test Le juste prix de la modélisation

Test du Roland JP-8080

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Moins de deux ans après le JP-8000, Roland porte au petit écran sa modélisation analogique. Comme toujours chez le constructeur, la version rack est boostée, moins chère, sans que l’ergonomie ne semble ici en souffrir. Vite, mon zappeur !

Décidément, 1998 sera un grand cru pour Roland, qui nous séduit par la diversité de ses nouvelles émissions, parmi lesquelles le DtD VS-1680, les dance machines MC-505, JX-305 et SP-808, ainsi que le module GM SC-880. Seuls les échantillonneurs purs et durs ont été un peu délaissés par le constructeur depuis quelques temps (en attendant le prochain S-itcom). Sur le segment des synthétiseurs à modélisation analogique, le JP-8000 et le Nord Lead se sont bien battus en leur temps et depuis, on compte de grosses pointures made in Europe tels que le Virus d’Access, le Nord Lead II de Clavia ou encore le Supernova de Novation. Avec le JP-8080, Roland entend renforcer sa présence sur un marché curieusement boudé par les autres constructeurs nippons (on omet l’AN1x de Yamaha avec beaucoup moins de contrôleurs ou le Z1 de Korg à modélisation physique bien plus sophistiquée). Dans un paysage audiovisuel jusque-là très serré en termes de performances et de tarifs (de 12.000 à 15.000F TTC), le JP affiche un prix agressif sous la barre des 10.000F TTC. Voyons quels sont les autres arguments de la machine pour emporter les faveurs des musiciens fondus de synthèse datant de l’ORTF. Antenne dans dix secondes !

Une Famille en Or

Roland JP-8080

Le JP-8080 fait partie d’une famille d’instruments qui allie à la fois convivialité et rapidité d’utilisation. Ceci est dû, en grande partie, à son astucieux format qui permet soit une utilisation en console, soit un montage en rack 19 pouces 6 unités (cornières amovibles fournies) et sa face avant, qui reprend de façon presque exhaustive l’ensemble des paramètres de la machine sous forme de 60 interrupteurs, 30 potentiomètres rotatifs et 12 curseurs pour les enveloppes. Merci Roland pour les potentiomètres crantés en leur centre lorsqu’ils sont liés à des valeurs bipolaires et les faders linéaires d’enveloppe. Par contre, les touches « compare » et « undo » ne font pas partie de la famille.

La roue de la fortune

La roue tourne dans le monde de la synthèse sonore et les nouvelles versions comportent toujours leur lot d’améliorations par rapport à leurs prédécesseurs. Le JP-8080 n’échappe pas à la règle ; voici un résumé des nouveautés par rapport au JP-8000 :

  • Modulateur de voix (filtre à formant)
  • Banque de filtres 12 bandes
  • Entrée stéréo externe pour la synthèse
  • 192 performances / 384 patches en Rom
  • Générateur de bruit sur l’oscillateur 2
  • « Motion Control » passé à 99 mesures
  • Interface pour carte Smartmedia
  • Midi : 2 entrées et 1 sortie (Out / Thru)
  • Effet distorsion ajouté dans le multi-effets
  • Mode « Unison » avec réglage de Detune

Au milieu de ce beau monde, un petit LCD rétro-éclairé 2 x 16 caractères affiche en direct le nom des programmes et la valeur du paramètre édité (moyennant une gymnastique rébarbative). Il est même possible, en actionnant les potentiomètres, de faire afficher la valeur stockée sans modifier le son. C’est bien, mais on aurait préféré avoir de base les deux valeurs affichées en même temps et une option, comme sur le Virus d’Access, évitant que le mouvement d’une commande ne fasse sauter immédiatement le paramètre sur sa position actuelle. La face arrière est beaucoup plus dépouillée, avec un trio Midi inédit (2 In et 1 Out, nous y reviendrons), une sortie et une entrée (merci !) stéréo sous forme de 4 jacks 6.35mm asymétriques, ainsi que la prise 3 broches pour cordon secteur (alimentation interne à détection de tension automatique). Astucieusement, Roland a placé les connecteurs très en retrait, ce qui permet de brancher les câbles sans qu’ils ne débordent du panneau arrière, comme sur le Microwave XT de Waldorf. Ainsi, en rack, la connectique ne vient pas occuper une unité supplémentaire. En résumé, le JP-8080 hérite des petits défauts d’édition du JP-8000 et on souhaite que Roland y remédie rapidement, ceux-ci étant essentiellement logiciels. Bref, une ergonomie presque parfaite (la prise casque est même à l’avant !) qui se traduit par une prise en main immédiate et un remarquable confort d’utilisation. Une belle famille !

