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Moog Music Taurus 3 Bass Pedals
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Test du Moog Taurus 3 Bass Pedals

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Le pied total

25 ans après la sortie de la Taurus, Moog Music ressuscite la mythique pédale basse, responsable de la mise sur orbite d’une grande quantité de gamelles de HP mal fixées à leur caisson. Au-delà du son, ont-ils réussi à conserver l’âme si particulière de l’ancêtre tout en lui ajoutant des éléments au goût du jour ?

En 1976, sous la houlette de Bob Moog, Dave Luce déve­loppe une pédale basse autour du VCF du module 904A. Objec­tif, permettre aux musi­ciens d’ajou­ter des sons de basse à leur perfor­mance tout en conser­vant les mains libres pour leur instru­ment (synthés, guitares, basses…). La Taurus connaît alors un franc succès auprès des groupes de rock progres­sif jusqu’au début des années 80. Elle doit ce succès à la fois au son gras et précis qu’elle produit, mais aussi dans l’émo­tion qu’elle procure. C’est un véri­table instru­ment qu’il faut avoir joué sur une sono adéquate pour le comprendre : ça passe par les tripes ! Carros­sée dans une lourde boîte en bois et alu, elle offre un péda­lier 1 octave, 3 programmes fixes et un compar­ti­ment central avec des faders pour program­mer le 4e son utili­sa­teur. Plus tard, une Taurus 2 voit le jour, sous forme de module et péda­lier scin­dés, mais sans l’âme origi­nelle. C’est fin 2009, après des années de pres­sion d’afi­cio­na­dos déses­pé­rés, que Moog Music décide de réédi­ter la bête. Mise sur le marché courant 2010, la Taurus 3 a déjà séduit presque un millier de fans, à tel point que la produc­tion initia­le­ment prévue de 1000 modèles a été éten­due à 1500. Voyons en détail les raisons de ce succès…

 

Envie de jouer

Moog Taurus 3

 

Digne héri­tière de son ancêtre, la Taurus 3 est une solide pédale basse 13 touches faite d’alu, d’acier et de bois, conçue et produite à la main chez Moog Music. L’objet est magni­fique et le soin de fabri­ca­tion exem­plaire, ce qui établit immé­dia­te­ment une rela­tion de confiance entre le musi­cien et l’ins­tru­ment. Les 20 kg néces­sitent d’avoir une muscu­la­ture consé­quente ou un roadie dévoué sous la main (ou le pied). Un flight case s’im­pose, ce qui alour­dit le colis ! Le panneau avant est idéa­le­ment incliné, que ce soit pour le place­ment au sol ou sur une table (solide). Le LCD bleu flashy 2 × 16 carac­tères, les boutons ronds / carrés multi­co­lores, le profil boisé et le galbe du panneau arrière rappellent indé­nia­ble­ment le Little Phatty. On doit ce look très réussi à Axel Hart­mann (Monsieur Neuron, aussi auteur du design des Waldorf Wave / Q et de l’Ale­sis Andro­meda). La compa­rai­son au Little Phatty s’ar­rête là, puisque l’élec­tro­nique interne en est tota­le­ment diffé­rente.

 

 

Moog Taurus 3

La prise en main est rapide : à gauche du panneau avant, on trouve la section de commande (LCD, touches de mode / navi­ga­tion et enco­deur sans fin) proté­gée d’éven­tuels coups de pieds par une barre en inox. Vient ensuite la section de program­ma­tion, compo­sée de 9 boutons à 2 fonc­tions que l’on commute avec un 10e bouton séparé. Pour chan­ger un para­mètre, on appelle par l’un de ces boutons et on le modi­fie à l’aide de la grosse molette de droite. Cette dernière est un petit bijou d’er­go­no­mie. Elle offre une résis­tance aux mouve­ments idéale (rappe­lons qu’elle est desti­née à être jouée au pied), bien plus ergo­no­mique que les gros faders linéaires de la Taurus d’ori­gine. De plus, elle est rétroé­clai­rée et sa posi­tion physique est repé­rée par une petite diode hori­zon­tale, idéal pour les ambiances obscures au ras du sol. Enfin, une rangée « verti­cale » de 15 diodes permet de visua­li­ser la valeur stockée quand on change de para­mètre à éditer. Comme celle-ci ne corres­pond pas forcé­ment à la posi­tion physique de la molette, Moog a astu­cieu­se­ment prévu les modes de réponse « saut » ou « seuil ». Cette molette a un alter ego tout à gauche, dédié au volume (concep­tion iden­tique, mais sans rangée de LED). Toutes ces commandes répondent de manière très fluide, la réso­lu­tion se faisant sur 12 bits (4096 valeurs). Il existe même un mode Midi en 14 bits pour les plus tatillons.

