Se connecter
Se connecter

ou
Créer un compte

ou
FR
EN
Test écrit
22 réactions

Test de la pédale d'overdrive Anasounds Savage MKII - Savage niçoise

Rédigé par un humain
9/10

Depuis de nombreuses années, le marché du matériel dit « boutique » connait un essor retentissant. Ce phénomène mondial est particulièrement visible dans l’univers des pédales d’effets pour guitare.

En effet, on ne compte plus le nombre de petits fabri­cants propo­sant des machines produites au compte-goutte. Certaines marques font le pari de l’in­no­va­tion, là où d’autres préfèrent miser sur des copies des effets légen­daires du monde de la guitare. Avec un cata­logue d’une petite dizaine de réfé­rences, les niçois d’Ana­sounds s’ins­crivent à la croi­sée de ces démarches. Il est vrai que depuis ses débuts en 2013, la marque ne cache pas sa préfé­rence pour les produits « vintage », mais des sché­mas origi­naux et d’autres plus conven­tion­nels se côtoient. Le guita­riste étant par essence conser­va­teur, le best-seller d’Ana­sounds est une copie de la mythique pédale d’over­drive Klon Centaur : la Savage. Voici notre test de cet effet.

Socca­li­ta­tif

Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 2

À l’ori­gine, la Savage était propo­sée avec un boîtier assez impo­sant doté de cinq réglages en façade. Mais depuis quelque temps, Anasounds commer­cia­lise une version MKII plus compacte avec trois potards en façade, et quatre réglages en interne dont certains n’étaient pas présents sur le précé­dent modèle. Le nouveau format est très clas­sique (même gaba­rit qu’une pédale TC Elec­tro­nic), mais les fini­tions reflètent un goût prononcé pour le design. Le boîtier en métal brossé accueille une jolie plaque en acajou gravé au laser. C’est fin, ça respire la soli­dité, et l’in­évi­table centaure est bien présent. Les potards et le foots­witch, quant à eux, sont simples mais très agréables d’uti­li­sa­tion. Enfin, une éton­nante plaque vitrée verte arbo­rant le logo de la marque s’illu­mine lorsque la pédale est enclen­chée. Ne boudons pas notre plai­sir, la Savage MKII est une réus­site esthé­tique totale. Même le packa­ging est réussi, avec une sorte de boîte à chaus­sures minia­ture terri­ble­ment mignonne !

Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 8

L’in­té­rieur de la pédale n’est pas en reste. Je m’at­tarde rare­ment sur l’as­pect visuel des circuits, mais l’as­sem­blage m’a marqué tant il est propre et paraît bien effec­tué, et les réglages internes sont donc faci­le­ment acces­sibles. Les compo­sants choi­sis proviennent tous du Japon, des États-Unis, ou de France (notam­ment un TC1044 et un AOP Texas Instru­ment TLC274). 

La marque de fabrique de la Klon Centaur, le fameux écrê­tage à base de diodes au germa­nium, a été préser­vée. Il s’agit d’une condi­tion sine qua non pour quiconque reven­dique une filia­tion avec le mythe. Pour créer le circuit de la Savage, son concep­teur a étudié de nombreux modèles de Centaur. Ajou­tez à cela les multiples sché­mas qui circulent sur inter­net, et Anasounds s’est retrouvé avec assez d’élé­ments pour créer un circuit inspiré de l’ori­gi­nal, mais légè­re­ment repensé. Nous abou­tis­sons donc à une machine un peu plus para­mé­trable, et dispo­sant d’une « headroom » plus consé­quente.

Enfin, notons que la pédale néces­site une alimen­ta­tion de 9 volts non four­nie, et qu’elle possède une entrée et une sortie mono.

Nissa Sound System

Comme nous l’évo­quions, la Savage possède trois potards en façade. Le bouton Out gère le niveau de sortie, le bouton Tone agit sur la tona­lité globale de l’ef­fet, et le bouton Gain… on vous laisse devi­ner ! C’est d’ailleurs ce dernier que nous allons mettre en avant pour commen­cer la décou­verte sonore de notre pédale.

0:000:48

La série d’ex­traits qui suit a été réali­sée avec la Stra­to­cas­ter. J’uti­lise d’abord le micro cheva­let de la guitare, puis le micro manche. Dans les deux cas, j’ai enre­gis­tré un exemple avec le gain réglé au premier quart, un autre avec un réglage à la moitié, et enfin un dernier avec le gain poussé au maxi­mum. Dans chacun des sons, l’Out est placé au premier quart, et le Tone à la moitié. Voilà ce que cela donne :

J’ai tout de suite été marqué par la dyna­mique offerte par la pédale. L’at­taque du guita­riste est bien retrans­crite, on sent que la satu­ra­tion ne réagit pas toujours de la même façon, y compris en jouant avec le potard de volume de l’ins­tru­ment. La Savage MKII est égale­ment surpre­nante en termes de gain. La bête en a sous le capot, et l’on rentre clai­re­ment sur le terri­toire d’une pédale de distor­sion lorsque le gain est au maxi­mum. Malgré cela, l’ef­fet ne noie pas les notes qui restent bien défi­nies. Cela est dû à une spéci­fi­cité de la Savage : le gain a une double action, il fait satu­rer l’over­drive mais réin­jecte aussi du signal clean pour garder un son bien défini, et ce graduel­le­ment au fur et à mesure que l’on pousse le gain.

