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Elektron Analog Four
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Test de l'Analog Four d'Elektron

Groove Machine de la marque Elektron

test
123 réactions
La boîte à malice

Faire tenir 4 voix de synthèse analogique dans un module séquenceur orienté live bourré d’astuces pour faire bouger le son, tel est le pari d’Elektron. Voyons en quoi l’Analog Four a de quoi séduire…

Premier produit signé Elek­tron il y 15 ans, la Sidsta­tion combi­nait une géné­ra­tion sonore hybride, oscil­la­teurs numé­riques et filtre analo­gique, qui a fait son succès. Au début des années 2000, la société suédoise a commencé à décli­ner une gamme de puis­santes machines numé­riques conçues pour la perfor­mance live, basées sur la multi­syn­thèse, les percus­sions ou l’échan­tillon­nage. Citons respec­ti­ve­ment la Mono­ma­chine, la Machi­ne­drum et l’Octa­track. Mais quelle ne fut pas notre surprise, fin 2012, de décou­vrir, dans un clip origi­nal d’ins­pi­ra­tion SF, une petite bombe embarquant un géné­ra­teur analo­gique multi­tim­bral et un séquen­ceur à pas bien agité. D’abord commer­cia­lisé en direct puis main­te­nant via le réseau d’im­por­ta­teurs Elek­tron, l’Ana­log Four a vu son OS peau­finé depuis quelques mois. La marque vient tout juste de nous propo­ser un modèle flam­bant neuf en test. Nous l’avons immé­dia­te­ment passé en OS 1.4C et installé au milieu de notre arse­nal sono­re…

Mono­lithe ventilé

Tout comme le Magma d’Eo­wave testé récem­ment, l’Ana­log Four est un mono­lithe noir mat compact, au format à l’ita­lienne plus conven­tion­nel ; on peut l’ins­tal­ler à plat ou en rack 4U (cornières en option). L’ins­tru­ment respire la classe dès le débal­lage : débar­rassé du carton décor exté­rieur, il nous faut ouvrir un second carton noir haut de gamme où repose la machine, tel un bijou dans son écrin (si, si…). La classe ! On trouve un petit compar­ti­ment avec la connec­tique : alimen­ta­tion secteur (type bloc au milieu) et câble USB. Un manuel papier de prise en main est fourni, mais le manuel complet est télé­char­geable sur le site construc­teur, unique­ment en anglais ou japo­nais…

Elektron Analog Four

Sorti de son plas­tique de protec­tion, l’Ana­log Four se présente sous la forme d’un module tout en métal extrê­me­ment robuste. Un petit coup d’œil sur chaque côté laisse appa­raître de petites ouïes de venti­la­tion… le pépère chauffe un peu, c’est bon signe. La qualité est aussi au rendez-vous au niveau des boutons, à course géné­reuse et confor­table, avec un ressort de rappel parfai­te­ment cali­bré ; on appré­cie… d’au­tant que la façade renferme pas moins de 64 boutons pous­soirs.

Côté rota­tifs, on trouve un potard de volume, un enco­deur niveau de partie / entrée de données et 2 rangées de 5 enco­deurs d’édi­tion temps réel, de part et d’autre de l’af­fi­cheur. Ces 11 enco­deurs sont parfai­te­ment lisses, bien ancrés à la façade et offrent une fonc­tion pous­soir permet­tant d’ac­cé­lé­rer leur action, bien vu ! On peut regret­ter la trop grande proxi­mité des 10 enco­deurs d’édi­tion, il nous est arrivé de modi­fier une valeur d’un enco­deur voisin sans le vouloir ; ce n’est pas trop grave pour les valeurs conti­nues, puisque les enco­deurs sont en prise directe (pas d’ef­fet de saut), mais c’est plus gênant pour les valeurs discrètes (genre choix du type de filtre). Tant qu’on râle, signa­lons la toute peti­tesse du LCD rétroé­clairé mono­chrome (à vue de nez un 122 × 32 pixels), limi­tant à 3 carac­tères le nom de certains para­mètres, bien serrés !

