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Comment isoler son Home Studio ?

Faire de la musique sans gêner les voisins...
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Après les rappels théoriques de notre dernier article, nous voici prêts pour le concret de ce qui nous intéresse, sachant que l’hétérogénéité des home studios comme des home studistes complique l’affaire.

Accéder à un autre article de la série...

Évacuons d’em­blée par le cas agaçant du gars qui a une pièce de 30 m2 et 30 000 euros à inves­tir dans des travaux. Pour lui, c’est très simple. Il suffit de recou­rir à une entre­prise spécia­li­sée dans l’iso­la­tion et l’acous­tique pour effec­tuer tous les travaux néces­saires à l’édi­fi­ca­tion de son petit nid d’amour. C’est assu­ré­ment cette démarche qui sera de loin la plus quali­ta­tive vu que tous les aména­ge­ments se feront suite à l’étude d’un acous­ti­cien qui préco­ni­sera une solu­tion sur mesure en fonc­tion du local et des besoins.

Si le budget travaux est moindre, notre homme sera déjà un peu moins agaçant, et il lui suffira de se rele­ver les manches et de procé­der par étape : d’abord l’iso­la­tion, ensuite le trai­te­ment acous­tique, même si, comme nous allons le voir, on peut déjà anti­ci­per quelques aména­ge­ments liés à l’acous­tique dès la phase d’iso­la­tion.

En guise de préam­bule, je tiens d’em­blée à vous aver­tir : cet article n’est pas un didac­ti­ciel qui vous dira à la lettre quoi ache­ter et quoi en faire pour trois bonnes raisons. La première, c’est que je ne suis pas acous­ti­cien de profes­sion, ni même un gars du bâti­ment. La seconde tient à la grande hété­ro­gé­néité des home studios et des home studistes qui nous pousse à envi­sa­ger les choses de manière plus globale (Si une étude de cas plus concrète vous inté­resse, je vous renvoie toute­fois à deux anciens articles que nous avions publiés : Créer son studio, et Le petit studio en mousse qui évoquent l’un comme l’autre les problé­ma­tiques d’iso­la­tion, entre autres choses). La troi­sième raison tient enfin au fait que bien des musi­ciens n’ont pas les moyens ou les possi­bi­li­tés d’ef­fec­tuer de tels travaux et qu’il s’agit égale­ment de s’in­té­res­ser à eux. Tout cela avec l’aide bien­ve­nue de Jules César, Pluto, Assu­ran­ce­tou­rix, d’un pous­sin, d’un éléphant et d’une femme à talons aiguilles. Allons-y !

L’iso­la­tion phonique dans l’idéal

Isoler sur le plan phonique, c’est conte­nir les ondes sonores là où on veut les entendre et empê­cher qu’elles se propagent comme bon leur semblent au-delà de notre local. La bonne nouvelle, c’est que c’est valable dans les deux sens : en isolant une pièce, on évite que le bruit qu’on y fait s’en­tende à l’ex­té­rieur, mais on préserve aussi cette dernière des bruits exté­rieurs. On isole donc par souci du voisi­nage et des gens qui coha­bitent avec nous, mais aussi pour que les bruits de ces derniers ou du chemin de fer qui passe à 50 mètres sous nos fenêtres ne compro­mettent pas la qualité de silence de notre petit hâvre musi­cal.

La plus simple méthode pour arrê­ter une onde sonore consiste à lui oppo­ser une masse suffi­sam­ment inerte (et donc impo­sante) pour qu’elle ne conduise pas les vibra­tions. Du coup, c’est simple, pour peu que les fonda­tions de votre immeuble supportent quelques dizaines de tonnes, il vous suffit de bâtir votre studio entre six parois de marbre de deux mètres d’épais­seur.

