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Test de la Sterling Ray 34 CA - Ray il sue…

Il y a un an, à quelques jours près, j’avais rédigé un banc sur la Music Man Classic Stingray. Une saison plus tard, une autre marque d’Ernie Ball, baptisée Sterling, sortait son équivalent à mi-budget. La curiosité de votre serviteur se devait de passer à l’action pour tester l’alternative. Voilà de quoi intéresser tous ceux qui rêveraient de se payer une légende à moitié prix.

Ster­ling by Music Man

Pour tous ceux que la chose inté­resse, il y a une bio de la marque dans le test de la Clas­sic Stin­gray. Dans les lignes qui vont suivre, nous essaie­rons de répondre à une ques­tion plutôt bête, mais tout de même impor­tante : comment fabriquer et vendre une Stin­gray à moins de mille euros ? Je sais que la majeure partie d’entre vous a déjà réponse en tête, Ernie Ball n’étant pas la première société à faire appel au procédé que je vais décrire.

Mais l’heure étant à la traça­bi­lité (même si on ne joue pas encore bio), je trouve inté­res­sant de s’in­ter­ro­ger sur les tenants du commerce inter­na­tio­nal qui fonde globa­le­ment le marché des produits manu­fac­tu­rés, dont ceux qui animent nos bons plai­sirs de musi­ciens. Tout commence avec une société qui se décide à vendre des produits plus acces­sibles que sa gamme de base. Pour faire simple, nous appel­le­rons cette entre­prise Ernie Ball.

Depuis que la compa­gnie a acheté la marque Music Man (en 1984), elle fabrique des guitares et des basses élec­triques aux États-Unis. Avec des modèles de légendes tels que la guitare Silhouette, la basse Stin­gray et une excel­lente poli­tique d’en­dor­se­ment, Ernie Ball à réussi à s’éta­blir sur le marché de la guitare de pres­tige, fidé­li­sant sa clien­tèle sur un stan­dard de qualité Améri­cain. Tout se passe pour le mieux, jusqu’au jour où les diri­geants de la société décident de ne plus se passer de la clien­tèle du milieu et de l’en­trée de gamme, en tirant ses tarifs vers le bas. Il n’y a pas trente-six manières de faire bais­ser les prix de vente : la plus évidente étant de revoir les coûts de produc­tion à la baisse. Et c’est dans ce dessein que les fabri­cants cherchent avant tout à réduire le prix de la main d’œuvre. Dans le cas de Music Man, dont les locaux sont implan­tés au milieu de la Cali­for­nie, c’est une tâche diffi­cile : le person­nel étant quali­fié, syndiqué et rému­néré en fonc­tion d’un salaire de base natio­nal, on ne peut pas revoir leur fiche de paye comme on chan­ge­rait le menu de la cantine. En consé­quence, Music Man se lance dans la cession de licence pour faire produire par d’autres ce qu’elle ne peut assu­rer au sein de sa propre chaîne de fabri­ca­tion. En 2000, elle fait appel à la corpo­ra­tion Hanser (qui manage des marques comme BC Rich, Spec­tor, Traben et Kustom) pour créer l’en­tité OLP guitars (Offi­cialy Licen­sed Products) et mettre sur le marché des imita­tions de Stin­gray assem­blées en Chine, avec des pièces déta­chées prove­nant de Corée. Mais l’as­so­cia­tion ne dure que quelques années pour prendre fin en 2009, avec l’ex­pi­ra­tion de la licence commer­ciale. Dès lors, Music Man se tourne vers un nouvel impor­ta­teur, la société Praxis Musi­cal Instru­ment, pour gérer les stocks et le contrôle qualité des produits d’une nouvelle sous-marque bapti­sée Ster­ling (le prénom du fils d’Er­nie Ball, actuel­le­ment à la tête de l’en­tre­prise). Les pièces déta­chées proviennent toujours de Corée pour être cette fois assem­blées en Indo­né­sie, une fois les instru­ments réali­sés, ils sont envoyés à Orange (chez Praxis en Cali­for­nie) pour l’ins­pec­tion, le stockage et la distri­bu­tion.

