Se connecter
Se connecter

ou
Créer un compte

ou
FR
EN
Test écrit
78 réactions

Test du Kyra de Waldorf - Le jour et la nuit

Rédigé par un humain
6/10

Originellement développé sous le nom de Valkyrie, le Kyra est un module de synthèse multitimbral à prix premium désormais signé Waldorf. Voyons comment ses données techniques impressionnantes se traduisent à l’usage…

Test du Kyra de Waldorf : Le jour et la nuit

À la Musik­messe 2018, la microen­tre­prise Exodus Digi­tal, diri­gée par Manuel Cabal­lero, avait présenté le Valky­rie, un synthé numé­rique poly­pho­nique et multi­tim­bral. Il était alors comparé au Virus Ti2, sans doute davan­tage par son look que par son moteur sonore, basé sur un FPGA. Le projet avait alors flotté pendant plusieurs mois, jusqu’à ce que le synthé réap­pa­raisse au NAMM 2019 dans une nouvelle robe, avec un nouveau nom et sous une nouvelle marque : le Kyra de la maison Waldorf. La phase de déve­lop­pe­ment est diffi­cile à retra­cer avec préci­sion, compte tenu de l’or­ga­ni­sa­tion waldor­fienne plutôt protéi­forme. Peu importe, c’est le son, l’ori­gi­na­lité, l’er­go­no­mie, la puis­sance et la qualité de construc­tion qui comptent, d’au­tant que le module est proposé à un tarif premium. Sans parler de sa rareté en France, qui nous a conduits à deman­der à Thomann de nous prêter un modèle de test ; qu’ils en soient remer­ciés ! À l’heure où les initia­tives de nouvelles socié­tés et de nouveaux produits se multi­plient dans le monde de la synthèse, à des condi­tions toujours plus abor­dables, en quoi les armes du Kyra feront-elles la diffé­rence ?

Classe austère

Kyra_2tof 01.JPGLe Kyra est un module à la fois classe et austère. Classe par le choix des maté­riaux : coque métal­lique épaisse pliée avec façade aiman­tée, flancs en bois cérusé, poten­tio­mètres à capot alu fretté parfai­te­ment ancrés, écran OLED super contrasté, connec­tique vissée, poids de 5,7 kg pour 440 × 305 × 85 mm. Austère sur le plan du graphisme, pour­tant l’œuvre d’Axel Hart­mann : séri­gra­phie noire avec un peu de bleu sur aplats gris et fond blanc, boutons sombres, poten­tio­mètres mats. Austère aussi au regard de l’er­go­no­mie d’un autre temps : bouger l’un des 34 poten­tio­mètres ou 60 boutons-pous­soirs appelle une page-écran sur laquelle on peut éditer 4 para­mètres en colonne. Il faut faire défi­ler les pages pour atteindre les para­mètres supplé­men­taires avec deux flèches, et ça défile, et ça défi­le… Ensuite, il faut utili­ser deux autres flèches pour atteindre l’un des quatre para­mètres éditables ; enfin, il faut utili­ser deux autres touches pour entrer les valeurs, faute d’en­co­deur : bonjour pour aller cher­cher l’une des 4 096 formes d’ondes dispo­nibles, même si elles sont grou­pées par type ! Pour sélec­tion­ner un programme, on a encore droit à deux touches de banques et deux touches de son, heureu­se­ment que la touche SHIFT permet de sauter de dix en dix. Et pour chan­ger de partie en mode multi­tim­bral, encore deux touches ! Waldorf a oublié ses clas­siques, à savoir des enco­deurs à capteur d’ac­cé­lé­ra­tion et des touches contex­tuelles, dont il avait pour­tant fait sa spécia­lité par le passé !