Monte le son

Roland JP-8080

La mémoire sonore du JP-8080 est organisée en groupes contenant chacun 128 programmes et 64 performances. La machine comporte 3 groupes presets (Rom) et 1 groupe utilisateur (Ram), ainsi qu’une interface pour carte Smartmedia 2 Mo et 4 Mo dont les capacités de stockage sont respectivement 32 et 64 groupes : autrement dit, une carte 4 Mo pourra contenir le nombre astronomique de 8.192 programmes et 4.096 performances (on est loin des cartes 16K hors de prix capables de mémoriser un maximum de 32 programmes, sans parler des interfaces cassette).

Dans la liste des sons d’usine, « Chariots » est une performance « vangélisée » très évocatrice reprenant, en split, la basse répétitive arpégée et la nappe à ouverture de filtre. « Feedbacker Lead » est un solo de guitare au feedback accrocheur qui utilise avec brio la toute-puissance du premier oscillateur du JP et le morphing affecté à l’aftertouch. Pour les basses, rien de tel que « JP-303 » pour donner un peu d’acidité à un mix ou « Juno Sub Bass » pour réveiller des boomers endormis. Pour les amateurs de nappes, « String Machine » fait un usage intensif de la forme d’onde « supersaw » du premier oscillateur, tandis que « MKS80 Space » donne une idée de ce qu’est un son planant à souhait.

Enfin, les effets spéciaux spectaculaires ne sont pas en reste avec « AKS Sweep », effet digne d’un modulaire à apparition progressive, descente de pitch et ralentissement de LFO commandé par l’aftertouch. D’ailleurs, la Rom de la machine est bourrée d’imitations parfaites de vintages Roland, (Juno, Jupiter et autres TB) si bien que le JP-8080 risque fort de faire arrêter sur le champ ceux qui sont partis à la chasse aux trésors. Mais outre l’imitation des vintages de la marque, le JP se débrouille fort bien dans le clonage des (feus) concurrents, si l’on en croit « P5 Sync » ou « Matrix Sweep », mais un peu moins bien sur « Mini Bass », faute de punch. En fait, le JP-8080 est un champion des textures grasses, des nappes à balayage de filtre, des effets spéciaux et des solos à feedback. Les résultats de la modélisation analogique sont excellents, même si le punch de certains dinosaures semble avoir disparu avec eux. Tout de même, faux pas rêver !

Thalassa

Pour créer ses ondes et former de grosses vagues, le JP-8080 utilise une synthèse à modélisation analogique, c’est-à-dire une description mathématique des comportements électroniques des machines d’antan à ampli op, diodes et autres transistors. Mais les ingénieurs de Roland en ont profité pour rajouter des petites subtilités afin d’améliorer le concept. De ce fait, la génération sonore est basée sur deux oscillateurs dont le premier est capable de produire quatre formes d’ondes évoluées, en complément des habituelles pulse, rampe et triangle. La première, baptisée « supersaw », se compose de pas moins de 7 ondes en dent de scie. Il est possible de régler le niveau et le désaccord des 6 ondes secondaires par rapport à l’onde principale. 7 sur 7, voilà qui explique les excellents sons de strings très épais produits par la machine.

Roland JP-8080

La seconde, « triangle mod », est une onde triangulaire enrichie en harmoniques dont le contenu peut être modulé par le LFO1, capable de produire des sons aigres-doux. La troisième est un bruit qui peut passer par toutes les couleurs grâce à un filtre passe-bas résonant oscillant (statique) dédié. La quatrième et dernière, « oscillator feedback », est basée sur un contrôle harmonique et une réinjection de signal, afin d’imiter de façon très réaliste des leads accrocheurs de guitare distordue. Dans cette configuration, la machine fonctionne d’ailleurs en mode solo.

