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Par Jupiter ! Le Jupiter-8, artistes emblématiques et émulations d'aujourd'hui

Le Roland Jupiter-8 est incontestablement l’un des synthétiseurs polyphoniques analogiques les plus marquants. Les nombreux artistes l’ayant adopté, ainsi que les clones et logiciels qui le modélisent aujourd’hui, attestent d’une aura intacte, 45 ans après sa sortie.

Le Jupiter-8, artistes emblématiques et émulations d'aujourd'hui : Par Jupiter !

Le Roland Jupi­ter-8 est l’un des symboles de la synthèse analo­gique poly­pho­nique des années 80, une légende sonore qui a marqué l’his­toire de la musique élec­tro­nique. Dès sa sortie au début des années 1980, il s’est distin­gué par sa puis­sance, sa clarté, sa flexi­bi­lité et son ergo­no­mie. Conçu pour répondre à la concur­rence améri­caine (Prophet-5, OB-X), il s’est rapi­de­ment imposé comme une réfé­rence tant en studio qu’en concert. Quarante-cinq ans après sa créa­tion, son timbre unique conti­nue d’in­fluen­cer les produc­teurs, compo­si­teurs et synthé­sistes à travers le monde.

Roland Jupi­ter-8 : contexte histo­rique et révo­lu­tion de la synthèse poly­pho­nique analo­gique

Roland Jupiter-8 : Roland Jupiter-8 (31449)Les premiers synthé­ti­seurs dits « portables », comme le Mini­moog ou l’ARP 2600, étaient des instru­ments analo­giques à synthèse sous­trac­tive basés sur la chaine VCO, VCF et VCA, mais ils restaient mono­pho­niques. À l’époque, les Améri­cains domi­naient le marché et les synthé­ti­seurs japo­nais étaient souvent vus comme des produc­tions cheap et limi­tées. Avant l’ar­ri­vée du Yamaha DX7 et de sa synthèse numé­rique FM, le Jupi­ter-8 allait vrai­ment chan­ger tout ça.
Au milieu des années 70, les grands construc­teurs se lancèrent dans une course à la poly­pho­nie, donnant nais­sance à des modèles à divi­seurs d’oc­tave, prin­ci­pa­le­ment des string machines, des synthés à présets et des claviers dédiés à la scène. Des machines parfois inté­res­santes, mais limi­tées dans leurs possi­bi­li­tés de synthèse (Poly­moog ou l’ARP Omni, par exemple). Oberheim choi­sit une autre approche, avec des modèles assem­blant autant de SEM, petits modules mono­pho­niques, que de voix. Si une « vraie » poly­pho­nie, c’est-à-dire une chaîne complète de synthèse par voix, était ainsi dispo­nible, la program­ma­tion s’avé­rait pénible, il fallait éditer chaque module autant de fois qu’il y avait de voix. Même avec l’ajout d’une exten­sion supplé­men­taire, le Program­mer, la program­ma­tion restait peu pratique. En 1978, une solu­tion arriva avec un petit construc­teur inconnu, Sequen­tial Circuits, et son Prophet 5. Ce synthé­ti­seur propo­sait une poly­pho­nie inté­grée de cinq voix contrô­lées par micro­pro­ces­seur et boule­versa le marché. N’ou­blions pas Yamaha, qui présenta la même année le magni­fique CS80. Malgré la réus­site incon­tes­table de ce dernier, la synthèse poly­pho­nique haut de gamme restait large­ment améri­caine, Oberheim propo­sant ensuite sa réponse au Prophet 5 avec l’OBX. Roland, rela­ti­ve­ment confi­den­tiel en Occi­dent, avait d’abord lancé le Jupi­ter-4, un coup d’es­sai promet­teur, mais limité. Avec son unique VCO par voix et son look un peu bâtard, les Améri­cains conti­nuaient à dormir tranquilles. Il fallait une vraie réponse aux Prophet-5 et OBX, et elle fut cinglante.


