Si tous les ordinateurs intègrent aujourd’hui une interface audionumérique qui, bien que rudimentaire, suffit amplement pour un usage bureautique et multimédia, cette dernière montre vite ses limites dès qu’il s’agit de faire de la musique. Vous en viendrez donc très probablement à vouloir vous équiper d’une interface digne de ce nom, d’où ce dossier qui entend vous guider dans votre choix…

L’essor conjoint de ces différentes technologies sacre l’avénement du « multimédia », de sorte qu’on commence à vouloir utiliser les PC pour pour bien d’autres choses que des tableurs et des éditeurs de texte, et notamment enregistrer et lire du son, dialoguer avec des instruments électroniques en MIDI, etc.

Cette petite page d’histoire tournée et ce petit point de vocabulaire élucidé, penchons-nous un peu plus en détail sur notre sujet, en répondant d’abord à la question…
À quoi sert une interface audio ?
Pour faire simple, disons que c’est l’équipement qui, en relation avec le processeur, va prendre en charge tout ce qui concerne le son sur votre ordinateur.
C’est grâce à elle que vous allez pouvoir brancher des sources externes (micros, instruments, platines, etc.) pour les enregistrer en audionumérique, mais c’est grâce à elle aussi que vous pourrez aussi lire vos enregistrements audionumériques et les écouter sur votre casque ou vos enceintes.
Si la carte mère est le tronc de l’ordinateur et le processeur son cerveau, disons donc que l’interface audio s’occupe quant à elle de lui donner une bouche et des oreilles…
À quoi ressemble-t-elle ? Voyons cela en détail…
Qu’est-ce qu’une interface audio ?

Plusieurs formats existent, dont voici les principaux :
- Boîtier minirack avec contrôles sur le devant et connecteurs sur le devant et l’arrière.
- Rack 19 pouces 1U ou 2U avec contrôles sur le devant et connecteurs sur le devant et l’arrière.
- Boîtier « Tabletop » avec les contrôles sur le dessus et les connecteurs à l’avant et l’arrière.
- Carte à enficher directement sur la carte mère de l’ordinateur, parfois accompagnée d’un rack de connexions externe… On parle alors d’interface audio interne par opposition aux interfaces externes qui se connectent en USB pour la plupart.
Mais notez qu’on trouve encore des interfaces audio intégrées dans quantité d’équipements tels les tables de mixage numériques, les enregistreurs de poche, les micros USB tandis qu’il existe même des cartes son miniatures tenant dans la paume d’une main… Si nous reviendrons en temps utile sur ces histoires de formats, on mentionnera pour l’heure les principaux constituants d’une interface audio.
On va de fait y trouver :
- Des entrées audio, soit un ensemble de connexions pour brancher les équipements musicaux et audio dont vous souhaitez enregistrer le son : micros, instruments de musique électroniques (synthés, boite à rythmes, etc.) ou électroacoustiques (guitares, basses, etc.)
- Des sorties audio, soit un ensemble de connexions pour brancher notamment vos équipements d’écoute (enceintes, casques)
- Des connecteurs informatiques ou électriques destinés à alimenter l’interface en électricité comme à assurer sa communication avec l’ordinateur
- Des convertisseurs, soit un ensemble de composants à même de convertir le signal analogique produit par des sources électroacoustiques (le son de micros, des instruments de musique, etc.) en signal numérique compréhensible par l’ordinateur, comme l’inverse. C’est en effet l’interface qui se charge de convertir le signal numérique en provenance de l’ordinateur en signal analogique susceptible de mouvoir les membranes de vos enceintes ou de votre casque.
Et éventuellement :
- Une entrée et une sortie MIDI, soit des connecteurs destinés à dialoguer avec des instruments électroniques compatibles en utilisant le protocole MIDI.
- Un ou plusieurs DSP (processeur spécialisé dans le traitement du signal) pour assister le processeur central de l’ordinateur sur les traitements audio.
Si bien d’autres fonctionnalités et équipements peuvent encore être intégrés à l’interface, nous y reviendrons plus tard pour nous concentrer pour l’heure sur un autre aspect important qui distingue l’interface audio dédiée de la carte son intégrée de base à l’ordinateur : ses performances. En effet, au-delà de ses capacités de connexions plus riches, une interface audio propose a priori un son de meilleure qualité tout en étant capable de fonctionner avec une latence bien plus faible.