Mais vous n’êtes pas Jules César n’est-ce pas ? ;-) Si vous êtes plutôt Pluto ou du genre Assu­ran­ce­tou­rix, voyons comment faire autre­ment.

mfi 3co

Dans l’écra­sante majo­rité des cas, il s’agira de réali­ser une « boîte dans la boîte ». C’est en effet le seul moyen d’ob­te­nir une isola­tion de qualité, quitte à réduire signi­fi­ca­ti­ve­ment la surface comme le volume du local. Le prin­cipe est simple : on déso­li­da­rise les murs, le plafond et le sol de la pièce des parois du studio, pour que les vibra­tions sonores ne se propagent plus (ou le moins possible, l’iso­la­tion parfaite n’exis­tant pas). Pour cela, on pose tous les 30 cm sur les murs, le plafond et le sol des supports anti­vi­bra­tiles (appe­lés commu­né­ment des silent­blocs bien que ce nom soit à l’ori­gine un produit déposé par la marque Paul­stra), sur lesquels vont repo­ser des rails.

Grâce à ces derniers, on va poser des panneaux de laine de roche acous­tique (c’est à dire d’une bonne densité : comp­tez 50kg/m3) d’une dizaine de centi­mètres d’épais­seur au mini­mum en gardant une couche d’air de 5 cm au mini­mum entre la laine et le mur, laine par-dessus laquelle on dispo­sera un sand­wich acous­tique : deux plaques de plâtre BA13 phonique enser­rant un amor­tis­seur acous­tique comme l’Au­ra­lex Sheet­block par exemple.

Pour le sol et le faux-plafond, le prin­cipe est le même à ceci près que les supports changent, tout comme les compo­sants du sand­wich acous­tique. Loin de moi de vous donner la recette exacte du sand­wich acous­tique parfait car il semble bien que chacun y aille de sa méthode en la matière : on peut ainsi poser la laine de verre à même le mur grâce à des tasseaux et ne faire inter­ve­nir qu’après les supports anti­vi­bra­tiles et la couche d’air. Mais dans tous les cas, on en revient à peu près aux mêmes ingré­dients.

SCHEMA plafond 0 0a COMP etape 2
SCHEMA plafond 0 0a COMP etape 5
  Illus­tra­tions : Acous­tique & Déci­bels

Un pis-aller moins onéreux est souvent utilisé par les home studistes : il consiste comme nous l’avons dit à poser des tasseaux sur les mur et le plafond pour y dispo­ser de la laine de roche et de tendre ensuite sur le tout du tissu mural : dans l’idéal un tissu phonique, même si beau­coup se contentent de bonne vieille toile de jute. C’est assu­ré­ment mieux que rien pour un prix raison­nable, mais ce n’est pas ça qui va réduire au silence une batte­rie, soyez-en certain, à plus forte raison si le sol n’est pas traité (voir enca­dré).

Vous vous en rendez compte : ce prin­cipe de boîte dans la boîte est une bonne prise de tête, mais, en dehors des murs de marbre dont nous parlions au début et sachant que ces derniers seraient problé­ma­tiques pour l’acous­tique de votre pièce, c’est le seul moyen d’ob­te­nir une bonne isola­tion qui protège vos voisins des bruits que vous ferez, et qui vous protège vous des bruits que eux feront. Et c’est aussi l’oc­ca­sion d’an­ti­ci­per les problé­ma­tiques acous­tiques.

Nous évoquions en effet dans le précé­dent article le fait que certaines propor­tions de pièces soient garantes d’une meilleure acous­tique (ratio de Sepmeyer indiqué dans le texte et diagramme de Bolt dans ses commen­taires. Merci Rroland !) et c’est sans doute main­te­nant qu’il faut s’en occu­per car quitte à poser des cloi­sons, un faux sol et un faux plafond, autant s’ar­ran­ger pour que les nouvelles dimen­sions de notre pièce se rapprochent de l’idéal décrit par nos maîtres acous­ti­ciens en jouant notam­ment sur l’épais­seur de la couche d’air dont nous parlions.