Kyra_2tof 15.JPGDernier point, quand on voit ce bel écran OLED 256 × 64 points, on regrette de ne pas avoir un peu plus de graphiques pour illus­trer les pages (tables d’ondes, filtres, enve­loppes, routa­ges…) ; seules les formes d’ondes des oscil­la­teurs et des LFO sont affi­chées. Il existe une touche UNDO pour annu­ler la dernière opéra­tion (utile dans la mesure où l’écran n’af­fiche pas les valeurs stockées en paral­lèle de celles modi­fiées) et une fonc­tion FOLLOW pour ouvrir auto­ma­ti­que­ment la page d’un para­mètre en cours d’édi­tion, mais pas de touches COMPARE/PANEL. Bref, c’est chiche, surtout à ce tarif, comparé à l’Hydra­synth qui partage le studio à quelques centi­mètres de là. La connec­tique vient un peu nous conso­ler, occu­pant les trois quarts du panneau arrière. Au programme, une prise casque jack 6,35 stéréo, quatre paires de sorties stéréo jack 6,35 TRS (DAC 32 bits/96 kHz, merci !), un trio MIDI DIN et une prise USB 2.0. Les sorties sépa­rées étant deve­nues une denrée rare sur les synthés, nous saluons Waldorf d’avoir traité ce point sans compro­mis, qui plus est avec une qualité irré­pro­chable, bravo ! L’USB véhi­cule des signaux MIDI (émis­sion/récep­tion de Sysex pour les para­mètres et les mémoires de programmes, récep­tion de CC via la matrice de modu­la­tion) et audio (ASIO), avec 8 canaux stéréo 24 bits/48–96 kHz et un mode carte son, permet­tant de récu­pé­rer un retour stéréo 24 bits de la STAN pour envoyer à la paire prin­ci­pale de sorties analo­giques. Par contre, il n’y a pas d’en­trée audio ; c’est bien dommage, ça aurait fait du Kyra une inter­face audio auto­nome. Il n’y a pas non plus d’in­ter­rup­teur secteur, l’al­lu­mage et l’ex­tinc­tion sont logi­ciels, en pres­sant simul­ta­né­ment les deux touches de trans­po­si­tion sur le panneau avant, comme sur beau­coup de synthés de la marque. Ah, et l’alim au fait ? C’est un bloc externe 12V/2A central qui s’em­broche à l’ar­rière via une prise mini-DIN, on a vu beau­coup mieux dans cette gamme de prix…

Espaces stéréo

Kyra_2tof 06.JPGPropulsé par un FPGA capable de déli­vrer 128 voix de poly­pho­nie sur 8 canaux multi­tim­braux, le Kyra est un puis­sant synthé numé­rique à synthèse sous­trac­tive. En mode double-voix stéréo, la poly­pho­nie est rame­née à 64 voix, ce qui est bien normal. Un petit bémol toute­fois à cette géné­ro­sité : chaque partie multi­tim­brale est limi­tée à 32 voix simples ou doubles. Le niveau de sortie audio n’est pas des plus élevés, une réserve de dyna­mique liée à la poly­pho­nie massive. Il est donc néces­saire de pous­ser les niveaux en entrée de table ou de carte son, heureu­se­ment que le Kyra génère un bruit de fond négli­geable. La mémoire interne tota­lise 3 328 programmes simples (26 banques de 128, avec défi­le­ment par caté­go­rie) et 128 mémoires multi­tim­brales, toutes réins­crip­tibles. Une grande partie comprend des programmes d’usine, d’une qualité assez inégale. Pire, il n’y a aucun Multi proposé, diffi­cile à admettre à ce niveau de prix ! Toute­fois, les commandes directes sont suffi­sam­ment nombreuses pour modi­fier rapi­de­ment le son (en mode saut unique­ment), mais quand il faut entrer dans les menus, on a envie de se ruer sur un logi­ciel d’édi­tion. Pas la peine, ce n’est pas prévu, il n’y qu’un gestion­naire de mise à jour de l’OS (nous en avons profité pour passer notre Kyra de test en V1.72).

Kyra_2tof 05.JPGAu plan sonore, le Kyra se montre très à l’aise dans les grands espaces stéréo, les empi­lages de textures hybrides, les orgues tour­nants, les chœurs synthé­tiques et les pêches de Super­saw. La profon­deur et la largeur sonores sont là, il n’y a aucun alia­sing dans les aigus (merci au moteur 32 bits/96 kHz à virgule flot­tante), le son est impec­cable et d’une préci­sion… quasi chirur­gi­cale. D’au­cuns diront que cela manque de chaleur. Le Kyra peine un peu sur les grosses basses réso­nantes, le filtre modé­lisé en échelle de tran­sis­tors ayant la fâcheuse tendance à écra­ser le signal. C’est aussi le cas sur les synthés analo­giques de concep­tion de filtre iden­tique, mais ici, on est en numé­rique pur, donc on aurait aimé avoir des modèles avec compen­sa­tion. Ce devrait d’ailleurs être un mini­mum sur les synthés numé­riques contem­po­rains. L’Hy­dra­synth, par exemple, fait cela très bien (sans la grosse poly­pho­nie ni la multi­tim­bra­lité). Point notoire, nous avons trouvé de la vélo­cité assi­gnée au volume sur tous les sons, même initia­li­sés, impos­sible de l’en­le­ver ! De même, nous avons eu à déplo­rer quelques freezes ou légers délais de notes. Il faudrait que Waldorf revoie sa copie, car l’OS actuel n’est pas le premier sorti.

