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Comparatif de 4 pianos électriques virtuels modéllisés

On the (virtual) Rhodes again!
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Les progrès de la modélisation associés à ceux de la puissance de l’informatique aident à la généralisation de cette technologie qui peut prendre le pas sur l’échantillonnage, notamment lors de la création d’instruments reproduisant les pianos électromécaniques, comme ceux comparés ici.



Commençons par les présentations, avec d’avance des excuses : ne seront pas présents MrRay73 Mark II et Electric Grand EG70 de l’éditeur GSI qui n’a pas donné suite à nos demandes, ni le tout récent Blue Reeds (et sa version gratuite Glue Reeds) de l’éditeur Mokafixaudio (qui a par ailleurs participé au développement de l’OTR-88) qui ne sont malheureusement disponibles que sur PC (pour le moment), ce comparatif étant effectué sur Mac.

On retiendra donc pour ce petit tour d’horizon l’evp88 intégré à Logic Pro 9, le Lounge Lizard EP-3 d’Applied Acoustics Systems (version 3.1.2), Electric, l’extension de Pianoteq tout récemment passé en version 3.5, en même temps qu’en version Pro, et l’OTR-88 de Devine Machine. À l’exception de l’evp88 limité à Logic et donc Mac seulement, tous sont disponibles en version standalone et en plug-ins VST, AU et RTAS pour Mac et PC.

La fourchette de prix est cohérente, puisqu’il faut compter 229 € pour l’OTR-88, 209 € pour le Lounge Lizard EP-3 et 399 € pour le Pianoteq Pro (249 € pour la version standard) auxquels il faut rajouter 49 € pour l’extension Electric. Pianoteq est un peu plus cher, mais n’oublions pas que l’instrument en lui-même est d’abord une modélisation extrêmement convaincante de pianos acoustiques.

Quant à l’evp88, au départ payant, il est intégré à Logic depuis la version Logic Pro 6, il faudra donc d’une certaine manière débourser 499 € pour l’avoir. Il faut bien sûr prendre en compte tout ce que contient le package...

Les mêmes fichiers Midi, à quelques exceptions près, sont utilisés sur chaque instrument, pour un exemple sonore donné. Le niveau des fichiers audio a été adapté de façon uniforme et les logiciels programmés pour sonner de façon la plus proche possible, du moins sur les exemples de base.

Vous êtes encouragés à télécharger les fichiers de manière à pouvoir les comparer confortablement.

À fin de comparaison, je vous invite à visiter le site FenderRhodes.com qui offre de nombreux fichiers audio de référence.

Modèles

Le plus ancien (2001), l’evp88 est aussi celui qui dispose du plus petit nombre de réglages. Mais au fur et à mesure des mises à jour de Logic, des améliorations et nouveaux modèles ont été ajoutés, et l’evp88 semble être une version stabilisée depuis plusieurs années. Au menu, les modèles que l’on choisit avec la molette parmi trois pianos (Rhodes, Wurlitzer et Hohner Electra) déclinés en divers sous-modèles, dix pour le Rhodes (incluant MkI, MkII, Suitcase, etc.) et quatre pour le Wurlitzer. C’est le seul piano de ce comparatif à utiliser ce principe.

01-BasicRevp
00:0000:17
  • 01-BasicRevp00:17
  • 02-BasicWevp00:14
  • 03-BasicRLL00:17
  • 04-BasicWLL00:14
  • 05-BasicRPPE00:17
  • 06-BasicWPPE00:14
  • 07-BasicROTR00:17
  • 08-BasicWOTR00:14


Voici un premier exemple de piano, avec un modèle Stage MkI (01-BasicRevp). Et un autre avec le Wurlitzer (02-BasicWevp).

De son côté, le Lounge Lizard EP-3 (2002) ne comporte pas à proprement dire de modèles à sélectionner directement, mais émule bien entendu les Rhodes et Wurlitzer. Il faudra ici régler les composantes du son à partir des nombreux réglages, ou partir d’un son basique façon MkI (03-BasicRLL) ou Wurly (04-BasicWLL).

