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Test de la guitare virtuelle Django d'Impact Soundworks - Django déchainé

9/10

Remise au goût du jour dans la variété par Thomas Dutronc et San Severino, la guitare manouche était bien peu représentée dans le monde du virtuel... jusqu'à ce que les grecs d'Impact Soundworks s'en mêlent.

Si les guitares acous­tiques virtuelles ne manquent pas sur le marché, grâce notam­ment à Ilya Efimov, Orange Tree Samples, Ample SoundVir2 ou Acous­tic­samples, force est de consta­ter que l’op­tique rete­nue pour leur réali­sa­tion est toujours la même : propo­ser un instru­ment rela­ti­ve­ment poly­va­lent pour les genres Rock, Pop, Folk, Coun­try voire Clas­sique/Musique latine quand il s’agit d’une guitare à cordes en nylon. La démarche se comprend, mais elle a ses limites, les instru­ments propo­sés étant rare­ment à l’aise dans des genres plus spéci­fiques comme le Flamenco, la slide guitar ou… la musique manouche. Les tech­niques et inten­tions de jeu propres à ces styles sont en effet très rare­ment acces­sibles dans les instru­ments, de sorte que le seul moyen d’abor­der ces genres en virtuel consiste à utili­ser de bonnes vieilles boucles ou des instru­ments basés sur des boucles.

Dans le domaine de la guitare manouche qui nous occupe, on pouvait ainsi recou­rir à Gypsy Jazzy d’UVI ou encore à Swing! de Project­SAM, toutes deux propo­sant des patches de guitares basés sur des boucles et de quoi brico­ler quelques petits solos. Reste que rien n’exis­tait en dehors de cela et qu’à défaut d’être inté­gra­le­ment consa­crées à la seule guitare manouche, ces solu­tions s’avé­raient lacu­naires. Jusqu’à ce qu’Im­pact Sound­works s’en mêle.

Auteur d’ex­cel­lentes guitares élec­triques, qu’elles soient orien­tées Métal (la famille Shred­dage) ou Jazz/Blues (Arch­top), mais aussi de quelques cordes pincées plus exotiques (un Oud, un Bouzouki), l’édi­teur s’est taillé une belle répu­ta­tion en privi­lé­giant toujours un excellent rapport entre le réalisme du son et la simpli­cité des program­ma­tions néces­saires à son obten­tion. De fait, les guitares d’Im­pact Sound­works ne sont peut-être pas les plus exhaus­tives du marché, mais compa­rées aux usines à gaz d’un Vir2, elles ne néces­sitent pas des heures de program­ma­tion pour sonner bien, ce qui les rend nette­ment plus perti­nentes au quoti­dien.

Inutile de dire, donc, que l’ar­ri­vée de Django, une guitare façon Selmer pour jouer de la musique manouche, n’est pas passée inaperçue, d’au­tant que l’édi­teur s’est fendu comme à son habi­tude de démos impres­sion­nantes de réalisme. Bref, nous avions toutes les raisons d’al­ler voir ce que cette nouvelle guitare a dans la rosace.

3 instru­ments pour 8 doigts

Occu­pant 4,5 GB sur le disque dur pour un total de 20 800 samples, Django est une librai­rie pour la version complète de Kontakt (et non Kontakt Player donc : vous ne pour­rez l’uti­li­ser si vous ne possé­dez pas la version complète du sampler de Native Instru­ments) qui s’or­ga­nise en trois instru­ments distincts, réali­sés à partir de la même guitare : une D-Hole réali­sée par le luthier grec Adonis Gouliel­mos et sur laquelle on a monté un micro simple bobi­nage Kleio 51 de la marque Gabojo.

On dispose ainsi dans Kontakt de trois instru­ments distincts : Lead (guitare samplée note à note et reprise par des micros), Lead DI (guitare samplée note à note et reprise au moyen du Gabojo via une DI) et enfin Rhythm (guitare samplée en pompe manouche et reprise par des micros). Même si on ne l’at­ten­dait pas de prime abord, on est ravi de voir qu’Im­pact Sound­works a inclus une version élec­tri­fiée de l’ins­tru­ment qui rend Django plus poly­va­lent qu’on l’au­rait imaginé, grâce entre autres à une sympa­thique section d’ef­fets sur laquelle nous revien­drons.