Écou­tons à présent six extraits enre­gis­trés avec la Les Paul :

Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 5

Encore une fois, les quali­tés de la pédale s’ex­priment. Le niveau de sortie plus impor­tant des micros de la Gibson permet d’at­teindre des sons rock agres­sifs. Cepen­dant, le résul­tat est un peu moins convain­cant avec le micro manche gras et grave de la Les Paul. Il faudra jouer avec le contrôle de tona­lité pour préser­ver la belle défi­ni­tion de notes que distille habi­tuel­le­ment la pédale d’Ana­sounds. Je regrette aussi qu’un léger souffle fasse son appa­ri­tion lorsque l’on pousse le gain. Il n’y a rien de drama­tique, mais le Tone a le même problème, et la combi­nai­son des deux est plus déran­geante. Mais tout cela n’ef­face en rien l’ex­cel­lente impres­sion que m’a lais­sée la Savage. Je tiens d’ailleurs à indi­quer que je l’ai égale­ment bran­chée direc­te­ment dans un Fender Twin Reverb, et que c’était un bonheur. Il est toujours bon de rappe­ler que les extraits sonores sont repré­sen­ta­tifs des sono­ri­tés d’une guitare enre­gis­trée, et que le résul­tat est forcé­ment diffé­rent des sensa­tions ressen­ties en face d’un baffle.

Dans l’ex­trait qui suit, je reprends la Stra­to­cas­ter et j’uti­lise la Savage pour boos­ter le canal saturé d’une simu­la­tion de Vox AC30. L’Ou­put est à 1/4, le Gain à 1/2, et le Tone à 1/2.

Même en amont d’une satu­ra­tion, la Savage convainc. La Stra­to­cas­ter rugit, mais ne bafouille jamais (à l’in­verse du guita­ris­te…). La pédale semble donc pouvoir assu­mer le rôle de clean boost perma­nent, mais aussi de machine à crunch, de boos­ter de soli, et elle ravira même les amateurs de tribu­la­tions high-gain préa­la­ble­ment équi­pés d’ef­fets de satu­ra­tion. 

Viscé­ral

Il est temps de nous pencher sur le potard de tona­lité. C’est égale­ment l’oc­ca­sion de se plon­ger dans les entrailles de la bête, puis­qu’il existe en réalité deux modes de tona­lité, grâce à un commu­ta­teur interne. Le premier extrait présente l’in­fluence du Tone avec le para­mé­trage d’ori­gine, et le second avec le deuxième mode. Je commence à chaque fois avec le potard à 12 h, puis je marque deux étapes vers la gauche, dont une avec le bouton au mini­mum. Je repars ensuite dans les aigus avec un arrêt à 3 h, et une dernière étape avec le réglage au maxi­mum.

Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 9

Dans les deux cas, la quasi-entiè­reté de la course du contrôle de tona­lité est exploi­table. Le réglage est fin, et très progres­sif. La diffé­rence est très légère entre les deux modes, mais le second mode me parait offrir un peu plus de rondeur. J’ai appris par la suite qu’Ana­sounds a souhaité élar­gir le spectre des fréquences sur lequel agit le Tone par rapport à la Klon Centaur. Le premier mode est donc un peu plus souple, alors que le deuxième, lui, se rapproche des para­mètres de la pédale origi­nale. 

Le commu­ta­teur dédié à la tona­lité n’est pas l’unique réglage interne, nous l’avons dit. Il en existe trois autres, dont le réglage OD_Bass. Comme son nom l’in­dique, il agit sur les fréquences graves. Écou­tons ce que cela donne.

Le commu­ta­teur OD_bass agit sur les graves de l’étage d’over­drive. Avec le para­mé­trage origi­nal, les fréquences basses sont un peu plus sourdes. Le second mode donne l’im­pres­sion que le son est plus ouvert, qu’il prend plus d’es­pace. C’est un contrôle qui ne change pas radi­ca­le­ment le son, mais qui offre, encore une fois, de nombreuses possi­bi­li­tés. 