 

Moog Taurus 3

La partie infé­rieure du panneau avant renferme 9 inter­rup­teurs au pied pour le jeu live : chan­ge­ment de programme (13 banques de 4), trans­po­si­tion, le glide, le déclin d’en­ve­loppe et le chan­ge­ment d’oc­tave. Le clavier offre 13 pédales sensibles à la vélo­cité de jeu. Le para­mètre est pour le moment unique­ment émis en Midi, mais Moog a prévu d’ajou­ter des desti­na­tions internes dans un prochain OS (1.13 testé). La réponse au jeu est superbe, en dépit d’un angle assez prononcé par rapport à l’ho­ri­zon­tale, plus fort que la Taurus d’ori­gine. Une qualité de jeu indé­niable se dégage de l’ins­tru­ment, où tout semble avoir été véri­ta­ble­ment prévu pour se passer des mains. La connec­tique est regrou­pée sur le panneau gauche : inter­rup­teur marche / arrêt, prise 3 broches pour cordon secteur (alimen­ta­tion interne auto­ma­tique), 2 sorties audio mono (impé­dances haute et basse), 4 entrées de modu­la­tion (CV Pitch en V/Octave, CV volume, CV filtre et Gate), entrée / sortie Midi et prise USB-Midi. Seule ombre au tableau, l’ab­sence d’en­trée audio pour béné­fi­cier du filtre de la machine.

 

La grosse claque !

Taurus VS Taurus 3

 


C’est grâce à Olivier « Olis­wax », membre AF, bassiste et heureux proprié­taire d’une Taurus de 1979 parfai­te­ment cali­brée, que nous avons pu faire ce quiz / compa­ra­tif sonore. Olis­wax est fan de Police et, bassiste oblige, de Sting en parti­cu­lier. Comme le Maître, il ne part pas sur scène sans sa Taurus, son Mini­moog et sa basse Ibanez fret­less… Merci à lui pour cette coopé­ra­tion et son énorme ampli basse qui a fait passer la Lorraine en zone para­sis­mique, potard à 3 sur une échelle de 10 !

Pour ce petit quiz, nous avons demandé à Olivier de faire des pieds et des mains, en jouant tour à tour les 3 Presets de sa Taurus et ceux de la Taurus 3. OK, mais dans quel ordre ? Le premier exemple est le son « Taurus » bien gras filtre à moitié ouvert, Decay long et oscil­la­teurs en quasi phasing. L’exemple audio est coupé en 2 parties d’égale durée : les 2 Taurus sont jouées tour à tour, mais laquelle en premier ? Le deuxième exemple reprend le Preset « Tuba », filtre fermé et Decay moyen. En tout, 4 séquences s’en­chaînent, mais a-t-on alterné ou pas les 2 Taurus ? Si le son est gras dans les deux cas, on perçoit toute­fois de petites dispa­ri­tés dans la couleur du filtre fermé. Enfin le troi­sième exemple (notre préféré), reprend le Preset « Bass ». Celui-là on l’aime tout parti­cu­liè­re­ment, car il permet d’ap­pré­cier les VCO qui flangent (ce sont des dents-de-scie, mais on dirait presque des impul­sions à largeur modu­lée), le grain du filtre en Decay court et le boost du VCA. Là encore, 4 séquences quasi iden­tiques s’en­chaînent, mais dans quel ordre les Taurus sont-elles jouées ? Les réponses à ces ques­tions seront données dans le forum lorsque suffi­sam­ment de membres auront tenté leur chan­ce… Allez hop, faites vos jeux !