0:000:55

Table de marbre

Kyra_3schema 03.JPGLe Kyra est un synthé numé­rique sous­trac­tif basé sur 2 oscil­la­teurs, 2 sous-oscil­la­teurs, 2 filtres, un ampli stéréo, 3 LFO, 3 enve­loppes et une matrice de modu­la­tion par voix, ainsi que 9 effets et un arpé­gia­teur par partie. Commen­çons par les oscil­la­teurs. Ils peuvent fonc­tion­ner en mode WAVE ou HYPER­SAW. En mode WAVE, chacun utilise trois formes d’onde simul­ta­nées dosables sépa­ré­ment : dent de scie, table d’onde et impul­sion variable. La table d’onde est à choi­sir dans une banque de 4096 ondes 18 bits statiques sur un cycle. Statiques ? Statiques ! Hein, des tables d’ondes statiques ? Ben oui, le terme est donc impropre, pour ne pas dire plus, surtout de la part de Waldorf dont la marque trône en bonne place sur les pres­ti­gieuses séries Micro­wave/Wave. Certains lecteurs qui seraient coura­geu­se­ment arri­vés jusque-là pour­raient en rester là, on les compren­drait… Le LFO1 peut direc­te­ment agir sur le pitch et le LFO2 sur la PWM. On peut aussi modu­ler la fréquence de l’OSC1 par l’onde «  table  » de l’OSC2 ou synchro­ni­ser les deux oscil­la­teurs. Les sous-oscil­la­teurs offrent diffé­rentes formes d’ondes (dent de scie, carré, rectangle, triangle), un niveau, un désac­cor­dage fin et un réglage d’oc­tave (-1 ou fonda­men­tale), ce qui permet d’épais­sir le son de l’os­cil­la­teur maître, bien vu. On peut ajou­ter à ce mélange déjà épais un oscil­la­teur auxi­liaire, à choi­sir entre la modu­la­tion en anneau des deux oscil­la­teurs ou un géné­ra­teur de bruit blanc, mais pas les deux en même temps. 

Le mode HYPER­SAW utilise quant à lui l’en­semble des ressources des deux oscil­la­teurs pour créer une onde compo­sée de 6 oscil­la­teurs empi­lés ; on peut en régler l’in­ten­sité et la largeur. On perd fort logi­que­ment les inter­mo­du­la­tions, mais on gagne des sono­ri­tés bien épaisses et bien grasses, comme on aime en EDM. Et si cela ne suffit pas, le Kyra peut aussi fonc­tion­ner en mode double-voix, que ce soit en mode WAVE ou HYPER­SAW. Cela permet le désac­cor­dage et l’élar­gis­se­ment stéréo de deux ondes iden­tiques. Ce mode utilise alors les filtres en stéréo, pour conser­ver la largeur de l’image sonore. Les oscil­la­teurs peuvent suivre l’ac­cor­dage stan­dard (tempé­ra­ment stan­dard) ou être assi­gnés à une table micro­to­nale (entiè­re­ment program­mable, compa­tible MTS).

On filtre !

Une fois toutes les sources dosées (cf. sché­mas), on attaque la partie filtrage. On a deux filtres réso­nants modé­li­sés en échelle de tran­sis­tors, pouvant fonc­tion­ner en paral­lèle, suivant le mode (cf. ci-après). Les filtres offrent des para­mètres iden­tiques, à commen­cer par le mode (passe-bas, passe-bande ou passe-haut) et la pente (2 ou 4 pôles), soit six possi­bi­li­tés direc­te­ment sélec­tion­nables en façade. Le poten­tio­mètre de réglage de la fréquence de coupure a une réso­lu­tion insuf­fi­sante : 128 valeurs d’après nos analyses, comprises entre 40 Hz et 20,5 kHz. Le lissage fonc­tionne bien sur les dépla­ce­ments à vitesses moyenne et rapide, mais pas sur les mouve­ments lents, où on entend les pas. La fréquence de coupure est direc­te­ment modu­lable par l’ENV1, l’ENV2, le LFO2, le LFO3 et le suivi de clavier (para­mètre unique­ment acces­sible par le menu, dommage). La réso­nance agit sans compen­sa­tion des graves, écra­sés sans pitié, nous l’avons déjà dit et regretté. Pous­ser la réso­nance fait presque entrer le filtre en auto-oscil­la­tion (presque, car il faut un peu de signal en entrée), ce qui peut forte­ment faire satu­rer le niveau de sortie.