Occu­pons-nous pour l’heure de détailler les instru­ments lead qui présentent chacun la même inter­face.

Swing majeur

L’in­ter­face prin­ci­pale est assez épurée. En vis-à-vis de la repré­sen­ta­tion de la guitare, quatre potards nous sont propo­sés : ‘Picking’ défi­nit le sens du coup de média­tor (ascen­dant, descen­dant ou en alter­nance des deux), ‘Neck posi­tion’ précise la posi­tion de la main qui frette les notes sur le manche (Low soit les 5 premières cases, Middle ou High, au-delà de la dixième frette), ‘Relea­se’ permet de choi­sir la façon dont les doigts qui frettent quitte les cordes (Normal, mouve­ment ascen­dant ou descen­dant) et enfin Arti­cu­la­tion qui nous permet de détailler les diffé­rentes tech­niques de jeu rete­nues par Impact Sound­works et dont les noms sont parlants.

Voici l’ar­ti­cu­la­tion Picked :

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Puis Hammer­on/Pull­off, qui se limite hélas à des notes écar­tées au mieux de deux demi-tons :

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Glis­sando qui ne fonc­tionne hélas que dans le sens du grave vers l’aigu et dans la limite d’un ton :

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Bend, qui n’ex­clut en rien l’usage du Pitch­bend MIDI tradi­tion­nel sur toutes arti­cu­la­tions, vu qu’il se limite à des bends rela­ti­ve­ment sages :

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Harmo­nic qui, comme on l’en­tend, néces­si­te­rait quelques petits réglages au niveau des vélo­ci­tés :

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Et Octave qui ajoute une note à l’oc­tave infé­rieure en mutant les autres cordes, selon une tech­nique très employée dans le jazz manouche, mais aussi dans le jazz tout court vu qu’elle est assez carac­té­ris­tique du style de Char­lie Chris­tian.

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On le voit à ce stade, la présence d’une arti­cu­la­tion ‘Octa­ve’ ou les diffé­rents modes de relâ­che­ment propo­sés sont typiques du genre, ce qui fera toute la diffé­rence à l’ar­ri­vée.

Mais c’est encore dans les para­mètres mêmes du son que l’on trouve ce qui permet à Django de sonner si diffé­rem­ment des autres guitares virtuelles. En pres­sant une petite icône en forme d’en­gre­nage, on accède ainsi à des réglages supplé­men­taires :
‘Off­set’ défi­nit le début du sample, ce qui permet­tra de mettre en valeur le son qui se produit avant la note, pour plus de réalisme, ou au contraire de rabo­ter ce dernier pour obte­nir un instru­ment plus jouable en temps réel. On aura tout inté­rêt à jouer avec cette valeur à zéro au moment de la saisie, pour la remon­ter au maxi­mum de –40ms au moment du mixage, quitte à devoir déca­ler la piste en fonc­tion dans le séquen­ceur.

‘Shred’, de son côté, joue sur la longueur de la note, histoire que les attaques soient cohé­rentes avec la vitesse du jeu. ‘Release Volu­me’ joue sans surprise sur le niveau des sons qu’on entend lorsque les doigts quittent les cordes, tandis que trois potards permettent de para­mé­trer les bruits si carac­té­ris­tiques de la guitare manouche : ‘Noise volu­me’, ‘Noise Occu­ren­ce’ et surtout ’Dirty Occu­ren­ce’ qui permet de simu­ler des notes mal fret­tées et qui font ‘chtonk’ ou 'dzouing’ au lieu de réson­ner, ce qui n’est pas rare lorsqu’on descend ou remonte le manche à grande vitesse en ayant une grosse attaque côté Média­tor.

