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Pédago
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La santé vocale du chanteur - La corde sensible

À l’aube de l’été, certains chanteurs cumulant la majorité de leurs concerts pendant la période estivale s’inquiètent de la santé de leur voix. « Vais-je réussir à assurer ma série de concerts sans fatigue vocale ? » La santé de votre voix n’est pas à prendre à la légère : c’est un instrument à part entière, qui nécessite un soin très particulier, une maîtrise technique certaine et un entrainement régulier.

Contrai­re­ment aux cordes de guitare et aux idées reçues, les cordes vocales ne se « cassent » pas. Elles ne peuvent pas de ce fait, se rempla­cer. Voici une bonne raison d’en prendre soin ! Ce sont des muscles, qui néces­sitent d’être trai­tés comme tels. Connais­sez-vous des spor­tifs qui s’élancent sur un terrain sans échauf­fer leurs muscles ? Sans entrai­ne­ment régu­lier ni tech­nique ? Sans repos muscu­laire ni coach ? Dîtes-vous que vous êtes des spor­tifs de la voix ! Votre terrain, c’est la scène. Or, comme tous les spor­tifs, vous pouvez connaître des moments de fati­gue… 

De la fatigue vocale

De nombreux facteurs d’ordre physiques, physio­lo­giques, acous­tiques ou psycho­lo­giques peuvent être à l’ori­gine d’une fatigue vocale. Les symp­tômes obser­vés sont les suivants : modi­fi­ca­tion du timbre, voix parlée plus grave, diffi­culté à chan­ter dans les aigus, couacs, chan­ge­ments de registre inopiné (yodle), voix enrouée, rauque, souf­flée, douleur ou  sensa­tion d’une boule dans la gorge, apho­nie partielle ou tota­le…

 Persis­ter à chan­ter avec un de ces symp­tômes sans avoir pris le temps de consul­ter un spécia­liste de la voix (Phoniatre – ORL) peut conduire au forçage vocal ou à long terme à d’autres patho­lo­gies. Le repos vocal peut être une solu­tion tempo­raire, mais si vos problèmes de voix sont dus à une mauvaise tech­nique vocale (dysfonc­tion­ne­ment), sans prise en charge directe avec un ortho­pho­niste, puis un profes­seur de chant spécia­lisé dans les tech­niques vocales, ils resur­gi­ront constam­ment.

Les causes de la fatigue vocale (liste non exhaus­tive)

APPR ?

Le geste vocal est un  système complexe qui s’or­ga­nise sur 3 étages : Air, vibra­tion, réso­nance. Un  chan­teur expé­ri­menté combine avec harmo­nie ces 3 niveaux : c’est ce qu’on appelle l’APPR. Si l’Ac­cord Pneumo-Phono-Reso­nan­tiel n’est pas respecté, le larynx compen­sera par des tensions intrin­sèques et/ou extrin­sèques, empê­chant son bon fonc­tion­ne­ment. Rappe­lons que le larynx est un organe situé au carre­four des voix aériennes et diges­tives, et comme il abrite les cordes vocales, son rôle est de trans­for­mer l’air en son.  Toute tension supplé­men­taire est donc à pros­crire.

Une mauvaise tech­nique vocale ou inadap­tée

Certains chan­ceux chantent intui­ti­ve­ment, sans avoir pris de cours, avec une tech­nique vocale natu­relle, mais ils sont rares. Pour la plus grande majo­rité des chan­teurs, travailler sa voix avec un profes­seur de chant ou un coach vocal est indis­pen­sable, indé­pen­dam­ment du niveau de l’ar­tiste et du style musi­cal. Maîtri­ser la tech­nique est essen­tiel pour garder une voix saine, chan­ter sans tension dans toute son éten­due vocale, garder un timbre homo­gène, être endu­rant et chan­ter pendant des heures sans fatigue.

Le manque de sommeil

Le repos complet des cordes vocales s’opère unique­ment pendant le sommeil, où elles se décon­ges­tionnent et se régé­nèrent. Une bonne nuit de sommeil de 8H est préco­ni­sée. Or, ce long repos nocturne est parfois diffi­cile à conci­lier avec le rythme des tour­nées, entre les fins de concert tardives et les distances à parcou­rir d’un lieu à un autre. Accor­dez-vous donc une petite sieste en début ou en milieu d’après-midi, mais évitez de vous endor­mir avant les concerts. Retrou­ver la toni­cité des cordes vocales pour­rait prendre plus de temps que celui qu’il vous reste avant votre entrée en scène.