Enfin, soulignons-le : l’interface audio pour musiciens se distingue aussi de l’interface standard par son pilote logiciel (« driver » en anglais) qui propose généralement plus de paramètres et de fonctionnalités.
Pour vous aider dans votre choix, ce sont donc chacun de ces éléments que nous allons passer en revue : les entrées, les sorties, les convertisseurs (par le biais desquels nous parlerons de qualité audio), le pilote (par le biais duquel nous aborderons les problématiques de latence) et le format.
Commençons donc par le commencement avec les entrées.
Les entrées d’une interface audio (Audio IN)
Ces dernières sont pensées pour s’adapter à différents types de signaux, qu’ils soient analogiques ou numériques. Voici ce qu’on peut de fait trouver sur une interface audio :
Des entrées analogiques préamplifiées au format XLR, Jack 6,35 ou combo XLR/Jack pour y brancher des micros : la tension de sortie des micros étant très faible, leur usage nécessite en effet un préamplificateur pour que le signal soit exploitable, sachant que ce dernier est le plus souvent assorti d’un petit potentiomètre pour contrôler le gain et d’une alimentation fantôme à 48V, nécessaire à l’usage des microphones à condensateurs.
- Des entrées analogiques de niveau ligne au format minijack, Jack 6,35 ou RCA, pour y connecter une grande variété d’équipement sortant à ce niveau : instruments électroniques, platines CD/radio, console, boîtes de direct, etc.
- Des entrées analogiques de niveau Instrument au format Jack 6,35, pour s’adapter au signal à haute impédance (Hi-Z) qui sort des guitares et des basses électriques.
- Suivant les modèles, des entrées numériques au format ADAT; S/PDIF ou AES/EBU sur connecteur TOSlink pour y connecter tous types d’équipements numériques, sachant que l’interface n’aura pas alors à numériser quoi que ce soit.
- Suivant les modèles, une entrée MIDI sur connecteur DIN 5 broches pour y raccorder tous types d’instruments électroniques compatibles MIDI qui serviront de contrôleur pour piloter l’ordinateur : claviers, matrice de pads, surfaces de contrôles…
- Suivant les modèles, une entrée Wordclock sur connecteur BNC pour synchroniser l’interface en mode esclave avec un équipement externe si besoin.
Voici pour l’essentiel, sachant que la présence de ces connecteurs comme leur nombre varient d’une interface à l’autre. L’entrée Wordclock dont nous reparlerons plus tard ne se trouve par exemple pas sur les interfaces audio d’entrée de gamme, tandis que bien des interfaces font l’économie aujourd’hui de connecteurs MIDI, vu qu’un grand nombre d’instruments électroniques récents disposent d’une connectique USB. Certains modèles d’interfaces proposent même des prises USB pour faire office de concentrateur (Hub) bien pratique.
Les sorties d’une interface audio (Audio OUT)
Ces dernières sont elles aussi pensées pour proposer différents types de signaux, qu’ils soient analogiques ou numériques. Voici ce qu’on peut de fait trouver sur une interface audio :
- Des sorties de niveau ligne sur format Jack 6,35, dont une paire ou deux seront dévolues à router le signal vers les enceintes (on trouvera souvent la mention Monitor Out les concernant)
- Une ou deux sorties préamplifiées au format Jack 6,35 voire minijack pour alimenter un casque, et parfois accompagnées d’un petit potentiomètre de gain. Cette préamplification permet notamment de correctement « driver » les modèles de casques à haute impédance dont l’usage est plus limité avec l’interface audio standard.
- Suivant les modèles, des sorties numériques au format ADAT ou S/PDIF sur connecteur TOSlink pour y connecter tous types d’équipements numériques susceptibles de recevoir ces données (enregistreur DirectToDisk, console numérique, etc.)
- Suivant les modèles, une sortie MIDI sur connecteur DIN 5 broches pour que l’ordinateur soit en mesure de contrôler des générateurs sonores externes : synthétiseurs, boîte à ryhtmes, samplers…
- Suivant les modèles, une sortie Wordclock sur connecteur BNC pour synchroniser un équipement externe avec l’interface qui sera alors maîtresse.
