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L'HD de tous les possibles ?
9/10
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Dans notre sélection de casques "de référence", le HD 650 sort un peu du lot : plus onéreux, plus "HiFi" (d'après son fabricant)... Cependant, il a été progressivement reconnu, depuis son lancement en 2003, pour ses qualités en mixage, et est aujourd'hui souvent présent dans les milieux pros.

Test du casque HD 650 de Sennheiser : L'HD de tous les possibles ?

Ce mois-ci, nous ajou­tons à nos tests, qui d’ha­bi­tude suivent les sorties récentes, un passage en revue de six casques qui ont plus que fait leurs preuves : les indé­bou­lon­nables, les clas­siques, ceux que l’on trouve comme écoute de réfé­rence dans de nombreux studios, mais aussi dans d’autres domaines où la capta­tion sonore joue un rôle phare (radio, cinéma, TV, régie…). Il s’agit égale­ment de six réfé­rences qui font toujours partie des meilleures ventes chez leur construc­teur respec­tif, et cela plusieurs décen­nies après leur première produc­tion. Chacun d’entre eux est connu pour quelque aspect parti­cu­lier (confort, isola­tion, soli­dité, légè­re­té…). Certains tirent vers le « neutre » (si tant est que cette notion existe pour des trans­duc­teurs), d’autres sont fran­che­ment du côté de l’écoute « effet loupe ».

Certains de ces casques avaient fait l’objet d’un compa­ra­tif AF il y a main­te­nant… douze ans ! Main­te­nant que notre méthode de test s’est affi­née et que nous avons sous la main notre propre testeur, il nous a paru inté­res­sant d’éta­blir ces six tests « de base », auxquels tous nos lecteurs pour­ront se réfé­rer.

Et cette fois-ci, nous nous penchons sur le HD 650 de Senn­hei­ser

Présen­ta­tion/débal­lage

IMG 20230413 161412Préci­sons tout de suite : ce casque se trouve dans une caté­go­rie de prix supé­rieure par rapport aux autres casques « de réfé­rence » sélec­tion­nés pour cette série d’ar­ticles. Nous l’abor­dons donc avec de plus hautes exigences, et nous revien­drons dans la conclu­sion sur notre percep­tion de son rapport qualité-prix.

Spéci­fi­ca­tions

Le HD 650 est un casque de type circum-aural, ouvert, avec un trans­duc­teur dyna­mique. La taille du trans­duc­teur est de 42 mm.

Les spéci­fi­ca­tions annon­cées par le construc­teur sont les suivantes :

  • impé­dance : 300 ohms, donc il néces­site l’usage d’un ampli­fi­ca­teur
  • réponse en fréquence :  10 Hz -  41 kHz

IMG 20230413 162641Le casque a un câble droit de 3 mètres, bien malléable, et appa­rem­ment assez robuste. Le câble se termine d’un côté par une fiche jack TRS 6,35 mm, avec un adap­ta­teur TRS 3,5 mm (ce n’est pas commun). De l’autre, on trouve deux connec­tiques droite-gauche (une par oreillette). Avan­tage : un câble qui se détache auto­ma­tique­ment en cas de choc, sans tirer le casque avec lui (vers la gauche) puisque la tension est répar­tie entre les deux oreillettes. Un casque qui s’adapte égale­ment bien à toutes les instal­la­tions, puisque son câble, au centre de votre torse, peut aussi faci­le­ment se connec­ter vers un appa­reil sur votre droite ou votre gauche. Désa­van­tage : l’uti­li­sa­teur doit faire atten­tion, lorsqu’il branche le câble, à ne pas inver­ser droite et gauche.

Ques­tion robus­tesse, il se dégage du casque une impres­sion géné­rale de soli­dité : arceau en métal, grilles en métal et, comme nous le verrons juste en dessous lors du démon­tage, une struc­ture plas­tique bien renfor­cée, de manière à soli­di­fier les oreillettes. Seul bémol : les connec­tiques d’oreillettes, qui ne béné­fi­cient pas d’un système de fixa­tion câble/oreillette suffi­sam­ment solide (comme un système à baïon­nette, par exemple) et dont nous crai­gnons qu’elles déve­loppent des faux contacts à la longue.

Démon­table ?

Oui.

Comme d’ha­bi­tude, on commence en reti­rant les mousses : 

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On peut égale­ment ôter la grille arrière, simple­ment en faisant levier avec un petit outil :

IMG 20230413 161734

Au passage, on peut admi­rer le dessin de l’ar­ma­ture, qui a pour but de soli­di­fier la struc­ture rece­vant le trans­duc­teur, tout en suppor­tant la très fine toile en fibre métal­lique qui sépare l’avant et l’ar­rière du HP : 

IMG 20230413 162017

Le trans­duc­teur, quant à lui, peut tout simple­ment se déclip­ser : 

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Pour travailler plus confor­ta­ble­ment, il est possible de reti­rer complè­te­ment l’oreillette, en ôtant la petite join­ture au bout de l’ar­ceau : 

IMG 20230413 162241

Il suffit ensuite de tirer sur l’oreillette pour la déso­li­da­ri­ser. L’ab­sence de câble entre les deux oreillettes est alors un point posi­tif : 

IMG 20230413 162419

Il est égale­ment possible de reti­rer la mousse de l’ar­ceau, par la même opéra­tion : 

IMG 20230413 162314

Sur Inter­net, nous avons faci­le­ment trouvé :

  • câble de rechange
  • connec­tique d’oreillette de rechange
  • mousses d’oreillettes de rechange
  • mousses d’iso­la­tion de rechange
  • mousses d’ar­ceau de rechange

Confort

Excellent.