Kyra_3schema 01.JPG Kyra_3schema 02.JPG

En mode simple-filtre, les signaux des deux groupes d’os­cil­la­teurs sont diri­gés vers le premier filtre. En mode double-filtre, le premier filtre reçoit le signal du premier groupe d’os­cil­la­teurs et le second filtre celui du second groupe. On peut alors régler sépa­ré­ment les fréquences, réso­nances et autres modu­la­tions. La balance entre les filtres est égale­ment ajus­table et modu­lable. Cela permet d’avoir des couleurs sonores complexes, utiles sur certaines nappes. Acti­ver le mode double-filtre active aussi le mode double-voix et fait bascu­ler les oscil­la­teurs en mode WAVE. Lorsque les oscil­la­teurs sont à contra­rio mis en mode DUAL HYPER­WAVE (mode double-voix + mode HYPER­WAVE), le mode double-filtre est désac­tivé : les deux filtres sont utili­sés en stéréo, mais réglés simul­ta­né­ment avec les para­mètres du premier filtre. Au fond, c’est quand même dommage d’avoir deux filtres et de ne pas pouvoir les placer en série, ni régler la balance des diffé­rentes sources. La sortie du ou des filtres est ensuite envoyée dans un ampli stéréo avec limi­teur inté­gré (trois niveaux de compres­sion plus ou moins marqués), pano­ra­mique, LFO1 sur volume et LFO2 sur pano­ra­mique.

Modu­la­tions matri­cielles

Le Kyra possède un porta­mento poly­pho­nique, avec réglage de temps unique­ment. En mode mono, seules les notes liées sont modu­lées. Passons aux enve­loppes ADSR, au nombre de trois, bien claquantes. Les deux premières sont préas­si­gnées au filtre et au volume. Les plages de temps varient de 0 ms à 8 secondes (segment A) et 0 ms à 16 secondes (segments D et R). Le segment S possède un réglage de pente posi­tive ou néga­tive, qui peut aller jusqu’à 60 secondes. Par contre, on ne peut pas chan­ger la forme des courbes de temps ou visua­li­ser l’en­ve­loppe sous forme graphique. Rien de bien extra­or­di­naire dans cette section.

Kyra_2tof 12.JPGViennent ensuite les trois LFO, quasi iden­tiques, avec 128 formes d’ondes (toutes les clas­siques, y compris la S&H), vitesse variable de 0,1 à 12,8 Hz (ce qui reste trop lent), synchro au tempo, mode d’os­cil­la­tion (mono libre, poly­pho­nique redé­clen­ché, phase aléa­toire, en oppo­si­tion de phase pour le mode double-voix, en quadra­ture de phase pour le mode double-voix), délai et divi­sion tempo­relle. Le LFO3 n’a pas de réglage de délai et de modes double-voix. Voilà, à part le nombre élevé de formes d’onde, rien d’ex­tra­or­di­naire là non plus.

En plus des assez nombreuses modu­la­tions prédé­fi­nies, le Kyra dispose d’une matrice de modu­la­tion à six cordons, chacun consti­tué d’une source et trois desti­na­tions. Les modu­la­tions sont bipo­laires et sépa­rées pour chaque desti­na­tion d’un cordon. Les sources et desti­na­tions sont mono ou poly­pho­niques ; par exemple, la molette de modu­la­tion est une source mono, alors que la vélo­cité est une source poly­pho­nique. La balance d’un effet est une desti­na­tion mono, alors que la coupure d’un filtre est une desti­na­tion poly­pho­nique. Le Kyra permet tout type de routages, sauf une source poly­pho­nique vers une desti­na­tion mono. Bien qu’as­sez logique, c’est bien la première fois que l’on voit ce type de restric­tion. Parmi les 34 sources, citons les contrô­leurs physiques, le numéro de note, un géné­ra­teur aléa­toire et plusieurs CC MIDI. Parmi les 82 desti­na­tions, on compte à peu près tous les para­mètres de synthèse et d’ef­fets de la machine, y compris ceux des modes double-voix, permet­tant d’épais­sir ou élar­gir de son en temps réel. Seule (énorme) ombre au tableau, comme déjà évoqué, l’in­dex de lecture des tables d’ondes qui ne fait pas partie de la liste des desti­na­tions. Ce ne sont vrai­ment pas des tables d’ondes, on l’aura compris.

