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Test du Nord Wave 2 de Nord - Simplement multiple

Rédigé par un humain
8/10

Deuxième membre de la famille Wave, le Nord Wave 2 combine modélisation analogique, FM, tables d’ondes et lecture d’échantillons, se positionnant comme multispécialiste premium de la synthèse. Avec encore plus de puissance et de fonctionnalités, s’imposera-t-il sur ce segment très convoité ?

Test du Nord Wave 2 de Nord : Simplement multiple

La gamme de claviers Nord compte quatre gammes majeures, toutes plutôt orien­tées scène : Piano, Elec­tro, Stage et synthés. Cette dernière est la plus ancienne, remon­tant en 1995 avec le Nord Lead, utili­sant la modé­li­sa­tion analo­gique. Depuis 25 ans, le construc­teur suédois ne va cesser de la déve­lop­per, en explo­rant diffé­rents types de synthèse : VA, FM, samples, sans oublier les modules de synthèse mis en œuvre dans l’ex­cel­lente série Modu­lar, jamais remise au goût du jour, ou les orgues modé­li­sés présents dans les gammes de pianos élec­tro­niques. Annoncé en 2007, le Nord Wave mélange VA, FM et samples avec des possi­bi­li­tés de les faire inter­agir. Après le Nord Lead 4 de 2013, le Nord Lead A1 marque l’an­née suivante un tour­nant chez les concep­teurs suédois, avec une simpli­fi­ca­tion affir­mée dans l’ap­proche de la synthèse. Il est long­temps resté seul synthé de la marque rouge au cata­logue, posi­tionné en entrée de gamme. Au NAMM 2020, Nord a annoncé un nouveau synthé à tarif premium : le Nord Wave 2. Voyons comment il s’en tire par rapport à la concur­rence, dans sa version 1.02, sur ce segment plutôt élitiste.

En rouge et noir

NordWave2_2tof 02.JPGLe Nord Wave 2 est embar­qué dans une coque légère et robuste, avec dessus métal rouge struc­turé peint et dessous alu noir peint, signa­ture de la marque suédoise. Cette fois, les flancs sont en alu gris peint. Avec son nouveau clavier semi-lesté en chute d’eau de 5 octaves, sensible à la vélo­cité et à la pres­sion, le synthé mesure 99 × 29,5 × 10 cm pour 8,75 kg. Nous avons appré­cié le ressort ferme des touches, mais c’est comme les mate­las, chacun son truc. Le synthé fait partie de la dernière géné­ra­tion de claviers signés Nord où les commandes ne sont plus déca­lées à gauche, mais bien centrées et large­ment répar­ties sur le panneau. La charte graphique est homo­gène avec les autres claviers de même géné­ra­tion des diffé­rentes gammes : Stage 3, Elec­tro 6 et Piano 4. On trouve 33 poten­tio­mètres, 3 enco­deurs cran­tés, 4 curseurs linéaires, 56 boutons pous­soirs et deux écrans OLED graphiques (program­ma­tion et oscil­la­teurs), répar­tis dans des sections clai­re­ment sépa­rées : contrô­leurs, program­ma­tion, morphing, vibrato, modes de voix, arpé­gia­teur, LFO, enve­loppe de modu­la­tion, oscil­la­teurs, couches multiples, enve­loppe de volume, filtre, multief­fets, EQ, délai, réverbe. La qualité de ces commandes est, comme toujours, au top : réponse parfaite, ancrage solide, séri­gra­phie lisible, rien n’a été négligé.