Belle et presque fidèle

Sterling Ray 34 CA

On commen­cera ce banc sous les meilleurs auspices, puisque la basse est vendue avec une housse d’ori­gine, certes souple, mais offerte gracieu­se­ment par Madame Ster­ling. Moi je dis bravo et espère le jour où la géné­ro­sité se fera norme dans le condi­tion­ne­ment de nos instru­ments préfé­rés. Un coup de ferme­ture éclair et zip, voilà une belle quatre cordes !

Jolie, elle l’est assu­ré­ment. De belles fini­tions s’offrent au premier coup d’oeil, aucune faute pour la pose du vernis Gloss, aussi bien sur le corps que pour la touche à la teinte légè­re­ment ambrée. Par contre l’ap­pli­ca­tion de ladite teinte n’est pas forcé­ment uniforme sur les bords de la touche, ce qui est un tanti­net dommage. J’ai entre les mains la fini­tion Sunburst vendue avec un manche à touche érable. Le frêne du corps présente de jolis motifs verti­caux (les veinures de cette essence sont géné­ra­le­ment esthé­tiques), parfai­te­ment mis en reliefs par la pein­ture en trois tons.

Sterling Ray 34 CA

L’as­sem­blage des pièces du corps est assez réussi et reste diffi­ci­le­ment percep­tible à l’œil nu. Comme la Music Man Clas­sic, le corps de cette Stin­gray reprend ses lignes d’ori­gines et ne présente aucun chan­frein, sur la table comme au dos. Le manche est bien plus fin que sur un stan­dard améri­cain, avec 38,1 mm au sillet au lieu des 41,3 mm habi­tuels, ce qui me convient tout à fait, mais ne siéra pas à tous les bassistes. C’est à très peu de choses près, les cotes d’un manche de Jazz Bass, avec des frettes fines et un radius avoi­si­nant les dix pouces. Le manche est fixe­ment ancré dans le corps par six vis et ses méca­niques sont ouvertes. Le bloc cheva­let cordier ressemble à celui d’une Stin­gray stan­dard, on pourra lui repro­cher l’ab­sence des tampons étouf­foirs et un char­ge­ment des cordes qui ne traverse pas le corps de l’ins­tru­ment.

J’avais person­nel­le­ment appré­cié les sour­dines et  le cheva­let traver­sant équi­pant les Clas­sic series améri­caines. L’élec­tro­nique en deux bandes commande le pavé légen­daire de la marque : un potard pour les graves, un autre pour les aigus et enfin un troi­sième pour le volume. La vie est fich­tre­ment simple quand on a une Stin­gray et cela me plaît. Pour ce qui est du micro, monté avec des aimants ALNICO et un bobi­nage spéci­fique à cette série, il a tous les traits d’un pavé Music Man, avec ses plots de 9,5mm et ses trois vis. Le réglage du Truss­road reste au top de ce que sait faire Music Man, c’est à mon goût le système le plus acces­sible et le plus simple pour corri­ger la cour­bure d’un manche. Mêmes louanges pour l’ac­cès à la pile, le tiroir prévu à cet effet étant simple et fonc­tion­nel, tant que l’on n’a pas des quenelles en guise de doigts et que l’on prend le temps de ne pas s’éner­ver dessus. Dans ma vie de vendeur, combien d’ins­tru­ments j’ai vu reve­nir du front, avec un gros bout de chat­ter­ton rete­nant la batte­rie ? Une bles­sure de guerre distinc­tive à l’usage de ce système, arra­ché dans la préci­pi­ta­tion ou tout simple­ment bousillé par l’usure. Et dans le métier tout le monde le sait : sur une active, quand la pile s’en va, tout fout le camp ma bonne dame.

Le bon grain

Sterling Ray 34 CA

Ah le son Music Man ! Même si je n’au­rai jamais la classe de Gail Ann Dorsey, je vais tout de même me permettre de jouer quelques notes sur cette Ray 34 CA (pour Clas­sic Active). Voici quatre extraits, d’abord inter­pré­tés aux doigts avec les bandes pous­sées aux trois quarts, puis en effec­tuant un léger cut dans les aigus. Les parties slap­pées et jouées au média­tor sont effec­tuées avec les potards à fond, ce qui avec le recul et quelques écoutes du résul­tat ne rend pas vrai­ment justice à l’ins­tru­ment, inséré direc­te­ment dans l’in­ter­face. Sur un ampli, le raccourci fonc­tionne parfai­te­ment bien, là c’est un peu trop mordant dans les aigus.