Roland Jupiter-8 : Roland Jupiter-8 (1668)Lancé en 1981, le Jupi­ter-8 offrait deux VCO discrets par voix, un filtre passe-bas commu­table (2 ou 4 pôles), un filtre passe-haut, deux enve­loppes ADSR, un LFO et même un arpeg­gia­teur. Il propo­sait plusieurs modes de jeu (Poly 1 et 2, Unison, Solo), et surtout la possi­bi­lité de jouer deux sons diffé­rents simul­ta­né­ment, en split ou en layer. Une « killer feature », à l’époque. Sa section oscil­la­teur, complète pour l’époque, avec synchro, cross-modu­la­tion et PWM, en faisait le synthé­ti­seur commer­cial le plus puis­sant en 1981.
Son appa­rence tran­chait avec la concur­rence : archi­tec­ture tout métal, flancs en alumi­nium, boutons et séri­gra­phie aux couleurs vives, qui faisaient de lui un instru­ment au look véri­ta­ble­ment moderne. L’er­go­no­mie et la géné­reuse dispo­si­tion des commandes invi­taient à la program­ma­tion et au jeu en temps réel. Sa fiabi­lité, enfin, fut très appré­ciée, surtout au regard des nombreux problèmes rencon­trés sur les premiers Prophet 5. Bien qu’il soit dépourvu de MIDI lors de sa sortie (Roland lui ajou­tera plus tard un port DCB), cela ne l’em­pê­cha nulle­ment d’être omni­pré­sent tout au long de la décen­nie 80. Il pouvait produire des textures poly­pho­niques luxu­riantes, des strings, des brass, des leads, des basses et des effets spéciaux éton­nants. Sa capa­cité à se fondre dans un mix était égale­ment l’une de ses nombreuses quali­tés recon­nues. Envi­ron 2 000 exem­plaires furent produits sur les quatre années de sa commer­cia­li­sa­tion, ce qui en fait aujour­d’hui un instru­ment rare et très prisé dans les studios vintage et les collec­tions.

Pour en savoir davan­tage encore sur le Roland Jupi­ter-8, vous pouvez lire ou relire le test complet.

Artistes emblé­ma­tiques ayant utilisé le Roland Jupi­ter-8

Le Jupi­ter-8 a été utilisé par de nombreux artistes ayant contri­bué à façon­ner le son des années 80 (et même bien au-delà). Il s’agit même de l’un des synthé­ti­seurs les plus emblé­ma­tiques de cette décen­nie, tant sa présence dans les studios et sur scène fut impor­tante. Il serait toute­fois illu­soire de vouloir dres­ser une liste exhaus­tive des produc­tions dans lesquelles il appa­raît, d’au­tant plus que l’usage précis de certains instru­ments n’est pas toujours clai­re­ment docu­menté.
Plutôt que d’énu­mé­rer des noms sans distinc­tion, nous avons donc choisi de nous concen­trer sur quelques exemples pour lesquels l’uti­li­sa­tion du Jupi­ter-8 peut être consi­dé­rée comme fiable, car étayée par des inter­views d’ar­tistes ou des témoi­gnages de personnes présentes lors des sessions d’en­re­gis­tre­ment.

Le Jupi­ter-8 fait partie du parc de synthés de Depeche Mode dès 1982, et on peut l’en­tendre sur de nombreux morceaux du groupe. On peut notam­ment citer les sons de cuivres présents sur Leave in Silence. Plus large­ment, le Jupi­ter-8 est audible sur l’en­semble de l’al­bum A Broken Frame dont ce titre est extrait, souvent en compa­gnie d’un PPG Wave et d’un Moog Source.

Le Jupi­ter-8 a été l’un des synthé­ti­seurs les plus marquants de la période synth-pop de Talk Talk. Au-delà des multiples sons de cordes ou de parties poly­pho­niques, on lui doit aussi certains effets sonores deve­nus emblé­ma­tiques, comme ces fameux sons évoquant des cris d’ani­maux, et en parti­cu­lier l’es­pèce d’élé­phant que l’on entend sur Such a Shame. (non, il ne s’agit pas d’un sample). Le synthé poly­pho­nique aux tona­li­tés légè­re­ment vocales que l’on entend sur It’s My Life provient lui aussi du Jupi­ter-8.