 

La Taurus offrait 3 Presets et un programme « variable » pour l’uti­li­sa­teur. La Taurus 3 passe à 52 programmes internes dont 4 Presets fixes. Le premier, « Taurus III », est un son origi­nal, mais les 3 suivants (« Taurus », « Tuba », « Bass »), reprennent à l’iden­tique ceux de la Taurus : les exemples audio permettent de se forger une idée sur la qualité de repro­duc­tion de l’ori­gi­nelle. Pour ceux qui aiment les compa­ra­tifs et les devi­nettes, les 3 Presets d’ori­gine ont été joués sur les 2 bécanes (cf. enca­dré pour les résul­tats). L’exa­men des programmes usine donne immé­dia­te­ment la banane, puisqu’on retrouve ce son à la fois gras, puis­sant et précis. Là où la plupart des synthés s’épar­pillent ou perdent en inten­sité, la Taurus 3 est toujours là, pesante sans être lourde, avec cette satu­ra­tion natu­relle et ce pic de niveau grave si carac­té­ris­tique. Pas besoin de Sub VCO pour épais­sir le son !

 

En rédui­sant le batte­ment des VCO (sorte de detune), on obtient des basses toujours bien consis­tantes, sans effet de suppres­sion de phase comme cela se produit sur 99% des synthés. Nous verrons pourquoi plus tard… En tripo­tant le filtre, on obtient des satu­ra­tions très subtiles, liése au niveau élevé des VCO qui y entrent, faisant partie de l’al­chi­mie de la Taurus. La réso­nance est oscil­lante, comme sur le filtre Moog 4 pôles à échelle. Pour faci­li­ter le tran­sit intes­ti­nal, rien de tel que de bascu­ler à l’oc­tave infé­rieure, mais gare aux gamelles !

 

Moog Taurus 3
Moog Taurus 3
Moog Taurus 3
Moog Taurus 3

 

 

Taurus 3 – son – Quiz kieki 2 Preset Taurus
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  • Taurus 3 – son – Quiz kieki 2 Preset Taurus01:01
  • Taurus 3 – son – Quiz kieki 4 Preset Bass00:35
  • Taurus 3 – son – Quiz kieki 3 Preset Tuba00:34

 

 

En Hertz par volt

Moog Taurus 3

La Taurus 3 reprend le même design des compo­sants élec­tro­niques que son aînée, donc répé­tons-le pour que ce soit clair, vrai­ment rien à voir avec le Little Phatty.  À commen­cer par les VCO qui travaillent en Hz/V, comme sur la Taurus, et non en V/Octave. En Hz/V, la rela­tion entre la fréquence et le CV est linéaire (lorsqu’on monte d’une octave, la fréquence et la tension sont doublées) ; en V/Octave, lorsqu’on augmente d’une octave, on double la fréquence, mais on ajoute 1 Volt à la tension. Les signaux doivent être conver­tis par un compo­sant qui néces­site de chauf­fer pour se stabi­li­ser sur une tessi­ture éten­due. En Hz/V, ce compo­sant n’existe pas, ce qui permet d’avoir tout de suite une très bonne stabi­lité des oscil­la­teurs. Revers de la médaille, cette concep­tion limite toute­fois la fréquence maxi­male que la machine peut offrir au DO3, mais ceci ne pose aucun problème vu l’uti­li­sa­tion « basse ».

 

Tout comme son ancêtre, la Taurus 3 offre 2 VCO simples avec ondes dent de scie. Donc pas de carré, triangles et autres impul­sions si communes aux synthés clas­siques, ce qui n’est au final pas trop gênant dans les graves. Il n’y a pas non plus d’in­ter­ac­tion possible entre les VCO, de type synchro ou modu­la­tion en anneau, c’est bien dommage ! Les VCO, qui travaillent sur une plage de 5 octaves, peuvent être désac­cor­dés grâce à un réglage fin de batte­ment. Comme nous l’avons dit, la concep­tion des VCO est telle qu’il n’y a aucun effet de suppres­sion de phase lorsqu’on approche les fréquences, ce qui permet ce son grave très précis assez unique. Un para­mètre de glide permet d’ajou­ter du porta­mento entre les notes, pour donner davan­tage de carac­tère aux attaques de basses.

 

904A inside

Moog Taurus 3

À la sortie des VCO, le son est subti­le­ment mixé et attaque le VCF à des tensions très élevées. L’ob­ser­va­tion à l’os­cil­lo­scope fait appa­raître un écrê­tage très net dans l’onde dent de scie, syno­nyme de distor­sion, qui a pour effet d’ac­cen­tuer la fonda­men­tale et d’ame­ner une compres­sion natu­relle sans satu­rer le filtre. Ce dernier est à l’ori­gine une copie du filtre 904A présent sur les modu­laires Moog. Il s’agit du filtre passe-bas 4 pôles à échelle clas­sique qui a fait la répu­ta­tion de la marque. Ce filtre, dont la coupure couvre la plage 20 Hz – 20 kHz, offre la parti­cu­la­rité d’al­ler jusqu’à l’auto-oscil­la­tion de la réso­nance sans effon­dre­ment du volume.