Les connecteurs informatiques et électriques d’une interface audio
Au gré de l’évolution de l’informatique, les interfaces audio ont utilisé nombre de connectiques différentes pour être reliées à l’ordinateur. Si les antédiluviens FireWire et Thunderbolt ont disparu, c’est finalement l’USB qui s’est imposé, de sorte que les interfaces audio récentes proposent toutes un connecteur USB-C, en dehors de quelques modèles spécifiques utilisant du câble réseau RJ45.
L’un des avantages de l’USB-C, c’est qu’il permettra d’alimenter l’interface en électricité tant que les besoins de cette dernière demeurent raisonnables. Dès lors que l’interface propose plus de fonctionnalités (et notamment de préamplis), elle nécessitera en effet d’être raccordée au secteur, la plupart du temps via un bloc d’alimentation externe.
Les convertisseurs d’une interface audio
Tous les équipements que vous connectez sur les entrées ou sorties analogiques de votre interface vont nécessiter des conversions pour dialoguer avec l’ordinateur. Les sources analogiques vont en effet devoir être numérisées via une conversion A/N (Analogique \> Numérique) tandis que vos équipements en sortie auront besoin que le signal numérique de l’ordinateur soit converti en signal analogique via une conversion N/A (Numérique \> Analogique).
Si le rôle des convertisseurs est primordial, vous comprendrez que leur qualité est un point à ne pas négliger. Et la première chose à savoir lorsqu’on parle d’un convertisseur, c’est la précision dans laquelle il est en mesure de travailler. En effet, pour numériser un signal, le convertisseur va le découper en une multitude de tranches auxquelles il va faire correspondre une valeur de niveau.

Le convertisseur va ensuite mesure l’amplitude de chaque tranche et lui affecter une valeur de niveau, laquelle peut être définie avec une plus ou moins grande résolution. Toujours avec le format CD dont la résolution audio est de 16 bits, chaque tranche est ainsi susceptible de recevoir une valeur parmi 65 536…
Sachez-le toutefois, si la norme du 44,1 kHz / 16 bits demeure un standard bien suffisant pour une restitution de qualité, les interfaces audio qui nous intéressent travaillent dans des résolutions bien supérieures. Dans notre domaine, c’est le 96 kHz sur 24 bits qui est devenu peu à peu la norme, mais nombre d’interfaces proposent même des définitions supérieures, allant jusqu’à 192 kHz pour la fréquence d’échantillonnage et 32 bits pour la résolution audio.
Soit 192 000 tranches par seconde pouvant chacune recevoir une des 2 147 483 647 valeurs de niveau !
Qu’est-ce que ça change ? Nous allons voir ça en nous intéressant d’abord à la fréquence d’échantillonnage.
De la relative inutilité d’échantillonner en 96 kHz ou 192 kHz…
Vous l’aurez compris : plus la fréquence d’échantillonnage augmente, plus on va gagner en précision dans les fréquences les plus hautes du spectre.
Ça, c’est la théorie. Sauf que la théorie dit aussi qu’un être humain entend au mieux jusqu’à 20 kHz (et encore parle-t-on là de la fréquence audible par un bébé quand un adolescent n’entendra déjà plus à ce seuil). Pourquoi échantillonner à de tels niveaux du coup ?
Simplement parce que, tel que l’a observé le physicien Harry Nyquist, un repliement des fréquences (aliasing) apparait lorsqu’un convertisseur tente d’échantillonner des fréquences supérieures à la moitié de sa fréquence d’échantillonnage, ce qui produit des artefacts qui n’existaient pas dans le signal d’origine. Pour éviter cela, on va donc échantillonner à plus du double de la plage fréquentielle que l’on souhaite numériser en appliquant un filtre anti-repliement analogique avant la conversion. Et c’est pour cela qu’on a fixé la norme du CD à 44,1 kHz, soit plus de deux fois la plage de fréquence audible par un être humain.
