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Les mœurs évoluent

La Loudness War, 6e partie
  • 40

Suite de notre dossier sur le volume, ses conséquences sur la musique, le son et nos oreilles.

Accéder à un autre article de la série...

On commence, depuis le début de ces articles consacrés à la guerre du volume, à ses causes et conséquences, à y voir un peu plus clair, notamment sur ses origines (toutes les conséquences seront abordées bientôt, rassurez-vous).

Mais, avant de continuer, je reviens rapidement sur ce qui fait aussi la richesse d’Audiofanzine, ses forums. De nombreuses discussions ont émergé, dont une lecture exhaustive montre le chemin restant à parcourir, tant incompréhensions, positions polémistes, ou explications surréalistes se sont fait jour : des tentatives inutiles de comparer tel ou tel style de musique, en disant qu’un type de musique est mieux qu’un autre (ce qui n’a n’a jamais été le propos de ces articles) aux conceptions du mix consistant à le modifier jusqu’à ce qu’il permette de faire le mastering que l’on souhaite...

La loudness war

Il faut redire que rien, absolument rien, ne justifie qu’on abîme, détruise le son (surcompression, saturation) quand on produit. Un titre techno/électro (pour ne pas rentrer dans la sur-sous-classification qui ne relève que d’une chose : du marketing), correctement mixé, avec un respect de la dynamique, des transitoires, de l’équilibre fréquentiel et de toute autre considération technique sonnera bien mieux à fort volume que ce même titre bousillé par la mode actuelle du soi-disant mastering. Rares sont les esthétiques musicales créées autour d’une absence totale de dynamique. Et pourtant nombreux sont les albums de tous styles effroyablement « produits », avec une dynamique ne dépassant que rarement les 5 ou 6 dB. 

Et ça touche tout le monde, même les musiciens/producteurs les plus attentifs. Trevor Horn, immense producteur de ces trente dernières années, dont nous parlions dans nos précédents articles, a sorti un album, Made In Basing Street, sous le nom de groupe Producers (sic.), dans une esthétique pop mi-rétro mi-actuelle. Inécoutable, hélas : plage dynamique globale ? 6 dB, clipping intersamples, etc.

 Clipping intersamples ? C’est un des risques de la conversion numérique/analogique, quand le filtre de reconstruction peut produire des niveaux dépassant le 0 dBFS. Voir cette vidéo de FabFilter, expliquant, dans sa première partie, le phénomène (en anglais seulement, hélas).

 

De ces discussions est aussi remontée l’idée que l’on pouvait accepter la compression de dynamique au vu des nouvelles conditions d’écoute (je ne parle pas de la compression de dynamique que l’on utilise au mixage, ou de façon créative, sidechain et compagnie, mais bien de celle appliquée par des processus de mastering qui n’en ont que le nom) : eh bien, là encore, rien ne justifie que l’on diminue la plage dynamique d’une musique simplement pour qu’on puisse l’écouter dans sa voiture ou de façon nomade (sous-entendu au casque). Que fait-on quand on rentre chez soi ? Les artistes doivent-ils proposer un mix pour l’écoute nomade et un autre pour l’écoute domestique ? Même si Nine Inch Nails a proposé cette solution sur un de ses derniers albums (sans les faire correspondre aux deux distinctions précédemment mentionnées), s’il fallait généraliser un double mix/mastering (et pourquoi pas triple, quadruple, un pour la voiture, un pour le métro, etc.), on commencerait un peu à marcher sur la tête...

Évolution de l’écoute

Une des grandes problématiques, liée à ce qui était évoqué dans les précédents articles, est ce changement total d’habitus, d’hexis. Entendons-nous bien : pas de passéisme, pas de remise en cause par principe de l’évolution de la société, ni des bienfaits aisément identifiables du progrès. Mais, sans en appeler à Orwell, Bourdieu, Ellul, Michéa ou Kurzweil (voire K. Dick), on sait que les possibilités offertes par une technique n’aboutissent pas forcément en son exploitation pertinente.

La Loudness war

L’écoute de musique est devenue nomade, d’abord grâce aux radios portables (souvent d’une qualité sonore à pleurer), puis des ancêtres tels que les Walkmans de Sony (autour de 1980) : les oreillettes orange, une cassette (la Compact Cassette, format introduit en 1963), et pleurage, scintillement, diaphonie, bruit de fond associés. L’arrivée des Walkmans CD (ou Discman, tel le D-50 datant de 1984) a bien sûr amélioré grandement les problématiques dues au support, mais absolument pas celles intrinsèques à la musique, si tant est que l’on puisse parler de « problématiques » quand on parle de nuances, de dynamique : dans la rue ou dans tout milieu autre que domestique ou dédié, même avec le meilleur lecteur et le meilleur casque, on ne peut lutter contre le bruit ambiant, et une partie de la musique disparaît sous celui-ci.