 

On en recon­naît le grain typique dans les exemples audio joints. Nous avons tout parti­cu­liè­re­ment appré­cié la réponse ultra fluide de la coupure, grâce au codage 12 bits, comme c’est le cas pour tous les para­mètres « conti­nus ». Pour régler rapi­de­ment les 4096 valeurs possibles, mieux vaut utili­ser la molette de droite que l’en­co­deur sous l’écran, ce dernier étant à réser­ver pour les réglages fins (à moins de vouloir amélio­rer sa force de frappe au Baby­foot, encore une histoire de gamel­les…). À la satu­ra­tion natu­relle du filtre qui permet d’avoir un son bien gras s’ajoute un couplage très judi­cieux VCF / VCA qui renforce le bas du spectre à 20 Hz et le rend bien consis­tant.

 

Taurus 3 – son – Bass Sweep
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  • Taurus 3 – son – Bass Sweep00:20
  • Taurus 3 – son – Bass Octave00:10
  • Taurus 3 – son – Bass Fret­less00:14
  • Taurus 3 – son – Bass et JP-8 stabs00:21
  • Taurus 3 – son – Bass Q100:13
  • Taurus 3 – son – Bass Q200:14
  • Taurus 3 – son – Bass Q300:18
  • Taurus 3 – son – Bass Q400:14
  • Taurus 3 – son – Bass et JP-8 pad00:22

 

Modu­la­tions limi­tées

 

Moog Taurus 3

Tout comme son modèle, la Taurus 3 offre 2 enve­loppes très simples affec­tées dans le dur. La première, de type AD, est dédiée à la coupure du filtre. L’at­taque varie de 5 ms à 560 ms. Mais le Decay ne commence qu’à 50 ms (et jusqu’à 2,8 secondes), ce qui ne permet pas de faire des basses claquantes avec Decay ultra court. Dommage, mais c’est comme cela qu’était conçue la Taurus… Autre limite embar­ras­sante, le fait que la modu­la­tion de la coupure de filtre ne soit pas bipo­laire. Le segment de Decay fonc­tionne égale­ment pendant le relâ­che­ment de note, avec la même valeur. Pour le volume, on a le droit à une enve­loppe de type impul­sion (ASD). Les segments de temps ont les mêmes plages que ceux de l’en­ve­loppe de filtre, donc ce n’est pas non plus du très rapide en Decay. Ce Decay est en réalité un Release, Moog ayant souhaité conser­ver l’ap­pel­la­tion d’ori­gine. Et pour le Pitch alors ? Il faudra se conten­ter du Glide pour faire varier la hauteur dans le temps. Cela aurait été d’au­tant plus domma­geable si on avait pu synchro­ni­ser les VCO…

 

Mais la Taurus 3 n’est pas qu’une simple copie de l’ori­gi­nelle. En effet, outre les mémoires utili­sa­teur et la connec­tique moderne, les concep­teurs ont décidé de lui adjoindre des outils de modu­la­tion. À commen­cer par un LFO, dont la plage de fréquence varie de 0,01 Hz à 100 Hz (niveau audio). Celle-ci peut être synchro­ni­sée à la vitesse à l’hor­loge Midi suivant diffé­rentes divi­sions tempo­relles. Le départ du cycle peut être synchro­nisé à l’en­fon­ce­ment de touche ; il manque cepen­dant un para­mètre de délai d’ap­pa­ri­tion. Les formes d’ondes sont très basiques (carrée, triangle, rampe et dent de scie), mais où est passée l’onde aléa­toire ? Les desti­na­tions sont limi­tées au pitch et au VCF, donc rien pour le VCA. Pour termi­ner, la Taurus 3 offre un arpé­gia­teur très bien pensé, puisqu’uti­li­sable avec les pieds. Outre les diffé­rents modes de jeu (en boucle, alterné, une seule fois), on trouve des para­mètres de plage d’oc­tave et de Latch. Mais comment fait-on des patterns avec les pieds sans se casser la figure quand on est debout ? C’est là que les gens de Moog ont été astu­cieux, puisqu’on peut enclen­cher un mode où les notes jouées viennent s’ajou­ter au pattern en cours, bien vu ! Le tempo de l’ar­pé­gia­teur est synchro­ni­sable à l’hor­loge interne / Midi. Un petit module bien fichu qui permet de faire un tas de trucs inté­res­sants les doigts dans le nez !