Pourquoi convertir en 96 voire en 192 kHz, du coup ? Autrefois, il s’agissait de simplifier la conception des convertisseurs et du filtre analogique anti-repliement : à 44,1, la filtre n’a que peu de marge pour préserver le spectre audible et doit donc couper brutalement tandis qu’à 96 et 192 kHz, sa pente peut être beaucoup plus douce et donc plus respectueuse du signal…
Tout cela était très pertinent à l’aube de l’audionumérique même si, de nos jours, cela n’a plus grand intérêt. Pourquoi ? Parce que même si vous enregistrez en 44,1, un convertisseur moderne va en interne suréchantillonner le signal (oversampling) pour appliquer un filtrage parfaitement transparent. Si les 96 ou 192 kHz peuvent donc avoir un intérêt industriel pour faire de la mesure, disons qu’en musique, ça n’a pas grand intérêt et que si les fabricants de cartes son mettent ce détail en avant, c’est essentiellement pour des raisons marketing, le consommateur n’étant pas dur à persuader que plus les chiffres sont hauts, plus la qualité sera au rendez-vous…
Voyons à présent ce qu’il en est de la possibilité de convertir en 16, 24 ou 32 bits.
Du confort du 24 bits à l’astuce du 32…

Qu’est-ce que ça change ? La plage dynamique disponible, soit la capacité pour le convertisseur à gérer des niveaux plus ou moins élevés. 16 bits offrent ainsi environ 96 dB de dynamique tandis qu’on dispose de 144 dB en 24 bits. Pour vous donner un ordre d’idée, sachez qu’une pièce très silencieuse se situe autour de 20 dB SPL, une conversation autour de 60 dB SPL, un marteau-piqueur avoisine 100 dB SPL tandis que le seuil de la douleur est proche de 120 à 130 dB SPL.
En 16 bits, il faut de fait être particulièrement attentif aux niveaux sonores qui rentrent dans le convertisseur sous peine de le saturer, ce qui se traduit par des artefacts particulièrement horribles (Lara Fabian en a d’ailleurs fait les frais dans un retour In Ear, ce qui a gravement endommagé son audition). Alors que le 24 bits est bien plus permissif : il présente nettement moins de risques d’écrêtage, et donc un réglage du gain plus simple, ce qui offre davantage de liberté pour les interprètes ou les instruments très dynamiques (cuivres, batterie, percussions, brailleurs de tous poils) et donc… un flux de travail plus serein pour tout le monde.
Et en termes de qualité perçue ? Disons-le clairement, vous peinerez à distinguer un enregistrement correctement réalisé en 24 bits d’un enregistrement correctement réalisé en 16 bits. L’enjeu, c’est donc juste le confort et la simplicité, ce qui n’a rien d’un détail lorsque la technique doit se mettre au service de l’artistique…
Quant aux 32 bits récemment apparus sur certains enregistreurs de terrain et certaines interfaces, il conforte a priori les mêmes avantages même s’il s’agit plus d’une astuce que d’une réelle conversion en 32 bits. En effet, un convertisseur 32 bits proposerait en théorie une dynamique de 192 dB, ce que personne n’est en mesure de fabriquer rien qu’à cause du bruit résiduel de l’électronique.
De fait, un convertisseur « 32 bits » n’échantillonne pas réellement avec 32 bits de précision physique, mais il utilise deux convertisseurs, le premier avec beaucoup de gain, le second avec peu de gain, dont les conversions vont être ensuite combinées dans un fichier 32 bits. Ce système est très intéressant pour les enregistreurs de terrain où le preneur de son ou le journaliste peuvent en toute confiance enregistrer tout ce qui est susceptible de se produire sans s’inquiéter du niveau. Mais admettons qu’en studio où l’on contrôle l’environnement sonore, il n’apporte pas grand-chose de plus que le 24 bits.
Échantillonnage, résolution et taille des fichiers
À l’heure d’évoquer les taux d’échantillonnage comme les résolutions audio, précisons que ces derniers affectent grandement le volume de données enregistré, ce qui peut se traduire par des coûts et une logistique plus fastidieuse à l’heure de la sauvegarde de vos données.
Voyez en effet la taille occupée par une minute d’audio mono au format WAV dans les différentes fréquences d’échantillonnage et résolution dont nous avons parlé :
| Fréquence | 16 bits | 24 bits | 32 bits |
| 44,1 kHz | 5,05 Mo | 7,57 Mo | 10,09 Mo |
| 96 kHz | 10,99 Mo | 16,48 Mo | 21,97 Mo |
| 192 kHz | 21,97 Mo | 32,96 Mo | 43,95 Mo |
De fait, un fichier d’une minute en 192 kHz / 32 bits est 8,7 fois plus volumineux qu’un fichier 44,1 kHz / 16 bits, ce qui peut vite avoir son incidence si l’on multiplie cela par le nombre de pistes et de minutes d’un projet. À l’heure où la sobriété est aussi de mise dans nos studios et home studios pour des raisons environnementales autant qu’économiques, on saisira là une bonne occasion de faire des économies de disque dur voire d’espace de stockage dans le cloud…
Car vous l’aurez compris : qu’importe que votre interface sache travailler en 32 bits à 192 kHz, vous pouvez au quotidien vous contenter d’un bon vieux 44,1 en 24 bits, sachant que bien d’autres choses importent dans une interface audio, à commencer par ses performances.
