missions était justement de concevoir l’un des successeurs au RCA 44 : le RCA BK11. Difficile de faire mieux niveau légitimité…
Après l’arrêt par RCA de la production de microphones, Stephen reprend le flambeau de son père en se spécialisant dans la restauration de microphones à ruban. Quelques années plus tard, une fois associé au musicien RJ Cloud, il décide de lancer sa propre marque : Cloud Microphones est né.
Présentation et différence avec le RCA44

Il se fait également plus moderne grâce à une réponse en fréquence élargie, allant de 20 Hz à 20 kHz, contre de 50 Hz à 15kHz pour le RCA. Un filtre coupe-bas situé sous la base du microphone est toujours présent, mais ne possède plus que 2 positions contre 3 initialement: Music (pour laquelle le filtre est inactif) et Voice (avec une fréquence de coupure réglée sur 80Hz).
Autre singularité: le Cloud 44-A est un microphone actif (+48 volts indispensable). Il incorpore la technologie « Cloudlifter » dont vous avez peut-être déjà entendu parler via les petits boitiers externes que Cloud commercialise aussi (CL1, CL2 etc.) et que Shure a intégré il y a peu à la nouvelle version de son Sm7 (le Sm7dB). Cette technologie permet non seulement de booster votre signal de 20dB supplémentaires (plus qu’utile sur ce genre de microphones, souvent assez peu sensibles) mais assure également la protection du ruban contre toute manipulation incorrecte de l’alimentation fantôme, en bloquant la tension avant qu’elle n’atteigne le ruban. Autre avantage : le 44-A devient moins sensible à l’impédance du pré-ampli utilisé, offrant alors une qualité de réponse constante, quel que soit le matériel associé.

Boite en bois vs boite en carton
Permettons-nous un petit aparté sur le packaging du microphone. Les premières années de sa fabrication, le Cloud 44-A était fourni dans une belle mallette en bois, classieuse, solide et élégante. La déception est donc de taille une fois le colis réceptionné : le microphone arrive dorénavant dans une banale boite en carton avec un simple sticker « Cloud » collé dessus. Certes, le micro y est parfaitement protégé par de la mousse mais nous avons connu des conditionnements plus avenants, surtout pour cette gamme de prix. Il vous faudra donc éventuellement investir dans une valisette plus solide pour stocker ou transporter votre microphone de façon un peu plus sereine… et surtout plus pérenne!
Sur une batterie
Mais oublions ce petit désagrément et voyons comment réagit le microphone devant une batterie.
A 1 mètre de distance

Face à la batterie, donc, l’équilibre général est très bon. Sur cet extrait, les microphones sont placés un peu trop près de la grosse caisse (ou trop bas ? voire les deux?). Les basses fréquences se font alors très généreuses avec le 44-A, voire limite un peu trop. Par contre, le microphone développe une corpulence que l’Akg a bien du mal à concurrencer. Caisse claire et toms gagnent en épaisseur comme en profondeur. Bien que le résultat soit assez typé, la réponse en fréquences du micro reste bien ouverte avec des aigus doux et chaleureux. Le son est juste coloré, avec une très belle homogénéité.
Une fois le filtre « Voice » enclenché, le son se fait instantanément plus clair. Le bas du spectre est nettoyé et la fréquence de coupure semble même bien plus haute que les 80Hz indiqués par le manuel (ce que nous confirme la courbe de fréquences). Le bas-médium perd un peu en puissance, atténuant quelque peu la carrure des futs. Le rendu devient alors évidemment un peu plus médium mais toujours avec cette douceur dans les aigus. Ainsi, une fois le Cloud placé en overhead, ce filtre pourrait devenir l’outil parfait pour favoriser la définition des cymbales tout en limitant la diaphonie du kick.
Seul petit bémol : la qualité du switch qui n’est pas des plus exceptionnelles et parait un peu « plastique ». Si je n’ai pourtant rencontré aucun souci avec ni entendu d’ingénieurs du son s’en plaindre, j’avoue m’être demandé quelle serait sa durée de vie sur le long terme…
En ambiance

En ajoutant une grosse compression
Avec une compression extrême, le bas est un peu trop présent et la compression en subit forcément l’impact. Par contre, quel résultat ! Le son reste typé tout en devenant percutant à souhait. Évidemment moins naturel que le C414 mais ultra efficace. Ce que vient d’autant plus appuyer le filtre une fois celui-ci enclenché. L’effet de pièce est renforcé pour un son plus médium, plus sale et bien puissant. Les cymbales regagnent en vigueur et se font bien plus musicales et moins brouillonnes qu’avec l’Akg.
Face à un piano et un glockenspiel
Devant un vieux Steinway droit

Mais revenons au piano. Le Cloud offre un beau son ouvert et moelleux. On dirait presque un C414 emmitouflé dans du cachemire. Vous l’aurez compris, le 44-A se fait donc plus musical, avec moins de fréquences nasales et dures que l’Akg. Le bas du Cloud est toujours aussi rond et puissant, parfaitement cimenté. Le sub quant à lui, se fait à nouveau un peu trop présent et l’on perçoit même de temps à autres la pédale du piano venir perturber les basses fréquences. L’ajout du filtre corrige ce détail, peut-être de manière un poil trop marquée, surtout lors d’un jeu à deux mains. Cependant, il sera parfaitement adapté pour l’enregistrement d’un thème ou d’une mélodie jouée uniquement de la main droite.
Quant à un potentiel problème de souffle, il n’apparaît que très légèrement et principalement une fois le filtre activé. Le signal sur bruit du Cloud, s’il n’égale évidemment pas celui d’un statique, reste donc bon, surtout pour un microphone à ruban ( et en grande partie grâce à son cloudlifer intégré!) .
Au dessus d’un glockenspiel toy

Devant des amplis
… avec une guitare

Pour la petite info, sachez qu’Elvis Costello avait choisi la marque Cloud pour l’une des ses tournées. Pas très étonnant quand on remarque comme ces microphones retranscrivent bien les amplis guitare, avec ce petit je-ne-sais-quoi de raffiné et de chic (à la Costello justement), qui conviendra autant pour du punk sauvage que pour de la pop ou du jazz un peu plus guindé.
… et avec un wurli
En petit cadeau bonus, voici une prise de wurlitzer jouée avec le même setup. Une fois de plus, le Cloud s’en tire haut la main. Le filtre est bien efficace pour enlever tout le rumble accentué par le jeu du ruban, en particulier le bruit des touches et des marteaux que l’on entend bien sur le premier extrait. Pour un résultat plus médium, mais bien plus immédiat.
Face à des cuivres et des voix
Du saxophone…

Comme avec les guitares et bien qu’un poil trop drastique à mon goût, le filtre est à nouveau ultra efficace pour placer rapidement l’instrument dans le mix sans passer par une égalisation externe.
Et du chant