 

 

Taurus 3 – son – Lead 1
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  • Taurus 3 – son – Lead 100:12
  • Taurus 3 – son – Lead 200:16
  • Taurus 3 – son – Lead 300:20
  • Taurus 3 – son – Lead Glide00:22
  • Taurus 3 – son – Arp100:16
  • Taurus 3 – son – Arp200:12
  • Taurus 3 – son – Drums Sub Punch00:09
  • Taurus 3 – son – 1 Preset Taurus III00:22
  • Taurus 3 – son – 2 Preset Taurus00:22
  • Taurus 3 – son – 3 Preset Tuba00:11
  • Taurus 3 – son – 4 Preset Bass00:13

Conclu­sion

 

Pari réussi pour Moog qui parvient à faire renaître l’âme de la Taurus en y gref­fant des carac­té­ris­tiques contem­po­raines. Le son typique gras et consis­tant est bien au rendez-vous, avec cette belle bosse dans les infra graves. Le plai­sir de jeu est immense et cela commande dès le premier regard posé sur l’ins­tru­ment. L’in­ter­façage avec le monde d’aujour­d’hui et d’hier est assuré. Évidem­ment, on aurait souhaité que Moog offre plus de possi­bi­li­tés de modu­la­tions, des VCO / VCF plus versa­tiles et surtout une entrée audio vers ce dernier. Mais tout cela aurait peut-être été au détri­ment de l’es­prit Taurus. En tout cas, voici un objet magni­fique, un instru­ment unique, qui procure un plai­sir immense de la tête au pied !

 

 

Moog Taurus 3 Team

Photo de l’équipe qui a conçu la Taurus 3

De gauche à droite : Cyril Lance, Mike Adams, Amos Gaynes, Steve Dunning­ton et Rick Shaich.

 

 

Inter­view

Pour en savoir plus sur la genèse de cette machine excep­tion­nelle, nous avons inter­viewé l’en­semble de l’équipe qui a déve­loppé la Taurus 3 : Mike Adams (Président de Moog Music), Cyril Lance (ingé­nieur en chef), Amos Gaynes (ingé­nieur d’af­faires), Steve Dunning­ton (spécia­liste déve­lop­pe­ment produits) et Rick Shaich (ingé­nieur en indus­tria­li­sa­tion).

 

AF : pourquoi avoir créé la Taurus 3 ?

Mike Adams : parce que depuis 8 ans, c’était le produit le plus demandé par nos clients, mis à part un synthé Moog poly­pho­nique…

 

AF : à quel public se destine l’ins­tru­ment ?

Mike Adams : le public visé est tout client à la recherche de ce que nous pouvons appe­ler le son de basse « ultime » ou « critique ».

Amos Gaynes : le musi­cien a les mains libres pour ses accords ou ses solos. Il peut ajou­ter à sa perfor­mance un bas de spectre pure­ment analo­gique, éditable en live, à un niveau sonore où les logi­ciels ne peuvent pas aller.

 

AF : nous avons testé un numéro de série supé­rieur à 650, or nous ne sommes que 6 mois après la mise sur le marché. Est-ce que vous envi­sa­gez d’en produire plus que les 1000 initia­le­ment prévues ?

Mike Adams : nous avons une demande client très supé­rieure à ce que nous avions imaginé initia­le­ment. Nous en construi­rons donc 1500 et ce sera tout pour le moment. J’ima­gine fort bien que d’ici un ou deux ans, il y ait une demande nouvelle qui nous permette de produire une nouvelle série de Taurus 3 à un volume suffi­sant pour main­te­nir un prix raison­nable.

 

AF : comment s’est passée la concep­tion, quels ont été les faits marquants ?

Cyril Lance : j’ai d’abord étudié tous les aspects du moteur sonore de la Taurus origi­nelle : écoute, analyses, élec­tro­nique et surtout son « âme ». En même temps, nous avons réflé­chi à ce que devait être une nouvelle Taurus : quelque chose à la fois d‘in­no­vant et digne de l’hé­ri­tage de 50 ans laissé par Bob Moog.