Pour être complet, notons que les formes d’onde rampe et triangle de l’oscillateur 1 disposent d’un réglage altérant leur contenu harmonique modulable par le LFO1. Enfin, l’oscillateur 2 dispose d’un générateur de bruit en plus des 3 ondes de base. Les deux oscillateurs peuvent ensuite être synchronisés, modulés en anneau ou en FM (« cross modulation » maison), ce qui permet, entre autres, d’obtenir des sons métalliques, des pianos électriques « piquants » ou des sons de cloche dissonants. Pour créer des tempêtes, le LFO1 (avec fade-in et 4 formes d’ondes) et l’enveloppe de pitch (deux segments avec réglage bipolaire) peuvent agir (hélas, ensemble) sur la hauteur des deux oscillateurs, sur l’oscillateur 2 ou sur la quantité de FM. Qualitativement, la modélisation des oscillateurs est une réussite, on sent la patte du marin expérimenté.

Télé Filtre

Le signal audio arrive alors dans un filtre multimode résonant capable d’entrer en oscillation lorsque la résonance est poussée à l’extrême (création d’une onde sinusoïdale). Celui-ci peut être configuré en passe-bas, passe-haut ou passe-bande, le tout en 12 ou 24dB par octave. Il manque à notre sens un mode à réjection de bande permettant de creuser le son et une pente de 18dB par octave pour ce grain acidulé typiquement TB-303. Ceci dit, le filtre est d’une efficacité redoutable et apporte au son un caractère vintage indéniable si l’on fait référence à l’immense panoplie de nappes planantes à la Jupiter et autres Prophet très réussies.

Pour faire évoluer le filtrage, le JP-8080 est doté d’une enveloppe dédiée ADSR agissant uniquement sur la fréquence de coupure avec modulation bipolaire. Comme toute ADSR, cette enveloppe est incapable de réaliser simultanément des modulations positives et négatives (il manque un second segment de niveau et de temps). De plus, on aurait également aimé pouvoir faire varier la résonance dans le temps, ce que l’architecture du JP-8080 ne permet pas, puisque le LFO1 agit lui aussi uniquement sur la fréquence de coupure du filtre. Par la suite, le signal ainsi filtré attaque l’étage d’amplification où l’attend l’enveloppe de volume ADSR et un réglage de panoramique. Ce dernier peut être soit statique (placement dans le champ stéréo), soit dynamique grâce au LFO1 (tremolo ou autopan). Là encore, on ne pourra pas faire évoluer indépendamment le niveau d’un oscillateur ou moduler (par exemple) le panoramique par le numéro de note Midi. Enfin, les ADSR sont un peu trop lentes à la détente, ce qui prive la machine d’avant-centre percutants capables de déborder sur les ailes. Autrement dit, le JP-8080 est plus à l’aise sur les terrains gras et larges que sur les terrains secs et étriqués. Carton jaune ! 

La Séquence du Spectateur

Roland JP-8080

Si l’architecture sonore du JP-8080 nous a semblé relativement figée, ce n’est par contre pas le cas des différents séquenceurs de la machine. Premier d’entre eux, l’arpégiateur, directement accessible depuis le panneau avant, se mémorise au niveau de la performance et peut affecter, au choix, l’un ou les deux programmes. Il peut agir de 1 à 4 octaves en modes haut, bas, haut & bas et aléatoire avec, si on le souhaite, un calage sur un des 90 « beat patterns » permettant d’agir sur la durée des notes et sur leur accent. Dans la liste, on trouve des battements bien carrés, des effets d’écho, de strumming de guitariste et de glissements de harpe. Bref, du très complet ! Pour ceux qui veulent lancer des riffs en direct, la fonction RPS permet d’enregistrer (en mémoire et sur une carte) 48 motifs rythmiques polyphoniques à déclencher depuis les touches d’un clavier Midi. Les phrases s’enregistrent sur 4 mesures maximum en overdub avec une polyphonie totale de 10 voix et une quantisation de 24bpqn. L’édition, très sommaire, se fait en temps réel en choisissant à la volée les notes à supprimer.