IMG 20230413 162157Mousses en velours, oreillettes très larges qui couvrent bien l’oreille et s’adaptent bien à la forme du crâne grâce à un système de pivot verti­cal (voir photo ci-contre), serrage pas trop fort… Le casque est très confor­table, même s’il ne s’agit pas du plus léger de notre ensemble de réfé­rence (260 grammes, plus léger que le ATH-M50x ou le DT 770 PRO, mais plus lourd que le HD-25, bien évidem­ment… Ensuite, on n’est pas dans la même caté­go­rie !).

Isola­tion

Il s’agit d’un casque ouvert, donc pas d’iso­la­tion à noter. Toute­fois, nous n’avons pas perçu trop de fuites vers l’ex­té­rieur, lors du bench­mark.

Trans­port

Déce­vant.

Avant 2019, le HD 650 était vendu dans une boîte en carton épais, avec une mousse dans laquelle venait parfai­te­ment se loger le casque. Aucune pochette de trans­port n’était four­nie mais la boîte, bien que grosse, pouvait être réuti­li­sée pour proté­ger le casque durant son trans­port.

Aujour­d’hui le casque est fourni dans une boîte en carton très fin, avec une simple découpe interne (dans le carton) pour main­te­nir l’ap­pa­reil en place, lui-même fourré dans un sac en plas­tique non fermé. Pas de pochette de protec­tion pour les trans­ports, et le casque ne se plie abso­lu­ment pas.

N.B. Il est possible d’ache­ter une mallette de trans­port chez d’autres four­nis­seurs que Senn­hei­ser.

Bench­mark

Voici donc le nouveau proto­­­cole de mesures objec­­­tives, mené par nos soins afin de complé­­­ter l’écoute subjec­­­tive. Avec l’aide précieuse de notre testeur EARS de MiniDSP, nous avons le plai­­­sir de pouvoir vous four­­­nir des courbes de réponse en fréquence et distor­­­sion, réali­­­sées dans notre atelier.

Réponse en fréquence : 

HD-650 FR

Voilà un casque plutôt linéaire, à l’ex­cep­tion de quelques bosses et creux : 

  • Accen­tua­tion entre 3 et 4 kHz, donc on s’at­tend à des voix bien mises en avant.
  • Creux impor­tant à 6 kHz, qui devrait là aussi s’en­tendre en mini­mi­sant l’agres­si­vité des aigus.
  • Second creux à 10 kHz
  • accen­tua­tion pronon­cée à 16 kHz, donc on peut s’at­tendre à un senti­ment « d’aé­ra­tion » dans les aigus.
  • Filtrage progres­sif du grave en dessous de 100 Hz, donc sûre­ment des basses pas trop pronon­cées, mais quand même présentes.

On remarque que la promesse du construc­teur de trans­duc­teurs appa­riés à 1 dB est presque tota­le­ment respec­tée, à l’ex­cep­tion d’une dévia­tion gauche-droite légè­re­ment plus forte (2 dB) à 10 kHz.

Distor­sion :

HD-650 DIST

La distor­sion mesu­rée est assez basse, prin­ci­pa­le­ment aux alen­tours de 0,2 %, jusqu’à 100 Hz. C’est le meilleur résul­tat obtenu dans toute cette série d’ar­ticles, le seul casque s’en appro­chant étant le ATH-M50x.

Écoute

Richard Hawley – Don’t Get Hung Up In Your Soul (sur True­lo­ve’s Gutter)

Une ballade acous­tique, avec beau­coup de réverbe et une diffé­rence de dyna­mique impor­tante entre la voix et la guitare. Tout de suite, on est frappé par la préci­sion dans l’aigu du casque : son du plectre qui touche la corde, arti­cu­la­tion de la voix… Le suivi des réverbes sur les diffé­rents instru­ments, et tout parti­cu­liè­re­ment sur la scie musi­cale, est tout simple­ment excel­lente. La contre­basse, parfois un peu brouillonne sur ce mix, est plutôt aidée par des graves pas trop souli­gnés.

Sun Kil Moon – Butch Lulla­bye (sur Common As Light And Love…)

Sur l’in­tro, on doit entendre à la fois les notes graves, les harmo­niques médiums ajou­tées par la distor­sion, l’at­taque légè­re­ment piquée des notes, tout en sépa­rant bien la grosse caisse qui sonne assez sèche et médium. Là aussi, on appré­cie la préci­sion du rendu du grave : le clavier-basse est bien séparé, dans son attaque, de la grosse caisse. Le timbre nasal de la voix n’est pas trop accen­tué, les arti­cu­la­tions et les plosives sont rendues de façon précise, sans être trop fati­gantes à l’oreille pour autant.