Pianoteq Pro et son extension Electric (2009) ne permettent pas non plus de choisir un modèle précis, mais offre deux séries de présets qui serviront de base de départ pour obtenir un Rhodes (05-BasicRPPE.wav) et un Wurlitzer (06-BasicWPPE.wav) et toutes les autres déclinaisons.

L’OTR-88 (2009) adopte un principe encore différent, avec des présets “globaux” et des Piano Presets, que l’on peut considérer comme des modèles, même si le piano de référence reste le Rhodes. Ici, un Rhodes de base (07-BasicROTR.wav) et un Wurlitzer-like (08-BasicWOTR.wav).

On remarque déjà combien chaque logiciel à sa propre signature sonore, sa propre “idée” de l’instrument. Car même en ayant procédé aux réglages des paramètres physiques pour unifier le plus possible les présets de base, et en n’ayant utilisé ni EQ, ni effets, bref, en utilisant chaque instrument nu, il est très difficile d’obtenir une sonorité unique ou très approchante sur chacun des instruments.

Vélocité

Avant de parler des possibilités de réglages offertes par chacun des instruments virtuels, rappelons un des gros avantages de la modélisation par rapport à l’échantillonnage : la continuité sonore sur toute l’étendue dynamique due, entre autres, à l’absence de “couches” de vélocité. Faisons l’essai avec ce fichier Midi qui passe par toutes les vélocités en crescendo et dont chaque note est de même durée : d’abord l’evp88 ( 09-Veloevp ), ensuite le Lounge Lizard ( 10-VeloLL ), puis l’OTR-88 ( 11-VeloOTR ) et pour finir le Pianoteq Pro ( 12-VeloPPE ). À titre de comparaison, voici le même fichier lu par deux références dans le domaine de l’échantillonnage, l’Elektrik Piano 1.5 ( 13-VeloEP ) de Native Instruments et le Scarbee Classic Electric Piano ( 14-VeloSCEP ). Notons tout de même que les valeurs les plus faibles sur le Lounge Lizard laissent entendre un certain volume, que l’OTR-88 montre un saut brusque à la vélocité 27.

09-Veloevp
00:0000:37
  • 09-Veloevp00:37
  • 10-VeloLL00:37
  • 11-VeloOTR00:36
  • 12-VeloPPE00:37
  • 13-VeloEP00:39
  • 14-VeloSCEP00:39


Autre avantage de la modélisation, c’est qu’en théorie, les possibilités de modification sonore sont bien plus vastes, puisque, toujours en théorie, il est rare que l’on modélise un son global, mais plutôt les différentes composantes de ce son. Donc, en ce qui nous concerne ici les tines, leur accord, les micros, leur position, le matériau des marteaux, des étouffoirs, les bruits mécaniques, les effets, etc. Ce qui prenait des heures de réglages sur un vrai instrument est donc en théorie possible virtuellement.

evp88 : réglages

On dispose d’abord de réglages de polyphonie (jusqu’à 88 notes) et d’accord global (en centièmes de ton), d’une enveloppe rudimentaire offrant Decay et Release, puis deux rotatifs, un pour le volume des lamelles et l’autre pour celui de l’étouffoir après relâchement de la note et pour finir un réglage de la largeur stéréo (attention, la plupart des pianos étaient mono).

Peu de possibilités, mais suffisamment quand même pour passer d’un Suitcase en bon état ( 15-Cleanevp ) à un autre ayant beaucoup vécu ( 16-Oldevp ). Voire à le transformer en un improbable instrument ( 17-Whatanevp ).

À côté, on dispose de réglages Stretch, un pour les aigus, l’autre pour les graves, et un Warmth, qui sont sensés reproduire les variations que l’on rencontre sur l’accord d’un piano acoustique. À employer avec parcimonie (voire pas du tout), le faux chorus en résultant n’étant pas très heureux (avant, après( 18-Stretchevp )).

