Difficile avec une série sur les microphones à ruban, de ne pas évoquer la marque américaine Royer Labs, et en particulier son Royer R121. Penchons-nous aujourd'hui sur ce micro devenu au fil des ans un incontournable des studios d'enregistrement.
Royer Labs : comment le R-121 a relancé les micros à ruban
L’histoire de la compagnie Royer Labs débute à la toute fin des années 90. À cette époque, les microphones à ruban étaient quelque peu passés de mode et, bien que des marques comme Coles ou BeyerDynamic étaient toujours actives, les ingénieurs se tournaient souvent plus facilement vers des microphones plus sensibles et au spectre potentiellement plus large (statiques, larges membranes, à lampes ou autres dynamiques).
En outre, la fin du 20e siècle voit également arriver les ordinateurs. L’informatique musicale se développe énormément et un certain logiciel nommé Pro Tools prend de plus en plus place dans les studios d’enregistrement (alors surtout équipés en multipistes à bandes, analogiques ou numériques). Le monde de l’audio change et évolue. Les ingénieurs du son cherchent alors à contrer le son un peu froid des premiers convertisseurs 24 bits (vous souvenez-vous des interfaces 888 ?) en apportant plus de couleur et de chaleur à leurs prises de son. C’est justement à ce moment précis que sort le Royer R121. Et tout semble prêt pour son avènement !
Royer R-121 : conception, spécificités et variantes

Au fil des ans, le R121 s’impose comme un nouveau standard pour, entre autres, les prises de guitares électriques ou de cuivres. Royer Labs profite de ce succès pour en décliner différentes versions : active (R122), à lampe (R122v) ou stéréo (SF12 et SF24).
Aujourd’hui, nous allons donc nous pencher sur ce fameux Royer R121 et, histoire de ne pas bouder notre plaisir, le R122 sera également de la partie. Attention toutefois, il s’agit de la première version du R122, pas de la MKII, pour laquelle un filtre coupe-bas et un atténuateur y ont été intégrés.
Test sur batterie : chaleur et douceur face au C414
En mono, face aux futs

Le résultat s’impose dès les premières secondes : l’équilibre général du R121 est très agréable et de très bonne facture. Les cymbales sont douces et les futs plus chaleureux qu’avec le C414. Principalement la caisse claire et les toms, qui se font plus profonds. La gamme fréquentielle est un peu plus resserrée qu’avec l’AKG, au spectre plus ouvert et dynamique, mais le rendu est plus contenu, plus compact, grâce principalement au jeu du ruban sur les transitoires rapides.
L’effet de proximité des Royer est très bien géré : le bas du spectre n’est pas surdimensionné. Au contraire. Il est bien présent, mais ni trop exagéré, ni trop prédominant. La grosse caisse descend moins bas qu’avec le statique cependant, elle reste à sa place, de façon très naturelle.
Et le 122 alors ? Comme vous l’aurez compris, ce microphone est actif. Il comprend un petit préampli interne fonctionnant sous alimentation fantôme pour booster le signal d’environ 15 dB que nous retrouvons bien au gain du préampli Neve (Royer Labs développe même ce petit préampli en format volant sous la référence « dBooster »). La couleur générale est bien identique au R121 et les micros sont très proches d’un point de vue sonore, avec toutefois une sensation de spectre légèrement plus étendu et infiniment plus de détails et d’emphase pour le R122. Tout cela est évidemment très léger et pourrait tout autant découler de l’électronique que du placement des micros ou du vécu des rubans.
En prise d’ambiance : le ruban dans la pièce
En position de « room », la prise est évidemment plus mate et plus chaleureuse à l’écoute qu’avec le C414, toujours assez linéaire. Nous retrouvons bien cette petite accentuation des médiums très typique des Royer, avec un savant mélange de présence et douceur. Le bas n’est toujours pas le plus énorme qui soit, ce qui n’empêche toutefois pas la grosse caisse de garder une attaque bien précise et une belle profondeur. Tout cela apporte au R121 une couleur à la fois typée et moderne sans tomber non plus dans quelque chose de trop sourd ou daté.
Logiquement, l’ajout d’un compresseur particulièrement violent accentue toutes ces remarques avec de beaux médiums bien mis en avant qui renforcent d’autant plus l’effet de pièce. L’équilibre général est toujours aussi bon, solide et parfaitement maîtrisé. Le bas du spectre ne viendra aucunement polluer vos micros de proximité et la couleur reste mate sans paraître étouffée. En comparaison, l’AKG paraît alors plus fatigant à l’écoute avec un rendu assez dur et brouillon.
Piano et percussions fines : test sur Steinway et glockenspiel
Devant un vieux Steinway

