Yamaha Montage 6
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Yamaha Montage 6

Montage 6, Clavier synthétiseur numérique de la marque Yamaha appartenant à la série Montage.

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Test du synthétiseur numérique Yamaha Montage 6

Test

La grosse bête qui monte…

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Award Valeur sûre 2016

Désormais disponible en V1.2, le Montage prend enfin son altitude de croisière, intégrant de nouvelles fonctionnalités… une bonne raison pour faire un test très détaillé de ce monstre numérique !

Le premier Motif date de 2001. Comme toute workstation de l’époque, le principe est d’intégrer différents composants sonores, un générateur multitimbral, des arpèges, un séquenceur et des effets au sein d’une même machine afin de la rendre quasi autonome. Le Motif tire son nom des multiples arpèges et mini-séquences qu’il intègre par milliers, permettant de créer rapidement un morceau complet ou de jouer avec un accompagnement rythmique fourni en toile de fond. Quatre générations de Motif se sont succédées pendant 15 ans, ajoutant plus de sons, plus de mémoire, plus de canaux, plus d’effets… jusqu’au Motif-XF. Mais au NAMM 2016, nous avons assisté à un tournant : fini le Motif, bonjour le Montage ! Cette fois, ce n’est pas une workstation intégrale qui est proposée, mais la nouvelle vision proposée par Yamaha de ce que doit être un synthé haut de gamme en 2016. Voyons donc en détails le nouveau concept…

Bien monté

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 002.JPG

Une fois en place, le Montage dégage une impression de sérieux. Entièrement anthracite, il est solidement construit avec une coque en métal plié entourée de flancs en plastique moulé ; les commandes sont fermes, la connectique maintenue et les ajustements soignés. On repère tout de suite, sur la partie gauche du panneau, les 8 encodeurs cerclés de diodes, les 8 curseurs linéaires à échelle de diodes et l’énorme encodeur multicolore lui aussi cerclé de diodes (toutes rouges). Tout cela facilite grandement le repérage des données, les réglages rapides (paramètres de synthèse, effets, mixage) et l’assignation des multiples modulations en temps réel, l’un des points forts de la machine sur lequel nous reviendrons.

Sous les curseurs, des boutons de scène permettent de choisir jusqu’à 8 réglages différents d’un même programme (Performance en langage Montage), déclenchant des variations subtiles ou drastiques (changement de source/canal sonore, variation d’effets, modulations alternatives) : incroyable ce qu’on peut déjà faire au sein d’une même Performance avec toutes ces commandes. Des touches d’accès direct permettent aussi de transposer (par octave ou demi-ton, merci !), lancer des arpèges complexes, enclencher des séquences de mouvements, jouer sur l’expressivité d’un son…

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 008.JPG

Au centre trône un magnifique écran tactile couleur haute définition de 7 pouces, permettant d’éditer et visualiser un grand nombre de réglages. Les menus sont très soignés, avec de beaux graphismes, des onglets de page, des zones de sélection… la navigation et l’édition peuvent aussi être réalisées avec des boutons physiques dédiés et un gros encodeur de données situés à droite de l’écran. Merci d’avoir pensé à tout le monde !

La partie droite de la façade, jonchée de sélecteurs lumineux ambre, est réservée au choix des programmes (par favori ou par catégorie), des canaux sonores (1 à 16) et des éléments de chaque canal (1 à 8) : sélection du canal à jouer/éditer, activation/isolation/coupure des canaux, activation d’arpèges/de séquences de mouvements, etc. La touche Edit/Compare n’a pas été oubliée. En conjonction avec l’écran, l’édition peut être très rapide, pour peu qu’on prenne le temps de bien vérifier le mode en cours des sélecteurs lumineux. Le bouton Control Assign permet de sélectionner un paramètre à l’écran et de l’affecter directement à une commande physique.

À gauche du clavier, on retrouve les molettes de pitch bend et de modulation, accompagnées de 4 boutons de performance (modification des programmes en temps réel, lancement/maintien des séquences de mouvement) et d’un ruban de modulation horizontal assignable. Tout cela complète les nombreuses modulations temps réel déjà décrites, faisant du Montage l’un des synthés les plus expressifs que nous ayons eu sous les doigts. La machine est disponible en trois formats : clavier semi-lesté de 61 touches FSX (103x40 cm, 15 kg), clavier semi-lesté de 76 touches FSX (124x40 cm, 24 kg) et clavier lourd de 88 touches Balanced Hammer (145x47, 29 kg). Tous sont sensibles à la vélocité et à la pression. Le clavier du Montage 6 que nous avons testé s’avère excellent, avec un parfait équilibre de l’enfoncement et du relâchement, une modulation de pression bien dosée… l’un des meilleurs que nous ayons joué.