Suivent un EQ grave et aigu dont le type change suivant le modèle choisi, qui ne méritent aucun commentaire particulier, puis une émulation de préampli à lampes et son réglage de tonalité qui, si l’on reste dans des réglages discrets fait plutôt bien son travail, en donnant un peu de rondeur au son ( 19-Drivevp ). Poussé à fond, c’est une autre histoire, mais pas inintéressante non plus, ici sur un piano en stéréo ( 20-Fulldriveevp ).

On finit par les effets, Chorus, Tremolo et Phaser, du très classique mais, en théorie, exactement ce qu’il faut pour les pianos émulés. Au départ plutôt spartiate avec son seul réglage d’intensité, le Chorus a gagné lors de mise à jour un réglage de fréquence en Hz (accessible dans les réglages cachés, en bas de l’interface). Très agréable sur des accords ballade ( 21-Chorusevp ).

Le Tremolo permet de reproduire au choix celui du Wurlitzer ( 22-Tremevp ), en le laissant mono (autour de 5 Hz et en variant la proportion uniquement), et des premiers Rhodes, ou celui des Suitcase en le mettant en stéréo ( 23-Tremsterevp ). Pas de choix de la forme d’onde, dommage (triangle pour Wurli, sinus ou plus ou moins carré suivant les modèles de Rhodes), mais un de la vitesse.

Le Phaser tout aussi indispensable, est bien dans l’esprit vintage, avec une belle qualité “vocale”, et offre trois réglages, largeur stéréo, Rate et Color ( 24-Phaserevp ).

15-Cleanevp
00:0000:20
  • 15-Cleanevp00:20
  • 16-Oldevp00:20
  • 17-Whatanevp00:21
  • 18-Stretchevp00:11
  • 19-Drivevp00:10
  • 20-FullDriveevp00:18
  • 21-Chorusevp00:09
  • 22-Tremevp00:15
  • 23-Tremsterevp00:19
  • 24-Paserevp00:20


On regrettera que nulle part sur le plug n’apparaissent les valeurs des réglages, il faut donc activer l’automation de la piste sur laquelle est enclenché l’instrument, puis aller chercher le paramètre désiré. En revanche, la possibilité de changer de modèles sans écraser les réglages en cours est un vrai plus.

Tous les paramètres peuvent être modifiés en temps réel, avec des contrôleurs ou par automation, sans que cela ne provoque de bruits, de parasites ou de suractivité du CPU.

Lounge Lizard EP-3 : réglages

Deux panneaux A et B regroupent les réglages du logiciel. Sur le second, on trouve les réglages de l’instrument proprement dit, répartis en cinq sections : Mallet pour tout ce qui concerne le marteau et la frappe, Fork pour l’ensemble lamelle (tine ou reed) et résonateur (tone bar), Pickup pour le micro, Damper pour le son de l’étouffoir, un Tremolo et un EQ. Un gros bouton de Volume et deux vumètres à jauge à l’ancienne (ils me rappellent un vieux Grundig...) sont communs aux deux panneaux, ainsi que le réglage Midi et celui du nombre de voix de polyphonie (de 2 à 32).

Mallet permet d’ajuster le “matériau” du tip (bout du marteau frappant la lamelle), le bruit propre de sa frappe et la force avec laquelle il frappe. Chacun de ces trois paramètres dispose d’un suivi de clavier, et les deux premiers de réponse à la vélocité. Voici un exemple de tip doux, avec peu de force et bruit ( 25-SoftipLL ) et son inverse ( 26-HardtipLL ).

Ensuite, la partie Fork permet d’ajuster précisément le son du piano, avec le contenu harmonique et la durée du son de la lamelle, ainsi que la durée et le volume de la tone bar. On dispose aussi d’un suivi de clavier et d’un release global. En n’utilisant que les réglages de cette section, on peut obtenir un piano avec beaucoup de “métal” ( 27-Metal LL ), ou au contraire très étouffé ( 28-SoftLL ), voire quelque chose de complètement différent ( 29-WhatanLL ).