Elektron Analog Four

Le panneau arrière regroupe l’en­semble de la connec­tique : prise pour alimen­ta­tion externe 12V, inter­rup­teur secteur, prise USB 2.0 type B (données Midi / dumps programmes / OS), trio Midi (commu­table en double sortie synchro), 2 sorties CV / Gate / Trig­ger pour raccor­de­ment à du maté­riel 100% analo­gique, 2 entrées audio (paire stéréo), 2 sorties audio (paire stéréo, donc pas de sorties sépa­rées par voix) et une prise casque. Les entrées audio permettent d’en­voyer un signal externe mono ou stéréo vers les filtres et les effets, nous y revien­drons. Fort de cette connec­tique, l’Ana­log Four est connec­table avec des instru­ments élec­tro­niques de toutes les époques.

Dur à cuire !

Elektron Analog Four

La concep­tion des machines Elek­tron a toujours néces­sité un temps de prise en main. L’Ana­log Four n’échappe pas à la règle, parce qu’il permet un tas de choses sur une surface propor­tion­nel­le­ment très réduite. La partie gauche de la façade est réser­vée à la sélec­tion du mode de jeu et des banques de patterns ; pour choi­sir un pattern, il faut choi­sir le groupe (supé­rieur / infé­rieur), appuyer sur l’une des 4 touches de banque et sélec­tion­ner l’un des 16 gros boutons de la rangée infé­rieure ; cela paraît simple de prime abord, mais on peut se plan­ter assez vite… Au centre, on trouve les touches d’édi­tion, de navi­ga­tion dans les menus et de trans­port simpli­fié du séquen­ceur (enre­gis­tre­ment, lecture / pause, arrêt). À droite, les 2 rangées d’en­co­deurs permettent de modi­fier des para­mètres en temps réel, suivant la page sélec­tion­née au moyen des boutons situés juste en-dessous et selon la piste acti­vée : c’est ainsi qu’on modi­fiera les évolu­tions d’un filtre ou d’un temps de réverbe, en temps réel, voire plusieurs para­mètres sur des pistes diffé­rentes, en un seul tour de vis !

Elektron Analog Four

La ligne de 7 boutons verti­caux située tout à droite permet de sélec­tion­ner une piste, de l’ac­ti­ver / muter la piste ou de la trans­po­ser à la volée. Pour ce dernier point, on peut utili­ser le groupe de 13 boutons blancs et noirs arran­gés en mini-clavier une octave, lui-même trans­po­sable sur 5 octaves. En partie infé­rieure, une ligne de 16 gros boutons permet de suivre et éditer les Patterns par pas ; elle est agré­men­tée de 16 diodes (l’Ana­log Four en regorge des dizaines, parfois bico­lores). Chaque bouton dispose de 2 fonc­tions (parfois 3 pour celles assi­gnées aux para­mètres de synthèse). Ceci permet, en conjonc­tion avec la touche « Func­tion », d’ac­cé­der à la très grande majo­rité des para­mètres dispo­nibles, l’écran se conten­tant souvent d’af­fi­cher la page d’édi­tion, les para­mètres et les valeurs modi­fiables. Incon­vé­nient, on se prend parfois les pieds dans le tapis, notam­ment lors de la sélec­tion, l’ac­ti­va­tion ou la coupure des pistes. En résumé, on ne peut pas dire que l’er­go­no­mie soit mauvaise, c’est juste que la machine est bour­rée de para­mètres, donc il faut être vigi­lant à l’usage.

Sound of Four Voice

Elektron Analog Four

L’Ana­log Four est un synthé – séquen­ceur multi­tim­bral orga­nisé autour de Patterns ryth­miques 6 pistes. Les pistes 1 à 4 contiennent chacune un son mono­pho­nique (une voix de synthé), la piste 5 contient les réglages dyna­miques des 3 effets dispo­nibles et la piste 6 contient les réglages dyna­miques de 4 CV / Gate / Trig­ger permet­tant de pilo­ter des synthés analo­giques purs externes. Chaque voix de synthé est produite par un moteur analo­gique (oscil­la­teurs + filtres + ampli stéréo) sous contrôle numé­rique (accor­dage, modu­la­tions). On ne peut pas allouer plusieurs voix à une seule piste donnée pour produire direc­te­ment un accord ; le construc­teur réflé­chit encore à l’im­plé­men­ta­tion d’un tel mode poly­pho­nique. Les Patterns peuvent ensuite être assem­blés, comme nous le verrons plus tard.

