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Test du synthé virtuel Imagine d'Expressive E - Collaboration franco-canadienne

9/10

Imagine est le fruit d’une collaboration entre le studio montréalais Applied Acoustics Systems et les Français de chez Expressive E. L’un est spécialiste de la modélisation physique et l’autre est une des entreprises les plus innovantes dans le monde de l’expressivité musicale. Que vaut leur dernier bébé ?

Test du synthé virtuel Imagine d'Expressive E : Collaboration franco-canadienne

Cette colla­bo­ra­tion semble évidente, car la beauté de la modé­li­sa­tion physique ne saurait être complè­te­ment exploi­tée sans un contrô­leur expres­sif. Nous avons donc, en complé­ment de ce test, demandé a Expres­sive E de nous prêter un de leur contrô­leur Touché. C’est donc bien équipé que je télé­charge Imagine, que j’ins­talle Lié (le logi­ciel permet­tant d’uti­li­ser le Touché) et que je passe deux heures sans m’en rendre compte à jouer avec quelques-uns des 400 presets tout en me fami­lia­ri­sant avec ce contrô­leur.

Un monde de sono­ri­tés acous­tiques

La modé­li­sa­tion physique est une tech­nique de synthèse sonore qui vise à repro­duire les quali­tés acous­tiques d’objets physiques en utili­sant des modèles mathé­ma­tiques complexes plutôt que des formes d’ondes basiques que l’on vien­drait filtrer. Tout instru­ment acous­tique contient deux carac­té­ris­tiques prin­ci­pales, un exci­ta­teur (pensez au marteau d’un piano) et un objet acous­tique (les cordes du piano qui résonnent sur la table d’har­mo­nie). Au programme, on a donc accès à une cinquan­taine d’os­cil­la­teurs aux noms évoca­teurs tels que Celesta Drum, Pizzi­ca­tube, Membra­no­bell, Clavis­tring ou encore Medi­ta­tive Gong. Ces oscil­la­teurs sont clas­sés en trois caté­go­ries distinctes liées à l’ex­ci­ta­teur : Mallet (maillet), Noise (bruit) et Sequence. Ensuite on choi­sit le type d’objet acous­tique que l’on veut exci­ter parmi dix paires d’objets incluant des cordes, des peaux de tambour, des barres de métal­lo­phone ou encore des tubes. Et comme si ça ne suffi­sait pas, chaque preset peut conte­nir deux oscil­la­teurs. De quoi explo­rer une infi­nité de timbres et de couleurs, des paysages sonores évolu­tifs ou une seule pres­sion sur une touche de votre clavier suffit à vous trans­por­ter dans un japon dysto­pique. Exer­cez une légère pous­sée sur la surface du Touché et ces cordes pincées pren­dront vie et profon­deur. C’est un nouveau monde sonore qui s’ouvre à vous. D’ailleurs, le Touché ajoute beau­coup d’ex­pres­si­vité à ce synthé, mais il n’est pas essen­tiel, car les presets contiennent tous des macros que vous pouvez assi­gner à un contrô­leur midi clas­sique. Ceci étant dit, je commence à sérieu­se­ment me poser la ques­tion d’ac­qué­rir un contrô­leur MPE, car de plus en plus de synthés sont compa­tibles avec ce proto­cole et on a quand même l’im­pres­sion de ne pas exploi­ter leur poten­tiel au maxi­mum avec un simple clavier midi. Tout ça pour dire que j’ai hâte de tester l’Os­mose d’Ex­pres­sive E, mais ce n’est pas le sujet, explo­rons donc ces oscil­la­teurs en détail.

