Un microphone à ruban pour un prix mini, ça vous dit ? C'est ce que propose la marque t.bone avec son RB100, sans doute l'un des micros les plus abordables du marché. La concurrence a-t-elle du souci à se faire ?
Quand on commence une série de tests de micros à ruban et que l’on reçoit un microphone comme le RB100, on reste quelque peu perplexe, dubitatif, voire limite sarcastique. Quoi ? Un microphone à ruban à moins de 80€? C’est une blague ? Et puis, finalement, on se dit : pourquoi pas? Après tout, nombre d’albums mythiques ont été enregistrés avec du matériel d’entrée de gamme et le SM57 n’est pas non plus un microphone iconique pour rien ! Alors, stop aux préjugés et plongeons dans l’univers t.bone!
Déballage et premières impressions du t.bone RB100

Devant tous ces accessoires (pas de première qualité, certes, mais tout de même!) et ce si petit budget, deux questions nous taraudent aussitôt:
- « Comment diable font-ils pour rester sur un tel tarif? »
- « Quel budget peut-il rester pour le microphone en lui-même? ».
Et bien, parlons du micro, justement ! Le RB100 fait fortement penser à un Royer R121 en plus grand et surtout plus épais. Son poids, assez conséquent (465g, soit quasiment le double du Royer) se veut rassurant et enlève le côté jouet que l’on aurait pu craindre de prime abord.
Comme la plupart des microphones à ruban, le t.bone est bidirectionnel. Sa face avant est indiquée par un sigle en 8 et son corps ne comporte aucun pad ou autre switch de filtre. Sur le plan technique, le RB100 possède un ruban de 2,5 microns. Sa sensibilité (-54dB) comme sa plage de fréquences (de 30 à 15000 Hz) sont sur le papier équivalentes à celles du Royer. Si leurs courbes de fréquences sont au final loin d’être identiques, ce micro ne cesse décidément de surprendre et l’envie de le tester titille de plus en plus!
Comportement du RB100 sur guitare électrique : test en solo et en couple

Dès la prise en main, on comprend où certaines économies ont été faites : la suspension est de mauvaise qualité. Le micro y est bien arrimé et ne risque heureusement pas de tomber, mais le système de pinces pourrait induire des bruits mécaniques, la vis de serrage se dévisse très facilement/rapidement et enfin, aucun adaptateur de filtrage européen n’est fourni…
D’un point de vue sonore, le RB100 se révèle a contrario plutôt une bonne surprise. Il n’est évidemment pas aussi ample, profond et « 3D » que le Royer mais se défend plutôt bien et sans être du même calibre, reste dans la même direction sonore, mate et douce.
Douce, pour ne pas dire quand même un peu molle: les transitoires rapides sont fortement atténuées, ce qui induit une sensation de légère compression, pas désagréable, mais pas des plus naturelles. L’effet de proximité, lui, provoque une bonne bosse vers les 100Hz un peu artificielle mais qui peut à son tour devenir un atout pour gonfler votre son (cf. la guitare fuzz ou palm-mute). Il est évident que, si vous trouvez déjà le R121 sourd, le RB100 risque de vous décevoir, mais si vous aimez les sons mats et bien gras, vous devriez par contre être ravis. À ce propos, reculer le RB100 atténue instantanément l’effet de proximité et quelques centimètres suffisent à retrouver une réponse en fréquences plus équilibrée avec un son un peu plus ouvert.
De façon générale, le RB100 donne quelque peu l’image d’un « Royer du pauvre », car un peu moins défini et plus pataud, que cela soit sur le plan physique et sonore. Là où le R121 fonctionne de suite, le t.bone est moins immédiat et demandera plus de travail lors du mixage : moins ouvert, moins détaillé, avec une grosse prédominance sur le bas médium. Cependant, il est primordial de bien mettre en valeur la différence de prix qui rend le rapport de forces inégal: le coût d’achat de ce micro ne vaut littéralement que 5% de celui du Royer! Ce qui nous oblige à un peu plus de tolérance…