NordWave2_2tof 16.JPGLe génial bâton de pitch en bois sans cran central et la molette de modu­la­tion en pierre font toujours recette, tant mieux. Niveau ergo­no­mie, on appré­cie les touches de trans­po­si­tion directe (par octave, par demi-ton et par programme) la touche «  Panic  » qui coupe les éven­tuelles notes bloquées, les fonc­tions copier/coller et l’as­si­gna­tion directe des para­mètres de morphing (nous en repar­le­rons). En revanche, il manque toujours une touche «  Compare  » et les poten­tio­mètres ne fonc­tionnent qu’en mode «  saut  ». Toute la connec­tique est vissée et regrou­pée à l’ar­rière : prise casque, sorties audio stéréo asymé­triques, entrée pédale conti­nue (volume/morphing), entrée audio stéréo, entrée/sortie MIDI DIN, entrée pédale de main­tien, prise USB (MIDI/Samples/OS) et prise IEC pour cordon secteur. L’ali­men­ta­tion est interne et univer­selle, merci ! À part l’en­trée audio au format mini-jack stéréo, toute la connec­tique audio/CV est au format jack 6,35. Vu la gamme de prix, on s’at­ten­dait à plus géné­reux, notam­ment des sorties sépa­rées par couche et symé­triques, une prise MIDI Thru DIN et l’au­dio via USB. Autre décep­tion, l’en­trée audio ne fait que renvoyer le signal injecté vers les sorties, sans passer par le filtre ou les effets…

Dead Zone

NordWave2_2tof 08.JPGLe Nord Wave 2 est un synthé numé­rique poly­pho­nique 48 notes et multi­tim­bral sur 4 couches sonores. Chaque couche peut être jouée sur l’en­semble du clavier ou assi­gnée à une zone de partage. Le mode d’as­si­gna­tion est contrai­gnant. Il y a quatre zones possibles, déli­mi­tées par des points de partage prédé­fi­nis et repé­rés par des LED. On ne peut assi­gner qu’une seule couche sonore à une zone, qui plus est dans un ordre mili­taire (gauche-droite), avec fondu(s) de posi­tion avec la (les) couche(s) adja­cente(s) sur 6 ou 12 notes. Pour­quoi Nord ne gère-t-il pas ses zones comme tout le monde, avec une note basse et une note haute au choix pour chaque zone, ainsi que des fenêtres de vélo­cité !? Une fois les zones créées, la section mixage permet de régler rapi­de­ment les volumes (curseurs avec contrôle visuel grâce aux rangées verti­cales de LED) et les pano­ra­miques (en appuyant sur un sélec­teur pour alter­ner le mode des curseurs, puisque Nord n’a pas eu la bonne idée de dédier quatre poten­tio­mètres au pano­ra­mique).

On peut faci­le­ment sélec­tion­ner/isoler/couper une couche, ou encore regrou­per plusieurs couches pour les éditer ensemble, section par section. Les groupes sont indi­qués par une LED ambre dans chaque section. Voilà une vraie bonne idée. En MIDI, les couches peuvent se compor­ter globa­le­ment ou indi­vi­duel­le­ment. En entrée, les couches peuvent ainsi se pilo­ter sur leur propre canal, sans tenir compte de leur acti­va­tion ou de leur tessi­ture, à partir d’un appa­reil externe. Avec un clavier maître multi­zone, on pourra ainsi contour­ner les lacunes évoquées précé­dem­ment. En sortie, les couches acti­vées trans­mettent sur leur canal MIDI respec­tif suivant acti­va­tion/zonage ou le canal global. Tous les para­mètres de synthèse et d’ef­fets sont trans­mis et reçus en CC MIDI sur des canaux sépa­rés. On peut même envoyer la posi­tion en cours des commandes vers sa STAN préfé­rée. Bravo !

Cock­tail sonore

La mémoire du Nord Wave 2 tota­lise 400 programmes multi­tim­braux sur 4 canaux, orga­ni­sés en 16 banques de 25 sons. On peut y accé­der avec l’en­co­deur, deux touches de navi­ga­tion ou encore la rangée de 5 touches de programmes, par numéro ou par caté­go­rie, avec possi­bi­lité d’af­fi­chage sous forme de liste. On trouve aussi 5 programmes Live qui mémo­risent les réglages au fur et à mesure de la session de travail, sans néces­si­ter de sauve­garde. Les niveaux de sortie sont corrects mais pas excep­tion­nels. Il n’y a pas de compen­sa­tion de gain, mais un réglage de niveau program­mable par couche. Le moteur interne fonc­tionne en 24 bit/96 kHz, déli­vrant une qualité audio impec­cable et un bruit de fond inau­dible. Les sons four­nis sont géné­ra­listes et couvrent peu ou prou les diffé­rentes époques de l’his­toire de la synthèse, avec un posi­tion­ne­ment géné­ra­liste qui peut sembler un peu banal. Rien de révo­lu­tion­naire donc, mais le propre du synthé est de permettre à l’uti­li­sa­teur de faire ses propres sons et le Nord Wave est bien doté pour cela.