Qu’est-ce qui fait la qualité sonore d’une interface audio ?
Comme nous l’avons vu, la qualité audio d’une interface va grandement dépendre de la qualité de ses convertisseurs, même si sincèrement, ces derniers ne sont plus tant aujourd’hui un critère de choix.
En effet, si dans les années 2000, on pouvait encore distinguer à l’oreille une interface grand public (type soundblaster) d’une interface d’entrée de gamme et d’une interface haut de gamme, ce n’est clairement plus le cas aujourd’hui vu que les grands fabricants de convertisseurs (ESS, AKM, Cirrus Logic pour n’en citer que trois) qui équipent la plupart des fabricants d’interface audio proposent tous désormais des circuits extrêmement performants… Avec un appareil de mesure industriel, on peut bien sûr observer des différences d’un modèle d’interface à une autre, mais pour ce qui est de les entendre, c’est une autre affaire. Pour tout dire, même les smartphones disposent d’ailleurs de nos jours de convertisseurs qui auraient fait rêver les ingés son il y a 40 ans de cela.
Si les convertisseurs ne vont pas peser sur le son, du moins de manière audible, c’est plus du côté des préamplificateurs micro que vont aujourd’hui se faire les différences. C’est en effet sur ce point qu’on observe les plus grandes disparités entre entrée de gamme et haut de gamme, et notamment sur le bruit résiduel des préamplis comme sur leur réserve de gain. On s’en rend compte dès qu’on doit utiliser un microphone ayant un niveau de sortie particulièrement faible, comme le fameux SM7 de Shure. Sur une interface d’entrée de gamme, il faut parfois aller au bout de la plage de gain du préampli pour disposer d’un signal exploitable, ce qui a pour effet de faire remonter le bruit résiduel du préampli. En regard de cela, les interfaces haut de gamme disposent de bien meilleurs préamplis, avec une réserve de gain plus conséquente, ce qui se traduit par une bien meilleure qualité audio à l’arrivée.
Relativisons toutefois cet avantage qui ne devrait être que de courte durée car le retour en force du SM-7 via le grand usage qu’en font les podcasters et autres youtubeurs a poussé tous les constructeurs d’interfaces à améliorer leurs préamplis et l’on commence à voir des choses très correctes sur certains modèles d’entrée de gamme…
Au-delà de cela, signalons que la façon dont est construite l’interface comme la qualité de ses différents composants joue sur sa qualité audio, mais dans une proportion qui nous a obligés, il y a déjà des années de cela, à nous équiper d’un rack de mesure pour pouvoir apprécier ces différences qui ne sont pas audibles : il n’y a rien d’évident en effet à entendre un taux de distorsion harmonique de –100 dB (@ 1 kHz), et à l’apprécier en regard d’un autre taux de –99 dB (@ 1 kHz)…
Bref, vous l’aurez compris : ce n’est pas tant du strict point de vue de la qualité audio que va se jouer votre choix, mais sur d’autres aspects, à commencer par la performance en termes de latence.
Latence et pilote de l’interface audio
La latence, c’est le temps qui s’écoule entre une action et le résultat de cette action. Imaginez que vous enregistrez une voix avec votre interface : entre le moment où vous allez chanter dans le micro et le moment où votre voix traitée par l’ordinateur avec une réverbe va vous revenir dans le casque, il va se passer un fragment de temps nécessaire aux calculs de la conversion AN, de l’application de l’effet et de la conversion NA. Or, ce laps de temps peut être plus ou moins incommodant lorsqu’on fait de la musique : à quelques centaines de millisecondes, il rend tout enregistrement très compliqué. À quelques dizaines, il devient gérable. À moins de 10, il devient négligeable.