Cela peut-être aussi le moment de briser certains paral­lé­lismes : intro­duire une décli­nai­son sur un mur ou ou un plafond sera ainsi inté­res­sant pour lutter contre l’écho flot­tant, en amont de tout trai­te­ment acous­tique. Briser un angle droit aussi, même si, comme le fait juste­ment remarquer Jimbass dans les réac­tions à cet article, ces angles trou­ve­ront aussi leur utilité pour l’ins­tal­la­tion de trai­te­ments ulté­rieurs. 

Évidem­ment, la porte du local (dans l’idéal, il n’y a qu’une seule entrée) comme ses éven­tuelles fenêtres (dans l’idéal, il n’y en a pas car outre la problé­ma­tique d’iso­le­ment, les fenêtres sont très dures à gérer sur le plan de l’acous­tique) devront être des portes ou des fenêtres isolées phonique­ment, sans quoi vous ruine­rez tous les béné­fices du trai­te­ment des parois.

Portes et fenêtres

Commençons par exami­ner le cas des éven­tuelles fenêtres de votre local. Ne perdez pas votre temps et votre argent avec des solu­tions de survi­trage : d’un point de vue ther­mique comme phonique, cela n’ap­porte quasi­ment aucune amélio­ra­tion par rapport à un vitrage simple, alors que le vrai double vitrage s’avère pour sa part très effi­cace.

acousticwindow

Soyez atten­tif toute­fois au fait que dans le monde du double-vitrage, on trouve à boire et à manger. Si toutes les fenêtres à double vitrage reposent sur une lame de gaz inerte  (l’ar­gon qui ne conduit pas les mouve­ments des molé­cules) entre deux vitres, l’épais­seur de ces dernières, comme l’éven­tuel usage d’un film supplé­men­taire isolant peut chan­ger la donne. Dans le meilleur des cas, une troi­sième vitre sera utili­sée pour ména­ger une lame supplé­men­taire d’ar­gon, ce qui sera évidem­ment encore plus effi­cace. Le seul problème, vous vous en doutez, c’est que plus votre fenêtre est isolante, plus le prix s’en­vole : d’une solu­tion de base à 100 euros le m2, on a vite de passer à plus de 250 euros le m2, ce qui n’in­clut pas la pose… Si vous êtes proprié­taire de votre local, c’est un inves­tis­se­ment à réflé­chir, mais si vous êtes loca­taire et que votre proprio ne consent pas à suppor­ter ces frais, ne serait-ce que partiel­le­ment, il y a toutes les chances pour que le montant de la facture refroi­disse vos ardeurs.

Finis­sons par la porte où le prin­cipe géné­ra­le­ment retenu est celui d’un sas composé de deux portes bien lourdes (là encore, un sand­wich phonique) et d’une huis­se­rie adap­tée. Une nouvelle fois, c’est un coût, mais l’iso­la­tion, si vous la voulez effi­cace, est à ce prix.

J’en vois certains fron­cer les sour­cils depuis que j’ai dit que dans l’idéal, il n’y avait pas de fenêtre dans un studio parce que le verre est une plaie en termes d’iso­la­tion comme de trai­te­ment acous­tique, ceux-là mêmes qui comp­taient juste­ment sépa­rer leur pièce en une régie et un studio, avec une jolie vitre entre les deux.

Soyons donc clair sur ce point : évidem­ment qu’il est mieux, quand on en a la possi­bi­lité, d’iso­ler la pièce où l’on fait le moni­to­ring et le mixage de celle où l’on fait les enre­gis­tre­ments. C’est d’ailleurs ainsi que l’on procède dans tous les studios pros. A suppo­ser que vous ayez suffi­sam­ment de place pour le faire, faites-le donc en ayant à l’es­prit que rien ne sert d’avoir une régie de 2 m² si c’est pour n’avoir aucun recul par rapport à vos enceintes. Il vaut mieux donc avoir une vraie régie et une toute petite cabine de prise (fut-elle amovible et si petite que vous ne pour­rez y faire ques des guitares ou des voix) pour privi­lé­gier le confort dans la salle où vous écou­te­rez ce que vous enre­gis­trez et le mixe­rez.

