Bien difficile avec une série sur les microphones à rubans de ne pas parler de la marque américaine AEA. Et quitte à se faire plaisir, testons sans doute le plus emblématique de leurs produits : le AEA R44C.
Origines AEA et filiation RCA 44 : du service au remake fidèle (R44C)
AEA (pour Audio Engineering Associates, aussi appelée AEA Ribbon Mics), a une longue histoire avec les microphones à ruban.

En 1998, Wes Dooley, le fondateur de la marque, décide d’utiliser le savoir-faire acquis durant ces années pour créer son propre microphone, tout en continuant d’appliquer ces mêmes méthodes et techniques : le AEA R44C est né.
R44 : versions C/CE, CX/CXE et A440 (active) — différences pratiques

À l’instar d’autres microphones, le AEA R44 a été, au fil des années, décliné sous différentes versions :
- le R44C, réplique du RCA 44BX
- le R44CE, format « économique » du R44C avec de petites variantes cosmétiques pour un rendu sonore identique et un tarif global moins élevé
- le R44CX, avec 6 dB supplémentaires en gain de sortie
- le R44CXE, version économique du R44CX
- et enfin le A440, version active (réclamant donc une alimentation fantôme), dont l’ajout d’un préampli interne modifie légèrement le son originel.
Mais aujourd’hui, le microphone avec lequel nous allons nous amuser est un AEA R44CNE. Soit une édition spéciale du R44CE dont seuls 100 exemplaires furent construits en 2001 pour le centième anniversaire du NAMM, le plus grand salon américain dédié à l’industrie musicale. Vous me suivez toujours ? Alors, enchaînons avec un peu de musique…
Batterie : équilibre futs/cymbales, proximité utile et pièce naturelle
Et commençons les tests audio devant une batterie, aux côtés d’un Akg C414, micro assez neutre et droit qui nous permettra de mieux assimiler la couleur de l’AEA.
Position Front

Position Room

En (sur)compressant
Justement ; appliquons une compression violente à la piste. Dès lors, le son devient explosif. L’AEA développe un très bel effet de pièce, massif, solide, et toujours aussi agréable à l’écoute. Le rendu du C414 est tout aussi intéressant, avec cependant une couleur bien plus polie, presque lisse. La chaleur, la douceur et la corpulence qu’apporte le ruban est indéniable, avec une musicalité incroyable et cet équilibre fréquentiel toujours aussi bon. Et si certains pouvaient trouver le son un peu trop mat, un simple petit shelf dans les aigus suffira amplement à les contenter.
Piano & glockenspiel : médiums onctueux, haut apaisé, EQ minimale
Devant un piano

Ce qui est assez flagrant ici est la façon du R44CNE à capter l’instrument : la prise est certes typée, mais avec un naturel incroyable. Elle ne souffre ni d’une dynamique écrasée, ni d’aigus voilés ou ternes. Juste une prise colorée avec de la douceur et du moelleux. Le bas reste ample, large et bien défini. Aucun problème de souffle ne vient pointer le bout de son nez. C’est superbe.
Sur le second extrait, les hauts médiums sont d’une onctuosité folle (le C414 y paraît alors un peu plus dur) et le bas médium garde ses contours parfaitement dessinés. Le ruban développe une jolie compression, douce et fine, idéale pour assouplir la dynamique du piano et amener encore plus de liant et d’homogénéité à l’ensemble. Que demander de plus ?
Au-dessus d’un glockenspiel
Passons maintenant à un glockenspiel-toy et comparons l’AEA à un Schoeps MK22.
À nouveau, le résultat reste très naturel avec tous les avantages du ruban : douceur, chaleur, rondeur et épaisseur. Le son est si bien équilibré qu’un filtre coupe-bas est loin d’être indispensable, même s’il pourra aider à atteindre la perfection. Comme un petit shelf dans les aigus, pas forcément obligatoire tant les harmoniques des notes sont déjà bien présentes, mais qui peut-être facilitera encore plus l’insertion de la piste dans votre mix. Décidément, quelle claque ! Alors évidemment, cela fait un bien gros microphone pour un si petit instrument… Mais quand on aime…
Guitares sur ampli : gros bas médium, gestion de la phase, couple possible avec SM57
… avec des guitares

