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Test d'Ableton Live 10 Suite - On Refait Le Patch #72 : Live à son Max

8/10

Après une version 9 maintes fois mise à jour au cours de 5 dernières années, Ableton revient enfin avec la dixième mouture de Live. Au programme : bien des choses qu’on attendait, mais aussi quelques surprises…

Voilà 5 ans presque tout ronds qu’Able­ton nous avait proposé la dernière version de son fameux séquen­ceur. Mais on ne peut pas dire pour autant que l’édi­teur alle­mand se soit reposé durant ces cinq années, 7 mises à jour majeures et pas moins de 26 mises à jour mineures – les unes comme les autres abso­lu­ment gratuites – ayant été produites durant cette période-là, sans comp­ter le déve­lop­pe­ment de la seconde version du contrô­leur dédié Push ainsi que celui de la norme Link, véri­table petite révo­lu­tion. A tel point qu’aux yeux de certains, cette version 10 du séquen­ceur appa­raî­trait presque comme ne méri­tant pas tota­le­ment son chiffre rond !

Qu’en est-il exac­te­ment ? C’est ce que je vous propose d’ex­plo­rer ensemble, soit en vidéo avec un nouvel épisode d’On refait le Patch, soit en texte :

Évolu­tions struc­tu­relles

Pour commen­cer ce banc d’es­sai, il est impor­tant de signa­ler quatre évolu­tions struc­tu­relles majeures d’Able­ton Live. La première tient dans l’in­té­gra­tion défi­ni­tive de Max for Live au sein même du logi­ciel, suite au rachat par Able­ton de l’en­tre­prise Cycling 74 qui produi­sait et entre­te­nait Max. Il ne s’agit donc plus d’un élément exté­rieur à Live, mais bien d’un élément plei­ne­ment consti­tu­tif du logi­ciel.

Les fonc­tion­na­li­tés ouvrent un champ d’ex­plo­ra­tion quasi infini, allant du déve­lop­pe­ment des possi­bi­li­tés de modu­la­tion à de nouvelles fonc­tion­na­li­tés MIDI et audio en passant par la mise en rela­tion avec des domaines sortant même du cadre stric­te­ment musi­cal (la commande de robots via des ordres MIDI par exemple). Outre les packs four­nis par Able­ton, on peut d’ailleurs trou­ver de très nombreux modules déve­lop­pés par une commu­nauté très active de déve­lop­peurs béné­voles. Toute­fois, les fonc­tion­na­li­tés liées à Max ne sont pour l’ins­tant débloquées que sur la version Suite de Live (voir enca­dré). Pour la version Stan­dard, il faudra ache­ter la licence, et la version Intro ne peut pas en béné­fi­cier.

Ableton Live 10 Suite : backup

Les deux autres évolu­tions sont inti­me­ment liées entre elles et concernent les fonc­tions de sauve­garde et d’an­nu­la­tion de tâche. Chaque sauve­garde simple via CTRL-S ou CMD-S selon les systèmes d’ex­ploi­ta­tion engendre main­te­nant auto­ma­tique­ment la créa­tion d’une sauve­garde de copie ou backup avec la date et l’heure inscrites dans le nom du fichier. L’his­to­rique d’an­nu­la­tion n’est en outre plus supprimé par les sauve­gardes ! Il est donc désor­mais possible d’an­nu­ler, après une sauve­garde, une action anté­rieure à celle-ci. Tout simple­ment royal !

Enfin, l’en­semble de l’in­ter­face du logi­ciel est passée en mode vecto­riel, auto­ri­sant en théo­rie tous les redi­men­sion­ne­ments possibles

O Brow­ser

Le brow­ser s’est vu appor­ter trois modi­fi­ca­tions majeures : la possi­bi­lité de taguer tous les éléments qu’il contient selon 7 critères, une nouvelle gestion des dossiers, et enfin la possi­bi­lité de télé­char­ger et d’ins­tal­ler direc­te­ment à partir du brow­ser les pack d’ex­ten­sion d’Able­ton que l’on devait aupa­ra­vant aller cher­cher sur le site de l’édi­teur. Commençons par les tags.

Ableton Live 10 Suite : browser

Ceux-ci sont colo­rés et portent chacun le nom de leur couleur jusqu’à ce qu’ils soient renom­més par nos soins en quelque chose de plus parlant. Le fait qu’ils soient peu nombreux peut être un avan­tage, car cela nous oblige à parti­cu­liè­re­ment bien réflé­chir à l’or­ga­ni­sa­tion des éléments du brow­ser. Et le fait qu’ils soient colo­rés rend leur iden­ti­fi­ca­tion parti­cu­liè­re­ment effi­cace dans les longues listes de certains dossiers du brow­ser (listes sur lesquelles nous revien­drons dans le dernier para­graphe de l’ar­ti­cle…)

Concer­nant lesdits dossiers, on peut désor­mais choi­sir ceux que l’on souhaite affi­cher, et ceux que l’on souhaite masquer. Atten­tion toute­fois, cette fonc­tion ne se limite qu’aux dossiers d’ori­gine de Live, les dossiers créés par l’uti­li­sa­teur restant constam­ment visibles. C’est une bizar­re­rie au sein d’un concept par ailleurs inté­res­sant.

Enfin, la possi­bi­lité offerte doré­na­vant par Live de char­ger les packs Able­ton direc­te­ment à partir du brow­ser mérite d’être saluée. D’au­tant que le télé­char­ge­ment peut être inter­rompu et repris à tout moment, et que les mises à jour desdits packs sont égale­ment concer­nées. Il est à noter que pour l’ins­tant en tout cas, seuls les packs gratuits sont pris en compte, les packs payants non encore ache­tés n’étant pas affi­chés dans le brow­ser. Notre contact chez Able­ton nous a indiqué qu’il ne s’agis­sait donc pas de propo­ser une boutique en ligne au sein même du logi­ciel, comme on a pu le voir chez certains concur­rents.Parfait !

