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Test du casque AIAIAI TMA-2 HD - Caramba !

8/10

Dans un marché - et une époque - où les références ayant imposé leur style et leur identité sonore sont nombreuses et, pour certaines d’entre elles, difficilement détrônables, il n’est pas chose aisée pour une jeune marque de proposer de nouveaux standards en matière d’équipements audio professionnels. Mais quand une conception originale et orientée vers un développement durable, faisant ainsi barrage à une obsolescence programmée, rejoint un plan marketing plutôt redoutable, on est en droit de se demander si les produits ne mériteraient pas un peu plus notre attention. C’est donc les oreilles grandes ouvertes et le cœur plein d’entrain que nous avons voulu en savoir un peu plus sur la marque AIAIAI, au travers du casque TMA-2, un casque bien dans l’air du temps.

Test du casque AIAIAI TMA-2 HD : Caramba !

Si la marque scan­di­nave affiche près de 15 ans d’exis­tence au comp­teur, force est de consta­ter que le rayon­ne­ment d’AIAIAI a été concen­tré depuis plusieurs années autour d’un public spécia­lisé faci­le­ment iden­ti­fiable : les artistes et DJ. En effet, une rapide visite sur le site web du fabri­cant nous permet de décou­vrir, bien évidem­ment, un certain nombre de reviews mais surtout une liste bien plus four­nie de musi­ciens endor­sés. Outre de nombreux artistes/DJ/produ­cers de par le monde – Young Guru, ?uest­love, Richie Hawtin, Char­lotte de Wilde, pour les plus connu(e)s – on y retrouve quelques person­na­li­tés musi­cales françaises comme Yuksek, Brodinsky ou encore Busy-P, confir­mant un parte­na­riat profes­sion­nel avec la marque et éloi­gnant quelque peu la thèse du name-drop­ping aléa­toire et intem­pes­tif, que l’on trouve parfois dans les plans de marke­ting web de certaines marques.

Au départ orien­tée dans la fabri­ca­tion d’écou­teurs et casques desti­nés à une utili­sa­tion domes­tique et quoti­dienne, la firme danoise a donc peu à peu fait évoluer son rayon­ne­ment auprès de profes­sion­nels qui, pour­tant, ne manquent pas de réfé­rence en la matière et dont l’uti­li­sa­tion demeure un tout petit peu plus exigeante. Mais outre cette rela­tive « crédi­bi­lité média­tique » entou­rant le fabri­cant, c’est avant tout le posi­tion­ne­ment ainsi que la concep­tion origi­nale qui ont suscité notre inté­rêt. Tout d’abord, la marque offre peu de produits — 3 au total — compre­nant Pipe, une paire d’écou­teurs pour un usage quoti­dien et Tracks, un petit casque léger rappe­lant ceux utili­sés jadis, du « temps béni » des bala­deurs et autres walk­mans. Mais c’est bel et bien le casque le plus abouti qui nous inté­resse ici — le TMA-2 — dont le concept modu­lable offre bien des possi­bi­li­tés.

Ca fait mal ?


Aiaiai TMA-2 HD : 1_Photo Box 1Le prin­cipe — et la raison d’être — du TMA-2 est d’of­frir un casque dont ses éléments peuvent tous être chan­gés, rempla­cés, et opti­mi­sés pour s’adap­ter à l’évo­lu­tion de nos besoins… ou à l’uti­li­sa­tion que l’on va faire du casque au fil du temps. Nous verrons juste après que ce n’est pas un mythe mais, pour l’heure, le TMA-2 est livré dans une seule boîte au design mini­ma­liste, et au poids éton­nam­ment léger.

Le fait de rece­voir un packa­ging aussi léger, je l’avoue, m’a rendu plus que dubi­ta­tif quant à la qualité géné­rale du produit ; j’ai, avec le temps, eu la (mauvaise ?) habi­tude d’as­so­cier poids avec qualité de fabri­ca­tion. Je me suis même demandé si, au final, le casque en entier m’avait bien été livré !
A ma grande surprise, c’est en ouvrant ladite boîte que je découvre plusieurs sachets qui, confor­mé­ment à la volonté de marque AIAIAI, pousse la modu­la­rité de ces équi­pe­ments à son paroxysme : chaque élément consti­tuant le casque est condi­tionné indi­vi­duel­le­ment comme si, au final, le TMA-2 qui m’a été livré avait été conçu et « confi­guré » pour les besoins du test, juste avant son envoi. En réalité, il s’agit d’un « preset » de confi­gu­ra­tion : le TMA-2 HD.