Autre élément fondamental, le micro. La section permet de simuler la position du micro face ou au-dessus d’une ligne imaginaire prolongeant la lamelle et de sa distance. On choisit ici le type de micros utilisés, R pour Rhodes ( 30-RhodesmikeLL ), W pour Wurlitzer ( 31-WurlimikeLL )(aucun autre réglage n’a changé entre les deux derniers exemples), le niveau d’entrée, de sortie vers la section effets, ce dernier bénéficiant d’un suivi de clavier.

Ensuite, Damper simule le bruit des étouffoirs, lors de l’attaque ou du relâchement de la note, avec réglages de tonalité, volume et répartition entre attaque et release.

Avant de terminer par les effets, un survol rapide des autres fonctions : transposition par octave (± 3) et demi-tons (± 12), accord global (de 427,4 à 452,8 Hz), import des fichiers Scala pour le microaccord, un générateur de tempo, un enregistreur audio (enregistre ce qui est joué en Wav ou AIFF en 16 bits) et un EQ trois bandes (plateau haut et bas et peak).

Côté effets, un trémolo avec choix de la forme d’onde (triangle ou sinus), mono ou stéréo et réglages de profondeur et de vitesse (qui s’affiche en Hz, bien vu) et Sync possible au tempo interne ou de l’hôte (de la triple croche en triolet à six mesures). Donc Rhodes ( 32-TremRLL ) ou Wurlitzer ( 33-TremWLL ) sans problème.

Et une belle section multieffet, offrant deux slots d’effets A et B à “remplir” (13 effets et variations, de chorus à distorsion) et un slot R pour Reverb (9 types de pièce). Chaque slot dispose d’un bouton d’activation, de trois réglages variant suivant l’effet choisi et d’une fonction Sync pour les deux premiers. On choisit un routage en série ou en parallèle (A et B dans R quoi qu’il en soit). Les effets sont de bonne qualité ( 34-FXLL ), et offrent une source interne suffisamment puissante pour répondre à quasi tous les cas de figure quand on utilise le Lounge Lizard en standalone, comme en plug-in. Et n’oublions pas que le Lounge Lizard est aussi un superbe instrument de design sonore ( 35-SoundLL ).

Tous les paramètres peuvent être modifiés en temps réel, avec des contrôleurs ou par automation, sans que cela ne provoque de bruits, de parasites ou de suractivité du CPU.

25-SoftipLL
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  • 25-SoftipLL00:11
  • 26-HardtipLL00:11
  • 27-MetalLL00:11
  • 28-SoftLL00:10
  • 29-WhatanLL00:12
  • 30-RhodesmikeLL00:11
  • 31-WurlimikeLL00:11
  • 32-TremRLL00:21
  • 33-TremWLL00:21
  • 34-FXLL00:20
  • 35-DesignLL00:19

Pianoteq Pro & Electric : réglages

Une fois l’extension installée, l’interface de Pianoteq passe au rouge, et de nouveaux présets sont ajoutés à la liste (sept Rhodes, six Wurlitzer). La plupart des fonctions de base du logiciel ont déjà été évoquées lors du test de Pianoteq 2 réalisé par Resextensa sur AF, on ne reprendra pas tout ici, donc. Il y a déjà suffisamment de matière avec le passage en version Pro, qui amène un nombre assez conséquents d’évolutions.

On retrouve la désormais connue interface avec son principe de modules, dont quelques réglages ont été adaptés par l’émulation des pianos électriques. Ainsi, dans le module Voicing, les réglages de Strike Point et Soft Pedal ont fait place à de plus appropriés Pickup symmetry et Pickup distance, permettant de modifier l’emplacement du micro ( 36-MikePPE ). Du côté du module Design, String length est désactivé, ce qui paraît normal, mais qui aurait pu donner aussi des sonorités intéressantes (des lamelles de deux mètres de long, ça a quel son ?).