Je vous propose main­te­nant de conti­nuer avec ce qui est sans aucun doute l’une des prin­ci­pales nouveau­tés de cette version !

Midi capture

Il s’agit de la grande surprise de cette nouvelle mouture. En quoi cela consiste ? Tout simple­ment en l’en­re­gis­tre­ment des données MIDI entrantes dans Live… sans avoir à enclen­cher préa­la­ble­ment la moindre procé­dure d’en­re­gis­tre­ment ! Vous ouvrez votre séquen­ceur, vous jouez sur votre clavier-maître, et d’un simple click vous récu­pé­rez dans un clip tout ce que vous venez de jouer ! Merveilleu­se­ment simple, quasi­ment magique ! Bien sûr, cela exis­tait déjà chez certains concur­rents comme Logic ou Cubase, mais la diffé­rence c’est qu’ici, la fonc­tion MIDI capture évalue égale­ment le tempo auquel vous avez joué ! En revanche, elle ne sait pas encore recon­naître une signa­ture ryth­mique, ou faire la diffé­rence entre un rythme binaire ou ternaire – vous reste­rez en 4/4 même si vous jouez en 6/8. Peut-être l’objet d’une future évolu­tion de la fonc­tion ?

En ce qui concerne les données enre­gis­trées, la fonc­tion MIDI Capture saisit tous les messages MIDI corres­pon­dant aux para­mètres de jeu (note on/off, vélo­cité, after­touch, etc), mais égale­ment les messages MIDI CC. Elle analyse vos « inten­tions » de jeu et met en boucle celle qu’elle consi­dère être la dernière d’entre elles, tout en conser­vant et affi­chant hors de la boucle ce qui précède. Si un clip est déjà actif sur une piste armée, tout ce qui sera capturé en plus le sera en over­dub sur ledit clip.

Si aucun clip n’est actif sur la piste concer­née, un nouveau clip sera créé.
Si un clip est actif sur une autre piste pendant la capture, la longueur de boucle de la capture s’adap­tera à celle du clip déjà actif. Si la capture est plus longue que le clip actif, seule la dernière partie corres­pon­dant à la longueur de la boucle du clip actif sera bouclée, même si la tota­lité de ce que vous avez joué sera bien captu­rée.

Je conseille vrai­ment de program­mer un raccourci clavier ou MIDI sur cette fonc­tion car vous risquez de l’uti­li­ser beau­coup. En effet, elle s’avère très rapi­de­ment tota­le­ment indis­pen­sable et l’on réalise assez vite qu’en fait, cette fonc­tion résume à elle seule toute la philo­so­phie de Live !

Et puisque nous parlons de nouvelles fonc­tion­na­li­tés dont vous aurez du mal à vous passer, voici l’ar­ri­vée triom­phante du Multi-edit MIDI qui piaffe au sein de la nouvelle inter­face ! Car oui…

Le Multi-Edit piaffe

On peut dire que cela fait long­temps qu’on atten­dait cette fonc­tion ! Enfin, on dispose aujour­d’hui de la possi­bi­lité d’édi­ter de manière très simple plusieurs clips MIDI simul­ta­né­ment, jusqu’à 8 très exac­te­ment, soit en les sélec­tion­nant tous d’em­blée, soit en ajou­tant des clips supplé­men­taires à un clip déjà en cours d’édi­tion. Les notes des diffé­rents clips appa­raissent dans leurs couleurs respec­tives, et il suffit de cliquer sur l’une d’elles pour l’édi­ter, quel que soit son clip d’ap­par­te­nance. Si des notes de clips diffé­rents se super­posent à un endroit précis du piano-roll et que la note que vous souhai­tez éditer se trouve cachée par celle d’un autre clip, pas de souci : au-dessus du piano roll se trouve une barre de sélec­tion qui vous permet de mettre au premier plan les notes du clip que vous souhai­tez éditer parmi les autres. On fait diffi­ci­le­ment plus simple. En revanche, on ne peut pas modi­fier les auto­ma­tions de clips dans ce mode d’édi­tion, ce qui est un peu dommage.

Les amélio­ra­tions ont été passa­ble­ment nombreuses égale­ment concer­nant l’édi­tion et le mixage. On saluera notam­ment l’agran­dis­se­ment de la zone de saisie des clips avec la souris, ce qui nous épargne de devoir viser spéci­fique­ment la barre de titre desdits clips avec le curseur, sachant que ces derniers sont main­te­nant éditables de manière plus éten­due sans devoir forcé­ment recou­rir à la fenêtre d’ins­pec­tion.

Autre ajout notable : pn peut doré­na­vant inver­ser unique­ment une sélec­tion au sein d’un clip audio, là où seul le clip entier pouvait être inversé dans Live 9. La sélec­tion en ques­tion peut être égale­ment stret­chée direc­te­ment dans la fenêtre d’ar­ran­ge­ment, tandis que le contenu des clips audio et MIDI lui-mêlme peut main­te­nant être déplacé dans la fenêtre d’ar­ran­ge­ment, sans que pour autant le clip soit déplacé. Parfait pour faire des essais de déca­lage de contenu sur la time­line tout en conser­vant le clip à sa place d’ori­gine. Enfin, Live 10 nous grati­fie d’une navi­ga­tion dans la fenêtre d’ar­ran­ge­ment faci­li­tée grâce à la combi­nai­son de la molette de la souris et des touches shift, ctrl (ou pomme), alt, etc.