Aiaiai TMA-2 HD : 2_Photo Opened BoxDeuxième point assez dérou­tant : l’exer­cice d’as­sem­blage des diffé­rents éléments (très simple, je vous rassure) consti­tuant le casque qui rappelle — non sans une certaine ironie — les sombres heures d’amé­na­ge­ment mobi­lier liées à une grande marque de distri­bu­tion suédoi­se…
Ce qui fait la légè­reté du condi­tion­ne­ment est avant tout la légè­reté des diffé­rents éléments, qui ne semblent pas pour autant fragiles et qui restent faci­le­ment mani­pu­lables. Tout est livré sépa­ré­ment et donc, modu­lable : l’ar­ceau, les trans­duc­teurs gauche et droit, les cous­si­nets ainsi que le câble sont condi­tion­nés de manière tota­le­ment indé­pen­dante. Afin de spéci­fier la confi­gu­ra­tion qui m’a été envoyée, je vais devoir détailler les éléments rete­nus.

L’ar­ceau corres­pond au modèle H04 — High Comfort — qui reprend une struc­ture en nylon renfor­cée d’une mousse en micro­fibre s’ajus­tant parfai­te­ment sur le dessus de la tête. Si de prime abord le maté­riau utilisé pour la confec­tion de l’ar­ceau semble déli­cat, le futur me démon­trera qu’il est extrê­me­ment résis­tant. Deux petits connec­teurs en « tire-bouchon » permettent de relier, de chaque côté, les deux trans­duc­teurs livrés à part. Une encoche de sécu­rité permet d’as­su­rer le main­tien de la liai­son des écou­teurs avec la connec­tique de l’ar­ceau.

Aiaiai TMA-2 HD : 3_Photo TMA2 ElementsLes deux écou­teurs S05 livrés sont équi­pés de trans­duc­teurs en Bio-Cellu­lose rigide, censés retrans­crire une écoute « détaillée, avec des hautes fréquences défi­nies, un médium plus prononcé, une meilleure dyna­mique et un équi­libre timbral plus natu­rel ». Le « haut du panier » de la gamme, même si j’au­rais été tenté de tester quelque chose d’un peu plus « neutre » – sur le papier du moins.

Les cous­si­nets E08 consti­tuent eux aussi le fleu­ron de la gamme : les mousses s’ajustent parfai­te­ment autour de l’oreille grâce à leur struc­ture recou­verte d’Al­can­tara. Enfin, le câble de connexion noir C15, dit « HiFi », offre une connec­tique renfor­cée au format minijack symé­trique 3,5 mm qui, équipé d’un raccord jack 6,35 mm (fourni), permet de le raccor­der à n’im­porte quelle prise casque stan­dard – le tout pour une longueur de 1,5 m. D’autres modèles de câbles sont dispo­nibles dans des couleurs, longueurs et formes diffé­rentes (câbles droits ou torsa­dés), avec diffé­rentes options de connec­tique – comme le Light­ning pour raccor­der le casque à un équi­pe­ment Apple. À ce sujet, plusieurs autres modèles d’ar­ceau (en sili­cone, nylon renforcé de cuir, pour connexion Blue­tooth avec micro inté­gré…), de cous­si­nets (en micro­fibre, cuir, sur ou autour de l’oreille) ainsi que de trans­duc­teurs à la réponse adap­tée (neutre, punchy, warm, etc.) sont dispo­nibles ; le site d’AIAIAI réper­to­rie chaque élément avec une descrip­tion succincte mais concise, permet­tant ainsi des centaines de confi­gu­ra­tions de casque possibles.

Aiaiai TMA-2 HD : 4_Photo TMA2Built.JPG

Confort et écoute

Aiaiai TMA-2 HD : 5_Photo TMA2 Woman.JPGLe casque offre un main­tien immé­diat tout à fait confor­table, un peu situé entre un HD25 et un ATH-50 — si tant est que de telles réfé­rences puissent aider à se faire une idée — mais avec une douceur de pose autour des oreilles certai­ne­ment due à l’uti­li­sa­tion de l’Al­can­tara. 9 points de réglage permettent d’ajus­ter le casque à tous types de formes de tête ; ce TMA-2 peut conve­nir à toutes les morpho­lo­gies.