 

1 Jeu aux doigts
00:0000:28
  • 1 Jeu aux doigts00:28
  • 2 Cut aigu00:34
  • 3 Slap00:20
  • 4 Media­tor00:20

 

Sterling Ray 34 CA

Ne serait-ce pas là le grain d’une Stin­gray ? En tout cas, mes oreilles se sont lais­sées prendre au jeu. La pêche est bien là, le carac­tère dyna­mique est à la fête et la courbe natu­rel­le­ment creuse du signal aussi. Le potard d’aigu est à mani­pu­ler avec soin, car il façonne presque le son à lui tout seul, le coté un peu brillant de la Ray 34 CA force à lais­ser les graves à la hausse. J’au­rais adoré avoir une Améri­caine entre les mains pour faire une compa­rai­son sonore tout à fait objec­tive, mais je ne suis pas encore un collec­tion­neur fou et j’ai pris cette mauvaise habi­tude de rendre le maté­riel que l’on me prête, au lieu de dispa­raître avec dans la nature. Un devoir de mémoire s’im­pose donc pour pouvoir décrire le contraste entre les deux. De souve­nir, j’avais trouvé la Clas­sic Stin­gray plus poin­tue dans les hauts médiums, avec un grain lais­sant plus de place au bois qu’à l’élec­tro­nique. La Ray 34 CA s’en approche, mais il lui manque encore un peu de trans­pa­rence pour faire complè­te­ment illu­sion.

Sterling Ray 34 CA

Pour résu­mer, je dirais que l’In­do­né­sienne ne sonne pas aussi natu­rel­le­ment bien que son réfé­rent vendu à plus de 2000 €. Je n’aime pas compa­rer des instru­ments ne jouant pas dans la même cour (plus de 1000 € d’écart, ça commence à faire beau­coup). Toute­fois dans le cas présent, cet exer­cice prend tout son sens. Il reste que la Ray 34 CA est une basse sonnant super­be­ment bien et susci­tera l’in­té­rêt et pourquoi pas la convoi­tise des fans de Music Man amenés à croi­ser son chemin. Le pari sonore est pour moi remporté par Ernie Ball, qui réus­sit à donner le change à une clien­tèle exigeante (puisque fan de la marque), mais pas forcé­ment à même de s’of­frir le cata­logue améri­cain.

Yes she can !

Person­nel­le­ment, je suis épaté par les quali­tés de la Ray 34 CA. Il y a un petit bout de temps, j’avais testé quelques OLP en maga­sin. Elles étaient certes moins chères, mais restaient parfai­te­ment médiocres à mon goût. Pour 900 €, on touche du bout des doigts le son d’une Stin­gray origi­nale pour s’en empa­rer de manière bluf­fante. Comme l’ori­gi­nale, la Ray 34 CA est un instru­ment robuste dont le signal percera n’im­porte quel mix, sur scène comme en studio. Au niveau des sensa­tions, seule votre main gauche pourra faire nette­ment la diffé­rence avec une Améri­caine : la finesse du manche s’adres­sant aux mains les plus menues, les grosses pognes peuvent direc­te­ment s’in­té­res­ser aux stan­dards de la marque qui restent au-dessus des 41mm. L’ab­sence de chan­frein ne m’a pas dérangé pour les quelques temps passés avec, l’ins­tru­ment demeure confor­table à jouer. J’au­rais cepen­dant aimé l’es­sayer quelques heures en studio, jouer debout, pour vrai­ment me rendre compte de la chose et m’as­su­rer qu’au­cune douleur n’ap­pa­raî­trait au niveau de l’avant-bras. Mais jusque-là, aucun bobo ni aux bras, ni au dos. Ce test bouclé sur une bonne note, je vous invite à l’es­sayer par vos propres moyens et à parta­ger vos avis sur la ques­tion.

  • Oh le beau Vernis !
  • Accès au Trussroad et à la pile.
  • Joli ramage
  • Électronique super simple et efficace.
  • Pas chère pour une Stingray
  • Vendue en housse
  • Manche facile à jouer pour les petites mains
  • Pose de la teinture sur le manche
  • Chevalet un poil rudimentaire
  • Pas de version pour les gauchers sur ce modèle
  • Manche un peu fin pour les grosses pognes
  • Peut-être un peu chère pour une Indonésienne ?

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