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The Thing !

Test du Kemper Profiling Amplifier

L’univers de la modélisation d’ampli est, à l’instar de Dallas, impitoyable (prononcez : « impitoyâââââbleuh »). Que de chemin parcouru depuis les premiers racks 6u au prix avoisinant la totale indécence pour des résultats qui feraient aujourd’hui se rouler par terre de rire (prononcez : « se rofler ») n’importe que possesseur de POD mini !

Il est vrai que de nos jours il est diffi­cile de choi­sir tant l’offre est variée : entre les plug-ins (Eleven, Guitar Rig, Ampli­tu­be…), les appa­reils de formes diverses, du hari­cot géant (Line 6 POD) aux péda­liers de toutes tailles (VOX Tone­lab…) en passant par les têtes d’am­plis, les combos, les racks et les gadgets impro­bables, mais néan­moins inté­res­sants (VOX AmpPlug, Ampli­tube iRig for iPho­ne…), l’être humain dési­reux d’avoir accès à moindre coût à une multi­tude d’imi­ta­tions plus ou moins réus­sies des modèles les plus mythiques de l’in­dus­trie de l’am­pli­fi­ca­tion pour guitare a de grandes chances de se sentir perdu. 

Ceci est bien entendu aggravé par la progres­sion verti­gi­neuse de la qualité des résul­tats dans ce domaine, même si, j’en conviens, certains modèles restent aujour­d’hui éton­nam­ment d’ac­tua­lité ; je pense en parti­cu­lier au premier modèle de SansAmp. Pour­tant, comme par magie, un extra-terrestre impo­sant et affamé vient d’ap­pa­raître dans cette jungle un peu foutraque, avec la ferme inten­tion d’im­po­ser sa loi et de mettre tout le monde d’ac­cord : le préam­pli magique capable d’imi­ter le son de vos propres amplis et plus encore, mesdames et mesdames j’ai nommé le Kemper Profi­ling Ampli­fier ! Avec un nom pareil, on sent que l’on va vite bascu­ler dans de la science-fiction, et ce n’est pas loin d’être le cas… Certes, il est diffi­cile de s’en­thou­sias­mer une énième fois alors qu’on nous ressort le bon vieux « jetez tous vos amplis à lampes, voici la solu­tion à tous vos problèmes, tous vos amplis dans une seule boîboîte magique à tout faire qui lave plus blanc que blanc »… Mais faisons fi du passé, mon petit doigt me dit que nous sommes en présence d’une machine vrai­ment inté­res­sante qui n’est pas loin de révo­lu­tion­ner l’ap­proche de la modé­li­sa­tion et qui donnera des idées folles aux plus créa­tifs d’entre nous…

Hiver 2012 en Antarc­tique, une équipe de cher­cheurs alle­mands décou­vre…

Kemper Profiling Amplifier

…Un petit appa­reil éton­nam­ment sympa­thique. Premier constat posi­tif pour l’uti­li­sa­teur des trans­ports en commun que je suis : le poids très raison­nable du carton renfer­mant l’objet que l’on m’a confié. C’est bête, mais ça compte, d’au­tant plus que le but avoué de Kemper est de mettre tous vos amplis (vieux ou pas) et plus encore dans une boîte trans­por­table partout et dans toutes les confi­gu­ra­tions, rien que cela ! Dans cette optique, ils ont pensé à tout puisqu’il est possible d’ache­ter une housse de trans­port (option­nelle) ressem­blant à celle four­nie avec les têtes Orange Tiny Terror, ainsi qu’un module d’am­pli de puis­sance (option­nel lui aussi) trans­for­mant le Profi­ling Ampli­fier en véri­table tête d’am­pli tout terrain.

Vient ensuite le moment d’ou­vrir la boîte de Pando­re… Et là, surprise : le monstre est plutôt avenant, un look à mi-chemin entre un poste de TSF et un poste de pilo­tage, l’objet en lui même est plutôt joli, même s’il ne dégage pas non plus quelque chose de très rock’n’­roll. Un bon point, la poignée en cuir : c’est bête, mais ça donne du cachet à ce qui reste, au final, un bidule élec­tro­nique ! La construc­tion est vrai­ment soignée, les Alle­mands sont répu­tés pour cela et les gens de chez Kemper ne dérogent pas à la règle. En mani­pu­lant les potards et en testant la connec­tique, une forte impres­sion de soli­dité en émane malgré son poids ridi­cule. On ne se moque pas de nous pour l’ins­tant !

J’al­lume donc l’ap­pa­reil serei­ne­ment, et commence à faire le tour de l’in­ter­face de contrôle. Très fran­che­ment, pour qui connaît ce type de machine, c’est assez facile de se bala­der dans les presets (oui, il y en a, Kemper a eu la décence de ne pas livrer une machine vide de sons pré-établis, ce qui aurait été un peu frus­trant !) et d’en modi­fier les para­mètres. Ce n’est pas ce qu’on aura vu de plus convi­vial, fun et bigarré (aucun picto­gramme, écran assez austère), mais on trouve vite ce que l’on veut, chaque bouton renvoie effec­ti­ve­ment à ce qu’évoque son nom, tout cela est très logique pour peu que l’on ait l’es­prit pratique. Une rapide lecture du court (mais classe !) manuel présent dans l’em­bal­lage suffit ample­ment à tout maîtri­ser. Commençons donc par explo­rer les sons de ce qui, pour l’ins­tant, ressemble à un simple concur­rent de l’Ele­ven rack (par exemple) : je branche la sortie « master » dans une tranche Neve en direct dans le ProTools, et c’est parti pour un tour d’ho­ri­zon.