Toujours à ce sujet, on peut doré­na­vant aisé­ment zoomer et dézoo­mer sur une sélec­tion via la touche Z et la combi­nai­son SHIFT+Z, que ce soit en vue d’ar­ran­ge­ment, ou sur le piano roll pour les clips MIDI, ou sur la vue de forme d’onde pour les clips audio. Quel bonheur par rapport aux versions précé­dentes, où tout se faisait via la fonc­tion loupe de la souris qui ne s’avé­rait jamais réel­le­ment précise !

Ableton Live 10 Suite : Config entrées

Mention­nons encore que es courbes d’au­to­ma­tion peuvent désor­mais être masquées d’un simple clic sur un nouveau bouton spécia­le­ment dédié. Leur édition s’est égale­ment vue gran­de­ment amélio­rée en ce qu’il est main­te­nant possible de dépla­cer un point d’au­to­ma­tion en-dehors des points qui l’en­tourent, sans plus aucune contrainte.

Autre fonc­tion­na­lité qui était gran­de­ment atten­due : la possi­bi­lité de créer enfin des sous-groupes de pistes… et à volonté s’il vous plaît ! Juste le bonheur pour beau­coup d’uti­li­sa­teurs ! Enfin, je me permets de signa­ler ici une dernière évolu­tion impor­tante : le bouton de pano­ra­mique de chaque piste peut doré­na­vant être confi­guré en bouton de double stéréo.

Bref, comme vous le voyez, une foule de petites choses ont évoluées, répon­dant pour la plupart à des souhaits expri­més depuis long­temps par la commu­nauté. Main­te­nant que nous avons fait le tour des fonc­tion­na­li­tés d’édi­tion de toutes sortes, penchons-nous toute­fois sur ce qu’Able­ton nous offre en termes de nouveaux outils sonores, à commen­cer par Drum Buss.

The Drum Buss is calling us…

De quoi s’agit-il ? Tout simple­ment d’un ensemble de trai­te­ments audio prin­ci­pa­le­ment desti­nés aux instru­ments percus­sifs, comme son nom ne nous l’au­rait vrai­ment pas fait devi­ner, n’est-ce-pas ?

Ableton Live 10 Suite : drum bus

On a donc quatre sections diffé­rentes. La première regroupe une distor­sion et un compres­seur, la deuxième regroupe un effet de crunch plutôt adapté au travail sur fréquences médiums et hautes ainsi  qu’un gestion­naire de tran­si­toires, la troi­sième section sert à travailler davan­tage dans le bas du spectre, et enfin la quatrième offre la visua­li­sa­tion du niveau de sortie des basses fréquences et de signal prin­ci­pal ainsi qu’un potard de gestion de la balance entre signal d’ori­gine et signal traité.

Tout dans ce plug-in est fait pour être le plus simple à utili­ser. La distor­sion offre ainsi la possi­bi­lité de choi­sir entre trois pré-règlages (soft, medium et hard) défi­nis­sant sa nature, le tout étant ensuite piloté par un potard d’in­ten­sité. Le compres­seur est lui aussi prére­glé et ne se présente que sous la forme d’un unique pous­soir de type on/off. Le préré­glage en ques­tion s’avère parti­cu­liè­re­ment perti­nent et poly­va­lent, avec notam­ment un bon respect des tran­si­toires. Logique, si l’on consi­dère que le plug-in possède son propre trai­te­ment les concer­nant !

Ce dernier est à l’image des autres compo­sants du drum bus, c’est-à-dire géré par un seul bouton rota­tif. A l’ex­trême gauche on obtient un son sec qui n’est quasi­ment plus composé que des tran­si­toires d’at­taque, mais qui accroît gran­de­ment le carac­tère percus­sif de l’en­semble. A l’ex­trême droite en revanche, ce sont les harmo­niques du son ainsi que les éven­tuels éléments de rever­bé­ra­tion qui sont accen­tués, propo­sant un rendu sonore plus riche mais moins percu­tant.

La fonc­tion de crunch s’adresse quant à elle, comme je le disais, aux fréquences medium et hautes, et concerne donc plutôt la caisse claire et les cymbales. Dans les faits, cette fonc­tion­na­lité rajoute surtout de la brillance. On peut dimi­nuer cet effet de brillance et l’ajout de fréquences poten­tiel­le­ment indé­si­rables grâce à un filtre passe-bas inté­gré.

Enfin, dans la section concer­nant les basses fréquences, on peut ajou­ter aux coups de grosse caisse un son bas harmo­nique dont on peut régler l’in­ten­sité, la fréquence et le temps de dispa­ri­tion. En ce qui concerne la fréquence, on peut même fixer celle-ci à la note MIDI la plus proche ! Avec une bonne auto­ma­tion, on peut ainsi créer une véri­table ligne de basse calquée sur les coups de grosse caisse.

00:0000:00

On ne peut défi­ni­ti­ve­ment que saluer l’in­gé­nio­sité de ce plug-in qui parvient à allier des trai­te­ments puis­sants et variés à une ergo­no­mie simplis­sime, tout comme le nouveau plug-in Pedal

Pedal dure

Ableton Live 10 Suite : pedal

Passons main­te­nant à la seconde merveille  parmi les nouveaux jouets que nous propose Able­ton pour sati­faire nos oreilles. « Pedal » est en fait un péda­lier composé de trois pédales virtuelles – over­drive, distort et fuzz – qui proposent chacune une distor­sion plus accen­tuée, le tout accom­pa­gné de potards de gain d’en­trée, de volume de sortie et de balance des signaux d’ori­gine et traité, et enfin d’un EQ.