Or, sur ce point précis, tous les fabricants ne font pas jeu égal, certains étant clairement meilleurs que d’autres, parce que leur interface est mieux conçue matériellement, mais aussi parce que son pilote logiciel est mieux optimisé.
Appelé Driver par les anglophones, le pilote est un petit logiciel qui permet d’accéder à la configuration de l’interface, qu’il s’agisse de régler son buffer pour réduire sa latence (voir cette vidéo sur le sujet) ou encore d’accéder à ses fonctions diverses et variées : niveau des entrées ou sorties, activation des alimentations fantômes ou encore routing.
Le routing ? C’est la capacité de l’interface à rediriger certains flux audio vers certains autres par commodité. Sur certaines interfaces, on peut ainsi définir quel canal va être routé dans quelle sortie casque, par exemple. Et sur certaines, on peut même appliquer des effets au niveau de l’interface, par le biais de DSP dédiés. Le gros avantage de cela, c’est que ces effets ne dépendent pas de l’ordinateur et ne produisent donc pas de latence. D’autres interfaces encore permettent de faire du loopbacl, c’est à dire de réinjecter le signal qui sort de l’interface en entrée, ce qui s’avère très pratique quand on enregistre une émission de type podcast/radio ou que l’on fait un didacticiel…

Il n’y a rien de plus agaçant en effet que d’être en plein enregistrement et de voir son interface planter pour quelque obscur motif. La meilleure interface audio de ce point de vue, c’est en effet celle qui saura le mieux se faire oublier…
Et pour ce faire, elle doit être stable et performante, bien sûr, mais aussi la plus en adéquation possible avec vos besoins, comme la plus ergonomique en regard de tout cela, ce que nous allons à présent évoquer.
Ergonomie et adéquation aux besoins d’une interface audio
On le comprend très bien : un menuisier n’a pas besoin d’une tronçonneuse pour scier une simple planche, mais d’une scie, sachant que la bonne préhension du manche de cette dernière sera probablement aussi importante que l’affutage de la lame. Comprenez par là qu’une interface audio est un outil, et que le meilleur outil, c’est celui qui est le plus dimensionné par rapport à vos besoins (pas la tronçonneuse donc), comme le plus intuitif pour vous, celui que vous trouvez le plus ergonomique (l’importance du manche).
Concernant l’ergonomie, c’est évidemment une question de subjectivité même si la plupart des interfaces reprennent les mêmes principes dans leur usage. Soyez donc attentifs aux détails : les connexions se font-elles toutes à l’arrière ou non ? Les vu-mètres vous semblent-ils assez lisibles et détaillés, les boutons assez gros et espacés pour vos doigts ? L’interface du driver vous parait-elle intuitive ? Permet-il de sauvegarder et donc rappeler des configurations ? L’interface est-elle stable sur votre bureau ou glisse-t-elle ?
Bref, une foule de petites choses peut faire la différence, tout comme certaines fonctionnalités qui simplifient l’usage au quotidien : sur la Scarlett de Focusrite ou les Connect de Lewitt, on dispose d’un système pour régler le gain automatiquement tandis que le 32 bits de Zoom rend ce détail superflu, sur l’Audient ID comme sur les Connect de Lewitt, on peut assigner des contrôles physiques à un paramètre de son choix, sur l’Audiofuse d’Arturia, on dispose d’un Hub USB qui permet de simplifier la connexions de contrôleurs externes, sur les modèles d’iConnectivity, on peut gérer les flux provenant d’iPhones ou d’iPads… Bref, le Diable comme le Bon Dieu sont dans ces petits détails, même s’il faut bien se garder de la course au surarmement pour se concentrer sur vos vrais besoins.
À l’heure du choix, il est très important en effet que vous ne pensiez pas naïvement au « qui peut le plus peut le moins » car si vous n’avez pas l’utilité de la plupart des fonctionnalités de votre interface, vous ne ferez que vous compliquer la vie au quotidien et cela sera préjudiciable à votre productivité.