Une des améliorations importantes de la version 3 est le panneau permettant de régler les sorties et le type de prise de son. Les Stereophonic et Monophonic n’appellent pas de commentaires particuliers, tandis que Binaural offre un modèle de tête (légèrement) réglable, idéal pour l’écoute au casque. Sound Recording en revanche permet de placer à loisir jusqu’à cinq micros à router vers une des cinq sorties disponibles, avec réglages de retard et niveau (ici, on entend deux placements de deux micros  37-MikeRecPPE )). Appréciable, la fenêtre se détache, ce qui permet d’éditer tout en ayant accès aux micros virtuels.

La panoplie des effets s’est agrandie, avec Tremolo, Limiter et Action en supplément de la réverbération. Action, mais qu’est-ce ? L’éditeur a regroupé sous ce nom des paramètres associés à des éléments mécaniques, tels les bruits des étouffoirs, des Key release, de la pédale forte ( 38-NoisePPE ). Tremolo permettra de reproduire celui des Wurlitzer ( 39-WurliTremPPE )(en passant en mono le préset d’origine) et d’approcher ceux des Rhodes ( 40-RhodesPPE ). Une possibilité de synchro est offerte. Le limiteur est bienvenu, si l’on a la main un peu lourde sur les réglages oou le jeu, les valeurs les plus hautes déclenchant une saturation assez “violente”...

L’apport particulier de la version Pro, en plus de la possibilité de travailler jusqu’à 192 kHz (48 seulement en version standard), est l’édition complète de 22 paramètres, de façon indépendante pour chaque note (seulement Volume et Accord pour la version standard). On sélectionne le paramètre visé, puis on édite en dessinant simplement note à note via des faders simples ou bipolaires suivant le paramètre (ou par reproduction des modifications à chaque octave, bien vu pour des effets spéciaux sur une tonalité donnée par exemple ( 41-TonalFXPPE )), otu de façon aléatoire (Random), en adoucissant la courbe déjà dessinée (Smooth), en jouant sur par exemple sur la distance du micro ( 42-MikeDistPPE ) ou sur la Note Resonance ( 43-NoteResoPPE ). On peut définir des notes de contrôle qui font office de poignées pour modifier plusieurs notes à la fois. La fenêtre se détache aussi, ce qui fait que l’on peut afficher les trois fenêtres à la fois pour visualiser rapidement tous les réglages.

La puissance offerte par cette richesse de paramètres est assez faramineuse, et il devient vite tentant de sortir du strict cadre du piano (électrique ou acoustique) ( 44-DesignPPE ). D’autant que la partie contrôle Midi est aussi bien pourvue, et permet avec une surface de contrôle suffisamment dotée en faders et rotatifs, de commander la quasi-totalité des réglages avec la quasi-totalité des contrôleurs Midi.

Tous les paramètres peuvent être modifiés en temps réel, avec des contrôleurs ou par automation, sans que cela ne provoque de bruits, de parasites ou de suractivité du CPU. Il y a parfois un petit temps de calcul, et l’automation des placements de micros ne donne qu’un résultat haché, les calculs demandés semblant prendre trop de temps pour pouvoir être effectués en temps réel. Pas une question de CPU, la jauge de la bécane de test indiquant 9 % à ces moments-là.

Nous avons quand même eu un problème avec l’automation de Logic : si les paramètres sont parfaitement automatisés en lecture, dès que l’on essaye de faire un Bounce en temps réel, plus rien ne bouge, l’automation n’est plus prise en compte. La solution est de choisir l’option offline. L’éditeur est prévenu, est généralement très réactif, donc le correctif devrait voir le jour très rapidement...