L’écoute des quelques Patterns de démons­tra­tion permet déjà de se faire une bonne idée de ce qu’est capable la machine : des basses biens dodues (grasses ou rondes, avec ou sans Sub destruc­teur), des pads filtrés très agréables, des leads aigre­lets ou violents, des effets spéciaux variés et d’ex­cel­lentes percus­sions analo­giques. Les enve­loppes sont suffi­sam­ment rapides pour casser la baraque, comme en témoignent les grosses caisses, les caisses claires, les hi-hats et autres percus­sions synthé­ti­sées ; en abusant de la distor­sion, le son bouillonne, le filtre sature, la réso­nance siffle (parfois un peu trop…). Elek­tron nous offre là un bon son analo moderne, parfois brillant, parfois bien crade quand on en a envie. Le tout est rehaussé par une très belle réverbe dont nous repar­le­rons…

Elektron Analog Four

Mais c’est en commençant à tripa­touiller tous ces enco­deurs et boutons qu’on s’éclate vrai­ment : on lance un motif, on fait appa­raitre une partie, on modi­fie les para­mètres de synthèse, on trans­pose à la volée, on bloque certaines valeurs, on modi­fie le temps de réverbe, on chaîne un autre motif… pendant que ça tourne, on coupe des pas un à un, on ajoute un accent ou un petit Slide bien placé… le pied ! Avec 4 voix, on crée assez rapi­de­ment des séquences évoluées, d’au­tant que les sons et les modu­la­tions peuvent être consi­dé­ra­ble­ment diffé­rents d’un pas à l’autre. On a d’ailleurs souvent l’im­pres­sion d’en­tendre plus de 4 lignes sonores en même temps, telle­ment c’est souple !

A01
00:0001:37
  • A01 01:37
  • A03 01:42
  • A06 01:23
  • A07 00:43
  • A12 00:45
  • A13 01:01
  • A14 01:38
  • B03 01:51
  • B07 01:09
  • B10 01:42
 

Pistes de synthé…

Elektron Analog Four

Les 4 premières pistes, comme nous l’avons dit, sont dédiées à la synthèse. Chacune renferme un synthé analo­gique mono­pho­nique, doté de 2 DCO, 2 Sub DCO, un géné­ra­teur de bruit numé­rique, 2 filtres, 1 distor­sion et 1 VCA stéréo pour produire le son. Les DCO ont un para­mètre Drift, pour ceux qui aiment l’in­sta­bi­lité de la fréquence propre aux VCO. Chaque DCO propose un accor­dage gros­sier sur plus ou moins 64 demi-tons et un accor­dage fin, qui peut être constant ou suivre le clavier, bien vu ! La fréquence peut être fixe, très utile pour les percus­sions. On règle ensuite le niveau d’en­trée dans le filtre, dont les valeurs les plus élevées saturent ce dernier et agissent sur la réso­nance. C’est alors le moment idéal pour choi­sir sa forme d’onde ; si on ne peut en acti­ver qu’une à la fois par DCO, toutes ont la parti­cu­la­rité d’avoir un contenu harmo­nique conti­nû­ment variable, que ce soit la dent de scie, l’im­pul­sion tran­sis­tor (type TB Roland), l’im­pul­sion clas­sique ou le triangle. La « largeur d’im­pul­sion » varie de 0 à 100% et peut être modu­lée par un LFO indé­pen­dant à inten­sité et vitesse program­mables. On peut aussi substi­tuer à l’onde l’une des entrées audio ou créer une boucle de filtre, sympa ! S’ajoute un Sub oscil­la­teur pour chaque DCO (carré à –1 ou –2 octaves, impul­sion à –2 octaves) et un unique géné­ra­teur de bruit numé­rique avec couleur variable et fondu (en entrée et en sortie, idéal pour créer des percus­sions sans consom­mer d’en­ve­loppe).