Passons maintenant au dernier et génial séquenceur, baptisé « Motion Control », permettant d’enregistrer dans 4 mémoires internes (8 sur carte) les mouvements de toutes les commandes du JP et de les appeler à tout moment. La reproduction peut soit se faire en boucle (de 1 à 8 mesures), soit en linéaire sur un très confortable maximum de 99 mesures. L’enregistrement s’effectue en temps réel uniquement, avec un métronome, l’entrée des mouvements se faisant 1 par 1 ou 50 par 50 si toute la salle s’y met. En fait, il n’y a pas de limite de simultanéité et le seul défaut du système est l’absence de fondu enchaîné pour les séquences jouées en boucle. Quoi qu’il en soit, on peut, grâce aux « Motions », se fabriquer des sons évolutifs monstrueux bien plus puissants que sur un modulaire, car sur le JP, ce sont nos doigts et notre cerveau qui font office de patchcords. On pardonne alors immédiatement l’architecture sonore relativement figée et on se prend à rêver de « Motions » mémorisées au sein d’un programme, ce que permettra peut-être le JP-808080 en 2020. Bref, d’ici là, notre JP est doté de séquences qui invitent le spectateur à se lever de son siège pour la standing ovation de la dernière séance !

Audio Gag

Pour s’amuser seul ou en famille avec le signal audio avant qu’il ne sorte pour rejoindre ses amis sur une tranche de la console, le JP-8080 met à notre portée une série impressionnante de modules de traitements. Commençons par les processeurs d’effets incarnés sous les formes d’un égaliseur simple à deux bandes (grave et aiguë), d’un multi-effets (chorus, flanger et autres effets d’ensemble à LFO synchronisable ainsi que distorsion) et d’un délai stéréo de 1,25 seconde maximum lui aussi capable de se synchroniser en Midi. A noter que le multi-effets, quoique de bonne qualité, n’a rien à voir avec ce que l’on trouve habituellement chez Roland, puisqu’il est entièrement preset, sans aucun paramètre programmable. De plus, l’ordre série des effets n’est pas modifiable, ce qui en limite l’utilisation.

Roland JP-8080

Passons maintenant au morphing, capable de passer progressivement entre deux sons programmés, soit par la vélocité et par deux contrôleurs Midi à définir. Là encore, la souplesse du JP-8080 est imbattable, et va bien au-delà du « bête » contrôle de la résonance ou du volume par la vélocité, puisque le morphing, avec ses trois courbes de réponse, est mémorisé au niveau du programme, magnifique ! Pour continuer, le JP-8080 dispose de deux entrées audio, capables d’envoyer un signal externe au travers de ses filtres et enveloppes, en le substituant aux oscillateurs 2 dans chaque programme d’une performance. 

Mais le clou du spectacle, c’est le modulateur de voix qui, en conjonction avec les entrées audio externes, va pouvoir fonctionner comme un vocodeur numérique 12 bandes ou jouer le rôle d’une banque de filtres avec 12 unités passe-bande. Allez, suite au prochain épisode !

Nulle part ailleurs

Pour le prix de deux voix de polyphonie (ça n’est pas cher !), le JP se met à vocoder, c’est à dire à analyser un signal (voix humaine, boîte à rythmes...) en le découpant en 12 bandes de fréquence, pour aller moduler un signal de synthèse (riche en harmoniques, comme une rampe) suivant les amplitudes obtenues sur chaque bande. A nous les strings qui parlent et le bruit blanc qui chuchote ! Pour le signal de synthèse, rien n’empêche de remplacer le signal externe par l’un ou les deux programmes internes de la performance en cours, puisque c’est à ce niveau que les réglages du modulateur de voix sont mémorisés. Pour un minimum de contrôle, le JP est équipé d’une porte à seuil réglable et de niveaux de volume pour les signaux d’entrée. Afin de ne dérouter personne, Roland a eu l’excellente idée d’inclure 6 présélections pour le vocodeur et 2 pour la banque de filtres. Applications : on branche le micro dans l’entrée idoine (avec préampli !) , on appelle le preset Robot et hop, on pousse un petit Kraftwerk ; ou encore, on entre sa boîte à rythmes, on choisit le preset « Breakbeat » et voilà, on sort immédiatement des rythmiques battues.