Sur ce, je vous dirais bien que nous en avons fini avec notre local et que nous pouvons passer à son trai­te­ment acous­tique, mais il reste toute­fois deux petits détails qui doivent encore atti­rer votre atten­tion à ce stade. Le premier concerne l’élec­tri­cité.En admet­tant toute­fois que vous ayez suffi­sam­ment de place pour vous faire une régie de 20m2 et un salle de prise de la même taille, gardez à l’es­prit que cela fait une porte de plus à isoler et que cette vitre sera elle aussi source de bien des prises de tête, que ce soit au niveau du trai­te­ment acous­tique ou de l’iso­la­tion. Il n’y a certes rien d’in­sur­mon­table, à plus forte raison si vous avez le budget pour cela, mais si vous voulez limi­ter les frais, sachez vous conten­ter d’une petite lucarne ou, plus simple et plus écono­mique encore, de deux petites camé­ras vidéo et de deux moni­teurs : cela vous revien­dra bien moins cher…

You’ve got the Power

Assu­rez-vous que vous avez disposé des prises murales là où vous en aviez besoin dans la pièce, évidem­ment raccor­dées à la terre et utili­sant une ligne qui ne soit pas déri­vée d’un autre ligne de votre maison : bran­cher votre studio dans le prolon­ge­ment de votre cuisine, c’est à coup sûr cher­cher les ennuis. Si la chose n’est pas possible, (et même d’ailleurs si elle l’est) je vous conseille gran­de­ment de regar­der du côté des régu­la­teurs/stabi­li­sa­teurs de tension et autres ondu­leurs qui pour­raient vous éviter bien des déboires par la suite, que ce soit en proté­geant vos équi­pe­ments des varia­tions de tension, des coupures et micro­cou­pures de courant ou en vous assu­rant que le courant que vous utili­sez est le « plus propre » possible, c’est à dire dépourvu de para­sites.

Grand spécia­liste de la chose, Furman propose quan­tité d’uti­li­taires dédiés à ces tâches, couvrant tous types de besoins, des plus modestes aux plus pros. Évidem­ment, tout cela coûtera un peu plus cher que deux multi­prises de base chez Casto, mais soyez persuadé que le jeu en vaut la chan­delle : il n’est jamais agréable de flin­guer un disque dur à cause d’une coupure d’élec­tri­cité surve­nue un jour de cani­cule et j’ai person­nel­le­ment déjà cramé (je veux dire, litté­ra­le­ment cramé) l’ali­men­ta­tion No Name d’un PC à cause d’une surten­sion… Sachant en outre que l’une des plus courantes galères surve­nant en studio est de se retrou­ver avec un buzz ou une ronflette dont on ne sait pas d’où ils viennent, cette précau­tion vous permet­tra d’éli­mi­ner bien des possi­bi­li­tés si vous êtes confron­tés à ce genre de problèmes.

Tant qu’on en est à parler élec­tri­cité, parlons aussi de la lumière : pour la protec­tion de l’en­vi­ron­ne­ment comme pour votre note d’élec­tri­cité et les varia­tions de tension que ce genre d’ap­pa­reil occa­sionne, ne recou­rez pas à un éclai­rage halo­gène : les ampoules basse consom­ma­tion et les LED ont suffi­sam­ment progressé aujour­d’hui pour qu’on les utilise en lieu et place de ces équi­pe­ments éner­gi­vores et déga­geant beau­coup trop de chaleur.

Car c’est l’autre point à surveiller : la chaleur et l’aé­ra­tion de votre local. 

De l’air !