Passons main­te­nant à l’écoute de quelques morceaux que je connais bien, dans des styles bien distincts.

BECK – The Golden Age

Dès l’in­tro, la couleur géné­rale révèle un côté brillant plutôt agréable, un peu plus prononcé que dans mon souve­nir, mais pas agres­sif pour autant. Le rapport centre/côtés — forte­ment éprouvé dans ce titre — est bien respecté, sans être « forcé ». Malgré une déli­ca­tesse d’équi­libre dans le haut médium et l’aigu, la basse et la grosse caisse appuient bien le rythme et donne à la dyna­mique du titre toute son iden­tité. La voix, bien présente, me semble un tout petit peu « affi­née » par ce petit regain d’éner­gie dans l’aigu qui, de fait, met le médium légè­re­ment en retrait.

FILTER – Drug Boy

Autre musique, autre monde. La caisse claire — qui d’ha­bi­tude me laisse une impres­sion dans le bas médium un peu plus présente — me semble un tout petit plus « lissée », tout comme les guitares bary­tons qui prennent une place habi­tuel­le­ment lourde mais vitale dans le titre. Atten­tion cepen­dant : le bas reste très joli et bien contenu. Le titre, à la dyna­mique déjà extrê­me­ment main­te­nue, se trouve un poil plus « lissée » elle aussi, et perd un tout petit son côté « sale » et « rock n’roll » adéquat dans ce genre de musique. En revanche, pas de pitié pour la distor­sion harmo­nique qui se fait entendre ici et là (prin­ci­pa­le­ment quand les floor toms sont marte­lés en même temps que le reste de la musique) : on peut donc tout à fait faire confiance au TMA-2 pour retrans­crire avec préci­sion certains éléments « tech­niques » qui, sur une autre écoute, pour­raient passer à la trappe.

FRANK SINA­TRA – Misty

On change encore de décor. L’or­chestre se révèle d’une clarté limpide (mais ça vient déjà de la produc­tion, of course) et sa balance est parfai­te­ment retrans­crite. La réverbe sur la voix se laisse entendre un peu plus sur la modu­la­tion du titre et ce genre de détail fait du bien à entendre. Cepen­dant, bien que la voix de Monsieur Sina­tra soit joli­ment présente, il y a un petit détail qui, à mon senti­ment, manque un peu : on perd un tout petit peu de ce joli bas médium qui « ronronne » légè­re­ment. Un élément fréquen­tiel qui manquait un tout petit peu dans la guitare de « The Golden Age » et que je perçois aussi ici dans la voix du sieur Sina­tra. Un détail infime qui pour­rait tout de même manquer à certain(e)s.

GESAF­FEL­STEIN – Pursuit

Le synthé lead d’in­tro marque tout de suite par sa présence et son aspect stéréo­pho­nique maîtrisé. Le bas et le sub tapent bien là où il faut et les hi-hats leur offrent une bonne réponse dans l’autre partie du spectre. On arrive à bien déce­ler la note de réso­nance du kick avec une préci­sion tout à fait maîtri­sée et c’est fort agréable. Rien d’agres­sif, ce qui confirme mon senti­ment d’équi­libre quelque peu « allégé » qui, à mon avis, est bien profi­table pour de longues heures d’écoute.

Nous le savons tou (te) s : un dessin vaut parfois mieux qu’un grand discours, alors nous avons voulu deman­der à nos parte­naires de Sonar­works s’ils voulaient bien effec­tuer un relevé de la courbe de réponse fréquen­tielle et de la distor­sion du casque et voici leur retour :

Aiaiai TMA-2 HD : TMA-2 HD PAPFR

Aiaiai TMA-2 HD : TMA-2 HD THD

La courbe de réponse fréquen­tielle acous­tique perçue confirme bien le ressenti éprouvé lors de l’écoute et permet de mieux comprendre le compor­te­ment du casque. Sa réponse étant loin d’être linéaire, il va falloir prendre en consi­dé­ra­tion ces éléments suivant l’uti­li­sa­tion que l’on veut en faire.

Néan­moins, le confort d’écoute et la fiabi­lité d’un casque ne s’éva­luent pas sur une dizaine de minutes et deux courbes, mais plutôt sur des heures d’uti­li­sa­tion ; à ce sujet, je dois dire que les mois passés avec le TMA-2 ont balayé bon nombre de mes soupçons initiaux.