Histoire de voir l’ef­fet produit par l’en­semble de ces para­mètres, voici un passage joué avec tout à zéro, puis tout à fond :

Nuage straight
00:0000:13
  • Nuage straight 00:13
  • Nuage dirty 00:13

Cette section s’achève avec un dernier para­mètre lié à l’éven­tuelle synchro­ni­sa­tion de l’ins­tru­ment au tempo de séquen­ceur hôte pour obte­nir plus faci­le­ment quelque chose de réaliste tout en restant suffi­sam­ment carré.

Évidem­ment, tous ces réglages sont à mettre en rela­tion avec l’ef­fort de sampling fait par l’édi­teur : on dispose ainsi de 4 couches de vélo­cité avec un saut très distinct entre les vélo­ci­tés faibles et moyennes.

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On en profi­tera d’ailleurs pour noter la très effi­cace alter­nance de samples (round robin) pouvant utili­ser jusqu’à 4 échan­tillons diffé­rents par note pour éviter l’ef­fet mitraillette.

Coup de pompe

L’ins­tru­ment Rhythm est quant à lui très diffé­rent puisqu’il est entiè­re­ment dédié à la fameuse pompe manouche, si carac­té­ris­tique du genre. Préci­sons le, Django Rhythm n’est dispo­nible qu’en acous­tique, ce qui est parfai­te­ment compré­hen­sible. Deux modes de contrôle sont propo­sés pour ce qui est du fret­tage : soit vous défi­nis­sez la fonda­men­tale de l’ac­cord et sa nature (et ça marche), soit vous jouez direc­te­ment les accords sur votre clavier qui seront alors recon­nus par le logi­ciel (et je ne suis pas parvenu à le faire fonc­tion­ner…).

Pour ce qui est des motifs ryth­miques propre­ment dits, vous pour­rez soit les jouer en temps réel sur le clavier en alter­nant les diffé­rents coups de média­tors et les étouf­fe­ments de cordes, soit passer par un séquen­ceur à 16 pas pour brico­ler des patterns que vous pour­rez ensuite assi­gner à des touches. Assorti d’un mode swing fort à propos, ce dernier permet d’ob­te­nir simple­ment des pompes crédibles, comme en témoigne cet extrait :

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Avec la possi­bi­lité de doubler la guitare d’un clic avec contrôle du pano­ra­mique possible :

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Pas mal, non ? D’au­tant que l’ins­tru­ment est parfai­te­ment complété par la version Lead qui permet­tra, au prix d’un peu de program­ma­tion, d’en­ri­chir les accords pour aller choper des choses plus exotiques.

Finis­sons en évoquant un pan commun aux trois instru­ments : la section d’ef­fets…

Roulotte d’ef­fets

Dans le sillage des diffé­rents réglages des guitares nous est ainsi propo­sée, dans un onglet, une très sympa­thique section d’ef­fets façon lunch­box compre­nant dans l’ordre un étage de préam­pli­fi­ca­tion pour arbi­trer le mix entre le micro de proxi­mité et les deux micros Room, un filtre de type Notch pour mettre en valeur simple­ment une partie du spectre, un EQ para­mé­trique 4 bandes, un proces­seur de tran­si­toires, un compres­seur et enfin un limi­teur. Voyez qu’il y a de quoi faire, sachant que sur la version DI de l’ins­tru­ment, la tranche préamp et le filtre Notch sont rempla­cés par un simu­la­teur d’am­pli/HP incor­po­rant une réverb à ressort. Tout cela est très bien vu et permet vrai­ment de person­na­li­ser le son de la guitare comme on le désire, en sachant que chaque élément est débrayable et que rien ne vous empêche de récu­pé­rer un son ‘dry’ pour faire ensuite votre tambouille avec vos plug-ins préfé­rés dans votre STAN.

Toute­fois, quitte à parler de son dry, autant le préci­ser : Django n’est jamais complè­te­ment dépourvu d’am­biance. Même en pous­sant le micro direct à fond et en coupant les micros room, on garde de la pièce. Ce n’est pas du tout désa­gréable et concourt au carac­tère de l’ins­tru­ment, mais il vaut mieux le savoir car dès qu’on joue du compres­seur, que ce soit en utili­sant celui de Django ou un plug-in externe, on sent cette dernière remon­ter avec du souffle à mesure que la note décline.