NordWave2_2tof 09.JPGAvec ses diffé­rents moteurs de synthèse embar­qués, la machine est agile. La lecture d’échan­tillons lui donne accès à la Nord Sample Library 3 avec ses tradi­tion­nels sons d’ins­tru­ments acous­tiques, élec­triques et élec­tro­niques. Nous n’en refe­rons pas l’in­ven­taire, nous l’avons déjà passée en revue lors des tests du Nord Stage 3 et du Nord Elec­tro 6. Les multié­chan­tillons sont dans l’en­semble très musi­caux, mais souffrent d’un manque de couches sonores et de modes d’ar­ti­cu­la­tion pour les instru­ments les plus expres­sifs. En revanche, les banques de Mello­tron et Cham­ber­lain sont toujours aussi appré­ciables. Tout cela reste suffi­sant dans une optique de scène, juste­ment là où la machine se posi­tionne. On appré­cie le fait d’avoir cet arse­nal sous la main tout de suite à l’al­lu­mage, sachant, nous le verrons, que l’on peut créer et impor­ter ses propres multi­samples. Les sons pure­ment synthé­tiques couvrent eux aussi un large terri­toire : émula­tions analo­giques (basses, nappes, poly­synths, leads, synchros, empi­lages massifs désac­cor­dés), timbres FM typiques (EP, cuivres, cloches, percus­sions) et textures numé­riques évolu­tives variées (basées sur une grande diver­sité d’ondes synthé­ti­sées). Manquent à l’ap­pel les kits de percus­sions, vrai­ment pas le trip des synthés rouges. On appré­cie les possi­bi­li­tés de modu­la­tion en temps réel permet­tant d’ani­mer tout ce beau monde et les mélanges à quatre couches faciles à consti­tuer.

Oscil­la­teurs multiples

NordWave2_2tof 10.JPGChacune des quatre couches sonores est consti­tuée de modules de synthèse (oscil­la­teurs, filtre, ampli, modu­la­tions) envoyés dans les effets. Plusieurs types de synthèse sont dispo­nibles, mais extrê­me­ment simpli­fiés, ce qui a fait dire à certains que le Nord Wave 2 était plutôt un gros Nord A2. Disons que c’est un mélange survi­ta­miné de Nord Wave et de Nord A1. Tout se passe avec deux poten­tio­mètres (fréquence par demi-ton et fine), un sélec­teur pour le type de synthèse (VA, tables d’ondes, FM et lecture de samples), un enco­deur pour la forme d’onde, un enco­deur pour la caté­go­rie d’onde et un poten­tio­mètre pour faire varier l’os­cil­la­teur. Commen­çons par la synthèse VA, divi­sée en plusieurs caté­go­ries. La caté­go­rie Basic offre 6 formes d’onde statiques exclu­sives : sinus, triangle, dent de scie, carrée, impul­sion à 33 %, impul­sion à 10 %. La caté­go­rie Shape propose 5 formes d’onde variables (triangle, dent de scie, impul­sion, demi-sinus, onde para­bo­lique), pilo­tables par l’en­ve­loppe de modu­la­tion, le LFO et le morphing. La caté­go­rie Shape Sine crée des ondes modu­lables par Wave­sha­ping ou Wave­fol­ding à partir de 7 ondes élémen­taires. La caté­go­rie Multi génère 5 types de dents de scie doubles ou triples, à l’oc­tave ou à la quinte, dont on peut modu­ler le désac­cor­dage. La caté­go­rie Super Wave permet d’em­pi­ler et désac­cor­der 5 types d’ondes pour des sons vrai­ment très épais : dent de scie, carrée, orgue, dent de scie brillante et carrée brillante. La caté­go­rie Sync permet de synchro­ni­ser 9 types d’ondes cycliques en jouant sur la fréquence du cycle de modu­la­tion. Enfin, la caté­go­rie Misc offre trois couleurs de bruit (blanc, rose et rouge) et une modé­li­sa­tion de cloche à hauteur variable.