Steve Dunnig­ton, Rick Shaich, Amos Gaynes : c’était comme être dans une cocotte minute. Non seule­ment il fallait retrou­ver l’es­prit d’une chose conçue 30 ans aupa­ra­vant, mais aussi inno­ver. Un héri­tage, pas une copie ; comment ajou­ter un tas de choses actuelles tout en conser­vant la magie de l’ori­gi­nal ; faire non seule­ment un instru­ment, mais aussi une superbe inter­face utili­sa­teur ; pas seule­ment produire un son, mais permettre une expé­rience de jeu avec des sensa­tions uniques. Un jour, Rick a bran­ché la Taurus 3 sur son ampli-basse de 3600 watts. Il y avait des choses qui tombaient partout des étagères, les cloi­sons trem­blaient !

 

AF : quel a été le retour des premiers utili­sa­teurs ?

Cyril Lance : nous ne sommes que le point de départ d’une longue chaîne et les utili­sa­teurs en font tout le reste. Quand j’ai constaté l’émo­tion déga­gée par le son, le look de l’objet et l’in­ter­ac­tion des musi­ciens avec l’ins­tru­ment, j’ai compris que nous avions réussi à faire quelque chose d’unique.

Chris Stack : les premiers retours ont tout de suite été excel­lents ! Notre objec­tif prin­ci­pal avec ce produit était de recréer fidè­le­ment le son de la Taurus origi­nelle. Nos premiers clients nous ont tous dit « vous l’avez fait ! »

 

AF : un mot sur le design parti­cu­lier de la chaîne VCO / VCF / VCA qui procure ce son grave si spéci­fique ?

Amos Gaynes : un des éléments contri­bu­tifs essen­tiels du son est la manière dont les VCO atteignent le filtre avec une tension très élevée. Cela crée de la satu­ra­tion et une légère distor­sion de l’onde en dent de scie, ce qui ajoute un poids harmo­nique riche au signal. Après le filtre, le signal est couplé au VCA avec une recette exclu­sive Moog. L’in­ter­ac­tion des compo­sants crée une bosse dans l’éga­li­sa­tion des graves, qui met en évidence ce son unique de la basse Taurus. Enfin, les deux VCO peuvent être désac­cor­dés sans créer les inter­fé­rences clas­siques liées au batte­ment d’os­cil­la­teurs. En d’autres termes, quand les 2 VCO sont en oppo­si­tion de phase, ils ne s’an­nulent pas complè­te­ment comme sur la plupart des synthés, donc on obtient un beau son désac­cordé qui « roule » à volume constant.

AF : qu’ap­porte la concep­tion Hz/V des VCO ?

Amos Gaynes : cette approche établit une rela­tion linéaire entre la tension d’en­trée (ou plus direc­te­ment le courant élec­trique d’en­trée) et la fréquence de l’os­cil­la­teur. Avec la concep­tion V/Octave, il y a une rela­tion expo­nen­tielle entre la tension de commande et la fréquence de l’os­cil­la­teur. Pour créer cette rela­tion non linéaire, un ampli « expo­nen­tia­teur » est utilisé. Il s’agit d’un circuit à tran­sis­tors qui doit être parfai­te­ment cali­bré et qui est très sensible à la tempé­ra­ture, à cause de la nature des tran­sis­tors au sili­cium dans le circuit. Il y a plein de moyens d’amé­lio­rer la stabi­lité à la tempé­ra­ture des oscil­la­teurs V/Octave, mais dans la plupart des cas, il y a des compro­mis tels qu’une période longue de chauffe avant que les oscil­la­teurs n’at­teignent une fréquence stable. Avec la concep­tion Hz/V de la Taurus, nous avons un oscil­la­teur extrê­me­ment stable qui est accordé pratique­ment instan­ta­né­ment à l’al­lu­mage, sans néces­si­ter de compen­sa­tion en tempé­ra­ture. La concep­tion Hz/V est égale­ment parti­cu­liè­re­ment bien adap­tée aux commandes en tension géné­rées numé­rique­ment, telles que nous utili­sons sur la Taurus.