La Loudness war
La Loudness war

 

Quadrature du cercle

Avec le numérique arrive une réponse à une question posée dès l’arrivée du compresseur et de son proche cousin, le limiteur. Dans le monde du hardware, aucun compresseur/limiteur ne peut agir en temps réel. Rappelons le principe : un compresseur est un fader de volume automatisé, dont l’automation découle de l’analyse d’un signal (qu’il soit celui à traiter, ou en provenance d’une autre source, via le sidechain par exemple). 

La Loudness war

Or, aucune analyse temps réel ne peut être prédictive : donc, même le plus rapide des compresseurs (le 1176 LN, par exemple, 2 µs...) laissera passer une partie des transitoires, empêchant un réel aplatissement des crêtes (il existe néanmoins quelques solutions, quand le sidechain est disponible, au prix de quelques contorsions et avec certains risques...).

En audionumérique, il suffit, non pas de rendre l’analyse prédictive, ce qui n’est toujours pas possible, mais de prendre en compte le temps d’analyse et de traitement, de décaler tout autre audio simultané d’autant de temps, et de donner ainsi l’impression du temps réel. Faites l’essai : prenez un projet bourré de pistes, ajoutez des compresseurs (capables de soi-disant « temps réel ») au fur et à mesure, et vérifiez ce que cela donne en termes de latence avec un clavier MIDI...

Et voilà la porte ouverte à toutes les fenêtres (de Hann...) : on peut écraser, à fond. Sans crainte de dépasser le fatidique 0 dB FS (mais sans tenir forcément compte du dB FSTP, voir plus haut et aussi ici). Si tous les producteurs ne se sont pas rués sur l’opportunité à l’arrivée du CD, la tendance étant même de préserver le plus fidèlement possible les originaux, l’habitude de tout massacrer/compresser va vite être prise. 

Ah, les pommes de terre vapeur à la cocotte-minute, 10 à 15 min, pas plus. Je vous laisse. 

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  • sleepless
    sleepless
    Rédacteur
    2188 posts au compteur
    @lse : les données techniques sur lesquelles tu butes sont expliquées dans les précédents articles.
    Et, si besoin, on trouve très facilement sur AF toutes les infos nécessaires, par exemple ici : https://fr.audiofanzine.com/bien-debuter/editorial/dossiers/les-niveaux-a-l-heure-du-numerique.html
  • lse
    lse
    Posteur AFfiné
    154 posts au compteur
    Bonjour,

    je suis musicien (bassiste) pas ingé son loin de là, je dirais même mieux (pire) je n'y connais que dalle.

    Cette série est fascinante et frustrante :
    - fascinante parce que pour un musicien le son c'est la vie, c'est pour ça qu'on se bousille les doigts, donc pourvoir comprendre ce que tout ce bazar devient est franchement une idée passionnante
    - frustrante : parce qu'elle est un peu onaniste et manifestement destinée aux professionnels de la profession (Godard, dont j'ignore les points de vue sur la musique de ses films) et extrêmement hermétique pour l'ignare que je suis.

    Des phrases comme celle-ci "Et voilà la porte ouverte à toutes les fenêtres (de Hann...) : on peut écraser, à fond. Sans crainte de dépasser le fatidique 0 dB FS (mais sans tenir forcément compte du dB FSTP, voir plus haut et aussi ici)." pourraient être écrites en farsi ça ne changerait pas grand chose pour moi (enfin si, en Farsi peut-être Google Trad pourrait il me permettre de comprendre vaguement le sens global)

    Bref il reste à écrire une série de ce type sur l'audio, mais avec des mots simples, des explications claires et redondantes, à destination des musiciens pas calés en son.