Une inter­face simpli­fiée pour des sons complexes

Il appa­rait évidant que le but d’Ima­gine est de vous permettre d’ac­cé­der à des sono­ri­tés acous­tiques complexes sans que vous ayez besoin de comprendre comment elles sont géné­rées. La modé­li­sa­tion physique est un proces­sus rela­ti­ve­ment obscur pour le commun des mortels impliquant physique et mathé­ma­tique et je ne connais pas beau­coup de musi­ciens qui ont envie de sortir leur calcu­lette lorsqu’ils veulent créer une nouvelle compo. En effet, les 50 oscil­la­teurs évoqués plus haut ne contiennent rare­ment plus de cinq para­mètres qui vous permet­tront de modi­fier votre son de manière subtile ou dras­tique. C’est grâce à des noms de para­mètres tels que Shine, Color, Mallet, Impact ou Reso­nance que vous compren­drez rapi­de­ment comment fonc­tionnent ces géné­ra­teurs sonores. Les autres para­mètres dispo­nibles sont communs à tous les oscil­la­teurs, il s’agit de réglages de base tels que le volume, l’ac­cor­dage, le temps de relâ­che­ment du son ou la pano­ra­mique.

Maillet ou Mailloche ?

Interface Mode Maillet a gauche et Noise a droiteLes deux mon capi­taine. Et oui, si on s’in­té­resse de plus près aux diffé­rents instru­ments que l’on joue avec des maillets, la qualité acous­tique de la baguette est tout aussi impor­tante que le type d’objet qui va être frappé. Asso­cions par exemple le maillet avec l’objet nommé skin+s­tring qui comme son nom l’in­dique est une asso­cia­tion entre une peau de tambour et des cordes. Dans cette confi­gu­ra­tion, 4 para­mètres s’offrent à nous. Deux para­mètres liés au maté­riau et deux para­mètres liés à l’im­pact. Pour ce qui est du maté­riau, le para­mètre « shine » est une sorte de filtre passe-bas qui va permettre de lais­ser passer plus ou moins de fréquences hautes et le para­mètre « mute » permet de régler la réso­nance dans le temps de votre instru­ment. Pour ce qui est de l’im­pact, les deux para­mètres sont liés à la posi­tion du maillet au moment de l’im­pact et au type de baguette utilisé, de la mailloche déli­cate en feutre au maillet plus agres­sif et jusqu’au balai à cymbale. Quatre para­mètres, ça peut paraître peu, mais en réalité cela offre une large palette de sons des plus percus­sifs aux plus diffus. Main­te­nant que vous avez fait vos réglages, vous pouvez chan­ger l’ins­tru­ment excité et décou­vrir ses diffé­rentes carac­té­ris­tiques. C’est une expé­rience agréable, car ces sons ont tous un carac­tère profon­dé­ment humain et vous vous surpren­drez à marte­ler votre clavier comme si vous étiez un enfant à qui on vient d’of­frir un xylo­phone.

Du bruit dans l’air

Plutôt que d’ex­ci­ter un objet en le percu­tant, on va ici utili­ser du bruit pour déclen­cher sa réso­nance. Cette tech­nique est plus diffi­cile à conce­voir que les maillets, mais les diffé­rents para­mètres dispo­nibles nous donnent quelques clés. Il y a ici trois grandes caté­go­ries de para­mètres, les carac­té­ris­tiques du bruit, un LFO pour modu­ler celles-ci et une enve­loppe ADSR.

Pour ce qui est du bruit on a la possi­bi­lité de modi­fier sa couleur, sorte de filtre qui va donner plus ou moins de fréquences hautes au bruit, le second para­mètre contrôle la réso­nance du son dans le temps et le dernier est un para­mètre qui va permettre de créer une granu­la­tion du son qui le rendra plus ou moins diffus et qui est intrin­sèque­ment lié au LFO. Le LFO juste­ment va permettre de contrô­ler la granu­la­tion du son ce qui va venir créer du mouve­ment à notre son. Ce mouve­ment va dépendre de la forme d’onde que l’on choi­sit pour le LFO, une onde sinus va créer un mouve­ment doux tandis qu’une onde Sample & Hold va créer un mouve­ment plus abrupt et chao­tique. À vous de choi­sir. Enfin, on remarquera que contrai­re­ment à l’in­ter­face dédiée au maillet, on peut avoir accès à une, basique, mais bien pratique, enve­loppe ADSR qui va nous permettre de sculp­ter notre son un peu plus en détail.