La créa­ture s’éveille !

 

Exemple FX 1
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  • Exemple FX 100:06
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Kemper Profiling Amplifier

Jusqu’ici, pas de surprise, le niveau de qualité sonore est plutôt cohé­rent avec l’époque, le contrôle des effets séparé en une section « stomp » pré-simu­la­tion d’am­pli et en une autre section « effects », simu­lant plus une boucle d’ef­fet post-préam­pli, est vrai­ment simple et effi­cace à utili­ser. Les effets en eux mêmes sont de bonne facture, la venue ou non de la PDG (Police Du Goût) dépen­dra de l’uti­li­sa­tion que vous en ferez ! Mention spéciale pour certains effets fuzz vrai­ment chouettes (Cf. Exemple n°7) ! Les contrôles divers qui permettent d’ajus­ter le son de l’ « ampli » utilisé sont nombreux et assez origi­naux : on peut ainsi régler les attaques du média­tor (c’est presque un « effet spécial », mais c’est inté­res­sant), la clarté (rend un son plus net sans bais­ser le gain, éton­nant), le bias, l’état d’usure des « lampes virtuelles », une égali­sa­tion que je trouve assez rare­ment utile tant les sons « à plat » sont convain­cants, le type de baffle et un réglage « High or low shift » agis­sant sur la brillance du son (proba­ble­ment une simu­la­tion de dépla­ce­ment du micro virtuel sur le cône).  À noter : le réglage « charac­ter » agis­sant sur le son du baffle devra être manié avec déli­ca­tesse sans quoi votre son rappel­lera plus un gnou qui réprime un rot qu’un ampli de guitare !

Côté gale­rie d’ef­fets, on retrouve une pano­plie telle­ment clas­sique qu’il serait malvenu de s’at­tar­der dessus : over­drives, flan­gers, phasers, rotary, fuzz, delay, reverb, compres­sion, bref le lot habi­tuel. L’en­semble est assez réussi, bien qu’il reste très typé « effets numé­riques », avec ce petit filet de fréquences aiguës qui sont toujours à mon sens plutôt éner­vantes. Mais il y en a qui aiment, et dans le genre le Kemper se défend vrai­ment très bien !

Imita­ting life

Venons-en au fait, amis amateurs de l’étrange et du surna­tu­rel. Car tout cela est bien beau, mais jusqu’ici, à l’Ouest, rien de nouveau. La véri­table force de cette machine, c’est d’être capable de captu­rer le son et l’âme de vos amplis préfé­rés afin de n’em­barquer que leur avatar sur la route et de lais­ser vos précieux (et lourds) bijoux dans leurs écrins de satin au fond de votre studio/local/cave/cabane au fond du jardin/etc. 

Première consta­ta­tion : le proces­sus est désar­mant de simpli­cité, pour cela je tire mon chapeau aux concep­teurs qui se sont vrai­ment mis au service des utili­sa­teurs. Moins d’une minute suffit pour « cloner » le son d’un ampli ! Concrè­te­ment, on relie par un jack instru­ment la sortie « direct out » du Kemper vers l’en­trée de votre ampli, puis on place un micro devant le baffle que l’on envoie dans l’en­trée « return » du même Kemper. On appuie sur le bouton idoine, et c’est parti pour le show : 

Eh bien mes chers confrères, croyez-le ou non, mais ça marche de manière tota­le­ment décon­cer­tante. J’ai ainsi « profilé » 5 amplis diffé­rents (un Fender Bass­man 50 de 1971, un Marshall JCM 800 modi­fié par VHM, une Orange Tiny Terror et quelques bizar­re­ries du type Zvex Nano Head) et à chaque fois, si la réponse dyna­mique est légè­re­ment diffé­rente (on perd un peu de ce côté), le résul­tat est bluf­fant en termes de grain sonore, je vous laisse compa­rer les exemples. Le proces­sus se déroule en deux étapes : tout d’abord, le Kemper envoie de manière auto­nome divers sons dans l’am­pli (histoire de faire connais­sance avant de dévo­rer son âme, vous note­rez le savoir-vivre !), puis il est possible de jouer (bran­ché dans le Kemper, celui-ci trans­met­tant le signal de manière trans­pa­rente à l’am­pli) pour affi­ner le son. L’ex­pé­rience montre que cette étape nommée « refine » est assez impor­tante (Cf la compa­rai­son audio lors du profi­lage du mini-ampli), on récu­père géné­ra­le­ment de la matière sonore dans le bas. À ce sujet, il est à noter que le Kemper semble un peu plus peiner à repro­duire fidè­le­ment les amplis vrai­ment « spé » (type Zvex Nano Head), mais très fran­che­ment on ne lui en tien­dra pas rigueur. Le plus fou, c’est que l’on se surprend à imagi­ner des scéna­rios un peu plus osés : j’ai ainsi testé le fait de placer le micro non pas en proxi­mité, mais en « room » (j’ai remplacé le dyna­mique par un statique, ce qui m’a fait déplo­rer la présence d’une alimen­ta­tion +48v sur l’en­trée XLR du Kemper). Eh bien mes chers confrè­res… Cela marche aussi ! Partant de ce constat, les idées les plus folles enva­hissent l’es­prit, je vous laisse gamber­ger sur les possi­bi­li­tés !