Vous êtes DJ ou producteur de musique électronique instrumentale ? Vous n’avez sans doute pas besoin d’une entrée micro. Vous êtes songwriter qui souhaitez enregistrer votre voix et votre guitare ? Inutile de vous encombrer d’une interface proposant 16 entrées et 16 sorties « au cas où » vous en auriez besoin un jour… Dans les faits, non seulement vous perdrez de l’argent à investir dans un outil qui ne vous sert pas pour l’essentiel, et qui sera peut-être dépassé le jour où vous en aurez enfin besoin, mais vous alourdirez votre productivité au grand dam de votre libido artistique, parfois même dans des propensions qui vous découragerons dans votre pratique. Une « grosse » interface audio, outre son prix, outre la place qu’elle prend, c’est en effet aussi un driver proposant beaucoup trop d’options, de tranches, etc. Simplifiez-vous la vie, sachant que si vous deviez un jour évoluer vers des projets plus ambitieux, il sera toujours possible d’acheter une interface plus conséquente.
Du coup, on en revient à l’étape la plus importante pour faire le bon choix : préciser au mieux vos besoins. Et j’insiste, quitte à être lourd : vos besoins réels, pas vos besoins hypothétiques.
Comment définir vos besoins pour trouver la bonne interface audio ?
Comme nous l’avons vu, on désigne souvent l’interface par son nombre d’entrées et de sorties audio, sachant que si, comme la plupart des utilisateurs, vos sorties audio ne serviront qu’à connecter un casque et une paire d’enceintes, ce sont vos besoins en entrées qui seront les plus discriminants.
Les questions à vous poser sont alors simples : en fonction de la musique que vous souhaitez produire comme du matériel dont vous disposez, qu’envisagez-vous de connecter à votre interface pour réaliser un enregistrement simultané ? Plusieurs claviers, plusieurs guitares, plusieurs micros, rien de tout cela ? Essayez d’estimer tout cela au mieux, sans prendre de marge de sécurité : inutile de vous dire que huit entrées préamplifiées seront mieux si vous êtes seul à faire de la musique et ne disposez que de deux micros en plus de vos instruments.
Estimez aussi vos besoins du côté du MIDI : sachant que nombre de contrôleurs disposent de connecteurs USB de nos jours, avez-vous besoin de connecter des instruments électroniques utilisant cette norme ?
Passons ensuite aux entrées numériques : quels sont vos besoins sur ce point ? Disposez-vous d’instruments ou d’équipement susceptibles de rentrer en numérique dans votre interface ?
En répondant à toutes ces questions, vous devriez déjà y voir plus clair, sachant que le contexte d’utilisation peut aussi avoir son importance : comptez-vous vous déplacer avec votre interface ou va-t-elle rester à demeure dans votre home studio ?
En procédant de la sorte, vous devriez déjà parvenir à une shortlist, sachant que vous pourrez ensuite départager les prétendantes en fonctions de plusieurs critères :
- L’ergonomie de l’interface, tant du point de vue matériel que logiciel, comme nous l’avons précédemment évoquée et dont vous pouvez juger au travers des tests, photos et vidéos disponibles sur le web, voire en consultant le manuel téléchargeable sur le site de l’éditeur
- La composition du bundle logiciel fourni avec l’interface et qui peut être intéressant si vous débutez et souhaitez acquérir tel ou tel logiciel pour vous mettre le pied à l’étrier.
- Ce que vous pouvez lire dans les tests, les avis utilisateurs, les forums et les réseaux sociaux sur la fiabilité de tel ou tel modèle et le sérieux du support de son constructeur.
- La qualité des préamplis micros, et notamment leur réserve de gain, si vous en avez besoin, sachant que 60 dB est un minimum pour utiliser des micros à faible niveau de sortie comme un SM7…
Notez enfin qu’en regard d’un usage particulier, vous pouvez être sensible à certaines originalités proposées par une interface en regard des autres :
- privilégier une interface intégrant des DSP comme les Apollo d’Universal Audio ou les interfaces d’Antelope
- privilégier une interface offrant des capacités de reamping comme l’AXE I/O d’IK Multimedia
- privilégier une interface spécialisée dans la gestion d’un hub MIDI complexe comme le propose iConnectivity
- privilégier une interface équipé de connecteurs CV/Gate comme la Bitwig Connect 4/12
- privilégier une interface proposant un préampli photo comme l’ART USB Phono Plus
- privilégier une interface ultraportable fonctionnant sur piles comme l’IK Multimedia iRig Pro I/O
- privilégier l’interface embarquée dans un contrôleur, un instrument, un enregistreur ou une table numérique, comme on en trouve chez Ableton, Tascam, PreSonus/Fender, Zoom, etc.