Essayons maintenant de le retourner, avec la face arrière orientée vers l’ampli (cf. fichier 01e – Backface). Le son fonctionne aussi, mais avec une couleur un peu différente – Royer préconise justement de retourner son R121 pour éclaircir la prise – que personnellement je trouve un peu plus floue et moins satisfaisante.
Changer l’impédance de votre préampli (cf. fichier 04e – LoZ) peut également jouer sur le rendu sonore du microphone. À voir, évidemment, celle qui vous conviendra le mieux…
Petit bonus avec une prise de wurlitzer sur laquelle la réactivité du RB100 se fait bien entendre sur les attaques, avec une dynamique moins tranchante pour un résultat plus typé. Le 57 s’intègrera parfaitement dans un mix, mais le t.bone est un bon concurrent si vous recherchez une couleur plus douce, plus ouatée.
Essai sur batterie : room, overhead et compatibilité avec compresseur
Position « Front »

Position « Room »
Une fois les micros positionnés en room, nous retrouvons encore cette couleur médium et cette dynamique un peu molle. En revanche, cela contribue à un rendu sonore bien plus compact avec une belle unité. Les cymbales s’adoucissent et les futs paraissent plus gras qu’avec l’AKG. En appliquant un compresseur assez violent, le rendu devient un peu brouillon, mais moins dur et abrasif qu’avec le C414 et si le son est loin d’être ultra réaliste, il se fait joliment pertinent pour venir colorer une prise. Comme lors des prises d’amplis, l’atout du RB100 se dévoile : pouvoir, en complément des micros de proximité, venir teinter ou épaissir votre son. Pas le meilleur micro du monde, certes, ni le plus polyvalent, mais peut-être un nouvel outil pour complémenter votre palette sonore ?
Tests sur piano droit et glockenspiel : souffle, douceur et coloration
Piano Droit

Cette fois, l’exercice est plus difficile pour le t.bone qui souffre un peu. 70dB de gain sont nécessaires et le souffle se fait bien plus présent, potentiellement problématique pour des pièces de piano solo. Le jeu du ruban sur les transitoires est particulièrement audible sur l’attaque des marteaux, qui perdent en impact et le bas médium est un peu flou, manquant d’ampleur. Cependant, ce petit côté « lo-fi » pourrait parfaitement coller pour des chansons plus pop ou indie.
Glockenspiel-toy
Au-dessus d’un glockenspiel, le t.bone est cette fois une très bonne surprise. Parfait pour grossir le son, développer du corps, atténuer les attaques et surtout sabrer les hautes fréquences dures de l’instrument (qui est un jouet, vous l’aurez deviné). Une fois de plus, le rendu n’est aucunement naturel, mais il apporte un vrai plus à la prise. Un léger coupe-bas pour enlever cet effet de proximité toujours un peu trop gonflé et la prise passera toute seule dans un mix ! Et si vous y avez maintenant pris goût, couplez-le avec un Schoeps pour un bon entre-deux!
Résultats sur voix et saxophone : matité assumée et grain vintage

Sur le sax, le résultat est convenable, mais l’on pousse rapidement un « aah!! » de satisfaction en switchant sur l’Akg. Le t.bone est toujours axé sur les médiums/bas-médiums. Il atténue tellement le haut du spectre que le souffle de l’instrument est alors quasi inaudible. Parfait pour ceux qui aiment les cuivres très ouatés, moins pour les audiophiles à la recherche de réalisme…
Même chose sur la voix pour laquelle le microphone, par sa dynamique plus restreinte et son timbre bien mat, accentue le côté crooner du chanteur. C’est chaud et typé, mais très marqué et une petit EQ serait bienvenue pour éclaircir la prise. Comme avec les guitares, s’écarter de quelques centimètres du micro est une autre manière de retrouver un équilibre plus naturel dès la prise de son.