Le prochain exemple sonore démontre l’ef­fi­ca­cité du commu­ta­teur Clip­ping. Je débute avec le para­mé­trage de base, puis je passe au second mode. Je repasse briè­ve­ment sur le premier mode, avant de termi­ner avec le second mode tout en augmen­tant légè­re­ment le niveau de sortie pour pouvoir compa­rer à volume égal.

Pour décrire ce bouton, Anasounds évoque un choix entre sono­ri­tés vintages et sono­ri­tés plus modernes. Je ne sais pas si ce sont les bons termes, mais, une chose est sûre, le clip­ping change vrai­ment la nature du son. Le second mode ouvre un autre univers avec un plus gros niveau de sortie et une empreinte sonore diffé­rente.

Enfin, le dernier para­mètre interne permet de modi­fier le « voicing ». Il s’agit d’un trim pot, et ce réglage n’est donc pas fait pour être changé à la volée (il vous faudra utili­ser un tour­ne­vis pour le modi­fier). 

Le Voicing est certai­ne­ment le para­mètre interne le plus audible avec le Clip­ping. La nature de la satu­ra­tion est effec­ti­ve­ment modi­fiée, avec un gain plus impor­tant et une présence des aigus plus marquante lorsque l’on pousse un peu le réglage. Cette pédale réserve indu­bi­ta­ble­ment de belles surprises ! 

Viva, viva, Nissa la Bella

Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 10

Avant de conclure notre test, il faut abso­lu­ment que nous évoquions la Klon Centaur origi­nale. Malheu­reu­se­ment, les exem­plaires d’époque sont très rares et très chers. Mais depuis quelques années, Klon produit la KTR, le succes­seur de la Centaur. Elle reprend ses circuits et son fonc­tion­ne­ment, dont son système unique d’écrê­tage à diodes à semi-conduc­teurs au germa­nium. Toute­fois, la KTR utilise des compo­sants montés en surface à l’in­verse de la Centaur clas­sique. Si certains puristes estiment que la récente pédale n’égale pas son illustre prédé­ces­seur, les sono­ri­tés sont proches. Il se trouve que j’avais sous la main cette pédale, et que j’ai souhaité faire un rapide compa­ra­tif. Cet exer­cice est très limité tant les réglages sont nombreux sur chacune des pédales, notam­ment avec les commu­ta­teurs internes de la Savage MKII. Pour cet exemple, j’ai simple­ment réglé chacun des trois potards en façade de la même façon, en ajus­tant très légè­re­ment le niveau de sortie (Output à envi­ron 1/4, Tone 1/2, Gain 1/2, pour les deux pédales).

Les deux pédales ont incon­tes­ta­ble­ment des simi­la­ri­tés. Le son est épais, les médiums sont mis en avant, on est très loin par exemple d’une Tube Screa­mer. La Savage MKII peut-elle déli­vrer exac­te­ment les mêmes sons que la Klon Centaur ou même que la KTR ? Je n’en sais rien, mais la filia­tion est évidente. La pédale est poly­va­lente, et sonne dans prati­que­ment toutes les situa­tions. De plus, elle est très person­na­li­sable. La plupart des guita­ristes s’ar­rê­te­ront proba­ble­ment aux réglages en façade, ce qui n’est pas mal en soi, puisque la Savage est aussi faite pour cela, mais ce serait dommage tant les diffé­rents réglages modi­fient la nature de la pédale.

Anchois sur la pissa­la­dière, la bête est jolie, bien finie, et possède une véri­table iden­tité visuelle (à l’image de tous les produits d’Ana­sounds). Que deman­der de plus ? Peut-être un prix un peu plus doux, même si la qualité et la produc­tion en France se paient. 209 €, c’est tout de même une somme. Les guita­ristes réfor­ma­teurs peste­ront aussi contre cette énième commer­cia­li­sa­tion d’une énième pédale de légende. Ils n’ont pas tort, mais Anasounds propose aussi d’autres machines. Et puis il y a ce petit souffle au cœur lorsque l’on pousse la Savage dans ses derniers retran­che­ments, comme pour nous rappe­ler la fron­tière entre mythe et réalité, entre vie et éter­nité. Mais au fond, est-ce que ça compte ?

  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 1
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 2
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 3
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 4
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 5
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 6
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 7
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 8
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 9
  • Anasounds Savage MKII : Test Anasounds Savage Photo 10

 

Notre avis : 9/10

Points forts

  • La qualité du son
  • Convaincante en tant que boost, overdrive, et distorsion
  • Le look
  • Fabrication française soignée avec des composants de qualité
  • La pédale est très personnalisable, et n’est pas qu’une simple copie

Points faibles

  • Le prix, bien qu’il reste dans la moyenne pour une pédale « boutique »
  • Un peu de souffle avec les potards Tone et Gain
Sauvegarder l’article

Vous souhaitez réagir à cet article ?

Se connecter
Devenir membre