Pour ceux qui n’ont pas peur de se salir, il faut commencer par choisir parmi 3 algorithmes de vocodeur (« solid » pour une réponse raide, « smooth » pour plus de douceur et « wide » pour une bande de fréquence élargie) ou 2 algorithmes de banques de filtres (« wide » à large bande et « narrow » à bande plus étroite). Ensuite, il reste à régler les 12 bandes grâce aux 12 curseurs d’enveloppes du panneau avant, le mix signal direct / vocodé et la résonance des 12 filtres. Fin du fin, le modulateur de voix dispose d’un multi-effets et d’un délai calqués sur ceux de la section principale d’effets. Et pour clore le chapitre, on va pouvoir affecter aux 2 contrôleurs du panneau avant 2 paramètres parmi 26, dont la résonance des 12 filtres, le panoramique, le délai ou encore le seuil de déclenchement de la porte. Magnifique !

Enfin, cerise sur le gâteau, le JP-8080 nous permet d’utiliser notre propre voix comme contrôleur de morphing entre deux profils de paramètres. La détection est optimisée pour le « a », autrement dit, on pourra « morpher » un piano électrique en strings en prononçant « aiaiai », hilarant ! La qualité est surprenante, l’intelligibilité très correcte avec une détection voyelle / consonne parfaite et une excellente restitution des sifflantes. Même en poussant à fond la 12e bande, pas le moindre larsen en vue. Roland a vraiment fait fort sur ce point et on applaudit de toutes nos cordes vocales ce vocodeur numérique programmable d’excellente facture et ses facultés inédites de pilotage par la voix. 

Le Cercle de Midi

Roland JP-8080

Nous avons salué le large panneau de commandes du JP-8080, que Roland a eu l’excellente idée de ne pas réduire à la taille d’un timbre-poste lors de la mise en rack. Le mieux, c’est que toutes les commandes sont capables d’émettre et de recevoir un contrôleur Midi, si bien que l’on pourra très facilement programmer des évolutions sonores complexes et les éditer sur un séquenceur externe. De plus, voilà un moyen supplémentaire de contourner les limites de l’architecture sonore figée de la machine, pour peu que l’on accepte de renoncer au temps réel. Bref, le JP-8080 se distingue par une expression directe de ses commandes.

Une bonne nouvelle ne venant jamais seule, la vitesse du LFO, le temps de délai, le LFO du multi-effets et le délai du modulateur de voix peuvent être synchronisés en Midi, avec une résolution du 16e de mesure à 8 mesures en passant par les triolets et notes pointées ; tout ceci en plus de l’arpégiateur, des RPS et des Motions. Une nouvelle qui ravira les amateurs de techno et autres musiques où la synchro est un culte qui se sème comme des graines de star pour récolter le tempo.

Enfin, nous ne refermerons pas le cercle sans dire un petit mot sur le curieux trio Midi du panneau arrière constitué de deux entrées et une sortie. En fait, l’entrée baptisée « remote keyboard in » permet de contrôler l’arpégiateur et les RPS alors que l’autre ne le permet pas. Eh oui, voici le premier synthé bi-timbral de l’histoire avec deux entrées Midi ; c’est incroyable mais vrai ! Quant à la sortie, elle peut être commutée en Thru, ce qui est la moindre des choses. En tout cas, le JP-8080 fait partie du cercle fermé des synthétiseurs qui ne cherchent pas Midi à quatorze heures ! 