Le réglage over­drive et assez doux et chaleu­reux, le réglage « distort » est quand à lui plus agres­sif, et enfin le réglage « fuzz » permet de créer des sono­ri­tés beau­coup plus … disrup­tives. Evidem­ment, ce plugin est avant tout prévu pour être utilisé sur un guitare, mais le clavié­riste que je suis a trouvé beau­coup de plai­sir à l’uti­li­ser égale­ment.

Entrons un peu plus en détail dans le fonc­tion­ne­ment. Les trois segments de l’EQ  ne sont pas trai­tés chacun de la même manière. Les basses et les medium sont gérés chacune par un filtre d’ac­cen­tua­tion, fixé respec­ti­ve­ment à 100 Hz pour les basses et à 500, 1000 ou 2000 Hz pour les mediums selon la posi­tion de petit sélec­teur situé en-dessous. Les aigus quand à eux sont gérés par un filtre en plateau fixé à 3,3 kHz.

En résumé, Pedal propose  la même philo­so­phie de simpli­cité et de puis­sance que Drum Buss. Mais c’est véri­ta­ble­ment avec Echo que l’on va passer aux choses sérieuses !

Echo, co, co

Echo est LE gros plugin d’ef­fet proposé par Able­ton dans la dernière version de son séquen­ceur. A la base il s’agit d’un effet de retard, inspiré par les vieux effets analo­giques tels que les Roland Space echo, WEM Copi­cat et Morley Oil Can. Dans les faits, on se trouve en face d’un plugin dont les compé­tences dépassent large­ment celles d’un simple proces­seur d’écho, comme nous allons le voir. Mais commençons par le début.

Nous dispo­sons de trois modes de gestion du retard : stereo, ping pong et mid/side (gauche : mid et droite : side), toujours très pratique lorsque l’on souhaite pouvoir conser­ver une compa­ti­bi­lité mono à son projet ! Puisqu’on parle de mono­pho­nie, préci­sons qu’un potard permet de régler de manière tota­le­ment progres­sive la répar­ti­tion du signal, entre mono­pho­nie et stéréo­pho­nie extrêmes.

Par défaut, les canaux gauche et droite sont liés entre eux, mais on peut les sépa­rer d’un simple clic. Toute­fois, même lorsqu’ils sont liés, les deux canaux peuvent béné­fi­cier d’un niveau de déca­lage réglable indé­pen­dam­ment pour chacun d’entre eux : bon point !

On a bien entendu le choix entre un retard synchro­nisé au tempo géné­ral du morceau basé sur des les frac­tions de temps rela­tives bien connues de tous les musi­ciens élec­tro­niques, ou un retard sur des valeurs de temps abso­lues expri­mées en milli­se­condes. J’ai eu le plai­sir de consta­ter que ce choix pouvait d’ailleurs s’ex­pri­mer indé­pen­dam­ment selon les canaux gauche et droit. Là encore, c’est très bien vu !

Ce qui est égale­ment très appré­ciable, c’est que l’on peut jouer sur la hauteur harmo­nique de l’écho en modi­fiant son temps de retard… ou pas, grâce à un petit switch fort juste­ment nommé « repitch ». .Le tout étant parfai­te­ment auto­ma­ti­sable, cela auto­rise les effets de hauteur les plus inté­res­sants, d’au­tant que le feed­back peut être amené à 150 % pour un effet plus renforcé. Ainsi, une fréquence de répé­ti­tion courte avec un feed­back puis­sant permet d’ob­te­nir des métal­liques à partir de sons percus­sifs, permet­tant alors de les harmo­ni­ser.

Ableton Live 10 Suite : echo

Tous les para­mètres précé­dem­ment cités sont repré­sen­tés non seule­ment par la posi­tion des potards concer­nés, mais égale­ment par un très judi­cieux visuel de type tunnel, qui présente les choses de manière extrê­me­ment synthé­tique et évoca­trice. Ici aussi, on retrouve le souci de simpli­cité et d’ac­ces­si­bi­lité déjà évoqué  pour les précé­dents effets.

Mais Echo est plus riche encore que cela. Il embarque en effet une reverb très simple mais posi­tion­nable en pré-FX, post-FX, ou bien sur la ligne de feed­back, un double-filtre passe-haut/passe-bas, un LFO et une section « charac­ter » un peu plus ésoté­rique mais néamoins effi­cace. La réverbe ne dispose que de très peu de réglages (posi­tion, inten­sité, et niveau de decay) mais fait correc­te­ment le job. Le filtre (dont l’in­ter­face peut être déployée à volonté) est très correct, mais manque à mon sens de person­na­lité. On n’ob­tien­dra pas des effets de réson­nance et de « swee­ping » aussi puis­sants que ceux que l’on peut atteindre avec un véné­rable OhmBoyz, par exemple. Autre diffé­rence avec le OhmBoyz, le LFO n’est affec­table qu’au retard et au filtre, avec des niveaux de modu­la­tions indé­pen­dants et pouvant être multi­pliés par 4 d’un simple clic. Toute­fois, il ne faut pas oublier que dans l’uni­vers Able­ton Live, toutes les limi­ta­tions concer­nant notam­ment les sources de modu­la­tions (mais pas unique­ment) peuvent souvent être levées par le recours à Max For Live ! Toujours à propos du LFO, il est à noter que l’on peut béné­fi­cier d’un suiveur d’en­ve­loppe.