Double séquen­ceur

Interface mode ArpegiateurLa dernière manière de créer du son dispo­nible est dédiée à la mise en mouve­ment du son grâce à une paire d’ar­pé­gia­teurs. Un para­mètre permet de passer d’un arpé­gia­teur à l’autre et deux macros sobre­ment inti­tu­lés « Timbre 1 » et « Timbre 2 » règlent le timbre et la couleur du son. Ces deux para­mètres manquent, il faut bien l’ad­mettre, d’un peu de trans­pa­rence, mais on comprend rapi­de­ment leur fonc­tion lorsqu’on les fait bouger. Un autre para­mètre permet d’ap­por­ter une dimen­sion aléa­toire au timbre de manière à rendre vos séquences plus dyna­miques et moins robo­tiques. Pour chaque arpé­gia­teur, vous pouvez régler le nombre de pas, acti­ver ou désac­ti­ver les pas, étendre votre séquence sur trois octaves maxi­mum ou encore régler l’ordre de jeu des notes. Il est parfois peu créa­tif de régler un séquen­ceur pas à pas et Expres­sive E l’a bien compris. C’est pourquoi vous pouvez choi­sir parmi des centaines de séquences prépro­gram­mées et clas­sées par type de séquences dans un sous-menu. On note que la possi­bi­lité de séquen­cer des accords est bien­ve­nue.

Modu­la­tion et effets

Interface mode EffetsSi vous voulez modu­ler les para­mètres de votre choix, vous avez à votre dispo­si­tion quatre macros auxquels vous pouvez assi­gner une enve­loppe MSEG, sorte d’hy­bride entre enve­loppe et LFO synchro­ni­sable à l’hor­loge MIDI. Ce type d’en­ve­loppe multié­tape est confi­gu­rable à votre guise tant sur sa durée, sur sa vitesse que sur le type de forme d’onde. Vous avez le choix parmi de nombreuses séquences préen­re­gis­trées et vous pouvez sauve­gar­der vos séquences pour les char­ger sur d’autres presets.

Cette fonc­tion apporte de puis­santes possi­bi­li­tés de modu­la­tion, mais on aurait peut-être aimé avoir une deuxième enve­loppe MSEG ou un simple LFO pour pouvoir modu­ler d’autres para­mètres diffé­rem­ment. Ceci dit on peut déjà faire beau­coup de choses avec cette source de modu­la­tion !

Passons main­te­nant aux effets. Vous avez à votre dispo­si­tion une section conte­nant un vibrato et un fréquence shif­ter qui vous permettent, avec des para­mètres simples, mais effi­caces, d’ap­por­ter du mouve­ment à votre son et de déca­ler les fréquences sur plus ou moins cinq demi-tons. Votre signal passe en suite dans un Delay stéréo qui contient son propre LFO pour faire bouger le temps du retard et obte­nir une sorte d’ef­fet de chorus dans la boucle de Delay. J’adore ! Votre signal passe enfin dans une jolie émula­tion de réverbe à plaque avec tous les para­mètres atten­dus ainsi que la possi­bi­lité de régler la largeur stéréo de la réverbe. Enfin votre signal a le droit à un simple égali­sa­teur à incli­nai­son avec un réglage pour la fréquence et un autre pour l’in­cli­nai­son. Pour finir, vous pouvez enga­ger un petit compres­seur/limi­teur avec trois réglages simples, de quoi affi­ner le timbre et la dyna­mique de votre patch. Il vous est possible de désac­ti­ver complè­te­ment l’EQ et le compres­seur.

Expres­si­vit-É

On sent bien que dans ce synthé, l’ex­pres­si­vité est prise en compte à toutes les étapes du chemin du signal. Après tout c’est ce qui fait la renom­mée de la jeune entre­prise française et sur ce coup-là on peut dire que la modé­li­sa­tion physique se prête extrê­me­ment bien à l’exer­cice. On a vrai­ment l’im­pres­sion de mani­pu­ler le son dans plusieurs dimen­sions et c’est une expé­rience très grati­fiante.