Massive Attack – Tear­drop (sur Mezza­nine)

Un titre avec beau­coup d’ex­trême grave, mais qui ne doit jamais masquer les nombreux détails dans le haut médium et l’aigu. L’ex­trême grave n’est pas tout à fait « là », mais il n’est pas remplacé, comme c’est parfois le cas, par une sorte de réso­nance bas-médium qui a tendance à brouiller le mix. Sur la voix, les sons en « S » du deuxième couplet ne sont pas surac­cen­tués (le pic à 16 kHz est compensé par le creux à 10 kHz, ça rend bien sûr ce genre de sono­ri­tés « agres­sives »). Le piano est très bien mis en valeur, avec une certaine richesse harmo­nique, grâce aux médiums bien linéaires et à la bosse à 3–4 kHz.

Char­lie Mingus – Solo Dancer (sur The Black Saint And The Sinner Lady)

Voilà un morceau avec beau­coup de souf­flants jouant dans des tessi­tures simi­laires : c’est très touffu et le but est d’es­sayer de discer­ner les timbres. Préci­sion des médiums : on est gâté avec ce casque, dont le profil plutôt calme dans le grave favo­rise la bonne lecture des harmo­nies sax alto/sax ténor/trom­pette/trom­bone. Le trom­bone-basse, lui, est moins lisible mais, à l’op­posé du spectre, les cymbales sont en avant… mais pas trop ! Heureu­se­ment, le casque ne fait défi­ni­ti­ve­ment pas trop d’ef­fet « loupe » dans l’aigu.

Edgar Varèse – Ioni­sa­tion (New York Phil­har­mo­nic, dir. Pierre Boulez)

Ici on cherche à juger de l’image stéréo et du suivi de la réver­bé­ra­tion natu­relle de la salle, qui joue sur l’im­pres­sion d’es­pace. L’écoute se fait entre 0:30 et 1:15 min. Comme on l’avait repéré dès le premier morceau, l’image stéréo, le suivi des réso­nances dans l’es­pace, sont vrai­ment rendus avec une grande acuité. Les percus­sions médiums ne sont pas en reste, et celles à large spectre (tam-tam, par exemple) sont retrans­crites avec une belle fidé­lité. On est aussi frappé par la puis­sance des écarts dyna­miques, avec des fff qui passent sans problème.

Conclu­sion

En conclu­sion, les seuls points néga­tifs concer­nant ce casque se concentrent sur le soin apporté à la dura­bi­lité du produit.

Au point de vue de la sono­rité, pour un casque de mix (en en connais­sant la RF pour pouvoir, selon ses besoins, ajou­ter une correc­tion) nous avons trouvé le HD 650 de très bonne facture, avec une grande préci­sion aussi bien dans le grave (pas trop accen­tuées, et c’est tant mieux) que dans le médium (très linéaire, et là aussi c’est tant mieux) et encore dans l’aigu (atten­tion aux quelques creux qui atté­nuent des aspects poten­tiel­le­ment agres­sifs, à bien garder en tête pour ne pas se trou­ver avec un mix trop flat­teur). Côté confort, là aussi rien à redire. Et le casque peut faci­le­ment se répa­rer !

Le seul point qui nous a vrai­ment fait tiquer, c’est donc cette impres­sion d’éco­no­mies « à la petite semaine » qui sont réali­sées sur l’em­bal­lage (bien infé­rieur à ce qui était fourni avant), sur la faci­lité du trans­port (pas de sac de protec­tion), et sur la dura­bi­lité des connec­tiques (peu sécu­ri­sées, l’usage régu­lier risque d’en­traî­ner des faux contacts). Si du point de vue « audio » le casque nous a semblé présen­ter les quali­tés que l’on peut espé­rer dans sa gamme de prix (très bon appai­rage des trans­duc­teurs, distor­sion basse), si sa construc­tion nous a paru adéquate (solide et démon­table à la fois), il nous semble toute­fois déce­vant de voir qu’un produit de cette qualité fasse l’objet de petites écono­mies qui en limi­te­ront l’usage ou la durée de fonc­tion­ne­ment. Reste un bon, voire un très bon casque, mais prévoyez d’en prendre soin par vous-mêmes…

9/10
Fabrication (?) : Irlande
Points forts
  • Confort
  • Robustesse générale
  • Modifiable et réparable
  • Distorsion basse
  • Grande précision/fidélité sonore
Points faibles
  • Connectiques d'oreillettes peu solides
  • Emballage fragile
  • Pas de pochette de transport
Auteur·rice de l’article
Pierre Caron(Pr. Soudure de La Feuille)
Rédacteur / réparateur en électronique

Venu à la musique par le bruit, j'y retournerai un jour. J'aime les beaux circuits bien propres, les musiques sales et moches. Technicien de jour, la nuit je dors.


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