NordWave2_2tof 11.JPGPassons main­te­nant à la synthèse à tables d’ondes. La décep­tion est la même que celle ressen­tie avec le Kyra de Waldorf : il s’agit en fait d’ondes courtes fixes, rien à voir avec de véri­tables tables d’ondes modu­lables. Au total, 46 ondes extraites d’ins­tru­ments acous­tiques ou géné­rées par addi­tion harmo­nique, rien de trans­cen­dant. Enchai­nons avec la synthèse FM. Très simpli­fiée elle aussi, elle offre 5 algo­rithmes harmo­niques et 5 algo­rithmes inhar­mo­niques de 2, 3 ou 4 opéra­teurs à onde sinus. On peut juste défi­nir le rapport de fréquence entre deux opéra­teurs (ratio ou fixe suivant le type d’al­go­rithme) et la quan­tité de modu­la­tion, bon. Pour tous les moteurs de synthèse cités jusque-là, l’unis­son permet d’épais­sir le son avec trois niveaux d’os­cil­la­teurs virtuels désac­cor­dés sans réduire la poly­pho­nie, très bien ! Dernier moteur de synthèse, Sample utilise un multié­chan­tillon en mémoire pour le trai­ter avec le filtre, les modu­la­tions et les effets (cf. ci-après). On peut désac­ti­ver certains préré­glages d’usine (filtre, enve­loppe de volume) et esca­mo­ter une partie de la phase d’at­taque (tran­si­toires) des échan­tillons. Par contre, on perd la possi­bi­lité, chère aux utili­sa­teurs du premier Nord Wave, de faire inter­agir un échan­tillon et une forme d’onde. Une fonc­tion pour­tant telle­ment origi­nale et peu répan­due, quel dommage !

Import d’échan­tillons

NordWave2_3editor 01Lorsque le type de synthèse est Sample, le Nord Wave 2 fait appel à l’un des multié­chan­tillons stockés dans sa mémoire perma­nente de 1 Go. C’est beau­coup plus que les 180 Mo du premier Nord Wave ! Sortie d’usine, la machine propose 355 multié­chan­tillons (911 Mo) issus de la Nord Sample Library 3. Ce sont essen­tiel­le­ment des instru­ments acous­tiques et élec­triques dans les styles pop/rock/jazz/world/orches­tral, complé­ments logiques à la pano­plie synthé­tique des autres moteurs. Ils sont peu gour­mands en mémoire (15 Mo pour les plus gros). Pas de kits de percus­sions au programme, le Nord Wave 2 ne les gère pas en tant que tels, dommage. On peut complé­ter ou rempla­cer tout ou partie de ces échan­tillons par d’autres issus de la Nord Sample Library 3 ou fabri­qués soi-même avec l’ap­pli­ca­tion Nord Sample Editor 3 (> Windows 7 ou OS 10.7).

L’édi­teur, très visuel, permet de gérer les samples en mémoire interne, d’im­por­ter des fichiers WAV ou AIFF (à la main ou auto­ma­ti­que­ment) et de les assi­gner au clavier (jusqu’à 92 zones par multié­chan­tillon). Côté édition des échan­tillons, on peut défi­nir les points de lecture, créer des fondus en entrée/sortie pour élimi­ner les clics, boucler (avec fondu et angle de phase), modi­fier le niveau, doser l’ac­cor­dage fin et norma­li­ser les échan­tillons (avec possi­bi­lité d’an­nu­la­tion). Il manque toujours certains trai­te­ments avan­cés (compres­sion/expan­sion tempo­relle, modi­fi­ca­tion numé­rique de hauteur, décou­page ryth­mi­que…) et la possi­bi­lité de créer des zones de vélo­cité. Peut-être dans le Nord Sample Editor 4 ? Tant qu’on parle logi­ciel, notons aussi que le Nord Wave 2 est compa­tible avec l’ap­pli Sound Mana­ger (> Windows 7 ou OS 10.7), un biblio­thé­caire maison gratuit permet­tant d’or­ga­ni­ser des programmes, télé­char­ger des multi­samples et sauve­gar­der/restau­rer l’ins­tru­ment. La mise à jour de l’OS se fait quant à elle via un exécu­table indé­pen­dant.