    Félicitations nonobstant

    Luc
  • hhub17
    hhub17
    Squatteur d'AF
    2585 posts au compteur

    mrgreen

  • lenny
    lenny
    Je poste, donc je suis
    8598 posts au compteur
    Citation :
    Après mettre un compresseur sur une disto hi gain, effectivement l'intérêt est limité.


    x
    Hors sujet :
    Peut-on en déduire que mettre un limiteur sur une disto hi gain, effectivement l'intérêt est compressé ?
  • Hohmann
    Hohmann
    Posteur AFfamé
    358 posts au compteur
    Oui mais au moment de, il faut écouter de la musique dans de bonne condition, de la musique qui s'y prête bien, sinon ça ne fonctionne pas. :-D
  • azertyvince
    azertyvince
    Squatteur d'AF
    3005 posts au compteur
    Citation :
    Les mœurs évoluent


    La musique adoucie les mœurs, c'est bien connu.
    Enfin, ça se vérifie pas toujours visiblement.
  • Hohmann
    Hohmann
    Posteur AFfamé
    358 posts au compteur
    Citation :
    Il me semble que le fond du problème c'est le rapport à la musique qui la limite à un simple consommable, d'un côté comme de l'autre.


    Toi, pas moi. :D:
    Oui, c'est un consommable, simple ou mieux, à utiliser une fois ou plusieurs fois.
    L'artiste, tout comme le cuisinier sont responsables de la notoriété de l’œuvre.
    Encore je préfère l'analogie avec le vin, un bon vin à besoin d'être accompagné d'explication pour pouvoir être déguster dans de bonne condition, la musique c'est pareille et c'est à l'artiste, le créateur de faire le boulot et de si tenir. Le public/consommateur n'y est pour rien quand il n'a pas de consigne, faut lui montrer hein, et c'est à qui de faire?...
  • EraTom
    EraTom
    AFicionado
    2282 posts au compteur
    Citation de Silicon Machine Extended :
    Tu peux relire ce que j'ai écrit.
    Ah oui, pardon.

    Citation de Hohmann :
    Voilà, tout est dit.
    Le problème est à la source.
    Bof, c'est un peu la poule et l'œuf.

    Il me semble que le fond du problème c'est le rapport à la musique qui la limite à un simple consommable, d'un côté comme de l'autre. Ça peut paraître élitiste ou un peu pédant en allant contre une démocratisation (souhaitable)...

    ... Mais lorsque l'on dit la même chose a propos de la bouffe ça fait plus facilement consensus : Il y a des MacDo partout alors que c'est de la merde. C'est dégueux et même mauvais pour la santé.
    Sans être sacralisée (quoique) on attend mieux de la cuisine.
  • gulistan
    gulistan
    Nouvel AFfilié
    1 post au compteur
    Citation :
    j'aurais du préciser les morceaux electro qui sont fait a partir de sample deja compresser avec des synth deja compressé etc le mixdown a pas 10db de dynamic donc le mtrre a 12 est inutile

    non, rien n'empèche d'avoir une grande dynamique, même avec ce genre de samples
  • Hohmann
    Hohmann
    Posteur AFfamé
    358 posts au compteur
    Je montre juste qu'effectivement il y a des artistes qui modèrent la compression, simplement qu'ils ont compris qu'à DR moindre l'impacte du morceau est bien meilleur.
    Ce que fait youtube est très bien, finalement la bouse apparaît facilement à l'oreille d'amateur, qui finalement vont s'éloigner de musique imbuvable pour trouver mieux chez des artistes qui ne jouent pas la guerre du volume. Aucun intérêt autre que commercial de taper dans du DR4, vraiment rien qui mettent en valeur artistiquement un morceau, même pour de l'électro (sauf exeptions, effets, mais pas sur toutes la durée d'un morceau...). Encore mieux, celui qui n'a pas succombé à cette guerre tout le long de ça carrière bénéficie du changement de youtube pour la cohérence de son œuvre dans la durée. Tant pis pour les autres... :-D
    Finalement les cartes s’inverse, les règles deviennent différentes, je vois aussi d'un mauvais œil le fait d'avoir une moyenne sur laquelle tous les morceau doivent se calquer, c'est presque aussi ridicule que la guerre du volume mais à nos jour il n'y a pas de meilleur solution contre la surcompression. Ou alors? Que chacun se raisonne.
  • globutu
    globutu
    Squatteur d'AF
    3722 posts au compteur
    j'aurais du préciser les morceaux electro qui sont fait a partir de sample deja compresser avec des synth deja compressé etc le mixdown a pas 10db de dynamic donc le mtrre a 12 est inutile ;)
    Le commerce c'est du DR4 et DR6 perso DR6 devrait etre la limite maxi et encore
  • Hohmann
    Hohmann
    Posteur AFfamé
    358 posts au compteur
    Citation :
    Apres la loudness dépend du style de music je vois pas un morceau electro a DR12


    Je crois que tes références sont le reflet du commerce, je t'invite à faire un tour dans ce sujet et relèves la DR, DR 12 doit être proche de la moyenne des morceaux.
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