D’une façon générale, le microphone délivre un gros son, très « américain », avec une couleur générale bien grasse matinée d’un petit côté 50 s sans jamais pourtant paraître daté ou anachronique.
Sur la guitare Surf, le son de l’ampli est parfaitement capté. Ample, précis, généreux et doux. En fonction des arrangements, il pourrait être bénéfique d’atténuer légèrement l’effet de proximité, voire de pousser un peu les hauts médiums pour encore plus de présence, mais le résultat est déjà bluffant. Un Shure SM57 paraît bien maigrelet en comparaison. Quant un Royer, positionné 10 cm plus près de l’ampli, n’en est pas si éloigné, avec cependant plus de tranchant et surtout moins de corpulence.
Avec une guitare PalmMute, et bien que l’effet de proximité soit assez conséquent (cf. le graphique en début d’article), le son est toujours aussi beau et ne devient ni mou ni pataud. Le bas du spectre reste puissant et parfaitement maitrisé, sans sub qui dérange ou fréquences baveuses qui viennent polluer la prise.
Sur une guitare Fuzz, c’est évidemment encore plus lourd, plus gras, plus fat. Et toujours aussi musical. On adore (quel son !)… ou l’on trouve cela trop sourd. Dès lors, l’ajout d’un Sm57 vient booster comme il faut les médiums pour un son plus agressif. Comme la plupart des rubans, l’AEA se marie d’ailleurs plutôt bien avec. Par contre, prêtez grande attention à la phase entre les micros ! Car n’est pas un Royer qui veut : entre la taille et l’épaisseur du R44CNE, il n’est pas facile de positionner le Shure pour obtenir une phase parfaite. Qui plus est, les aimants de l’AEA étant assez puissants, ils ont rapidement tendance à attirer/coller le Sm57 contre sa grille.
Mais l’ajout d’un 57 n’est pas la seule solution ! Le microphone accepte également parfaitement les égalisations et il devient un jeu d’enfant (et un régal !) de moduler la couleur générale sans dénaturer la qualité de la prise. À dire vrai, une simple ouverture dans le haut du spectre, un petit coupe-bas voire un léger boost vers 2 kHz suffisent à la sublimer. Les médiums/aigus reste beaux et le bas-médium charnu.

Avec ce microphone, changer l’impédance du préampli modifie par contre assez fortement le son, qui devient dès lors encore plus ouvert et moins épais. Pas forcément une mauvaise chose, mais, si cela est vraiment la direction recherchée, une égalisation ne serait-elle pas plus efficace ?
Wurlitzer : médiums assouplis, bas maîtrisé, insertion rapide au mix
En bonus, une petite prise de wurlitzer branché sur le même ampli Fender.

Cuivres : profondeur et douceur, même avec ruban endommagé puis remplacé

Quelques semaines plus tard, une fois notre microphone de retour de maintenance avec son ruban remplacé, nous l’avons mis face à un autre joueur de saxophone, soprano cette fois. La tessiture de l’instrument étant radicalement différente, la comparaison avec le ténor est évidemment impossible. Cependant, la prise nous permet d’entendre toute la profondeur sonore que délivre le R44CNE, bien difficile à reproduire avec l’Akg. Moins agressif, plus épais, avec des aigus moelleux et délicats, le AEA fait à nouveau preuve d’une qualité incroyable !
Voix : gestion de dynamique naturelle, timbre cohérent à distance variable

S’éloigner de quelques centimètres atténue évidemment l’effet de proximité, mais la voix reste détaillée et épaisse. N’y a-t-il donc aucune source qui puisse mettre ce micro en défaut ?