C’est qu’entre vos kilos de laine de roche, vos équi­pe­ments élec­triques et la chaleur se déga­geant de votre corps ou des éven­tuels musi­ciens jouant dans la pièce, le mercure aura vite fait de grim­per. Sans même parler du fait que ce n’est pas agréable pour travailler, cette chaleur aura aussi pour effet de faire trans­pi­rer tout le monde, de géné­rer une humi­dité qui n’a rien de souhai­table pour le maté­riel que vous entre­po­sez comme pour votre santé.

chaleur

Du coup, le seul moyen de ne pas vivre dans une cham­pi­gnon­nière tropi­cale, c’est de penser égale­ment à l’heure de la concep­tion au système d’aé­ra­tion de votre pièce. Le problème étant de trou­ver un système qui permette à l’air froid d’en­trer et à l’air chaud de sortir sans compro­mettre l’iso­la­tion. L’air chaud est plus léger que l’air froid et se situe donc au plafond : c’est donc à ce niveau que doit se situer votre évacua­tion alors que l’ar­ri­vée d’air se fera près du sol, de préfé­rence sur un autre mur pour créer une circu­la­tion d’air dans toute la pièce. Pour éviter que le son sorte ou ne rentre, on recourra à un piège à sons (soit un système de chicanes dans un boitier) qu’on dispo­sera entre la grille inté­rieure et la grille exté­rieure, mais on pourra plus simple­ment utili­ser une gaine isopho­nique suffi­sam­ment souple dont les méandres casse­ront le flux sonore.

Reste qu’un système passif dans un endroit où l’on fait tout pour contrô­ler les mouve­ments d’air ne s’avè­rera, dans bien des cas, pas suffi­sant pour garan­tir une bonne circu­la­tion d’air. Il faudra alors envi­sa­ger de recou­rir à une VMC qui sera placée à l’ex­té­rieur du local, en sachant que plus son venti­la­teur sera grand, plus on pourra le faire tour­ner lente­ment et moins il fera de bruit. Reste enfin, si ces aména­ge­ments ne sont pas possibles, le pis-aller du ventilo qu’on acti­vera fréquem­ment dans la jour­née en ouvrant la porte. Mais c’est vrai­ment un pis-aller.

Je vous dirais bien après cette ultime remarque qu’il est temps, à présent, de nous inté­res­ser au trai­te­ment acous­tique de notre pièce. Toute­fois, avant d’en arri­ver là, il convien­drait de ne pas oublier que la plupart des home studistes ne sont pas en mesure d’ef­fec­tuer le centième des travaux que nous venons d’évoquer.

Et pour deux balles, qu’est ce qu’on fait ?

Les solu­tions envi­sa­gées ci-dessus ne sont hélas pas appli­cables dans bien des cas. Sans même parler du budget néces­saire de quelques centaines à plusieurs milliers d’eu­ros qui n’est pas à la portée de tous, on y renon­cera lorsque le home studio en ques­tion n’est qu’un coin de pièce à vivre dans un minus­cule appar­te­ment que l’on loue et dans lequel il est impen­sable de faire des travaux d’iso­la­tion pour se retrou­ver avec quelque chose de plus petit encore.

Que faire alors ? Essayer de limi­ter les dégâts en conci­liant la chèvre et le chou. Soyez-en certain, aucun des conseils que nous allons détailler ne vous donnera une bonne isola­tion, mais nous allons toute­fois essayer d’amé­lio­rer simple­ment l’or­di­naire, ou pour le moins de le rendre « moins pire ».

On en revient à la ques­tion de base : l’iso­la­tion, c’est quoi ? C’est, comme nous l’avons vu, empê­cher que les vibra­tions sonores se propagent dans les murs, le sol et le plafond. Et puisque vous ne pouvez pas travailler sur la conduc­ti­vité phonique de votre pièce, nous allons envi­sa­ger des solu­tions simples pour éviter, autant que possible, que vos objets sonores soient en contact direct avec les parois de cette dernière ou tout ce qui est le plus suscep­tible de conduire ou d’am­pli­fier le son.