La section Charac­ter permet quand à elle de modi­fier l’en­semble du rendu sonore selon quatre ensembles de para­mètres : un gestion­naire de side-chain, un gate, un géné­ra­teur de bruit et « wobble » qui agit sur le temps de délai. Enfin, on dispose indi­rec­te­ment d’un effet de distor­sion lorsque l’on pousse le potard de gain d’en­trée et que l’on baisse celui du volume de sortie, sachant que cet effet peut égale­ment être attri­bué au signal non-traité.

Vous l’au­rez compris : l’en­semble de ces fonc­tion­na­li­tés fait d’Echo un outil très puis­sant et poly­va­lent, et pour­tant, tout comme les outils précé­dem­ment décrits, toujours très simple d’em­ploi. Il est toute­fois temps à présent  de nous pencher sur ce qui repré­sente à mon sens le véri­table plat de résis­tance de cette nouvelle version d’Able­ton en termes de plugins: le synthé­ti­seur à tables d’ondes Wave­table.

Révi­sons nos tables !

Ce qui frappe d’em­blée, c’est la puis­sance sonore du bestiau. Jusque-là, les instru­ments propo­sés par Able­ton étaient sympa­thiques mais il faut recon­naître que même Opera­tor, consi­déré jusqu’à présent comme le navire amiral desdits instru­ments, manquait un poil de person­na­lité sonore. Il est inté­res­sant à ce sujet de consta­ter que la commu­ni­ca­tion d’Able­ton tend à présen­ter les choses sous l’angle de «  nos plugins visaient une certaine neutra­lité, et main­te­nant nous avons décidé de propo­ser des outils qui offrent une véri­table person­na­lité sonore » : une démarche qu’ils avaient d’ailleurs commencé à adop­ter avec le Glue Compres­sor, apparu avec la version 9 et inspiré du Blue Compres­sor de DBX.

Avec le Wave­table, Able­ton s’at­taque à une concur­rence non seule­ment déve­lop­pée, mais surtout de très haute qualité. On parle quand même de masto­dontes du marché comme le vété­ran Massive ou le plus récent Serum. Or, le petit dernier d’Able­ton s’en sort extrê­me­ment bien, et ce dans tous les domaines qu’il aborde. Que ce soient des basses, des pads ou des leads, on est dans du très gros son !

Je vous en laisse juge avec les exemples suivants, basés sur les presets du monstre :

wave­table 1
00:0000:26
  • wave­table 1 00:26
  • wave­table 2 00:12
  • wave­table 3 00:12
  • wave­table 4 00:12

Mais la nouveauté n’est pas seule­ment à cher­cher ici au niveau sonore. On sent qu’Able­ton a accordé une impor­tance parti­cu­lière à l’as­pect visuel et plus exac­te­ment à l’er­go­no­mie visuelle de son nouveau synthé. Jusqu’ici les déve­lop­peurs de synthés virtuels étaient nombreux à cher­cher à propo­ser des inter­faces graphiques rappe­lant forte­ment l’as­pect visuel et l’in­ter­face des synthé­ti­seurs physiques, c’est-à-dire basés sur des poten­tio­mètres, des pous­soirs, des tirettes etc. Si cela permet­tait aux habi­tués de hard­ware de ne pas se retrou­ver tota­le­ment perdus, cette manière de faire ne tirait pas partie de l’am­pleur excep­tion­nelle des possi­bi­li­tés offertes par l’in­for­ma­tique et l’af­fi­chage sur écran. Able­ton se plaçait certes un peu en dehors de cette logique-là, suivant la volonté de main­te­nir une cohé­rence visuelle de ses plugns avec l’en­vi­ron­ne­ment géné­ral un peu austère de Live. Toute­fois, le résul­tat en termes d’uti­li­sa­tion perti­nente (ou non) des possi­bi­li­tés de l’in­for­ma­tique était le même.

Ableton Live 10 Suite : interface wavetable

Avec Wave­table, on entre clai­re­ment dans une autre dimen­sion. Tout d’abord, l’édi­teur n’hé­site plus à offrir à l’uti­li­sa­teur le maxi­mum de confort. Grâce notam­ment à la nouvelle vecto­ri­sa­tion de l’in­ter­face de Live, on peut en effet étirer celle de Wave­table à volonté, jusqu’à lui faire occu­per la tota­lité l’écran si on le souhaite, comme on peut le voir sur l’illus­tra­tion ci-contre. Mais en paral­lèle de ce surcroît de confort, Able­ton nous offre surtout une toute nouvelle dimen­sion didac­tique à laquelle peu d’édi­teurs nous ont habi­tués. L’in­ter­face de Wave­table s’avère d’une grande clarté, et il est extrê­me­ment aisé de comprendre ce que l’on est en train de faire sans néces­si­ter d’avoir une grande expé­rience de la synthèse.

Les débu­tants pour­ront donc faci­le­ment s’y adon­ner et obte­nir rapi­de­ment des résul­tats grati­fiants, tandis que les plus experts se plon­ge­ront dans la mani­pu­la­tion appro­fon­die des para­mètres avec d’au­tant plus de plai­sir. Puisqu’on parle des para­mètres, il est d’ailleurs temps de décrire un peu ce que nous réserve ce beau joujou dans le domaine.

On a donc droit à deux oscil­la­teurs à tables d’ondes, un sous-oscil­la­teur, 2 filtres, trois enve­loppes, et une matrice de modu­la­tion sur laquelle je revien­drai. Les tables d’ondes se répar­tissent indé­pen­dam­ment  pour chaque oscil­la­teur en onze caté­go­ries, compre­nant chacune entre dix et trente tables diffé­rentes. Au sein de chacune de ces dernières, on peut choi­sir une onde spéci­fique ou bien navi­guer entre celles-ci grâce aux LFOs, aux enve­loppes, ou à tout autre moyen de modu­la­tion proposé par la matrice, ou bien encore par certains plugins MAX externes à Wave­table.