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 012.JPG

Un petit tour à l’arrière laisse entrevoir une connectique très complète : entrée audio stéréo (avec potentiomètre de volume en façade) pour traiter des sources externes (effets, vocodeur, suiveur d’enveloppe, synchronisation audio automatique du séquenceur… mais pas d’échantillonnage interne), sortie casque, deux paires de sorties audio stéréo symétriques, 2 entrées pour pédales-interrupteurs, 2 entrées pour pédales continues (tenue avec position intermédiaire, assignable), 3 prises MIDI (In/Out/Thru), USB To Host (interface MIDI/audio dont nous reparlerons), USB To Device (unités de sauvegarde), borne IEC 3 broches (alimentation interne, merci !) et gros interrupteur secteur. Toutes les prises audio et pédales sont au format jack 6,35 mm. On ne trouve pas de sortie audio numérique traditionnelle (type AES/EBU ou S/P-DIF), mais nous verrons plus tard que la gestion intégrale de l’audionumérique se fait via USB, de fort belle manière d’ailleurs !

Il déménage !

Le Montage utilise un processeur et une carte audio spécifiques. Ce n’est donc pas un PC avec carte mère et carte son banalisées. Résultats, il boote en 15 secondes. La machine réunit deux moteurs de synthèse (lecture d’échantillons AWM2 et synthèse FM-X). Elle organise tous ses programmes en Performances de 1 à 16 canaux, capables d’utiliser indifféremment les deux moteurs en parallèle, mais sans connexion ou interaction entre les deux. Pour chaque canal d’une Performance, on règle le volume, le panoramique, les 2 effets d’insertion, les 2 départs vers les effets maîtres, la tessiture, la fenêtre de vélocité, la sortie audio (plusieurs sorties analogiques et USB disponibles), le mode de jeu mono/polyphonique, le pitch, le portamento, la gamme microtonale, la zone de clavier (canal MIDI séparé sur les 8 premiers canaux, cf. paragraphe « Relations extérieures ») et les trucs qui bougent (arpèges, séquences de mouvements, modulations… tout cela sera détaillé en temps voulu). On peut moduler de nombreux paramètres simultanément, à l’aide de trois sources macro (contrôleurs de mouvements), baptisées Super Knob, Motion SEQ et Envelope Follower (nous y reviendrons aussi) et tous les contrôleurs physiques. On peut aussi assigner rapidement des paramètres à des contrôleurs et les sauvegarder immédiatement sous forme de scènes. Une fonction d’édition rapide permet de modifier sur une même page écran une trentaine de paramètres, liés à une ou plusieurs parties sonores.

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 005.JPG

La nouvelle carte de sortie analogique développée pour la série Montage apporte une qualité audio exceptionnelle : large bande, équilibre, définition, profondeur, ce sont les termes qui nous viennent immédiatement à l’esprit. On est encore un cran au-dessus du Motif-XF que nous avions déjà plébiscité en son temps. Le Montage est livré avec 1984 Performances et 192 Live Sets (favoris) Presets. Il peut par ailleurs mémoriser 640 Performances et 256 favoris Utilisateur en mémoire interne, ainsi que dans 8 bibliothèques (soit 5 120 Performances et 2 048 favoris, de quoi voir venir). Il renferme un très grand nombre de Performances Presets simples ou complexes, dont l’ensemble des voix du Motif-XF. Les Performances font aussi honneur aux nouvelles sonorités développées pour l’occasion : pour la partie AWM2, des multi-échantillons d’instruments acoustiques et électriques très généreux tirant partie d’une nouvelle mémoire Flash de plusieurs Go (7 fois plus que le Motif-XF).

La musicalité est excellente, que ce soit le nouveau piano CFX de concert, le CP80, les claviers électriques, les orgues, les guitares, les cordes, les instruments à vent, les voix ou les kits de percussions. Les très nombreux sons de synthèse sont partagés entre les échantillons passés à travers les filtres et le nouveau moteur FM-X, qui conjugue tous les standards du passé et les nouveaux algorithmes à 8 opérateurs. Hormis la musicalité générale présente à tous les niveaux, nous apprécions particulièrement l’expressivité des sons (articulations, modulations), la qualité sonore des effets intégrés (dont ceux à modélisation, superbes) et la puissance du mode Performance, permettant des évolutions sonores drastiques ou subtiles. On sent un gros travail effectué par des designers sonores de talent. Un très bon point aussi pour les changements de Performances sans coupure sonore, possibles lorsque celles-ci ne dépassent pas 8 parties simultanées. Bref, le Montage nous a réellement convaincus sur le plan sonore et audio, nous le plaçons en tête du segment des synthés-workstations haut de gamme.