La fatigue physique 

Quand le corps est fati­gué, atone, ce sont tous vos muscles qui le sont : vos abdo­mi­naux et vos cordes vocales y compris. Diffi­cile dans cet état de chan­ter avec un geste cohé­rent.
Le chan­teur doit être dyna­mique et éner­gique ! Certains de mes élèves réalisent que chan­ter leur demande autant d’éner­gie que d’al­ler faire une séance de sport. D’où l’im­por­tance d’avoir une bonne condi­tion physique. Vous connais­sez le dicton : mieux vaut préve­nir que guérir ! Soyez vigi­lants pendant toute la durée de vos répé­ti­tions et de vos concerts. Ne relâ­chez pas votre dyna­misme. Votre corps doit être tonique. Le moindre lais­ser-aller pour­rait être fatal pour votre voix.

La tona­lité des chan­sons

Chan­tez dans votre tessi­ture, soit l’en­semble des notes que vous chan­tez confor­ta­ble­ment et qui n’est pas à confondre avec l’éten­due vocale qui désigne l’in­té­gra­lité des notes que peut repro­duire un chan­teur. S’achar­ner à chan­ter dans une tona­lité qui ne vous convient pas est très dange­reux pour votre voix.  Le chant doit être le plus confor­table possible. Infor­mez les musi­ciens de votre incon­fort, et trans­po­sez la tona­lité ;  sinon, préfé­rez le rempla­ce­ment de la chan­son avant la tour­née, plutôt que le rempla­ce­ment du chan­teur pendant la tour­née !

L’écoute

« Je ne m’en­tends pas ! Tu peux me monter ? Sinon je force et je vais me casser la voix ! »
Nous avons tous un jour entendu ou prononcé cette phrase à l’in­gé­nieur du son retour. Mais qu’en est-il vrai­ment ? Il est très impor­tant d’avoir une bonne qualité d’écoute sur scène, et donc de prendre le temps de faire une balance retour, afin que tous les musi­ciens et les chan­teurs soient à l’aise, que chacun trouve sa place. Un chan­teur qui n’a pas une bonne écoute de sa voix va forcer, voire crier, pour essayer de s’en­tendre. Il rentre alors dans le proces­sus du dysfonc­tion­ne­ment vocal.

Pour éviter cela, n’hé­si­tez pas à recou­rir à des ear-moni­tors, qui non seule­ment vous offrent un confort d’écoute incon­tes­table, mais protègent en  outre vos oreilles, en colma­tant votre conduit audi­tif, et en atté­nuant l’en­vi­ron­ne­ment exté­rieur de 18 à 25 dB. Le prix de ces derniers peut certes paraître élevé mais vos oreilles et votre voix n’ont pas de prix : croyez-moi !

Pensez toute­fois à consul­ter un ORL pour réali­ser un audio­gramme : de cette façon, vous pour­rez vous assu­rer que votre incon­fort d’écoute n’est pas direc­te­ment lié à une baisse de l’acuité audi­tive.

Les mala­dies affec­tant la voix

Certaines affec­tions ORL comme l’an­gine (amyg­dales), la pharyn­gite (pharynx), la rhino-pharyn­gite (voix nasales et pharynx), la laryn­gite (larynx) ou la sinu­site (sinus) peuvent créer des apho­nies ou des dyspho­nies. Kesako ? La dyspho­nie est la diffi­culté à parler et à émettre des sons (au sens large), indé­pen­dam­ment de l’ori­gine de la lésion. La voix appa­raît trop grave ou trop aiguë, rauque, enrouée et dans certains cas entraine une dispa­ri­tion quasi totale de la voix appe­lée apho­nie.

L’ori­gine des affec­tions peut être infec­tieuse (bacté­rienne ou virale), inflam­ma­toire

(exemple d’un forcing vocal), trau­ma­tique, ou encore liée à des causes plus rares (para­ly­sie du diaphragme, polype des cordes voca­les…). Certaines inflam­ma­tions ORL peuvent être aussi liées au reflux- œsopha­gien, soit une remon­tée acide des sucs gastriques brûlant la  muqueuse de l’œso­phage et la muqueuse laryn­gée.

Parmi les facteurs favo­ri­sants, on évoquera l’al­cool, les repas trop copieux ou rappro­chés du coucher, l’obé­sité, les aliments acides et les assai­son­ne­ments, les bois­sons gazeuses, le tabac… Il est recom­mandé dans ces cas de lais­ser la voix au repos et de suivre un trai­te­ment médi­cal adapté à votre cas. Certaines règles hygié­no­dié­té­tiques sont indis­pen­sables au main­tien de la péren­nité de la voix. Chan­ter sur une inflam­ma­tion ne ferait que culti­ver votre dyspho­nie.