Les LFOs proposent cinq formes d’ondes (les clas­siques ondes sinu­soïde, trian­gu­laire, dent de scie descen­dante, carrée et bruit), qui peuvent toute­fois être modi­fiées grâce au para­mètre « shape ». Les enve­loppes sont des ADSR clas­siques, avec toute­fois la possi­bi­lité d’agir en plus sur la pente de chaque segment. La première enve­loppe agit direc­te­ment sur l’étage d’am­pli­fi­ca­tion du synthé, mais peut être égale­ment affec­tée à la modu­la­tion de n’im­porte quel autre para­mètre, comme les deux autres enve­loppes. Contrai­re­ment à l’en­ve­loppe d’am­pli­fi­ca­tion, ces dernières béné­fi­cient de para­mètres supplé­men­taires permet­tant notam­ment de régler les valeurs de départ et d’ar­ri­vée (l’at­taque ne part plus forcé­ment de 0, qui n’est plus non plus obli­ga­toi­re­ment la valeur atteinte après le release). Les trois enve­loppes peuvent en outre être para­mé­trées pour être bouclées sur elles-mêmes, leur faisant alors adop­ter un compor­te­ment de LFO, ou bien encore pour ne pas tenir compte de la période de sustain.

Les deux filtres sont exac­te­ment du même type que les filtres géné­raux de Live  tels qu’ils ont été renou­ve­lés à  la sortie de Live 9.5 (cf test de Push 2 et Live 9.5).Toute­fois, on peut les utili­ser soit en série, soit en paral­lèle.

Enfin la matrice de modu­la­tion offre dix sources (les 3 enve­loppes, les 2 LFOs, ainsi que les sources liées au jeu que sont la vélo­cité, la hauteur de note entrante, le pitch bend, l’af­ter­touch et la molette de modu­la­tion), qui peuvent être affec­tées à… l’en­semble des para­mètres du synthé­ti­seur ! Il suffit de cliquer sur l’un d’entre eux pour que la ligne le concer­nant soit placée en surbrillance dans la matrice ou soit auto­ma­tique­ment créée  si aucune source de modu­la­tion ne lui avait été affec­tée jusqu’ici. Il suffit ensuite de régler le niveau de modu­la­tion du para­mètre en ques­tion en fonc­tion de chaque source et le tour est joué. Simplis­sime et extrê­me­ment puis­sant ! 

Ceri­sier sur la pâtis­se­rie, on dispose d’un mode unis­son permet­tant de gros­sir encore le son qui fonc­tionne selon six algo­rithmes diffé­rents en auto­ri­sant l’em­pi­le­ment d’un maxi­mum de huit voix. 

De nouveaux instru­ments et outils

En plus de Drum Buss, Pedal, Echo et Wave­tables, Able­ton nous offre un certain nombre d’autres nouveau­tés. On béné­fi­cie ainsi de nombreux packs télé­char­geables (cf le para­graphe concer­nant le brow­ser). Bien entendu, il y a ceux qui étaient déjà dispo­nibles pour Live 9, mais certains d’entre eux ont été spécia­le­ment rema­niés pour Live 10. D’autres en revanche ont été inté­gra­le­ment créés pour Live 10. Il sera toute­fois impor­tant de se rappe­ler que ces ajouts sont tota­le­ment dépen­dants de la version de Live que l’on aura choisi (cf enca­dré ).

Ableton Live 10 Suite : drum booth

Il s’agit aussi de diffé­ren­cier ce qui repré­sente de véri­tables nouveaux instru­ments comme « Drum Booth », un ensemble très riche de kits de batte­ries acous­tiques, ou « Elec­tric Keyboards » qui propose comme son nom l’in­dique des banques de sons de claviers Wurlit­zer A 200, Fender Rhodes Suit­case et Hammond C3, d’autres packs comme « Synth Essen­tials » qui regroupe essen­tiel­le­ment des nouveaux presets pour les synthés virtuels de Live (alors que le nom pour­rait éven­tuel­le­ment faire fantas­mer sur des banques de sons tirées de synthés de légende).

En dehors des packs télé­char­geables, Able­ton a égale­ment légè­re­ment rema­nié deux de ses outils de base, à savoir les plug-ins « utility » et « EQ eight ». Utility dispose main­te­nant de la possi­bi­lité de conver­tir en mono tout signal stéréo en dessous d’une fréquence seuil (très utile sur la piste master pour trai­ter l’en­semble du signal!), d’une nouvelle gestion de l’in­ver­sion de phase du signal en entrée plutôt qu’en sortie, ainsi que d’un bouton de gain qui permet enfin de couper tota­le­ment le son. Pour EQ eight, le prin­ci­pal outil d’éga­li­sa­tion de Live, sa limite infé­rieure de trai­te­ment est main­te­nant de 10 Hz contre 30 Hz précé­dem­ment.

Enfin, l’une des nouveau­tés qui m’a le plus réjoui est Shaper, le nouveau géné­ra­teur de formes d’ondes de type LFO, fonc­tion­nant grâce à Max. Il permet de dessi­ner ses propres formes d’ondes et de l’af­fec­ter à jusqu’à 8 desti­na­tions diffé­rentes. Là encore, on retrouve la même philo­so­phie qui a présidé à la créa­tion des autres plug-ins inté­grés à cette nouvelle mouture de Live : puis­sance et simpli­cité.

