Ibanez JEM77 [1988-2004]
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Ibanez JEM77 [1988-2004]

JEM77 [1988-2004], Guitare de forme SC de la marque Ibanez.

NicolasD 29/07/2019

Ibanez JEM77 [1988-2004] : l'avis de NicolasD

« Mon premier amour... »
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Rapport qualité/prix : Correct Cible : Tout public
les autres ont déjà tout dit, enfin j'espère...

UTILISATION

Cette guitare a les défauts de ses qualités.
Déjà son manche: fin, plat, frettes jumbo et cie, du coup extrêmement facile à jouer (légatos, légatos, légatooos!), avec un bon accès aux 24 cases, un vernis pas trop envahissant, une touche en palissandre qui glisse bien. C'est quand même le pied.
Mais du coup...bah comme il est fin,il est pas fait pour durer et il est fragile, mieux vaut ne pas marcher dessus. Dans le pire des cas, on pourra le changer (manche vissé) mais en floral pattern, ça risque d'être compliqué à trouver. Globalement, c'est un instrument qui risque d'avoir une durée de vie relativement limitée (enfin, pas sûr qu'il tienne aussi longtemps qu'un Stradivarius quoi).
Les 4 dernières frettes sont scalopées pour permettre de tirer les cordes plus facilement (rapport aux grands doigts de Mr Vai). Pour moi ça ne change pas grand chose.
Le reste du corps est assez fin et la poignée est ridicule (on se surprend quand même à la soulever par là, comme une vulgaire valise, la honte). Elle n'est pas trop lourde.
Au niveau visuel...il n'y a pas que la poignée, c'est quand même assez spécial. Le tissu sous le vernis, même si c'est original et ça éveille la curiosité, son motif est quand même bien laid. Les potards et cache-micros en rose fluo, c'est d'un goût!
Combien de fois après un concert m'a t on dit "la musique et tout c'est bien mais ta guitare...qu'est ce qu'elle est laide!". A force, ça m'a fatigué, j'ai décidé de ne la sortir qu'à la maison. (EDIT 2019 les goûts évoluent, le fluo est redevenu à la mode, elle plaît énormément aujourd’hui. N’empêche objectivement c’est laid.)
J'ai eu du mal avec le bloc de vibrato, le Lo Pro Edge (la mienne date d'entre 1991 et 2002), un floyd rose Ibanez. Je trouve qu'il ne tient pas si bien que ça l'accord, il ne descend pas bien bas non plus. Et puis les floyd, ça finit par lasser.
Autre problème: pour que la barre reste sur place (comme il fait Steve en live, quand il met la barre à l'horizontale derrière pour faire des effets "flutter"), il y a un petit anneau blanc qui serre la tige. Cet anneau s'use avec le temps. Il y en a un autre qui était fourni en remplacement, mais ensuite, quand celui ci aussi est mort, on fait quoi? J'ai parcouru tout Pigalle, tout le monde savait de quoi il s'agissait, personne n'en avait. Même DNG chez qui je l'ai faite régler n'en n'avait plus (EDIT 2019: on en trouve facilement aujourd’hui sur Amazon)
Pour le son, on y arrive...

SONORITÉS

Cette guitare, elle sonne très bien dans 2 contextes: le rock (+ dérivés, hard, metal...) et...le funk!
Elle a un tout petit son: avec un manche (vissé, je le répète) et un corps aussi fin (en tilleul), il ne faut pas s'attendre à beaucoup de sustain et de résonance.
Mais ses excellents micros (surtout les Di Marzio PAF Pro en position manche et position chevalet) rattrapent le coup.
Ils ont une grosse patate et surtout de la personnalité. Les dernières JEM sont équipées de micros Evolution il me semble. Pour avoir testé la dernière version chez un élève, j’aime beaucoup moins. Ça sonne plus gras et moins précis, en tout cas pas le son « Passion And Warfare » qu’on reconnaît bien avec l’ancienne version.
Position manche, ça sonne rond mais pas gras (pas gibson quoi).
Position intermédiaire, ça sonne stratoïde, c'est über-funky.
Position milieu (JEM Single), ça sonne mou, il y a d'ailleurs une perte de volume notable quand on passe des humbuckers à ce dernier. C'est la raison pour laquelle je ne me suis jamais servi de ce micro en live, même pour du strumming.
Position intermédiaire, ça sonne toujours aussi funky mais + aigüe, pas de problème pour jouer de la musique qui claque bien (si si, la country aussi).
Position chevalet, bam! exactement le son que j'aime: du humbucker rock avec de la patate, bien lisse mais qui n'en fait pas trop. (exemples:
,
)
Le gros point positif de cette guitare, c'est vraiment sa personnalité sonore. On pourrait la croire fade mais pas du tout. Au blind test, je peux sans aucun doute reconnaitre une JEM pré-2000's.