36-MikePPE
00:0000:11
  • 36-MikePPE00:11
  • 37-MikeRecPPE00:12
  • 38-NoisePPE00:08
  • 39-WurliTremPPE00:12
  • 40-RhodesTremPPE00:11
  • 41-TonalFXPPE00:08
  • 42-MikeDistPPE00:06
  • 43-HammerNoisePPE00:06
  • 44-DesignPPE00:21

Devine Machine OTR-88 : réglages

Dédié a priori au Rhodes, mais quand même doté d’un modèle/préset de Wurlitzer, l’OTR-88 dispose lui aussi d’une panoplie de réglages note à note (c’est même le premier à être sorti en étant doté de telles possibilités). On affiche le panneau de contrôle des paramètres en cliquant sur l’icône clé à molette. Une représentation en 3D de la mécanique permet une visualisation pratique (et pour certains une compréhension des modifications effectuées), d’autant que l’élément en cours de réglage passe en couleur bleue.

Les réglages sont au nombre de 17, pour la lamelle (symétries verticale et horizontale, distance du micro par rapport à la tine ( 45-MikeDistOTR ), amplitudes verticale et horizontale qui correspondent au déplacement après la frappe), le marteau (dureté et type de matériau, pour simuler le feutre ou le néoprène( 46-HammerOTR )), l’étouffoir (temps de decay et de release, volume du release), l’accord (pitch tuning), le micro (volume, tonalité), les divers bruits et artefacts ( 47-NoiseOTR )(bruit de touche, conséquences de l’âge, décalage irrégulier de l’oscillation de la lamelle) et panoramique.

Une boîte à outils offre des possibilités d’interpolation entre deux points, pratique quand on veut effectuer un réglage rapide, des options pour déplacer tous les faders à la fois (là aussi simples ou bipolaires suivant le paramètre) et une fonction de réglage aléatoire (Chaos) et une autre de lissage (Smooth). Une attention fort bien vue de l’éditeur : la possibilité d’importer des fichiers de tempéraments Scala, mais surtout le fait d’en livrer 500 d’origine, ce qui fera le bonheur des adeptes d’accords étranges, de musique folklorique, d’autant qu’ils pourront être importés dans les logiciels compatibles.

Là aussi on dispose de courbes réglables de réponse à la vélocité, de réglages de polyphonie (jusqu’à 88 notes, attention, bécane puissante exigée). Côté Midi, c’est aussi relativement complet, puisque volume, tonalité et tous les paramètres d’effets des pédales de la section effets peuvent être assignés via un simple Midi Learn. En revanche, les paramètres d’édition du piano n’en bénéficient pas.

Passons à la collection de pédales virtuelles, une belle réussite, quasi indissociable du son global. On peut ajouter jusqu’à cinq effets simultanés à choisir parmi un beau chorus ( 48-ChorusOTR ), une réverbe, un delay old school, avec les effets typiques de variation du son en manipulant le potard Time( 49-DelayOTR ), une distorsion ( 50-DistoOTR ) parfaite pour reproduire une légère saturation d’ampli, mais pas pour du lead hyper saturé, une wah bienvenue (pas d’autowah, dommage), un trémolo mono ou stéréo ( 51-TremOTR ), un phaser ( 52-PhasOTR ) et un flanger ( 53-FlangOTR ). Tous les effets temporels disposent d’une option de synchro et l’ensemble a une indéniable qualité roots. Un petit Looper est même intégré, permettant de boucler en temps réel un phrasé de une à huit notes, parfois un peu capricieux, tout du moins dans la version standalone.