Le miel, bon pour la voix ?

Les aliments ne sont jamais en contact direct avec les cordes vocales (sauf en cas de fausse route alimen­taire). Il n’y a donc aucune rela­tion entre le miel et la voix. En plus de son action anti­sep­tique, il permet simple­ment d’adou­cir une GORGE irri­tée

Prenez garde aussi à certains facteurs favo­ri­sant les extinc­tions de voix :

– la clima­ti­sa­tion : l’air réfri­géré pauvre en humi­dité assèche la muqueuse du larynx, empê­chant les cordes vocales de vibrer natu­rel­le­ment. Un foulard autour du cou permet d’at­té­nuer les diffé­rences brutales de tempé­ra­ture. Préfé­rez les lieux ombra­gés aux lieux clima­ti­sés. 

– Les condi­tions météo­ro­lo­giques : un chan­ge­ment brutal des tempé­ra­tures et du taux d’hu­mi­dité dans l’air.

– Envi­ron­ne­ment bruyant = problème d’au­di­bi­lité. Perdue dans un brou­haha de fond sonore, la voix parlée ne porte pas. Inévi­ta­ble­ment vous allez parler plus fort, voire crier pour être entendu, et déséqui­li­brer le geste vocal ! Un réel danger pour la voix. Préfé­rez les endroits plus calmes pour parler ou télé­pho­ner.

– Aller­gies : symp­tômes  obser­vés : Toux, écou­le­ments, éter­nue­ments, racle­ments, les yeux qui grattent, qui pleurent, une voix rauque, des chats dans la gorge…

Les remèdes : La prise d’an­ti­his­ta­mi­niques permet de calmer les symp­tômes aller­gi­sants, mais assèche consi­dé­ra­ble­ment les muqueuses. Préfé­rez un trai­te­ment en spray nasal. Pensez à vous hydra­ter en buvant beau­coup d’eau.

Quelques conseils et précau­tions à prendre

-Adop­ter une disci­pline prépa­ra­toire adap­tée avant de chan­ter
Il ne s’agit pas de se « chauf­fer la voix », mais de la prépa­rer à l’acte vocal. La pratique d’exer­cices d’échauf­fe­ment corpo­rel, respi­ra­toires et vocaux permet de sensi­bi­li­ser tel ou tel muscle, de véri­fier que le souffle soit bien installé, et que le son soit libre. Quel type d’exer­cices conseiller ? Seul un profes­seur de chant peut vous guider et vous propo­ser des exer­cices adap­tés à votre propre cas. Un exer­cice peut conve­nir à un chan­teur et ne pas conve­nir à un autre.

  • Avoir une hygiène alimen­taire saine.
  • Avoir une bonne condi­tion physique. 
  • Dormir au moins 8H
  • Espa­cer les repas de vos pres­ta­tions chan­tées
  • Eviter les bois­sons gazeuses.
  • Éviter l’al­cool, le tabac.
  • Hydra­tez-vous ! Buvez, buvez, buvez… de l’eau bien sûr, sans modé­ra­tion.

Conclu­sion

Soyez à l’écoute de votre voix et de votre corps… Le moindre signe de fatigue doit vous aler­ter. Ne faites pas l’au­truche en atten­dant sage­ment que la voix revienne, ce qui est le problème de nombreux chan­teurs qui ont peur d’af­fron­ter la réalité. Si votre tech­nique vocale laisse à dési­rer, vous avez besoin d’aide ! A moins que vous ne préfé­riez tomber dans le schéma perpé­tuel du « ça s’en va et ça revient » pour fina­le­ment ne plus reve­nir du tout ! Et n’al­lez pas croire qu’il s’agisse ici de recom­man­da­tions pour débu­tants unique­ment. Même les chan­teurs aver­tis ont besoin de véri­fier si leur geste vocal est toujours  cohé­rent. Dans ce contexte, une visite régu­lière auprès d’un profes­seur de chant quali­fié suffit pour faire un état des lieux de votre tech­nique vocale, histoire de vous rassu­rer et de commen­cer votre série de concerts plus serei­ne­ment.

Pensez aussi à consul­ter un spécia­liste de la voix tous les 2 ans (phoniatre ou ORL). Cet examen de contrôle, tota­le­ment indo­lore, permet­tra de vous rassu­rer sur la santé de vos cordes vocales. En prime, vous repar­ti­rez avec un cliché souve­nir.

Bons concerts à tous !
 

Stépha­nie DUMOUCH, Coach vocal, diplô­mée de l’en­sei­gne­ment « Théra­pie vocale ».


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