Bref, la variété ne manque pas pour s’adapter à tous les besoins et tous les contextes, sachant que vous êtes vivement invité à ne pas céder à la tentation du gadget dont vous n’aurez pas l’utilité…
Reste à présent à parler d’achat à proprement parler, ce qui commence par arrêter un budget.
Quel prix mettre dans une interface audio ?
Comme dans tous les domaines de l’audio, il n’y a pas de miracle et on observe une forme de cohérence entre le prix des interfaces et leurs performances comme leur fiabilité. Le mieux, c’est donc souvent le plus cher, ce qui ne veut pas dire que ce qui est abordable est sans valeur, loin de là.
En effet, si le haut de gamme demeure assez stable, c’est surtout l’entrée de gamme qui a fait de grands progrès au cours des dernières décennies, les interfaces les moins chères étant toujours plus performantes au niveau des convertisseurs comme des préamplis, tandis que les constructeurs jouissent pour la plupart de suffisamment d’expérience pour proposer des pilotes fiables.
Ça ne veut pas dire qu’une Scarlett de Focusrite rivalise avec une RME, mais que l’écart entre la petite rouge et la grande bleue s’est considérablement réduit avec le temps. Qu’en déduire en termes de budget ? Qu’une fois vos besoins définis, vous n’êtes plus obligé de vous saigner pour acquérir une interface digne de ce nom…
Et c’est d’autant plus important que si la qualité de votre interface ne doit pas être laissée au hasard, elle n’a rien d’une priorité en regard de la qualité de votre système d’écoute : le traitement de votre pièce ainsi que la qualité de votre casque et de vos moniteurs de studio doivent rester vos premières obsessions car ce ne sont pas vos convertisseurs ou vos préamplis qui pèseront le plus sur la qualité de vos productions. Soyez donc cohérent à l’heure d’investir et sachez ne pas casser la tirelire plus que de raison pour cet élément.
Assurez-vous ddonc e disposer des entrées et sorties nécessaires à votre usage, de disposer de préamplis micros de qualité si la prise de son entre dans vos ambitions, et faites au mieux pour votre budget, sachant que sur les interfaces les plus simples en termes de fonctionnalités (une ou deux entrées, deux sorties), on trouve des choses déjà très correctes aux alentours de 200 euros, qui se transformeront en quelques centaines d’euros au gré des fonctionnalités supplémentaires que vous pourriez désirer.
Où acheter une interface audio ?
Précisons d’abord que rien ne s’oppose à ce que vous achetiez votre interface d’occasion pour peu que vous consultiez ce guide qui vous en dira plus sur le sujet.
Quant à l’achat neuf, il se fera indifféremment en ligne ou en magasin, sachant que vous ne pourrez très probablement pas essayer le modèle qui vous intéresse en boutique, ou du moins l’essayer sur une durée qui soit probante. L’avis du vendeur peut toutefois vous éclairer dans le sillage de cet article comme de vos lectures sur le sujet…
Quelques suggestions d’interfaces audio
Vous l’aurez compris : entre votre budget et votre besoin, il est bien dur de vous renvoyer avec certitude vers tel ou tel modèle.
Soulignons juste que du côté du haut de gamme, RME demeure aux côtés de Metric Halo, Lynx, Merging et Prism (signant aussi les interfaces Neumann) le champion de la longévité : comprenez par là que les performances comme le suivi des produits sont exemplaires, de sorte que les interfaces de ces constructeurs traversent les décennies, ce qui n’est pas banal dans le milieu si bouillonnant de l’informatique.
On dira aussi le plus grand bien d’Universal Audio, MOTU, Antelope et Apogee dont les catalogues de produits s’étendent aussi au milieu de gamme.
Enfin, en entrée et milieu de gamme, on n’hésitera pas à aller voir du côté de Focusrite, Audient, Lewitt, Arturia, Steinberg ou SSL…
Conclusion
Pour peu que vous ne cédiez pas aux sirènes marketing d’une marque méconnue, il y a peu de mauvaises surprises à attendre de l’achat d’une interface audio, tant que vous prenez bien la peine de vous équiper de celle qui convient à vos besoins. En regard d’un haut de gamme forcément plus onéreux, l’entrée de gamme n’a en effet rien d’un bas de gamme et permet sans problème de faire ses premières armes dans la MAO. De quoi se lancer sans crainte !