AF : qu’en est-il de la limite supé­rieure de la fréquence impo­sée par le design Hz/V

Chris Stack : la Taurus 3 est conçue pour les basses ! La limite supé­rieure de note corres­pond au Do 3 Midi. On pour­rait dépas­ser cette barrière en jouant sur les CV ou l’ac­cor­dage des VCO, mais pas aux fréquences que « seul un chien peut entendre ».

AF : pourra-t-on, comme sur le Voya­ger ou le Little Phatty, modi­fier le nombre de pôles du filtre ?

Amos Gaynes : nous avons analysé le filtre origi­nel avec soin. C’était un filtre 4 pôles fixes, sans possi­bi­lité de modi­fier le nombre de pôles. Ajou­ter des circuits supplé­men­taires pour chan­ger le nombre de pôles alté­rait subti­le­ment le son. C’était une très petite diffé­rence, mais nous avons pris la déci­sion de ne pas risquer de compro­mettre l’au­then­ti­cité du son de la Taurus. De sorte que cette possi­bi­lité a été écar­tée et qu’il ne sera pas possible de chan­ger ulté­rieu­re­ment le nombre de pôle du filtre sur les Taurus 3 exis­tantes.

 

AF : quel est le futur du moteur de la Taurus 3 ? Verra-t-on un rack ?

Amos Gaynes : il est trop tôt pour dire à quoi ressem­blera l’ave­nir pour le moteur sonore de la Taurus… après tant d’amour et de soin dévoués à la créa­tion de cette Taurus moderne, nous n’en avons proba­ble­ment pas encore fini. Mais il faut encore attendre pour lire le prochain chapitre de l’his­toire de la Taurus.

 

AF : Mike, quel regard as-tu sur ces 8 ans passés à revi­ta­li­ser Moog Music et faire régner à nouveau le nom Moog ?

Mike Adams : eh bien, d’abord, merci pour le compli­ment. Je ne suis pas sûr que nous « régnions », mais je pense vrai­ment que nous avons revi­ta­lisé la marque que Bob a créée et j’en suis très fier, tout comme il l’était. Fran­che­ment c’est beau­coup de travail, mais en même temps, une récom­pense. Nous avons l’op­por­tu­nité unique de bosser avec des gens extra­or­di­naires, ici et en dehors de ces murs – à la fois nos clients et nos distri­bu­teurs appré­cient le fait que nous construi­sions tous ensemble à partir d’un héri­tage. Par chance, Bob a été parmi nous suffi­sam­ment long­temps pour voir que ce que nous avions commencé était en train de rencon­trer le succès. Pour cela, je suis éter­nel­le­ment recon­nais­sant. Il serait très fier de tout ce qui est arrivé depuis sa dispa­ri­tion et je suis sûr qu’il serait enchanté des nouvelles réali­sa­tions.

Points forts
  • L’âme de la Taurus
  • Son unique, organique et consistant
  • Qualité du filtre
  • Excellente ergonomie
  • Qualité de construction
  • Objet magnifique
  • Interfaçage complet
  • Pédales dynamiques
  • Grosses molettes bien pensées
  • Arpégiateur intégré
Points faibles
  • Ondes dent de scie uniquement
  • Pas d’interaction des VCO
  • Modulations limitées
  • Decay pas assez instantané
  • Pas d’entrée audio vers le filtre
Auteur de l'article synthwalker Passionné de synthés, concepteur produits et rédacteur presse

J'aime tous les synthés, avec une prédilection pour les polyphoniques vintage à mémoires, que j'empile avec délectation depuis quelques dizaines d'années. Vieux gourou chauve mais pas barbu, j'écris depuis un quart de siècle des articles techniques sur les synthés et j'ai contribué au développement de certains d'entre eux. Plusieurs centaines ont été publiés, dont une grande partie sur Audiofanzine. J'ai aussi contribué aux magazines PlayRecord, Musiciens, Recording Musicien, Musicsound et KR.


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Auteur de l'article synthwalker Passionné de synthés, concepteur produits et rédacteur presse

J'aime tous les synthés, avec une prédilection pour les polyphoniques vintage à mémoires, que j'empile avec délectation depuis quelques dizaines d'années. Vieux gourou chauve mais pas barbu, j'écris depuis un quart de siècle des articles techniques sur les synthés et j'ai contribué au développement de certains d'entre eux. Plusieurs centaines ont été publiés, dont une grande partie sur Audiofanzine. J'ai aussi contribué aux magazines PlayRecord, Musiciens, Recording Musicien, Musicsound et KR.

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