Mais au fait…

Qu’en est-il du Push ?

Aujour­d’hui, il est clair qu’Able­ton n’ima­gine plus son séquen­ceur phare sans son contrô­leur dédié, Push. Et dans cette logique, il n’est pas surpre­nant de voir que cette nouvelle mouture du logi­ciel apporte aussi pas mal de nouveau­tés concer­nant Push 2. La prin­ci­pale est l’ap­pa­ri­tion du mode « clip », qui permet doré­na­vant de béné­fi­cier d’un affi­chage des notes du clip direc­te­ment sur l’écran du Push. Ce nouveau mode permet égale­ment de défi­nir le bouclage du clip et de rogner celui-ci direc­te­ment à partir du Push.

Si l’in­ten­tion derrière ce nouveau mode est haute­ment louable et que le tout fonc­tionne de manière tout à fait agréable pour des lignes mélo­diques simples, il en va autre­ment lorsqu’il s’agit d’af­fi­cher des accords. En effet, la rela­ti­ve­ment faible hauteur d’écran empêche d’af­fi­cher aussi bien des repères de hauteur de notes, ce qui peut rendre complexe l’iden­ti­fi­ca­tion des notes en ques­tion. Et les pads n’aident pas beau­coup non plus, la répar­ti­tion des notes sur ces deniers faisant souvent en sorte qu’une même note va se retrou­ver repré­sen­tée plusieurs fois sur la matrice, rendant encore plus diffi­cile la lecture d’ac­cords, notam­ment dans le nouveau mode d’af­fi­chage « séquen­ceur mélo­dique + 32 notes ». En revanche, on appré­ciera que des accords complexes puissent être repré­sen­tés dans toute leur ampli­tude, l’af­fi­chage de l’écart entre les notes d’un accord s’adap­tant en fonc­tion du nombre de notes à affi­cher.

Parmi les autres évolu­tions propo­sées, on peut par ailleurs accé­der beau­coup plus faci­le­ment que par le passé à l’op­tion « 16 niveaux de vélo­cité  par pad ». En ce qui concerne l’af­fi­chage, EQ 8 béné­fi­cie d’une nouvelle visua­li­sa­tion du spectre, les enve­loppes dans tous les plug-ins ont subi un lifting, et les compres­seurs disposent main­te­nant d’une repré­sen­ta­tion graphique de la compres­sion en cours. On notera enfin que l’on peut doré­na­vant router direc­te­ment le side­chain à partir du Push.

En atten­dant Live 11

Comme d’ha­bi­tude, il s’agit pour termi­ner d’évoquer tous les aspects gênants dans cette nouvelle version de Live, à commen­cer par le brow­ser.

J’ai déjà signalé plus haut que je ne compre­nais pas pourquoi la nouvelle fonc­tion de masquage ne s’ap­pliquait pas aux dossiers utili­sa­teur, mais ce n’est pas le seul grief que j’ai à l’en­contre du brow­ser.

On pour­rait ainsi envi­sa­ger un nombre de tags dispo­nibles un peu plus impor­tant, sept étant à mon sens un nombre légè­re­ment insuf­fi­sant; sans comp­ter qu’on aime­rait pouvoir béné­fi­cier d’un nombre plus impor­tant de critères de tri (par exemple le BPM pour les samples…).

Cela m’amène à la ques­tion de la taille qu’at­teignent certains dossiers d’ori­gine de Live. La navi­ga­tion au sein desdits dossiers peut deve­nir très pénible. Sur le Push, la diffi­culté peut s’en trou­ver accrue du fait que les noms de certains fichiers trop longs sont coupés, ce qui est d’au­tant plus embê­tant que ces longs noms contiennent souvent des infor­ma­tions sur la nature du fichier, infos qui ne peuvent figu­rer que dans le nom car le brow­ser ne propose pas d’autre solu­tion pour les prendre en comp­te… Bref, vous l’avez compris, ça se mord la queue !

Puisqu’on parle du Push, j’at­tends person­nel­le­ment certaines évolu­tions. Tout d’abord, j’ai­me­rais que certaines fonc­tion­na­li­tés de Live soient un peu mieux implé­men­tées. Ainsi, la nouvelle fonc­tion de stéréo sépa­rée sur les pistes n’est pas reprise sur le Push.J’ai­me­rais égale­ment pouvoir comman­der le gel et dégel des pistes direc­te­ment à partir du contrô­leur, ou béné­fi­cier d’une fonc­tion simple de trans­po­si­tion des clips. Ensuite, certains plugs n’ont toujours pas l’en­semble de leurs para­mètres mappés sur le contrô­leur d’Able­ton. Enfin, le place­ment de certaines fonc­tions selon les boutons rota­tifs du Push pour­rait être revu afin d’en amélio­rer l’er­go­no­mie.

Autre sujet qui me chagrine : l’im­pos­si­bi­lité d’ac­cé­der à l’en­semble des fonc­tion­na­li­tés du logi­ciel lorsqu’il s’agit d’af­fec­ter des raccour­cis clavier ou des commandes MIDI. Je m’ex­plique.

Grosso modo, dans Live, seules les fonc­tion­na­li­tés visibles à l’écran peuvent être affec­tées à un raccourci clavier ou une commande MIDI. Je vous ai cité plus haut la nouvelle fonc­tion de zoom acti­vable via la touche Z. Or cette fonc­tion n’est pas « visible à l’écran ». Si pour une raison quel­conque, j’af­fecte donc Z à une autre fonc­tion du logi­ciel, non seule­ment je perds la fonc­tion de zoom, mais je ne peux réaf­fec­ter cette dernière à aucun autre raccourci, puisque n’étant pas visible à l’écran elle ne fait pas partie des fonc­tion­na­li­tés acces­sibles pour les affec­ta­tions ! C’est dommage pour Live car son prin­ci­pal concur­rent, Bitiwg, offre cette possi­bi­lité, tout comme celle de sauve­gar­der plusieurs confi­gu­ra­tions diffé­rentes de raccour­cis clavier ou MIDI.