01 CFX
00:0001:22
  • 01 CFX 01:22
  • 02 S700 00:30
  • 03 Imperial 01:55
  • 04 S6 00:28
  • 05 CP80 01:19
  • 06 Rhodes 01:12
  • 07 Wurly 00:56
  • 08 Clavinet 00:43
  • 09 Organs 01:16
  • 10 Guitars1 01:00
  • 11 Guitars2 02:17
  • 12 Bass Ac 01:12
  • 13 Bass El 01:24
  • 14 Bass S1 00:56
  • 15 Bass S2 02:00
  • 16 Strings1 01:24
  • 17 Strings2 01:20
  • 18 Choirs 01:57
  • 19 Brass1 01:14
  • 20 Brass2 01:03
  • 21 Brass Synth 01:08
  • 22 Woods1 01:03
  • 23 Woods2 00:54
  • 24 Synth1 01:35
  • 25 Synth2 00:56
  • 26 Synth3 01:07
  • 27 Synth4 01:30
  • 28 Synth5 01:38
  • 29 Synth6 01:43
  • 30 Drums1 01:43
  • 31 Drums2 01:50
  • 32 Drums3 01:30
  • 33 Drums4 01:38

Lecture d’échantillons

La synthèse AWM2 n’a guère évolué depuis les premiers Motif de 2001 ; c’est souvent une question de mémoire et de puissance. Sur le Montage, les principes de base sont les mêmes que sur ses prédécesseurs. La polyphonie pour le moteur AWM2 passe toutefois à 128 voix stéréo et la mémoire interne équivaut à 5,67 Go d’échantillons PCM (6347 multi-échantillons et échantillons). De plus, le Montage offre 1,75 Go de mémoire Flash intégrée pour les samples utilisateur ou développés par des tierces parties (gratuites ou payantes, cf. encadré). Nous en étions restés à la Performance et ses réglages généraux par canal au dernier chapitre. Passons maintenant à la synthèse : une partie AWM2 peut contenir un multi-échantillon (type Normal) ou un kit de percussions (type Drum).

Le type Normal offre jusqu’à 8 éléments sonores simultanés, composés chacun d’un ensemble multi-échantillon stéréo –> filtre –> ampli et les modulations associées (nous les détaillerons dans un paragraphe spécifique). Chaque élément dispose d’un multi-échantillon (interne ou importé) avec sa tessiture, sa fenêtre de vélocité, son articulation de jeu (legato, staccato, cycle, aléatoire, effet de relâchement) permettant de rendre les sons « réels » plus expressifs, son accordage et son routage vers les effets d’insertion. Le pitch est modulable par la vélocité, un paramètre aléatoire, un suivi de clavier et une enveloppe 5 temps/5 niveaux, elle-même modulable par la vélocité (temps et niveaux) et le suivi de clavier (temps). Plus puissant que sur les précédents synthés Yamaha, on peut descendre au niveau des zones de multi-échantillons (Key Bank) et redéfinir leur tessiture et leur vélocité.

La forme d’onde est ensuite envoyée dans le filtre résonant. On trouve 18 modes distincts, comme sur les précédentes workstations Yamaha : passe-haut, passe-bas, passe-bande ou réjection avec différentes pentes (1 à 4 pôles) et couleurs (modélisation analogique, numérique agressive à résonance élevée, dur, doux) ; il y a même des combinaisons série et parallèle. La vélocité peut moduler la coupure et la résonance ; la coupure peut ensuite être modulée par le suivi de clavier, une enveloppe dédiée 5 temps/5 niveaux et un générateur de suivi à 4 points. On termine par la section d'ampli avec son enveloppe dédiée 4 temps/4 niveaux, un générateur de suivi à 4 points, une modulation de panoramique (suivi de clavier, aléatoire) et un mode Half Damper (avec temps de Decay, utile pour simuler une pédale de piano acoustique avec une pédale compatible, telle que la FC3 maison). Toujours au plan de l’élément, on trouve un LFO à 3 formes d’ondes basiques (dent de scie, triangle, carrée) pouvant agir sur le pitch, le filtre et l’ampli, suivi d’un EQ simplifié (2 bandes semi-paramétriques, 1 bande paramétrique ou boost de +6/+12/+18 dB). Tout ça pour un élément !