AVIS GLOBAL

J'ai beaucoup d'affection pour cette JEM 77 Floral Pattern. C'était ma première vraie guitare, j'avais 18 ans, je me lançais dans la musique tout en étudiant au conservatoire.
Quand je l'ai choisie (en fait je ne l'ai pas vraiment choisie, c'était un coup de foudre), j'avais fait tout Pigalle.
J'avais essayé des guitares qui à l'époque étaient, relativement à mes économies, hors de prix (notamment une Parker Fly Deluxe, une music man silhouette, des ESP...) mais rien de m'avait spécialement plu.
J'essaie donc un dernier magasin parce qu'ils allaient tous bientôt fermer. Je reconnais cette JEM dont j'avais vaguement connaissance (surtout pour son look et son prix qui me paraissaient extravagants) et que j'avais déjà entendue chez l'ami d'un ami qui ne lui faisait pas honneur. Elle ne m'avait alors pas spécialement tapé dans l'oeil, ou plutôt les oreilles.
Bref, je m'assieds, j'enlève mon blouson, j'attaque les cordes et là, c'est la révélation. Oui, cette guitare est laide mais son fond (sonore) est bon: ELLE SERA MIENNE.
Quelques accords, des impros sans doute hideuses (pauvre vendeur), je jouais avec le sélecteur de position, les potards, le vibrato, je ne voulais plus la lâcher. Au bout d'un moment, le gars s'impatiente, je lui dis que je la prends. Il me fait payer (enfin plutôt mon grand père), me donne la facture (que j'ai toujours, 11900 francs) tout satisfait et me dit "c'est une belle guitare, prends en soin, nettoie la bien, surtout les cavités des micros et sous le vibrato, elle mérite d'être bichonnée". Je ne sais pas pourquoi, ça m'a marqué.
Je me souviens qu'en rentrant, je l'ai branchée sur mon peavey Bandit 112 et là, enfin, je sentais les micros qui poussaient le gain de l'ampli "allez, bouge ton gros cul, arrache moi ce canal lead". C'était le jour et la nuit avec ma première guitare de débutant, je venais de passer d'une Lada à une Ferrari. Et le plus important, qui a compté ensuite dans ma vie de musicien, c'est qu'elle m'a entretenu dans l'envie de jouer sans arrêt. Quand on a un bon son, on ne peut pas s'en lasser, alors on joue, on joue, et plus on joue et plus on a envie de jouer.
Ca fait 16 ans que je l'ai. Tout n'a pas été facile entre nous. Les moqueries sur son physique (mon prof de jazz au conservatoire reconnaissait avec ojectivité que c'était un régal à jouer et que si elle n'était pas aussi ridicule d’apparence, il en aurait prise une sans hésiter), l'évolution de mes goûts musicaux et de mes finances, mes exigences de guitariste professionnel (pas de floyd, de la polyvalence, du sustain, de l'acoustique...) ont eu raison de notre couple. Je lui ai fait de nombreuses infidélités avec des guitares qui avaient plus de formes et de...hm...corps (Gibson surtout). Elle reste fidèlement dans son flight case (en plastique pas très solide, un pied à lâché).
Elle n'est pas aussi polyvalente (pour les cafe-conc') ou organique (pour l'enregistrement) que d'autres. Mais pour avoir aussi vécu d'excellents moments, si ce n'est les meilleurs, je sais que je n'ai jamais regretté cet achat, que je n'aurais rien changé et que je ne m'en séparerai pas (sa cote a tendance à monter ;) )
Et puis de temps en temps, je la ressors, je lui refais une beauté et on se fait quelques morceaux en souvenir du bon vieux temps, avec une certaine complicité.