Un autre groupe emblé­ma­tique des années 80, alle­mand cette fois-ci, a large­ment utilisé le synthé­ti­seur de Roland : Alpha­ville. Le titre Sounds Like a Melody baigne litté­ra­le­ment dans les sono­ri­tés du Jupi­ter-8. Dans une inter­view, Marian Gold revient sur l’im­por­tance du JP-8 pour le groupe : « Notre rêve devenu réalité, c’était ce Jupi­ter-8 au look très élégant. On en rêvait la nuit et on se l’est payé avec l’avance donnée pour Big in Japan. Nous avons un peu abusé de ce JP-8 sur le single suivant, Sounds Like a Melody, mais il faut nous comprendre : nous avions touché notre Graal. On se ruait dessus du matin au soir et on le maîtri­sait suffi­sam­ment pour, comme nous le voulions, le mettre en avant. Je me répète, mais il hantait nos nuits ; comment ne pas lui donner la part belle ? »

En France, c’est Indo­chine qui a fait honneur au poly­pho­nique japo­nais. Le Jupi­ter-8 est omni­pré­sent sur leurs trois premiers albums. Sur le titre Le Péril Jaune (Ferme­ture), on recon­naît clai­re­ment son grain distinc­tif dans les textures poly­pho­niques.

Chez Duran Duran, Nick Rhodes a égale­ment fait un usage inten­sif du Jupi­ter-8 dans les produc­tions du groupe, deve­nant un élément clef de leur esthé­tique. On peut aussi citer son utili­sa­tion sur l’al­bum Thril­ler de Michael Jack­son, où il a notam­ment servi à produire des basses et des nappes.

Même chez Prince, pour­tant plus souvent asso­cié aux synthé­ti­seurs Oberheim, on retrouve la présence du poly­pho­nique japo­nais dans certaines de ses produc­tions. Un peu plus près de nous, le groupe french touch Modjo l’a utilisé sur son premier album.
Orches­tral Manoeuvres in the Dark (OMD), Pet Shop Boys, Tange­rine Dream, Yes, Howard Jones, Marvin Gaye ou encore Gior­gio Moro­der ont eux aussi utilisé le Jupi­ter-8, que ce soit en studio ou sur scène, à diffé­rents moments de leur carrière.

Les alter­na­tives actuelles : clones et plugins

ISE-NINVu sa rela­tive rareté (on le rappelle, envi­ron 2000 exem­plaires produits) et sa cote actuelle, tout le monde n’a évidem­ment pas la chance de pouvoir se procu­rer un Roland Jupi­ter-8. Côté hard­ware, en atten­dant une éven­tuelle version de Behrin­ger, le seul clone analo­gique exis­tant est l’ISE-NIN de Black Corpo­ra­tion, déjà testé sur Audio­fan­zine.
Du côté des repro­duc­tions numé­riques, on peut se tour­ner vers Roland lui-même, avec le Roland Boutique JP-08 (testé ici), ou via la plate­forme Roland Cloud, qui propose la même émula­tion offi­cielle ACB (Analog Circuit Beha­vior). Cette émula­tion est égale­ment compa­tible avec certains synthé­ti­seurs de la marque, comme le Juno-X (test ici) ou le GAIA 2 (test ici). On retrouve enfin cette repro­duc­tion sous forme de plugin, toujours via Roland Cloud.

Mercury-8Du côté des autres plugins, la dernière sortie de Cherry Audio, le Mercury-8, nous a véri­ta­ble­ment impres­sion­nés. Il s’agit d’un progrès signi­fi­ca­tif pour la marque en matière de modé­li­sa­tion de synthé­ti­seurs analo­giques vintage et, au vu de son prix, nous ne pouvons que le recom­man­der. Il est en outre livré avec d’ex­cel­lents présets.

Déve­lop­peur qui déçoit rare­ment, TAL propose égale­ment sa repro­duc­tion du Jupi­ter avec le TAL-J-8. En plus d’être très réussi, il dispose, comme le Mercury-8, d’un mode double, une fonc­tion­na­lité encore rela­ti­ve­ment rare dans les émula­tions logi­cielles.

Le Thing d’Acus­tica Audio (testé ici) est lui aussi à recom­man­der pour sa qualité sonore, même si son inter­face, un peu lourde, pourra en rebu­ter certains.

Enfin, la version d’Ar­tu­ria, le Jup-8V, entiè­re­ment réécrite en 2020 (six ans déjà, et testé ici), consti­tue égale­ment une très bonne alter­na­tive. Tous ces plugins incluent les présets d’ori­gine du Jupi­ter-8.

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