Prendre le problème à la racine : ce qui génère du son

Commençons par les enceintes en suivant ces conseils qui valent aussi pour les amplis guitare, basse ou clavier :

  • Ne collez pas vos enceintes à un mur sans quoi le mur lui-même devient un prolon­ge­ment de l’en­ceinte ! De fait, plus il y a d’es­pace entre ces dernières et le ou les murs, moins vous condui­rez les vibra­tions. Évidem­ment, cela vaut pour une simple cloi­son, mais plus encore pour un mur porteur qui conduira d’au­tant mieux les vibra­tions à l’en­semble de l’édi­fice.
  • Ne posez pas vos enceintes sur le sol pour les mêmes raisons, même si, comme nous le verrons, on ne pose jamais ses enceintes sur le sol dans le contexte d’un Home Studio. Bien sûr, la chose vaut aussi (et surtout) pour un cais­son de sub : on ne pose pas un cais­son de basse sur le sol si on a un voisin du dessous, quoi qu’en dise le construc­teur du cais­son. D’ailleurs, soyons clairs : on ne s’équipe pas d’un cais­son de basse lorsqu’on est dans un home studio qui n’a pas été isolé ou traité acous­tique­ment et qu’on a des voisins… Ou alors c’est qu’on n’est assu­ré­ment moins un gent­le­man qu’un mufle qui n’a aucun souci des autres.
  • Ne collez pas vos enceintes à un tuyau quel qu’il soit (gaz, eau, gaine élec­trique) car ce genre de tuyaux parcou­rant tout un bâti­ment sont, là encore, de parfaits moyens de conduire le son. Évidem­ment, on évitera aussi tout contact avec un radia­teur.
  • Ne posez pas vos enceintes sur un volume suscep­tible de faire caisse de réson­nance et d’am­pli­fier le son : une armoire, un meuble à moitié vide, une chemi­née.

Ce qu’il ne faut pas faire, c’est bien joli, mais que faut-il faire alors ? Dans l’idéal, utili­ser des pieds. Ne posez donc pas vos enceintes sur votre bureau qui va deve­nir un prolon­ge­ment du baffle, mais sur des pieds qui ont été conçus pour cela, et si vous devez vrai­ment les poser sur votre bureau, recou­rez à des supports en mousse isopho­nique ou encore des struc­tures comme en proposent IsoA­cous­tics pour éviter au maxi­mum que les vibra­tions se propagent au meuble. J’en profite pour vous mettre en garde contre l’un des plus gros malen­ten­dus prove­nant du monde merveilleux des audio­philes : les fameux cônes de décou­plage qui, préci­sons-le, ne découplent rien du tout.

Traitement & isolation acoustique : vista spikes

L’idée de ce mira­cu­leux petit acces­soire trou­vable pour quelques dizaines d’eu­ros dans toutes les bonnes boutiques audio­philes, c’est qu’en rédui­sant la surface de contact de l’en­ceinte avec le support sur laquelle elle sera posée, on isolera mieux le son généré par l’en­ceinte ou on aura un grave comme ci ou un médium comme ça. Le problème, c’est que ces cônes n’ab­sorbent aucu­ne­ment l’éner­gie sonore. Au contraire, ils la concentrent.

éléphant

C’est une loi de base de la physique mise en évidence depuis plusieurs siècles, établis­sant que la pres­sion exer­cée par un corps est un rapport entre la force qui le meut et la surface sur laquelle cette force s’exerce. Pres­sion = Force / Surface. Ce que ça veut dire en pratique, c’est qu’une femme de 60 kg vous marchant dessus avec un talon aiguille exerce une pres­sion 8 fois supé­rieure à celle d’un éléphant de 5 tonnes dont la patte est 700 fois plus grande que le talon (source). C’est grâce à cette même loi que l’on peut enfon­cer des clous et des punaises sans trop de peine.