 

Fender bass­man origi­nal
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  • Fender bass­man origi­nal00:09
  • Fender bass­man profi­ler00:10
  • Marshall JCM800 origi­nal00:09
  • Marshall JCM800 profi­ler00:08
  • Orange tiny terror origi­nal00:05
  • Orange tiny terror profi­ler00:06
  • Fender mini amp origi­nal00:08
  • Fender mini amp profi­ler sans refine00:08
  • Fender mini amp profi­ler avec refine00:08
  • Zvex nano head origi­nal00:05
  • Zvex nano head profi­ler00:06
  • Marshall JCM800 room origi­nal00:10
  • Marshall JCM800 room profi­ler00:09

 

Kemper Profiling Amplifier

Seule ombre au tableau, un proces­sus d’en­re­gis­tre­ment des profils ainsi créés un peu fasti­dieux, les updates à venir rendront peut-être cela un peu plus pratique et rapide. Il faut dire que l’on peut détailler et mettre en mémoire très préci­sé­ment toutes les infos sur l’opé­ra­tion de profi­lage : modèle, année et marque de l’am­pli, type de micro utilisé, nom du « profi­ler » et j’en passe. Car il faut savoir que le but avoué de l’équipe de Kemper est par la suite de créer une commu­nauté en ligne de « profi­lers » qui pour­ront s’échan­ger gratui­te­ment des modé­li­sa­tions : par exemple, Jean-Michel du 93 pourra ainsi profi­ter instan­ta­né­ment de la modé­li­sa­tion du Tray­nor Master Reverb de 72 que possède Bobby-Bob Mudflap, rési­dant dans l’Ohio… Cela semble magique sur le papier, mais reste à voir si cela génè­rera un vrai suivi des utili­sa­teurs. Un écueil de taille s’y oppose : l’obli­ga­tion d’uti­li­ser une clé USB spécia­le­ment forma­tée pour effec­tuer le trans­fert des sons vers un ordi­na­teur, ainsi que les updates de firm­wa­re… Pourquoi ne pas simple­ment relier le Kemper à l’or­di­na­teur par un câble USB sans passer par une clé dédiée ? Cela consti­tue à mon sens une manière d’opé­rer d’un autre âge (pas si éloi­gné, mais tout de même !), bien que je suppose qu’il y ait une foule de raisons tech­niques ayant poussé les concep­teurs à opter pour cette solu­tion. 

Verdict

Ceux qui me connaissent le savent, je suis un para­doxe sur pattes quand il s’agit de ce genre de machine infer­nale. Mon cœur me dit que le charme et la poésie infi­nie d’un véri­table ampli de qualité, vieux ou pas, avec ses imper­fec­tions et sa richesse sonore intrin­sèque, valent bien les quelques désa­gré­ments tech­niques inhé­rents aux équi­pe­ments analo­giques. D’un autre côté, le fort penchant scien­ti­fique fami­lial m’a fait très tôt apprendre à chérir la notion de progrès tech­no­lo­gique et d’in­no­va­tion car elle peut proje­ter l’es­prit humain dans de nouvelles dimen­sions créa­tives. Je vous donne­rai donc mon avis à la mode normande : le pari de Kemper a été ample­ment réussi, le système de profi­ling marche vrai­ment bien et les appli­ca­tions peuvent même donner des sons vrai­ment éton­nants pour peu que l’on essaie de profi­ler avec une confi­gu­ra­tion un peu origi­nale (modé­li­ser une vieille radio, un micro de room, etc.), mais… Ce n’est pas demain la veille que je reven­drai mes amplis, une copie reste une copie. Ceci étant dit, un sincère coup de chapeau à l’équipe qui a conçu cet engin, j’ai vrai­ment été bluffé, et le prix est vrai­ment raison­nable par rapport à l’in­no­va­tion qu’ap­porte ce produit ! Bravo !

Points forts
  • une machine au goût du jour en termes de son
  • une conception à toute épreuve
  • une véritable machine à cloner les amplis !
  • un look plutôt réussi
  • un prix très raisonnable
Points faibles
  • pas d’alimentation fantôme sur l’entrée XLR
  • un processus d’enregistrement des modèles créés fastidieux
  • un système de communication avec l’ordinateur vraiment « oldschool »

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