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 007.JPG

Le type Drum AWM2 permet de définir des paramètres séparés pour les 73 touches assignables et ainsi créer un kit de batterie : choix de de l’échantillon, sortie audio (analogique, USB), tessiture, vélocité, pitch (modulable par la vélocité), mode de déclenchement (exclusif, note off, tenue), assignation aux 2 effets d’insertion, niveaux de départ vers les 2 effets globaux, coupure du filtre passe-bas (modulable par la vélocité), résonance, coupure du filtre passe-haut, volume (modulable par la vélocité et une enveloppe 3 temps/2 niveaux), panoramique (fixe, balayage automatique, aléatoire) et EQ. Dommage qu’on n’accède pas aux différentes couches d’échantillons parfois présentes sur certaines note. Dommage aussi que les sons de Drum kits soient limités au moteur AWM, cela aurait été bien de pouvoir leur assigner des sons FM… Pour ne pas partir de zéro, le Montage dispose de 174 drum kits pré-programmés dans pas mal de styles (pop, rock, jazz, latin, EDM, classique, ethnique, FX…).

Synthèse FM

Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 1 Signal Flow.JPG

Le second moteur de synthèse du Montage, baptisé FM-X, est dédié à la synthèse FM. Elle s’apparente ici à celle développée sur les anciennes machines FM de la marque (DX7SY77FS1r) et diffère de celle proposée dans le récent Reface DX. La polyphonie de ce moteur est de 128 notes (mono), ce qui est considérablement plus que tous les synthés FM développés à ce jour. Rappelons quelques principes de base de la FM : les oscillateurs sont des opérateurs produisant des ondes cycliques, arrangés en algorithmes. Il y a deux types d’opérateurs : les porteurs (qui produisent le son) et les modulateurs (qui modulent le son). Les opérateurs sont reliés suivant différentes configurations prédéfinies appelés algorithmes : les porteurs sont additionnés, alors que les modulateurs sont multipliés. Il s’agit donc de modulation de phase plutôt que de fréquence. La FM peut se faire suivant un rapport de fréquence (ratio) ou une fréquence fixe sur toute la tessiture (création de formants). Le Montage propose 88 algorithmes de 8 opérateurs. Un algorithme définit donc la nature de chaque opérateur et leur interaction (addition ou multiplication). Ainsi, on peut avoir 8 porteurs additionnés côte à côte, des porteurs modulés par plusieurs branches séparées de modulateurs, des porteurs modulés par 1 à 4 modulateurs en cascade… Certains opérateurs peuvent s’auto-moduler, seuls ou à plusieurs (c’est la boucle de feedback). Ce dispositif permet, à partir d’ondes cycliques basiques, de créer des spectres complexes. Sur le Montage, on a plusieurs ondes possibles pour chaque opérateur, ce qui va bien plus loin que les premiers synthés FM comme le DX7, cantonnés aux ondes sinus…

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 009.JPG

Après avoir défini les paramètres généraux et communs comme sur une partie AWM2 (volume, panoramique, départ d'effets, sortie audio, tessiture, fenêtre de vélocité, pitch, enveloppe de pitch, filtre, enveloppe de filtre, ampli, enveloppe d’ampli, panoramique, LFO commun, second LFO commun additionnel…), on choisit le fameux algorithme. Tout le reste se passe au niveau de l’opérateur : choix de la forme d’onde (parmi 7, telles que sinus, spectre et résonances, mais pas l’onde à formants de voix du FS1r), largeur de la base de l’onde, résonance de l’onde, mode de fréquence (ratio/fixe), fréquence (grossière/fine/Detune), enveloppe de pitch (2 temps/2 niveaux), vélocité sur le pitch et redéclenchement (ou pas) du cycle d’onde ; tout cela est bien plus puissant que sur un DX7, qui agit sur le pitch global de tous ses opérateurs. On passe ensuite à tout ce qui concerne le niveau de l’opérateur : niveau initial, vélocité sur le niveau, enveloppe 4 temps/4 niveaux, suivi de clavier (temps, niveaux, courbes, point central). Rappelons ici qu’un niveau correspond à un volume sur un opérateur porteur et à une intensité de modulation (timbre) sur un opérateur modulateur… On apprécie l’ergonomie de l’éditeur FM, très visuel, que ce soit sur le choix de l’algorithme ou les courbes d’enveloppe. Si seulement le FS1r avait eu cette ergonomie !