Huit parties

Kyra_2tof 20.JPGPour tirer plei­ne­ment parti de la puis­sance de feu dispo­nible, rien de tel que le multi­mode. En fait, le Kyra fonc­tionne en perma­nence dans ce mode, étant donné que chaque partie est indé­pen­dante, que ce soit sur le plan des para­mètres de synthèse, des effets et des arpèges (nous en repar­le­rons bien­tôt). Comme nous l’avons dit, deux touches permettent d’al­ter­ner entre les parties pour les éditer une par une. En plus des para­mètres de synthèse précé­dem­ment décrits, on peut faire quelques réglages propres à chaque partie dans l’édi­teur Multi : paire de sortie audio (A-B-C-D), canal MIDI de récep­tion (off, 1–16), volume, pano­ra­mique, banque de programme, numéro de programme, trans­po­si­tion par demi-ton, accor­dage fin, note haute, note basse, récep­tion du volume MIDI (CC07), récep­tion des numé­ros de programme et acti­va­tion des effets de partie (délai, chorus, EQ & Formant, réverbe). Il manque à notre sens des filtres MIDI plus puis­sants (contrô­leurs physiques, CC) et un réglage de fenêtre de vélo­cité, pour faire des empi­lages plus dyna­miques. À noter que seul les indexes du programme sont sauve­gar­dés, pas les programmes eux-mêmes, qui sont à puiser et sauve­gar­der parmi les 3 328 mémoires.

Effets plétho­riques

Nous avons vu que le Kyra remet­tait au goût du jour les synthés à poly­pho­nie géné­reuse, multi­tim­bra­lité confor­table et sorties sépa­rées. Il en est de même pour les effets. À l’ins­tar de la série Super­nova de Nova­tion en son temps, les effets du Kyra sont dispo­nibles sépa­ré­ment pour chaque partie. On a donc 8 ensembles d’ef­fets tota­le­ment indé­pen­dants, qui de ce fait font partie inté­grante des programmes avec lesquels ils sont sauve­gar­dés. Tous les synthés multi­tim­braux à effets devraient en faire de même ; c’est hélas loin d’être le cas, même sur certaines stations de travail répu­tées.

Kyra_2tof 14.JPGChaque partie offre 9 modules d’ef­fets stéréo placés en série. L’ordre et les routages sont hélas immuables, cela semble le prix à payer pour l’abon­dance de biens : EQ (3 bandes para­mé­triques), filtre à formants (diffé­rentes couleurs), distor­sion (5 types plus ou moins colo­rés et durs), limi­teur d’en­trée (modé­li­sa­tion de compres­sion à lampe), délai (stéréo ou ping­pong, jusqu’à 2,7 secondes, avec synchro au tempo MIDI), phaser (6 étages stéréo avec LFO en quadra­ture), chorus/flan­ger (modes filtre en peigne, flan­ger, chorus, doubleur), réverbe (jusqu’à 20 secondes, avec prédé­lai, atté­nua­teur de HF et réglage de couleur) et limi­teur de sortie.

Les élèves les plus assi­dus du cours de maths de termi­nale scien­ti­fique pour­ront en déduire, grâce à leur calcu­la­trice, que cela repré­sente 72 modules simul­ta­nés, à quelques dizaines près… tout cela sans manger de poly­pho­nie, puis­sant ! Ces 9 effets repré­sentent 35 para­mètres direc­te­ment éditables en façade, grâce à un système matri­ciel assez bien pensé, orga­nisé en 7 lignes de 5 para­mètres. Les autres para­mètres sont acces­sibles via les menus. On peut acti­ver/désac­ti­ver certains effets dans certaines parties ; cela permet par exemple de rempla­cer systé­ma­ti­que­ment certains effets internes par des effets externes (ou de la STAN via USB), en conser­vant toujours les mêmes effets coupés/acti­vés lors­qu’on change de programme, bien vu ! La qualité des effets internes est très correcte, mais le nombre de para­mètres éditables est assez restreint.