45-MikeDistOTR
00:0000:08
  • 45-MikeDistOTR00:08
  • 46-HammerOTR00:11
  • 47-NoiseOTR00:10
  • 48-ChorusOTR00:10
  • 49-DelayOTR00:20
  • 50-DistoOTR00:22
  • 51-TremOTR00:20
  • 52-PhasOTR00:09
  • 53-FlangOTR00:09


Difficile d’automatiser les paramètres du piano en eux-mêmes, ça n’a visiblement pas été prévu, ça crachote, ça parasite, quand ça ne plante pas... L’OTR-88 n’aime pas non plus que l’on sauvegarde ses présets via l’interface de l’hôte (ici Logic) plutôt que par son processus interne ; on s’y fait... Notons aussi qu’en mode standalone, l’OTR-88 n’aime parfois pas partager le pilote audio avec une autre application. En revanche du côté de l’automation des effets, aucun problème, ça fonctionne très bien. On souhaiterait même que ces effets soient proposés en plugs indépendants.

Bonus

Puisqu’on est dans le virtuel, il me semblait intéressant de voir ce que l’on pouvait proposer en termes d’amplification ou d’effets virtuels pour ces pianos. Voici donc quelques exemples réalisés avec le VKFX de Scarbee, à ma connaissance le seul effet spécifiquement dédié aux claviers qui nous intéressent ici. Puis ces mêmes exemples avec l’Amplitube Fender d’IK Multimedia, qui offre (entre autres) une modélisation très intéressante d’un Fender Twin Reverb, l’ampli largement utilisé avec les Rhodes, et donc proposé ici. Ne manque plus qu’une modélisation réussie d’un JC-120...



Tout d’abord divers pianos obtenus avec le VKFX à partir de l’evp88 ( 54-evpVKFX ), du Lounge Lizard ( 55-LLVKFX ), de l’OTR-88 ( 56-OTRVKFX ) et du Pianoteq Pro ( 57-PPEVKFX ). Ensuite plusieurs plans passés dans l’Amplitube Fender à partir de l’evp88 ( 58-evpAF ), du Lounge Lizard ( 59-LLAF ), de l’OTR-88 ( 60-OTRAF ) et du Pianoteq Pro ( 61-PPEAF ).

54-evpVKFX
00:0000:55
  • 54-evpVKFX00:55
  • 55-LLVKFX00:54
  • 56-OTRVKFX00:55
  • 57-PPEVKFX100:54
  • 58-EvpAF01:01
  • 59-LLAF101:01
  • 60-OTRAF01:01
  • 61-PPEAF01:01


Très surprenant, sur l’un et l’autre logiciel, de voir comment le son est modifié, donnant parfois l’impression d’utiliser un autre piano que celui réellement employé.

Le choix, l’embarras ?

En termes de possibilités de réglages, on a donc clairement un premier classement, mais attention, ce classement n’est pas forcément qualitatif : dans l’ordre croissant, l’evp88, qui paye certainement son ancienneté, le Lounge Lizard qui ne dispose pas de réglages note à note, l’OTR-88 qui est le premier à offrir ce type de réglages et le Pianoteq Pro, le plus fourni.

Au niveau des effets, les choses s’inversent : Pianoteq Pro, evp88, Lounge Lizard et le plus fourni l’OTR-88. D’un point de vue qualité des effets, ce dernier est au-dessus de la mêlée, suivi par le Lounge Lizard. Le Pianoteq et l’evp88 s’en tirent correctement, même si le logiciel d’Apple l’emporte en termes de choix appropriés.

Midi et automation, indispensables pour une utilisation aussi bien en standalone avec surface de contrôle ou clavier de commande doté de suffisamment de contrôleurs qu’en plug-in dans une des nombreuses DAW : Pianoteq est largement en tête, suivi par l’OTR-88 et le Lounge Lizard, qui disposent tous deux d’un Midi Learn très simple à utiliser. L’evp88 est un peu hors compétition, ne pouvant être utilisé en standalone, mais il bénéficie de l’automation intégrée de Logic.