Elektron Analog Four

Elek­tron a eu l’ex­cel­lente idée de rendre les DCO inter­ac­tifs et de bien belle manière : au programme, modu­la­tion d’am­pli­tude de 1 par 2 et de 2 par 1 (double Ring Mod comme sur le Synthex) puis synchro de 1 par 2, de 2 par 1 ou croi­sée (mode Metal comme sur le JX-3P) ; mieux, un para­mètre continu permet de passer progres­si­ve­ment d’une Soft Sync à une Hard Sync. Un auto­bend program­mable en inten­sité (bipo­laire) et en temps permet de géné­rer des glis­se­ments plus ou moins rapides vers la note en cours. Dommage qu’on ne puisse le désac­ti­ver de l’un des DCO. On peut ensuite forcer la phase des DCO à redé­mar­rer à chaque appui de note, idéal pour ajou­ter du punch aux sons percus­sifs. Enfin, un vibrato peut agir sur le pitch global, avec vitesse et inten­sité program­mables. Tout cela commence très bien !

… et de modu­la­tions

Elektron Analog Four

Le signal ainsi produit (2 DCO ou entrées audio + 2 Sub + Noise) attaque ensuite un premier filtre analo­gique passe-bas réso­nant 4 pôles en échelle de tran­sis­tors (façon Moog). La réso­nance est plus impor­tante sur les fréquences élevées, voire très sifflante à partir de l’auto-oscil­la­tion. On peut ajou­ter du feed­back dans ce premier filtre : les valeurs néga­tives créent un écrê­tage doux, alors que les valeurs posi­tives apportent une distor­sion plus marquée. La fréquence de coupure peut suivre le clavier et être modu­lée par une enve­loppe ADSR dédiée, avec des valeurs bipo­laires pour chaque modu­la­tion. Le second filtre, placé unique­ment en série, est un filtre multi­mode analo­gique 2 pôles à VCA, avec une réso­nance rela­ti­ve­ment constante quelle que soit la fréquence. Ce filtre possède 7 modes : passe-bas 2 pôles, passe-bas 1 pôle, passe-bande, passe-haut 1 pôle, passe-haut 2 pôles, réjec­tion de bande et peak. Là encore, la fréquence de coupure peut être modu­lée par le suivi de clavier et l’en­ve­loppe de filtre, tout cela en bipo­laire. La section ampli stéréo analo­gique permet de régler le volume final, le pano­ra­mique, les départs vers les 3 effets et l’en­ve­loppe ADSR de volume.

Pour modu­ler les para­mètres, on dispose de 3 enve­loppes ADSR : une figée sur l’am­pli, une assi­gnée aux filtres et une libre ; les 2 dernières ADSR peuvent modu­ler 2 desti­na­tions de façon bipo­laire, à choi­sir parmi 50 para­mètres : quasi­ment tous les para­mètres des DCO, leurs inter­ac­tions, leur vibrato, les filtres (FC et Q), l’ADSR sur l’am­pli, le volume, le pano­ra­mique, les départs effets et l’ac­cent. Chaque enve­loppe possède des segments à forme variable (log, linéaire, expo­nen­tiel), ce qui la rend assez passe-partout, dans les registres rapides comme lents. S’y ajoutent 2 LFO synchro­ni­sables assez complets : vitesse (synchro à l’hor­loge globale / Midi et facteur multi­pli­ca­teur), fondu en entrée ou sortie, phase, mode de déclen­che­ment (libre, redé­clen­ché, demi-cycle unique, cycle unique) et forme d’onde (triangle, sinus, carré, dente de scie, courbe expo­nen­tielle, rampe, aléa­toire). Les LFO sont capables d’os­cil­ler jusqu’aux niveaux audio (ils se règlent par multi­pli­ca­tion de la fréquence de base, ce jusqu’à 2000 fois !), mais le résul­tat est plutôt sale (alia­sing et autres bruits métal­liques peu musi­caux) ; ils peuvent modu­ler chacun 2 desti­na­tions, là encore à choi­sir dans une liste de plusieurs dizaines de para­mètres (les mêmes que précé­dem­ment plus les enve­loppes et les LFO). Pour sauve­gar­der ses sons, l’Ana­log Four offre 128 empla­ce­ments mémoire que l’on pourra rappe­ler au sein de chaque piste de Pattern.