Filtre multi­mode

Quel que soit le mode de synthèse choisi dans la section oscil­la­teurs, le signal qui en sort entre dans le filtre. Évidem­ment on peut le désac­ti­ver. Le premier Nord Wave offrait un filtre multi­mode plutôt élaboré mais de qualité inégale, notam­ment dans les modes les plus exotiques (peigne, multi­bande, vocal) et peu discri­mi­nants dans les deux pentes propo­sées. Ici, le filtre a été revu et très simpli­fié. La qualité aurait-elle remplacé la diver­sité ?

NordWave2_2tof 14.JPGOn redes­cend à 6 types : LP12, LP24, LP24 type Moog, HP24, BP12, LP12//HP12 en paral­lèle. C’est presque les mêmes types de filtres que sur le Nord Lead A1, mis à part le filtre TB remplacé par le mode LP12//HP12, dans lequel les deux fréquences sont réglées sépa­ré­ment, au détri­ment de la réso­nance. Les filtres sonnent bien et variés, dans tous les modes. On appré­cie la flui­dité de réponse de la fréquence de coupure, qui affiche clai­re­ment un 32 kHz en haut de l’échelle, au cas où…

Dans les diffé­rents modes LP, on perçoit nette­ment les diffé­rences de pente entre les LP12 et LP24, c’est clai­re­ment mieux que sur le premier Nord Wave. De même, la diffé­rence de ferme­ture de fréquence et de réponse en réso­nance est flagrante entre les LP24 et LP24 Moog. L’auto-oscil­la­tion est criarde dans le premier cas et plus douce dans le second. Tous les filtres se comportent comme s’ils étaient compen­sés, y compris le filtre Moog, mais on ne se plain­dra fina­le­ment pas de ce manque de fidé­lité dans ce cas précis, préfé­rant ne pas faire les frais des infra­basses quand on pousse la réso­nance. La fréquence de coupure du filtre est modu­lable par une enve­loppe ADSR dédiée, le suivi de clavier (1/3–2/3–3/3) et le LFO. On trouve aussi trois niveaux de Drive pour salir le son, toujours bon à prendre. Le volume final de la voix est contrôlé par une enve­loppe ADSR dédiée et la vélo­cité. Enfin, signa­lons que les 48 voix du Nord Wave peuvent, pour chaque couche, être jouées en modes poly, mono ou legato, avec porta­mento mono­dique. Clas­sique.

Modu­la­tions simplistes

NordWave2_2tof 12.JPGLes modu­la­tions sont assez basiques et pas très souples. On commence par un vibrato, doté de trois niveaux de délai prédé­fi­nis (0,5–1,0 -1,5 s) ou assi­gnable à la molette ou à la pres­sion. La fréquence (4 à 8 kHz) et la quan­tité de modu­la­tion sont dosables via le menu. On trouve aussi un unique LFO mono (un recul par rapport au Nord Wave). Sa vitesse varie de 0,03 à 523 Hz et peut être synchro­ni­sée à l’hor­loge globale suivant diffé­rentes divi­sions tempo­relles. Il peut produire les ondes triangle, carrée, dent de scie, rampe et S&H. Sa quan­tité de modu­la­tion est dosable, tout comme sa desti­na­tion : pitch, varia­tion d’os­cil­la­teur ou coupure du filtre, donc rien d’ex­cep­tion­nel là non plus.