Pour chaque algo­rithme ou instru­ment que vous choi­sis­sez, il y a un para­mètre inti­tulé « expr » qui permet une première mani­pu­la­tion expres­sive du son qui est dépen­dante de l’al­go­rithme choisi. Vous n’au­rez donc pas le même résul­tat si vous prenez un instru­ment de la caté­go­rie maillet ou une séquence. Ceci dit, il semble que l’ajout de bruit ainsi qu’une légère augmen­ta­tion de la dyna­mique du son soient des constantes pour chaque instru­ment.

Il y a une autre section d’ef­fet dont je n’ai pas parlé plus haut. Cette section s’ap­pelle « expres­sive FX » et elle est liée à l’uti­li­sa­tion d’un contrô­leur expres­sif tel que le Touché ou autre contrô­leur multi­di­men­sion­nel. Cette section vous permet d’ajou­ter faci­le­ment des effets bien adap­tés à l’ex­pres­si­vité tels que des filtres réson­nants, des distor­sions, des chorus ou des phasers.

Ceci dit l’ex­pres­si­vité ne se limite pas à des para­mètres dédiés. En effet, vous pouvez, grâce à la fonc­tion « MIDI Learn », contrô­ler n’im­porte lequel des para­mètres du synthé en MIDI. Libre à vous donc d’as­si­gner un potard de votre clavier midi, l’af­ter­touch ou bien les multiples dimen­sions du Touché à la profon­deur de la réverbe, au timbre de votre instru­ment ou encore à la vitesse de l’en­ve­loppe MSEG. Tout cela promet des heures d’ex­plo­ra­tion sonores qui teste­ront votre imagi­na­tion et votre créa­ti­vité.

Imagine_1_Nylon Dream
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  • Imagine_1_Nylon Dream00:31
  • Imagine_2_Jungle­Beat00:17
  • Imagine_3_Organ­Groove00:19
  • Imagine_4_Immer­sion00:44
  • Imagine_5_BellAd­ven­ture00:28
  • Imagine_6_Auto­rou­teA700:36
  • Imagine_7_SaleAm­biance00:29
  • Imagine_8_Outers­pa­ce­Funk00:19
  • Imagine_9_Granu­la­rity00:44
  • Imagine_10_Spoo­kyArp00:38

Conclu­sion

Si de prime abord, ce synthé peut paraître un peu inti­mi­dant, il est en réalité simple à prendre en main. D’ailleurs si vous n’êtes pas du genre à créer un son de toute pièce, les 400 presets dispo­nibles à l’achat vous permet­tront de vous perdre dans cet univers sonore très parti­cu­lier qu’est la synthèse par modé­li­sa­tion physique. Je dois dire que c’est rafrai­chis­sant de jouer d’un synthé qui n’est pas une énième émula­tion d’un analo­gique avec ses ondes basiques et son filtre passe-bas. Ici, il faut accep­ter d’ap­prendre des choses, d’ex­plo­rer, de passer du temps, mais une fois qu’on a compris la logique, les possi­bi­li­tés semblent réel­le­ment infi­nies. Et même infi­nies fois deux, car ce n’est pas un, mais bien deux moteurs de synthèse que vous pouvez jouer en même temps et placer libre­ment dans le champ stéréo. On notera qu’il ne semble pas y avoir de possi­bi­lité de faire un split des deux sons sur le clavier pour pouvoir jouer une basse percus­sion d’un côté et un pad de l’autre par exemple. C’est proba­ble­ment le synthé à modé­li­sa­tion physique le plus expres­sif et facile à comprendre que j’ai eu l’oc­ca­sion de tester et il est vrai que le fait d’avoir un contrô­leur Touché à portée de main ajoute une dimen­sion supplé­men­taire à l’ex­pé­rience. Imagine est un compa­gnon qui peut rapi­de­ment s’avé­rer indis­pen­sable dans un arse­nal élec­tro­nique où la compé­ti­tion entre produc­teurs modernes ne se joue plus que sur la qualité des compo­si­tions, mais égale­ment sur le choix des sons.

Notre avis : 9/10

  • Un univers sonore nouveau
  • Un accès facile à une synthèse complexe
  • Un très large choix de presets
  • Un très large choix d’instruments de base
  • Conçu pour l’expressivité
  • Pourrait bénéficier d’un LFO Global
  • Pas de split en MIDI

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