Django n’est donc pas parfait, mais concer­nant ces détails audio, c’est tout ce qui fait son charme. D’autres aspects sont en revanche moins char­mants et même s’il n’y a rien de rédhi­boire à repro­cher à l’en­semble, il est temps de les abor­der.

Presque parfait

À n’en pas douter, l’ins­tru­ment est une réus­site, d’au­tant qu’il n’a pas trop de concur­rence, mais il y a, çà et là, quelques petits défauts ou manques regret­tables : sur les Leads, on regret­tera que les hammers et glis­san­dos soient canton­nés à 1 ton, par exemple, mais on nour­rira plus de regrets du côté de Rhythm. Outre le mode de détec­tion d’ac­cords que je ne suis pas parvenu à faire fonc­tion­ner, disons qu’un switch pour doubler la vitesse de lecture du pattern n’au­rait pas été de trop, histoire de ne pas être obligé de bosser systé­ma­tique­ment à 200 BPM. Plus regret­table, on déplo­rera l’ab­sence du trémolo gipsy pour­tant emblé­ma­tique du genre (les posses­seurs du Swing! de Project­SAM se rattra­pe­ront avec ce dernier) et plus impor­tant, selon moi, que les harmo­niques dont l’usage sera plus anec­do­tique.

Enfin, même si l’on comprend bien que le style visé était le jazz manouche, on peine à comprendre pourquoi en marge des accords de 6e, 7e ou 9e et autres choses plus sophis­tiquées que nous propose Rhythm, on ne dispose pas de bêtes accords majeurs ou mineurs, qui auraient pour­tant doté la guitare d’une bien plus grande poly­va­lence car, outre la qualité globale de Django, la vraie bonne surprise de mon test a été de décou­vrir que l’ins­tru­ment est évidem­ment très perti­nent pour faire du jazz manouche, mais aussi pour abor­der d’autres styles : blues, folk, voire plus si affi­nité, bref, toutes ces musiques où le côté roots de l’ins­tru­ment et son natu­rel apportent un petit supplé­ment d’âme en regard des guitares virtuelles concur­rentes, souvent trop propres pour être crédibles.

Django permet ainsi de faire ça :

00:0000:00

Mais il permet aussi de faire ça :

Layla(2)
00:0000:19
  • Layla(2) 00:19
  • bron­zya­cous 00:31
  • bron­zye­lec 00:31

Supre­nant pour un instru­ment qu’on n’au­rait pas mis dans les mains d’un blues­man de prime abord, non ?

Conclu­sion

Même s’il elle n’est pas parfaite, la nouvelle guitare virtuelle d’Im­pact Sound­works se hisse sans problème au niveau des plus belles réus­sites qu’on ait vues dans le genre. Sans que la program­ma­tion soit compliquée, le son est au rendez-vous avec, chose rare dans le virtuel, une vraie iden­tité dont l’in­té­rêt va bien au-delà du style manouche. De fait, on le conseillera à tous ceux qui cherchent une 6 cordes à même d’of­frir ce petit supplé­ment d’âme qui manque parfois aux guitares virtuelles, en priant le Dieu aux huit doigts pour que l’édi­teur grec pour­suive dans sa lancée et nous propose d’autres instru­ments acous­tiques à cordes aussi atta­chants (une guitare à réso­na­teur, par exemple ?). Chapeau bas en tout cas !

Notre avis : 9/10

  • LE son !
  • Une vraie identité : ça nous change des guitares proprettes de la concurrence
  • Enfin une guitare pensée pour le jazz manouche…
  • …et très à l’aise dans d’autres registres !
  • Excellent rapport entre la simplicité de programmation et le réalisme des parties obtenues
  • Des réglages pertinents et efficaces
  • Sympathique section d’effets
  • Rhythm pour faire des pompes simplement
  • Lead DI : une version électrifiée fort bienvenue
  • Pas de trémolo gipsy
  • Pas d’accords simples dans Rhythm
  • Glissandos et Hammer/Pull-off limités à un ton
  • Quelques bugs ici et là (vélocités sur les harmoniques et détection des accords dans Rhythm)

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