On pour­suit par l’en­ve­loppe de modu­la­tion, assi­gnable au pitch ou à la varia­tion d’os­cil­la­teur. De type AD ou AR, elle est bipo­laire et peut être modu­lée par la vélo­cité. Dommage qu’on ne puisse la boucler et l’as­si­gner libre­ment, cela aurait permis de complé­ter l’unique LFO. Vient ensuite l’en­ve­loppe de filtre, de type ADSR, unique­ment routée vers celui-ci ; on peut inver­ser sa pola­rité et la modu­ler par la vélo­cité. Enfin, l’en­ve­loppe ADSR d’am­pli­tude est dédiée au volume. Un para­mètre Tran­sient permet d’ajou­ter un impact en début d’at­taque, donc de la patate, sympa. Les temps d’en­ve­loppe ont une plage d’ac­tion éten­due (0,5 ms à 45 s pour les attaques, 3 ms à 45 s pour les segments DR). En résumé, les modu­la­tions n’ont pas trop progressé depuis toutes ces années.

Morphing et arpèges

Venant un peu pallier la faiblesse des modu­la­tions clas­siques, la fonc­tion Morphing permet d’as­si­gner quatre sources conti­nues distinctes (vélo­cité, molette, pédale, pres­sion) à plusieurs desti­na­tions au choix (modules de synthèse et d’ef­fets). Pour ce faire, il suffit de main­te­nir la touche source dans la section Morphing et de bouger les poten­tio­mètres à assi­gner entre les valeurs extrêmes que l’on veut atteindre. Tous les para­mètres assi­gnables possèdent une LED verte. Il est possible d’ajou­ter des desti­na­tions à une source déjà confi­gu­rée et de suppri­mer tout ou partie des desti­na­tions. Bien vu !

NordWave2_2tof 20.JPGEn complé­ment à ces commandes conti­nues, la fonc­tion Impulse Morph permet de déclen­cher le morphing à l’aide d’une touche. En plus des commandes conti­nues, elle peut cibler des para­mètres discrets, tels que le type de filtre, la direc­tion d’ar­pège ou le choix d’ef­fet (48 desti­na­tions au total). Tout cela nous conso­le­rait presque de l’ab­sence de matrice de modu­la­tion. 

Pour faire bouger le son, le Nord Wave 2 offre un arpé­gia­teur, ou plutôt quatre arpé­gia­teurs, puisque chaque couche possède ses propres réglages. Le tempo peut être libre ou synchro­nisé à l’hor­loge globale suivant diffé­rentes divi­sions tempo­relles (comme le LFO). On trouve quatre direc­tions élémen­taires : haut (lorsque toutes les LED sont éteintes, il faut le savoir), bas, alterné et aléa­toire. S’y ajoutent un réglage de zigzag (deux pas en avant, un pas en arrière) et un choix de motif (28 Presets ou program­ma­tion par l’uti­li­sa­teur sur 16 pas avec, pour chaque pas, le déca­lage de note, l’ac­cent et le pano­ra­mique). La plage d’ac­tion s’étend sur quatre octaves, y compris les valeurs inter­mé­diaires non entières. En plus de l’ar­pé­gia­teur mono­dique clas­sique, il existe un mode poly­pho­nique avec renver­se­ment d’ac­cords, ainsi qu’un mode Gate, agis­sant sur le volume des notes jouées selon un motif à sélec­tion­ner avec la quan­tité de modu­la­tion deman­dée. Cela crée des effets de pompage en rythme, parfait pour l’EDM !

Effets boos­tés

NordWave2_2tof 05.JPGLe Nord Wave 2 propose une section effets sérieu­se­ment amélio­rée par rapport à ses prédé­ces­seurs. On trouve un multief­fets, un EQ, un délai et une réverbe. Tous ces effets sont dispo­nibles pour chaque couche sonore en toute indé­pen­dance, chouette ! Le multief­fets est consti­tué de 7 effets cycliques dont la vitesse est synchro­ni­sable à l’hor­loge globale : tremolo, panner, modu­la­teur en anneau, phaser, chorus, ensemble, vibe. On perd au passage le Flan­ger du Nord A1, bon. On peut acti­ver la section avec une touche dédiée et en régler la quan­tité. On aime parti­cu­liè­re­ment les modes chorus et ensemble qui élar­gissent bien le son, lui donnant une belle pers­pec­tive stéréo. L’ef­fet vibe est une sorte de mélange de vibrato et de phaser léger, qui fonc­tionne bien avec les sons vocaux. Passons à l’EQ, doté d’un mode fixe à deux bandes (Bass/Treble) ou para­mé­trique à une bande. Dans la même section, on trouve un Drive modé­li­sant une satu­ra­tion d’am­pli à lampe, donc asymé­trique, c’est-à-dire douce.