Arpèges basiques

Pour faire bouger le son, le Kyra propose un arpé­gia­teur indé­pen­dant pour chacune de ses huit parties, mémo­ri­sable dans chaque programme. Les notes arpé­gées peuvent être trans­mises via MIDI. Les possi­bi­li­tés sont assez basiques : les commandes directes concernent le mode de lecture (haut, bas, alterné simple, aléa­toire, accord), le motif (128 types avec ryth­miques et vélo­ci­tés variées, hélas non éditables), l’éten­due (1 à 3 octaves) et le tempo. Il n’y a pas de mode Latch, mais la machine répond à la commande de main­tien MIDI. Via le menu, on peut régler le temps de porte, la source de synchro et la divi­sion tempo­relle, utile pour synchro­ni­ser tous les arpèges acti­vés d’un Multi. L’ar­pé­gia­teur répond aux messages MIDI Start/Stop/Conti­nue lors­qu’il est placé en synchro MIDI. En revanche, il ne répond pas à la vélo­cité, n’a pas de réglages supplé­men­taires type swing, Ratchets, proba­bi­lité ou autres exotismes présents à la concur­rence. Un module surtout inté­res­sant pour sa multi­tim­bra­lité.

Résul­tat contrasté

Au final, le Kyra nous laisse un senti­ment mitigé. C’est sans doute parce que le bon et le moins bon se côtoient dans un module en défi­ni­tive assez cher. Le bon, c’est l’énorme poly­pho­nie, la multi­tim­bra­lité, les sorties sépa­rées, les effets indé­pen­dants par partie, la matrice de modu­la­tion, l’ar­pé­gia­teur multi­tim­bral, l’au­dio USB multi­ca­nal et la qualité de construc­tion. Le moins bon, c’est l’er­go­no­mie austère, l’ab­sence d’en­co­deur, les tables d’ondes qui n’en sont pas vrai­ment, la faible réso­lu­tion de la coupure du filtre, la vélo­cité assi­gnée en perma­nence au volume et la stabi­lité de l’OS encore perfec­tible. Droit au but pour l’édi­tion directe des sons, le Kyra manque aussi d’ori­gi­na­lité, de gènes waldor­fiens dans l’ADN. À ce tarif, la concur­rence est rude, y compris les stations de travail ou les solu­tions à deux synthés (analo­gique + numé­rique). Nous pensons qu’il aura la vie dure, malgré une grande qualité sonore. Il fera le bonheur de ceux qui veulent créer rapi­de­ment diffé­rentes couleurs de nappes épaisses, profondes et larges, ou encore de mons­trueux empi­lages, sans craindre de venir à bout de poly­pho­nie.

 

  • Kyra_2tof Walkyrie proto 1
  • Kyra_2tof Walkyrie proto 2
  • Kyra_2tof 01.JPG
  • Kyra_2tof 02.JPG
  • Kyra_2tof 03.JPG
  • Kyra_2tof 04.JPG
  • Kyra_2tof 05.JPG
  • Kyra_2tof 06.JPG
  • Kyra_2tof 07.JPG
  • Kyra_2tof 08.JPG
  • Kyra_2tof 09.JPG
  • Kyra_2tof 10.JPG
  • Kyra_2tof 11.JPG
  • Kyra_2tof 12.JPG
  • Kyra_2tof 13.JPG
  • Kyra_2tof 14.JPG
  • Kyra_2tof 15.JPG
  • Kyra_2tof 16.JPG
  • Kyra_2tof 17.JPG
  • Kyra_2tof 18.JPG
  • Kyra_2tof 19.JPG
  • Kyra_2tof 20.JPG
  • Kyra_3schema 01.JPG
  • Kyra_3schema 02.JPG
  • Kyra_3schema 03.JPG

 

Notre avis : 6/10

Points forts

  • Empilages sonores stéréo large bande
  • Polyphonie généreuse
  • Multitimbralité huit parties
  • Plusieurs oscillateurs simultanés
  • Vaste choix de formes d’onde
  • Mode double-voix stéréo
  • Filtres multimodes avec mode double-filtre
  • Matrice de modulation
  • Nombreux effets pour chaque partie
  • Quatre paires de sorties stéréo
  • Audio multicanal via USB
  • Qualité de construction au top
  • Prise en main facile, mais…

Points faibles

  • … Ergonomie décevante in fine
  • Absence d’encodeur de données
  • Tables d’ondes fixes et non éditables
  • Résolution faible sur la fréquence du filtre
  • Pas de modes de filtrage en série
  • Vélocité assignée au volume en permanence
  • Fiabilité et stabilité de l’OS perfectibles
  • Qualité irrégulière des sons d’usine
  • Pas d’entrée audio
  • Pas d’éditeur ou bibliothécaire fourni
  • Alimentation externe, à ce tarif !
Sauvegarder l’article

Vous souhaitez réagir à cet article ?

Se connecter
Devenir membre