Question son : avant toute chose, rappelons que pas un Rhodes ne sonne comme un autre, et qu’il est donc difficile de définir un son type. Possesseur d’un “Mark II Stage Piano SeventyThree”, je ne peux prétendre que le son qu’il délivre est l’étalon-or du genre... Sont aussi très importants le souvenir ou la connaissance que l’on a du son. Certains instruments paraîtront extrêmement réalistes à ceux qui ne connaissent le Rhodes ou le Wurlitzer que sur disque, mixé, égalisé, compressé, bourré ou non d’effets. D’autres ne retrouveront pas l’extraordinaire toucher de l’original, ni les sensations que l’on ressent face à un ampli Suitcase ou une Fender Twin poussé dans ses retranchements. Le tout est de savoir comment se comporte l’instrument en situation, cette situation étant la plupart du temps la création d’un titre, d’un mixage complet.

L’evp88 semble un peu “fin”, manquant d’assise, de rondeur, et il faut utiliser l’EQ, le Drive et les effets pour obtenir un son agréable à jouer. Le côté par trop répétitif des bruits de lamelle et d’étouffoirs est aussi parfois gênant, surtout quand on cherche à créer un piano “brillant”. On peut se faire une idée du son intégré à une vraie production dans l’excellent album de Uri Caine & Bedrock, Shelf-Life.

Le Lounge Lizard possède la qualité presque hyperacoustique propre à tous les instruments de son éditeur. S’il a beaucoup progressé depuis ses premières versions et reste un superbe outil de sound design de claviers, en général ses attaques et sons saturés sont excellents, mais il manque encore un peu de bas en général, et il faut pas mal travailler les paramètres pour obtenir un son rond et plein. Sa réponse à la dynamique est aussi un peu trop rapide, et il faudra passer un peu de temps à adapter la courbe de vélocité et les différents suivis de clavier pour ne pas déclencher d’effets de barking en jouant juste forte. Et le Wurlitzer ressemble plus à un Rhodes “stressé”, étranglé, qu’à un vrai A200...

Concernant le Wurlitzer, le reproche est le même pour l’OTR-88. Les sons basiques (présets de piano sans effets) surprennent au départ, semblant un peu nus. Mais en restant avec les mk1, mk2, suitcase ou Dyno-my-OTR88 (une bonne idée d’avoir proposé une modélisation de cette modification), on retrouve les caractéristiques des pianos, avec peut-être une légère brillance métallique et un petit manque de rondeur. Les nombreux paramètres permettent de régler son et réponse en fonction de ses goûts et souhaits sonores. Et dès que les effets rentrent en piste, le piano prend une autre dimension. Avec la Petite Disto et le trémolo, l’obtention de sons plus gras ne pose plus de problèmes.

On termine avec le Pianoteq Pro et son extension, dont les nombreux réglages permettent là aussi d’adapter parfaitement le piano à son jeu et à son clavier maître, ce qui est une des conditions fondamentales de la réussite du son. Le Wurlitzer est plus proche de ce qu’on en attend et le Rhodes remplit très bien son rôle, avec l’impression parfois d’une exagération de la dynamique. On pourra se faire une idée de la véracité du logiciel en écoutant le dernier album d’Art Mengo, par exemple.

Voilà, comme on peut l’entendre dans les nombreux exemples, la modélisation a fait d’énormes progrès et on approche à grands pas de l’émulation idéale. Ne serait-ce que par la possibilité d’effectuer en direct (même si virtuellement) des modifications qui n’étaient auparavant possibles qu’au prix de longues heures de réglages, quand il ne fallait pas les confier à tout prix à un spécialiste.

Avant de conclure, on peut dire que du côté des Rhodes, les divers éditeurs ont approché et reproduit l’instrument (ou plutôt les instruments) avec réussite. Côté Wurlitzer, en revanche, on reste un peu sur notre faim, il manque encore un petit quelque chose dans toutes les émulations.

Enfin, sachez qu’à l’exception de l’evp88, les logiciels sont disponibles en version d’essai chez leurs éditeurs respectifs. L’idéal pour vérifier par vous-même celui qui conviendra le plus à votre jeu, vos attentes, vos oreilles.

Remerciements à IK Multimedia pour avoir mis son
Amplitube Fender à notre disposition pour le dossier.

 

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