On arrive au délai, plus fourni en réglages que les précé­dents effets. Sa vitesse peut être entrée à la volée (Tap) et synchro­ni­sée à l’hor­loge globale (donc avec le LFO, l’ar­pé­gia­teur et le multief­fets). On peut aussi régler la balance son sec/traité et simu­ler un écho à bande (le pitch varie avec la vitesse). La boucle de réin­jec­tion est plus souple que d’ha­bi­tude : possi­bi­lité d’in­té­grer l’un des multief­fets (chorus, ensemble ou vibe) avec deux niveaux de profon­deur, nombre de répé­ti­tions, filtrage du signal répété (LP, BP, HP) et ping­pong stéréo. Sympa ! Enfin, la réverbe offre 5 types d’en­vi­ron­ne­ment : cabine, pièce, scène, salle, cathé­drale. Un mode Choral permet d’ajou­ter des modu­la­tions croi­sées, pour chaque type d’es­pace. On peut évidem­ment doser la balance signal sec/traité et modi­fier la brillance du signal traité (normal, hautes fréquences, basses fréquences). On appré­cie le son de cette réverbe. Plusieurs para­mètres d’ef­fets peuvent être modu­lés par les fonc­tions morphing : vitesse et quan­tité du multief­fets, niveau du drive, vitesse et balance du signal sec/traité dans le délai et balance du signal sec/traité dans la réverbe. Une section qui a vrai­ment pris de l’am­pleur, avec davan­tage de réglages, des synchro­ni­sa­tions tempo­relles, des modu­la­tions temps réel, une qualité supé­rieure et surtout une dispo­ni­bi­lité en quatre exem­plaires !

Conclu­sion

Le Nord Wave 2 est un bon synthé, qui aurait pu être encore meilleur si le construc­teur n’était pas revenu en arrière dans certains domaines par rapport au Nord Wave : un seul type d’os­cil­la­teur à la fois, ce qui élimine les inter­mo­du­la­tions entre samples et formes d’onde, moins de filtres, un seul LFO, moins d’em­pla­ce­ments mémoire pour les program­mes… On gagne en revanche sur de nombreux tableaux : poly­pho­nie, multi­tim­bra­lité, effets, mémoire de samples, arpèges, écrans, commandes directes et clavier (en taille comme en qualité de réponse). On retrouve aussi tous les ingré­dients qui ont fait le succès des claviers Nord, à juste titre : qualité sonore, accès gratuit à une grosse biblio­thèque de samples, prise en main immé­diate, construc­tion robuste à tout point de vue, poids plume, orien­ta­tion live… tout cela étant toute­fois proposé à un tarif premium. Les adeptes du concept ou de la marque seront comblés, comme toujours. On aime­rait toute­fois voir Nord se remettre un peu en ques­tion, s’il veut conti­nuer à s’im­po­ser face à une concur­rence propo­sant des alter­na­tives allé­chantes, comme des claviers de scène se mettant à la synthèse ou des works­ta­tions deve­nant enfin convi­viales.

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Notre avis : 8/10

Points forts

  • Quatre couches sonores indépendantes
  • Plusieurs synthèses disponibles
  • Prise en main simple
  • Commandes directes nombreuses
  • Petite section de mixage
  • Oscillateurs diversifiés
  • Filtre multimode avec drive
  • Temps d’enveloppes rapides
  • Morphing sonore en temps réel
  • Paramètres synchronisables au tempo
  • 1 Go pour charger des samples Nord gratuits
  • Arpégiateur polyphonique programmable
  • Effets dynamiques de qualité
  • Robuste et léger à la fois
  • Clavier dynamique 5 octaves avec pression

Points faibles

  • Un seul type d’oscillateur à la fois
  • Tables d’ondes statiques
  • Un seul LFO
  • Pas de vraie matrice de modulation
  • Zonage du clavier contraignant
  • Pas de couches dynamiques
  • Pas de sorties séparées
  • Entrée monitoring non traitée
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