Il serait temps qu’Able­ton se mette à jour à ce niveau-là ! Une autre fonc­tion­na­lité propo­sée par Bitwig et qu’Able­ton ne prend pas encore en charge tient dans la compa­ti­bi­lité avec WASAPI, la norme instau­rée par Micro­soft depuis Windows 8 et qui est l’équi­valent du Core Audio d’Apple? Notre contact chez Able­ton nous a toute­fois confié que l’édi­teur était conscient de la demande à ce sujet.

Au-delà de ces petits manques, disons aussi un mot sur les diffé­rentes versions de Live 10. Je consi­dère que la version stan­dard qui n’in­clut ni Max, ni Wave­table, ni Pedal, ni Echo n’est vrai­ment inté­res­sante que pour quelqu’un n’ayant pas le budget néces­saire pour se procu­rer la version Suite. Or celle-ci est déjà telle­ment mieux four­nie que la version Stan­dard, notam­ment en termes de packs d’ex­ten­sion, qu’il me semble qu’Able­ton aurait pu au moins lais­ser Pedal ou Echo faire partie du line-up de la version Stan­dard. Car dans l’etat actuel des choses, celle-ci appa­raît comme bien pauvre en compa­rai­son, et la volonté d’Able­ton d’in­ci­ter l’achat de la version Suite comme bien trop évidente.

Et puisque l’on parle d’in­ten­tions commer­ciales poten­tiel­le­ment étranges, je souhaite termi­ner par un sujet un peu parti­cu­lier. Il a en effet été fait mention que la gestion des sysex par Able­ton Live allait être rendue possible via des modules Max for Live, mais que le déve­lop­pe­ment de ces modules serait laissé aux bons soins de la commu­nauté béné­vole des déve­lop­peurs Max. Je suis peut-être pessi­miste, mais la pers­pec­tive d’un gros éditeur se repo­sant sur le travail d’une commu­nauté béné­vole m’in­ter­roge forte­ment.

Conclu­sion

Cette version de Live ne manque pas d’atouts, et n’est certai­ne­ment pas une version au rabais. La capture MIDI, le multi-edit, les amélio­ra­tions des fonc­tions d’édi­tion en fenêtre d’ar­ran­ge­ment ainsi que des fonc­tions de sauve­garde et d’an­nu­la­tion, mais aussi et peut-être surtout les excel­lents outils audio que sont Drum Bus, Pedal, Echo et davan­tage encore le nouveau synthé­ti­seur virtuel Wave­table repré­sentent autant de très bons points à mettre au crédit de ce Live dixième du nom.

Et puis il y a l’in­té­gra­tion défi­ni­tive de Max for Live.
Max qui offre tant de possi­bi­li­tés.
Mais Max aussi qui inter­roge.

Tout d’abord, ce qui est peut-être la plus impor­tante évolu­tion appor­tée par Live 10 n’est acces­sible direc­te­ment qu’aux ache­teurs de la version la plus chère du séquen­ceur, la version Suite. On peut donc subo­do­rer qu’Able­ton cherche à pous­ser les futurs ache­teurs à privi­lé­gier cette version au détri­ment des autres. Senti­ment qui est encore accen­tué par le fait que Pedal, Echo et Wave­table ne sont égale­ment dispo­nibles d’em­blée que sur cette version, ce qui rend notam­ment la version Stan­dard assez peu inté­res­sante au regard de son rapport qualité-prix.

Max pose égale­ment une autre ques­tion qui pour­rait peut-être s’avé­rer un écueil pour Able­ton si la firme n’y apporte pas de réponse appro­priée. En effet, le déve­lop­pe­ment des modules de Max for Live repose pour beau­coup sur la commu­nauté de déve­lop­peurs passion­nés… et béné­voles ! Able­ton résis­tera-t-il à la tenta­tion de se repo­ser sur cette main-d’oeuvre gratuite pour combler certaines lacunes de son logi­ciel ? Au vu de ce qui nous a été répondu concer­nant la prise en charge des sysex, la ques­tion mérite peut-être d’être posée.

On refait le patch : les tests vidéo d'Audiofanzine Voir tous les épisodes de "On refait le patch : les tests vidéo d'Audiofanzine"

Notre avis : 8/10

  • Capture MIDI, la philosophie même de Live
  • Wavetable
  • Echo, Drum buss & Pedal
  • La puissance, l’identité sonore et l’accessibilité des nouveaux plug-ins
  • Les backups et le undo infini
  • Les sous-groupes
  • L’interface en mode vectoriel
  • Tout ce qu’on adore dans Live : le concept du séquenceur/instrument taillé pour la scène, l’intégration avec Push, Link, etc.
  • Le multi-edit MIDI...
  • …mais sans les automations
  • Certaines fonctions toujours attendues sur Push
  • Browser perfectible (faiblesse de la fonction de recherche et listes interminables de certains dossiers)
  • Gestion des affectations de raccourcis clavier et MIDI qui commence à dater
  • Une version standard vraiment standard pour pousser vers l’achat de la version Suite
  • Attention à ne pas trop compter sur la communauté bénévole de Max for Live pour combler les lacunes du logiciel

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