Piste d’ef­fets

L’Ana­log Four offre 3 effets numé­riques placés en paral­lèle du signal analo­gique. Le premier effet est un Chorus plutôt quel­conque, avec pré-délai, vitesse, profon­deur, feed­back (assez diffi­cile à maîtri­ser), filtrage passe-bas et passe-haut, niveau final et départs vers le délai et la réverbe. Deuxième effet, le délai se synchro­nise au tempo ; cette synchro ne décroche pas lors des varia­tions lentes de tempo, mais se met à coui­ner joyeu­se­ment lorsqu’on change la donne de manière exagé­rée. Il peut fonc­tion­ner en place­ment stéréo ou ping-pong, avec éten­due ajus­table. Comme tout bon délai, on trouve un feed­back, des filtrages passe-bas et passe-haut ; mieux, un over­drive permet de percer les tympans de ceux qui souffrent d’otite aigüe. Le niveau final est aussi réglable, tout comme le départ vers la réverbe. Ce troi­sième et dernier effet embarqué est une simu­la­tion de pièce très réus­sie, avec une belle queue sans aspé­ri­tés métal­liques ou bouclages courts désa­gréables. Les para­mètres dispo­nibles sont le pré-délai, le temps de réverbe, la fréquence de Shel­ving, le gain, le filtrage passe-bas, le filtrage passe-haut et le niveau global. Vrai­ment une magni­fique réverbe !

Chaque piste de synthé possède un départ séparé vers chacun des effets, comme sur une table de mixage. On peut aussi trai­ter chacune des entrées audio, avec départs gauche et droit sépa­rés vers chaque effet. La piste FX a ses 2 LFO dédiés, qui possèdent les mêmes para­mètres que les LFO des pistes synthé, chacun capable de modu­ler 2 desti­na­tions. On y trouve une tren­taine de para­mètres assi­gnables : les départs effets, le volume et le pano­ra­mique de chaque entrée audio, ainsi que tous les para­mètres d’ef­fets, rien que cela ! Les réglages d’ef­fets et toutes les modi­fi­ca­tions en temps réel les concer­nant sont mémo­ri­sés au sein de la piste FX, dans chaque Pattern, ce qui permet des évolu­tions temps réel complé­men­taires aux varia­tions des pistes synthés, en parfaite synchro­ni­sa­tion.

Piste CV

Elektron Analog Four

Grâce à sa piste CV, l’Ana­log Four est capable d’en­voyer des messages CV / Gate / Trig­ger séquen­cés vers le monde exté­rieur, en synchro avec tout le reste. Ceci se fait à l’aide des 2 connec­teurs CV Gate Out (AB et CD) au format jack TRS (câbles d’in­sert par exemple) situés sur le panneau arrière. Pour chaque port (ABCD), on choi­sit au niveau global le type de signal qui doit être envoyé : CV sur Pitch en V/Octave (valeur en Volt de la note C central, suivi de clavier en Volt), CV sur Pitch en Hz/V (accor­dage, profon­deur d’oc­tave), CV linéaire (tension mini, tension maxi, réglables entre –10 et +10 V par déci-Volt), Trig­ger (longueur et pola­rité), Gate (pola­rité, niveau réglable de 0 à 10 V par déci-Volt) ou mise à la masse.

Le reste des réglages est mémo­risé dans chaque piste : accor­dage par demi-ton et fin (modes CV sur Pitch), le niveau de voltage du CV (mode linéaire) et la piste de base pour envoyer les valeurs de CV (l’une des 6 pistes peut être utili­sée). Pour modu­ler le tout en direct (en plus des modu­la­tions de pistes), on dispose de 2 enve­loppes ADSR et 2 LFO, iden­tiques à ceux des autres pistes. Ce qui change, ce sont les 2 desti­na­tions de chacune des modu­la­tions, cette fois dédiées aux CV : accord gros­sier, accord fin, niveau, valeur, piste source, ce pour les 4 ports ABCD. Pour les LFO, on ajoute à cette liste les para­mètres d’en­ve­loppes (ADSR, temps de Gate, profon­deurs de modu­la­tion). Une concep­tion vrai­ment origi­nale qui trans­forme l’Ana­log Four en puis­sant séquen­ceur de type analo­gique, parfai­te­ment inté­gré à des synthés purs analo, vintage ou contem­po­rains, là où le CV / Gate règne en maître absolu et où la main du Midi n’a jamais mis le pied.