ۂa se Discute

Fortement inspiré du  Jupiter 8 et capable d’en reproduire le comportement avec brio, le JP-8080 hérite également des limites de son modèle. Pour commencer, le LFO2 est une simple modulation triangulaire commandée par la molette et agissant sur le pitch, la fréquence de coupure du filtre et le volume global, avec profondeurs bipolaires indépendantes. Ensuite, l’architecture de la machine est figée : en effet, plutôt que de doter son synthétiseur d’une modulation matricielle comme sur le Supernova de Novation, Roland a choisi de connecter les modules entre eux une fois pour toutes. Rien de tel pour comprendre facilement le parcours et le traitement du signal, mais la souplesse de la machine s’en trouve considérablement réduite. Ainsi, certaines sonorités sont impossibles à réaliser sans consommer une des quatre « Motions », tels des bruitages avec LFOs à apparition et vitesse progressives ou encore des balayages de résonance de filtre.

Roland JP-8080

Enfin, le JP est seulement bi-timbral, c’est-à-dire qu’en mode performance, seuls deux programmes pourront être assemblés (en split ou en dual). Pire, l’assignation entre les deux n’est même pas dynamique, il faudra déterminer à l’avance dans chaque performance la réserve de voix pour chaque son. Sous cet angle tout de même, l’imitation poussée à l’extrême de vieilles bécanes est discutable et on est en droit de se demander pourquoi le constructeur n’a pas profité de la technologie de cette fin de siècle pour surmonter certains écueils de la machine originelle (voire certaines limites, mises en avant dans la presse sérieuse, de son propre JP-8000). Bref, de quoi avoir la fureur !

Le Bigdil

Le JP-8080 évolue dans un marché très convoité, avec peu de chaînes de télévision mais une qualité d’émission très élevée. Sur certains critères, il souffre un peu en comparaison de la concurrence : un peu moins de polyphonie, des possibilités limitées de modulation directe et une multitimbralité réduite. Par contre, il n’a rien à envier à ses ennemis dans d’autres domaines : l’ergonomie est excellente, les possibilités de traitement d’un signal audio externe sont bienvenues, le vocodeur est un must, la surface de contrôle est parfaitement dimensionnée, les fonctionnalités Midi sont développées et, non des moindres, la modélisation analogique est réussie. De plus, et c’est un argument de poids au moment des comptes, il affiche un prix imbattable.

Assurément, le JP-8080 s’adresse aux musiciens qui souhaitent ajouter à leur arsenal un bon complément capable de reproduire le son d’antan sans se ruiner et sans se prendre la tête, en y ajoutant leur voix comme outil de création. Nous le conseillons même aux débutants qui entendent s’attaquer à la synthèse en comprenant ce qu'il se passe, sans décodeur, tout en passant de sacrées soirées, tant ses vertus pédagogiques semblent indéniables. De plus, le manuel très bien fait se termine par des exemples graphiques pour se fabriquer les principaux sons usités. Bref, une bonne émission de prime-time diffusée en clair et réalisée sans budget hollywoodien. A regarder de très près ! 

Questions pour un champion

Synthèse soustractive : technique consistant à couper des harmoniques au sein d’une forme d’onde au moyen d’un filtre, à la manière d’un sculpteur. On partira de préférence d’une onde au contenu harmonique riche, telle une dent de scie (rampe). 

Onde sinus : onde ne contenant qu’une fréquence (sa propre fondamentale), ce qui n’en fait pas un sujet de choix pour la synthèse soustractive, mais plutôt pour la synthèse additive (addition de différentes fréquences) ou la FM (multiplication). 

Onde dent de scie : onde contenant des multiples (entiers) de sa fréquence fondamentale, à amplitude inversement proportionnelle à leur coefficient multiplicateur. La richesse du timbre obtenu en fait le candidat de choix au filtrage intense. 

Onde pulse : onde ne contenant que les multiples pairs de sa fréquence fondamentale. Moins riche et plus pâle qu’une rampe, la modulation de la largeur de ses impulsions (balayage des harmoniques) par un LFO lui redonnera de bonnes couleurs.

Points forts Points faibles
  • Prix attractif
  • Modélisation de qualité
  • Ergonomie réussie
  • Boutons et potentiomètres
  • Capacités de morphing
  • Polyphonie accrue
  • Interface Smartmedia
  • Traitement d’un signal externe
  • Vocodeur programmable 12 bandes
  • Midi très développé
  • Architecture figée
  • Seulement bi-timbral
  • Jeux à « saut de boutons »
  • Souplesse limitée des effets
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