Tout d’abord, contrai­re­ment à mes toutes premières impres­sions, le TMA-2 se révèle plutôt résis­tant ; en effet, pendant des mois, je l’ai trans­porté, déplacé, bran­ché/débran­ché, trim­ballé même, des centaines de fois, dans diffé­rents endroits. Parfois j’en ai pris soin, parfois je l’ai posé sur des consoles, je l’ai emmené dans mon sac à dos ; je pense même l’avoir fait tomber des dizaines de fois (la faute à un câble trop court !). Malgré tout cela : le TMA-2 ne bronche pas.

J’ai l’ex­pé­rience de plusieurs casques main­te­nant et un élément récur­rent dans le confort d’écoute reste le posi­tion­ne­ment sur les oreilles et la fatigue que cela entraîne, aussi bien d’un point de vue physique que physio­lo­gique. Et bien j’ai été surpris de consta­ter que je pouvais travailler des heures durant avec ce casque, sans que le tour de mon oreille ne se sente affecté. Pour bien des réfé­rences, plusieurs heures d’uti­li­sa­tion me laissent souvent une douleur auri­cu­laire, et c’est extrê­me­ment gênant. Avec le TMA-2 HD et ses cous­si­nets hyper confor­tables, je n’ai jamais eu ce genre de sensa­tion. Et pour­tant, je l’ai utilisé ! Pas non plus de fatigue audi­tive, ni de sensa­tion d’avoir été « agressé » par l’écoute ; au contraire, une sensa­tion plutôt agréable en fin de jour­née et ce, malgré la bosse de brillance dans l’aigu.

Enfin, en ce qui concerne l’écoute en elle-même, tout est affaire de goût. Mais j’avais quelques appré­hen­sions quant à la courbe de réponse fréquen­tielle et au son du casque qui, je dois le dire, m’ont tout de suite semblé tendre vers quelque chose de trop « brillant ». En réalité, j’ai été surpris de consta­ter que plusieurs mixages réali­sés seule­ment avec le casque offraient une meilleure « trans­la­tion » sur d’autres systèmes d’écoute que ce que je ne pensais. Certes, il est toujours préfé­rable d’écou­ter sur plusieurs systèmes et supports, mais j’étais plutôt réti­cent quant à une utili­sa­tion quasi exclu­sive du casque au moment du mixage ; je dois dire qu’à 80 %, j’étais satis­fait du résul­tat – tout du moins, je retrou­vais les sensa­tions d’écoute recher­chées. Une bonne surprise au final.

Conclu­sion

Évaluer un casque, c’est comme évaluer une paire d’en­ceintes : les facteurs objec­tifs ont toujours tendance à être éclip­sés par les para­mètres subjec­tifs quant à l’ap­pré­cia­tion du produit. Certes, les éléments tech­niques consti­tuant un casque permettent une appré­cia­tion neutre et distan­ciée mais, avouons-le, à la fin, c’est le goût et le ressenti person­nel qui l’em­portent. Malgré tout, pour une utili­sa­tion profes­sion­nelle, il y a un mini­mum de requis atten­dus et, en la matière, le TMA-2 HD remplit bien son contrat. De son concept initial à la confi­gu­ra­tion propo­sée, le TMA-2 HD m’a éton­nam­ment séduit. Éton­nam­ment, car la stra­té­gie marke­ting du produit, l’image de la marque, son concept ainsi que les spéci­fi­ca­tions tech­niques du casque n’avaient, au départ, rien pour me convaincre dans la durée. Ma perplexité a été éprou­vée bon nombre de fois pendant ces mois d’uti­li­sa­tion où je pensais que ce casque ne pour­rait jamais satis­faire mes besoins profes­sion­nels sur la durée. Au final, ma conclu­sion est tout autre et le TMA-2 HD se révèle être un agréable compa­gnon de studio que je ne regrette pas du tout d’avoir rencon­tré. Annoncé au prix de 295 € sur le site d’AIAIAI (dans sa version HD), ce casque s’adresse à un public averti qui, comme moi, pourra allier concept origi­nal et plai­sir d’écoute tout en étant capable de vous suivre partout.

Notre avis : 8/10

  • Le son
  • Le concept modulable
  • La résistance du casque
  • La fiabilité sonore
  • La finition, simple mais élégante
  • La brillance affinant un tant soit peu le médium/bas médium
  • La longueur du câble, trop court
  • Pas d’étui pour transporter le casque

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