Assem­blages sauva­ges…

Les réglages statiques des 6 pistes (4 sons, 3 effets et 4 CV) sont assem­blés dans des kits, liés à des Patterns ryth­miques ; il y a 128 kits et 128 Patterns en mémoire utili­sa­teur. C’est au niveau du Pattern qu’on peut régler l’ac­tion de quelques contrô­leurs externes : la courbe de réponse de la vélo­cité assi­gnée au volume (3 types), 5 choix de desti­na­tions pour la vélo­cité (avec quan­ti­tés bipo­laires de modu­la­tion), 5 pour le pitch­bend, 5 pour la molette, 5 pour le contrô­leur de souffle et 5 pour la pres­sion (où leurs CC corres­pon­dants). De quoi faire… Chaque Pattern peut conte­nir de 1 à 64 pas (4 sections de 16 pas acces­sibles avec la touche Page). Dans un Pattern, chaque piste peut avoir une longueur diffé­rente de pas, ce qui permet des évolu­tions très complexes. Par contre, il n’y a pas d’in­ver­sion de sens lecture ou de mode aléa­toire, l’exo­tisme s’ar­rête là…

Elektron Analog Four

En lecture, on peut lancer un Pattern, couper une piste, modi­fier des para­mètres (synthèse, effets, CV), reve­nir aux valeurs initiales instan­ta­né­ment (sons / effets, pistes, Patterns). Mieux, le mode Perfor­mance permet d’as­si­gner 10 para­mètres aux enco­deurs, ou plutôt des macro-commandes, afin de pilo­ter plusieurs para­mètres diffé­rents sur plusieurs pistes simul­ta­nées ; ainsi, pendant que le Pitch plonge sur la piste 1, la réso­nance du filtre explose sur la 3 ! On peut ajou­ter un peu de Swing (50 à 80%), accen­tuer certains pas, lier certaines notes ou des para­mètres enre­gis­trés (pour les lisser). Chaque piste dispose égale­ment d’un arpé­gia­teur avec sens de lecture variable (ordre initial, haut, bas, alterné, aléa­toire x2), vitesse multiple de l’hor­loge globale / Midi, plage de 1 à 8 octaves, mode legato et durée de note. L’ar­pé­gia­teur travaille sur 16 pas, chacun étant débrayable et peut être utilisé en lecture comme en enre­gis­tre­ment.

… & chaî­nages variés

Elektron Analog Four

En enre­gis­tre­ment, les Patterns se programment indif­fé­rem­ment en pas à pas ou en temps réel. On peut natu­rel­le­ment quan­ti­ser les pas ou béné­fi­cier d’un micro timing précis au 384e de double-croche. Outre l’en­trée de notes avec le clavier inté­gré ou un clavier externe, la toute-puis­sance de l’Ana­log Four réside dans ses génia­lis­simes modes Locks. Le premier, Sound Locks, permet de placer un son diffé­rent à chaque pas des 4 pistes synthé : on pense tout de suite à une alter­nance grosse caisse / caisse claire / percus­sions. Le second, Para­me­ter Locks, permet de modi­fier, à chaque pas de chaque piste, tous les para­mètres program­mables, à concur­rence de 128 maxi­mum par Pattern ; ceci se programme et s’édite en temps réel ou en pas-à-pas, avec les 10 enco­deurs et les 6 boutons de pages de para­mètres situés en-dessous ; par exemple, alors que filtre et pano­ra­mique se baladent sur la piste 1, la piste 2 alterne les percus­sions, alors que sur la piste 3, les DCO synchro­ni­sés gémissent en rythme, tandis que sur la piste 5, le temps de réverbe s’al­longe sur les temps pairs… tout cela se fait de manière discrète ou avec lissage pas par pas (Para­me­ter Slide), ce qui permet de rendre les modu­la­tions conti­nues… plus conti­nues. En 3 mots, ma-gni-fique !