Les cônes de décou­plage ne sont pas inutiles pour autant puisqu’ils concentrent les vibra­tions en trois ou quatre points et qu’il est, après coup, « plus simple » de gérer ces dernières. Dans le contexte qui nous occupe, à savoir l’iso­la­tion, on pren­dra en tout cas bien soin de ne pas poser ses enceintes sur des cônes repo­sant eux-mêmes sur un meuble ou une étagère, sans quoi nous ne chan­ge­rons rien à la conduc­tion et abime­rons le meuble. Sur une plaque de marbre ou une dalle de béton de 200 kilos, disons que cela est plus envi­sa­geable car le seul moyen d’anéan­tir ces vibra­tions consiste à les confron­ter à une masse suffi­sam­ment lourde et inerte. Mais votre bureau suppor­tera-t-il une telle charge ? (pour en savoir plus là-dessus, n’hé­si­tez pas à aller voir du côté de Lafont qui a rédigé un article très inté­res­sant sur le sujet)

Bref, tenez-vous loin des cônes en ques­tion et préfé­rez de simples pieds ou encore des mousses, ou les deux : ce ne sera pas parfait, mais ça aura au moins une vraie utilité.

Au-delà des enceintes, une simple guitare acous­tique peut être un calvaire pour le voisi­nage pour peu que votre appart soit mal isolé. Prenez donc la peine d’en jouer sans que vos pieds qui conduisent les vibra­tions soient en contact direct avec le sol, en vous mettant sur un lit ou sur un canapé. Oui, ça change les choses même si ça peut vous mettre dans des situa­tions comiques et que ce n’est pas toujours très confor­ta­ble…

Et c’est la même chose pour un piano numé­rique, ou pire, une batte­rie élec­tro­nique. Même si vous jouez au casque, le bruit méca­nique des touches ou des pédales de grosse caisse et de char­ley, en plus des coups de baguettes, suffira à exas­pé­rer votre voisin du dessous. Une batte­rie MIDI, c’est en effet tout sauf silen­cieux.

Que faire alors ? Se munir de tapis d’iso­la­tion phonique peut amélio­rer un peu les choses (disons que c’est mieux que rien), mais c’est plus certai­ne­ment en montant un podium que l’on arri­vera à quelque chose d’ef­fi­cace. On peut bien sûr s’ins­pi­rer de l’iso­la­tion du sol décrite plus haut, mais on peut aussi opter pour un tapis repo­sant sur une planche, lui même repo­sant sur une douzaine de balles de tennis qui, elles, repo­se­ront sur le plan­cher. Pour un budget record (moins d’une centaine d’eu­ros), vous amélio­re­rez signi­fi­ca­ti­ve­ment le confort de vos voisins.

Évidem­ment, en plus de ces conseils, il convient d’user d’un peu de bon sens :