La pièce de piano étant jouée pianissimo justement, un problème de souffle pointe le bout de son nez et pourrait éventuellement compromettre la qualité de la prise… C’est à ce moment que le R122 entre en jeu et se révèle indispensable ! Le rendu est alors parfait. Plus de souffle, aucune fréquence gênante, en haut comme en bas du spectre et toujours ces beaux médiums/bas-médiums, jamais baveux et qui ont même ce précieux avantage de laisser de la place pour les autres instruments. Douce et moderne à la fois, la prise glissera parfaitement dans un mix.
Avec un rapport signal sur bruit si bon, le R122 pourra sans conteste offrir des performances remarquables sur d’autres instruments fins, comme les cordes frottées ou pincées (guitare, violons, harpe, clavecin, etc.). Cela, en proximité comme en prise d’ambiance.
Au-dessus d’un glockenspiel
En parlant d’instrument plus délicats, essayons maintenant sur un glockenspiel/jouet, aux côtés d’un Schoeps CMC6. Une fois de plus, les Royer gardent leur couleur si personnelle tout en restant assez proches du Schoeps. Avec évidemment plus de douceur dans les aigus et sans les transitoires trop piquantes du glockenspiel. Le résultat reste assez ouvert et bien détaillé, toujours sans trop d’effet de proximité. Et les médiums sont toujours aussi idéals pour faire rentrer la prise dans votre mix (là où le Schoeps pourrait réclamer une petite atténuation dans les aigus). L’ajout d’un coupe-bas vient totalement clarifier la prise de son.
Micros à ruban et amplis guitare : la légende du R-121 confirmée
Guitare électrique

Pour le coup, le R122 est, lui, à la limite de la saturation sur les prises palm-mute et fuzz et l’on comprend pourquoi la nouvelle version inclut un atténuateur. Hormis cela, R121 et R122 ont bien toujours cette même couleur chaleureuse. Avec cependant un je-ne-sais-quoi d’un peu plus sale, plus « dirty » pour le R121 qui se prête encore mieux aux guitares saturées et explique, in fine, pourquoi il est souvent le Royer préféré à ce poste.
Si le son des rubans se suffit très bien tel quel, le coupler avec un SM 57, autre grand habitué des prises d’ampli, est devenu un setup des plus classiques. La complémentarité des deux micros est vraiment exceptionnelle pour une polyvalence décuplée, l’un apportant tout ce qui pourrait manquer à l’autre. Il est même devenu plus qu’habituel de recevoir une prise de guitare enregistrée avec ces deux micros. L’un amenant douceur, corpulence et profondeur. L’autre, pêche et agressivité.

Enfin, pour ceux aimant jouer avec l’impédance, sachez que le R122 étant actif, moduler l’impédance de votre préampli ne devrait avoir aucune incidence sur sa couleur. A contrario du R121, pour lequel le son s’en retrouve alors quelque peu altéré. Les deux couleurs obtenues se tiennent tout aussi bien et nous sommes vraiment sur des questions de choix personnels.
Petit bonus avec des prises de Wurlitzer

Petit aparté : les regards les plus perçants remarqueront les photos de petites marques, principalement sur la grille du R121. Elles viennent de l’ancien propriétaire du Royer, sans doute assez peu scrupuleux quant à la maintenance de ses micros. Je vous rassure, tout cela n’est qu’esthétique, le ruban ayant été changé depuis son acquisition.
Cuivres et voix : chaleur maîtrisée et présence naturelle
Un Saxophone Ténor

Rien à faire, une fois de plus, le Royer s’en sort avec brio et démontre une excellente polyvalence.
Et une voix

L’effet de proximité étant toujours aussi bien géré, il n’est pas nécessaire de se reculer pour un résultat plus équilibré. On pourrait certes vouloir ouvrir un peu le son, voire raboter légèrement le bas médium, mais cela n’est pas non plus indispensable et dépendra totalement de l’environnement musical de la chanson. Une dernière fois, ne l’oubliez pas : Royer préconise de tourner le micro pour un son un peu plus ouvert !