Les Patterns peuvent ensuite être assem­blés en Chains (64 Chains de 2 à 256 pas maxi­mum, à parta­ger entre toutes les Chains). Au stade ultime, Chains et Patterns peuvent être regrou­pés en Song ; à chaque pas d’une Song, on peut spéci­fier jusqu’à 99 répé­ti­tions du Pattern ou de la Chain en cours, puis muter / acti­ver chacune des 6 pistes. Très vite, on crée des Songs complexes, évolu­tives, subtiles, à partir de quelques Patterns / Chains bien choi­sis. Et si on se trompe dans tout cela, on peut rechar­ger chaque son / kit / piste / Pattern tels qu’ils étaient enre­gis­trés avant modi­fi­ca­tion. Niveau mémoires, on ne peut pas dire que l’Ana­log Four batte des records de géné­ro­sité : 128 sons, 128 kits, 128 Patterns assem­blés en 64 Chains et 16 Songs. Heureu­se­ment qu’on peut envoyer et rece­voir tout ce beau monde via Midi / USB.

Conclu­sion

Au final, l’Ana­log Four est une excel­lente surprise. Nous avons appré­cié la qualité de construc­tion irré­pro­chable, la géné­ra­tion sonore analo­gique subti­le­ment cuisi­née à la sauce numé­rique, la multi­tim­bra­lité, la puis­sance de la synthèse, la chouette réverbe, les modu­la­tions temps réel, les auto­ma­tions géniales du mode Pattern et la connec­ti­vité avec le monde exté­rieur. Cette puis­sance concen­trée sur une surface propor­tion­nel­le­ment réduite complique un peu la prise en main ; et pour être parfaite, l’Ana­log Four méri­te­rait un mode poly­pho­nique, plus de mémoires et des sorties sépa­rées. Mais le prix ne serait pas aussi modé­ré… Voici donc un module sonore de très belle facture, destiné aux accros de la synthèse, des perfor­mances live et des séquences multi­tim­brales évolu­tives. Une très belle rencontre !

Télé­char­gez les fichiers sonores (format FLAC)

Points forts
  • Excellent rapport fonctionnalités / prix
  • Savant mélange analogique et numérique
  • Puissance de la synthèse
  • Oscillateurs à ondes variables
  • Modes interactifs avancés des oscillateurs
  • Double filtre analogique résonant
  • VCA analogique stéréo
  • Possibilités étendues de modulations
  • Enveloppes très rapides
  • Fonctions Sound et Parameter Locks géniales
  • Longueur des pistes indépendantes
  • Réverbe très réussie
  • Entrées audio vers les filtres / effets
  • Interfaces multiples (Midi, USB, CV)
  • Qualité de construction
Points faibles
  • Temps de prise en main
  • Artefacts sur les LFO rapides
  • Pas de pistes polyphoniques
  • Nombre de mémoires réduit
  • Pas de sorties séparées
  • Alimentation externe
Auteur de l'article synthwalker Passionné de synthés, concepteur produits et rédacteur presse

J'aime tous les synthés, avec une prédilection pour les polyphoniques vintage à mémoires, que j'empile avec délectation depuis quelques dizaines d'années. Vieux gourou chauve mais pas barbu, j'écris depuis un quart de siècle des articles techniques sur les synthés et j'ai contribué au développement de certains d'entre eux. Plusieurs centaines ont été publiés, dont une grande partie sur Audiofanzine. J'ai aussi contribué aux magazines PlayRecord, Musiciens, Recording Musicien, Musicsound et KR.


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J'aime tous les synthés, avec une prédilection pour les polyphoniques vintage à mémoires, que j'empile avec délectation depuis quelques dizaines d'années. Vieux gourou chauve mais pas barbu, j'écris depuis un quart de siècle des articles techniques sur les synthés et j'ai contribué au développement de certains d'entre eux. Plusieurs centaines ont été publiés, dont une grande partie sur Audiofanzine. J'ai aussi contribué aux magazines PlayRecord, Musiciens, Recording Musicien, Musicsound et KR.

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