  • Dispo­ser des tapis épais ou une grosse moquette atté­nuera peu, mais atté­nuera quand même : on peut faci­le­ment gagner 10 dB de réduc­tion sur certains sons de la sorte et si c’est bien insuf­fi­sant pour qu’on puisse parler d’iso­la­tion, ça n’est pas rien pour votre voisin du dessous. Vous pour­rez en outre en tirer un béné­fice du côté de l’acous­tique de votre pièce comme nous le verrons.
  • Dimen­sion­nez la puis­sance de vos enceintes en fonc­tion de votre pièce : on n’uti­lise pas une paire de moni­teurs de 100 watts avec des boomers de 8 pouces dans une pièce de 10 m2 si on n’est pas sûr de la qualité de l’iso­la­tion et de l’acous­tique de sa pièce. Mieux vaut opter pour des petits gaba­rits, quitte à perdre dans la resti­tu­tion des graves : pas de bas vaut toujours mieux qu’un bas de merde, tandis que des enceintes trop puis­santes pour une surface donnée vont poser plus de problèmes qu’autre chose, même sur le plan acous­tique. Mais nous y revien­drons.
  • Même consigne pour vos amplis guitares et vos baffles : s’équi­per d’un VOX AC30 ou un Fender Twin lorsqu’on est en appar­te­ment, c’est comme d’adop­ter un Saint-Bernard lorsqu’on vit dans une chambre de bonne. On ne les utili­sera donc jamais tels quels, mais en passant au mini­mum par un atté­nua­teur de type Power Break, ou mieux encore par un simu­la­teur de baffles comme en propose Two Notes par exemple. Et on ne les pose pas à même le sol !
  • Autant que possible, essayez de faire de la musique lorsque les gens ne sont pas là et ne vous repo­sez pas sur cette légende qui veut qu’entre 7 et 22 heures, tout soit permis. Il serait bien dommage que ce soit un poli­cier ou pire, un magis­trat, qui ait à vous l’ex­pliquer. Car l’ar­gent que vous avez refusé d’in­ves­tir dans l’iso­la­tion de votre local, c’est à l’Etat voire à vos voisins que vous allez le donner…
  • Ne jamais faire de la musique fenêtres ouvertes, à plus forte raison quand la fenêtre en ques­tion donne sur une cour qui fera caisse de réson­nance. Ou comment faire suer 300 personnes en plus de ses voisins directs.
  • N’hé­si­tez pas à fermer portes et volets quand vous faites de la musique, comme les rideaux si vous en possé­dez. Et puisqu’on en parle, n’hé­si­tez pas à opter pour des rideaux bien lourds ou à plusieurs épais­seurs : on les trouve souvent sous le nom de rideaux phoniques. Inutile toute­fois de vous équi­per d’un rideau de théâtre : votre tringle n’y résis­te­rait pas.
  • Ca tombe sous le sens : bais­sez le volume ! Et puisque ce sont les fréquences graves qui posent problème, n’hé­si­tez pas à dimi­nuer ces dernières autant que possible si cela ne gêne pas votre acti­vité. Après tout, même en mixage, on passe le plus clair de son temps à gérer les problèmes se situant dans le médium et les aigus. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’oc­cu­per de ce qui passe en bas, bien sûr, mais il n’est peut-être pas vital de l’en­tendre au moment où vous faites de l’edi­ting sur des cymbales. Et certes, le grand Bob Katz préco­nise que le volume d’écoute idéal se situe à 83 dB SPL ©. Mais le grand Bob Katz parle d’une condi­tion d’écoute pro dans un studio pro… avec une isola­tion pro. Gardez ça à l’es­prit si pour quelque raison que ce soit, vous avez renoncé à faire une isola­tion sérieuse de votre local : on ne se conforme pas à des usages profes­sion­nels sans s’as­su­rer qu’on est dans un envi­ron­ne­ment profes­sion­nel.
Poussins1

Tordons le cou à une petite idée reçue pour finir : Il est vain de coller des plaques à oeufs sur les murs : si vous avez mangé autant d’oeufs, le seul béné­fice que vous en tire­rez sera de faire grim­per votre choles­té­rol et de passer pour un crimi­nel aux yeux de vos amis véganes. Mais quand bien même ça ressemble de loin à des panneaux qu’on utilise pour le trai­te­ment acous­tique, ça n’a aucun impact sur l’iso­la­tion phonique, ça procure une vague absorp­tion autour de 700 Hz… Et c’est moche. Et c’est inflam­mable. Du coup, si vous faites cela, vous aurez juste l’air d’un bénêt oviphage. Encore que si vous mettez des pointes de décou­ple­ment sous vos plaques à oeufs, je sois tout disposé à vous invi­ter pour un dîner le mercredi soir… ;-)

Comme vous le voyez, à défaut d’iso­la­tion sérieuse, la prin­ci­pale parade consiste surtout à dimi­nuer et à maîtri­ser le bruit que vous géné­rez. ce qui dans certains cas déses­pé­rés peut passer même par le fait de ne travailler qu’au casque. Nous y revien­drons.

Je le rappelle enfin : faites-vous un devoir de dialo­guer avec ceux qui peuvent être gênés par vos bruits. Invi­tez-les chez vous pour leur permettre de voir ce que vous faites et iden­ti­fier les bruits qui les gênent. On souffre beau­coup plus d’un bruit de voisi­nage quand on n’a pas iden­ti­fié sa source. Pensez-y avant de rendre les autres dingues…

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Auteur de l'article Los Teignos

Si j'avais eu le physique, nul doute que j'aurais fait un grand Sumo, mais vu que je ne pèse que 80 kg, j'occupe mon temps comme je peux entre musique et littérature.


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