Modulations en mouvement

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 010.JPG

Les précédents synthés Yamaha tels que le Motif-XF étaient dotés d’une matrice de modulation à 6 cordons, permettant de relier des contrôleurs physiques à des destinations (plus de cent paramètres de synthèse et d’effets). Sur le Montage, les choses se compliquent sérieusement : en plus des modulations déjà abordées (physiques et logicielles), on trouve des modulations classiques (type LFO global par partie, comme sur le Motif-XF), des modulations automatiques générées par un séquenceur et des modulations complexes commandées par des contrôleurs physiques coordonnés. Tout ce qui est rapport avec le temps ou presque, dans le Montage, se synchronise au tempo global interne/externe. On commence la liste par le Super Knob, ce gros encodeur translucide rétro-éclairé par une LED arc-en-ciel, dont on peut régler l’évolution de la couleur et le battement en rythme (on peut même le supprimer). Il est capable de piloter les 8 encodeurs en même temps, eux-mêmes assignés à des destinations, telles que les paramètres de synthèse ou d’effets. Pour chaque encodeur, on règle les valeurs mini (0-127)/maxi (0-127) correspondant à la plage d’action que doit commander le Super Knob. Tourner le Super Knob peut donc faire agir les encodeurs entre n’importe quelles valeurs et dans n’importe quel sens (c’est d’ailleurs très joli, ces mouvements coordonnés de LED circulaires…). L’action du Super Knob peut être reproduite par une pédale de modulation (type FC7), histoire de garder les deux mains libres, ce qui est une bonne idée pour ceux qui jouent du clavier. On peut même lui assigner un CC MIDI (depuis l’OS 1.2) ou le piloter automatiquement par le séquenceur de mouvements.

Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 2 Motion Control.JPG

On poursuit la ballade au pays des trucs qui bougent par le séquenceur de mouvements. Il s’agit d’un générateur de modulations rythmiques de type séquenceur à pas composé de lignes de modulations, à raison de 4 lignes par partie sonore et 8 lignes maximum pour la Performance entière. Chaque ligne est constituée de 1 à 8 séquences de 1 à 16 pas. L’éditeur, très visuel, permet de s’y retrouver dans cette pléthore de paramètres. Une ligne va pouvoir moduler une destination (à choisir parmi des centaines de paramètres de synthèse ou d’effets, certains par partie, certains globaux) suivant ce qu’on aura entré dans les pas. Et qu’entre-t-on dans les pas ? Grosso modo, une amplitude de modulation (mono ou bipolaire) et une courbe (différents types éditables, allant de lisses à très agités). Pour la ligne, on définit la vitesse de lecture, la synchronisation au tempo, la synchro à la note, la longueur, le bouclage, la fenêtre de vélocité d’activation, le lissage global entre les pas… Le Montage renferme des lignes Presets et 256 mémoires par banque utilisateur (interne/bibliothèque) pour y coller les nôtres. En mode clavier maître, on peut avoir 8 instances de séquenceurs de mouvements qui tournent en même temps. Énorme !

Toujours au chapitre des modulations complexes, la matrice de modulation passe à 16 cordons par partie. Elle s’est considérablement complexifiée depuis les Motif. On dispose de 40 sources potentielles : molettes, pression, ruban, interrupteurs, pédales, 8 encodeurs, 4 lignes du séquenceur de mouvements et 18 suiveurs d’enveloppe (16 parties sonores, partie A/D, Master). La quantité de modulation est ni plus ni moins qu’une courbe entièrement paramétrable en entrée, sortie, polarité, profil… Les destinations peuvent être communes à chaque partie ou cibler différents éléments d’une partie. Il y en a plus de 250, certaines dépendant du moteur de synthèse utilisé : citons les paramètres des 2 effets d’insertion et des 3 effets globaux (réverbe, variation, maître), les départs vers les 2 premiers effets globaux, les paramètres de synthèse (en descendant jusqu’à l’élément ou l’opérateur suivant le moteur), les 8 encodeurs assignables par partie… Bref, c’est très balaise !

Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 4 Env Follower.JPG

Enfin, signalons la fonction Envelope Follower, qui transforme un signal audio en signal de contrôle, avec fonction Auto Beat Sync (synchronisation automatique du Montage à un signal audio via l’entrée A/D). Pour créer ce signal, on peut utiliser plusieurs sources : la sortie de l’une des 16 parties sonores d’une Performance, la Performance tout entière ou l’entrée audio. Le signal créé devient alors une source de modulations à part entière. Pour une meilleure compréhension de toutes les possibilités d’interaction, nous recommandons de jeter un coup d’œil à la capture d’écran du schéma récapitulatif ci-contre.

Effets colossaux

S’il y a bien un domaine en constant progrès au fil des années dans les synthés-workstations, c’est bien la section d'effets. Le Montage ne déroge pas à la règle. Comme il est en permanence en mode multitimbral, cela simplifie les choses.

Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 3 FXs.JPG

Les effets se décomposent en effets de partie (propres à chaque canal) et effets globaux (partagés par tous les canaux). Certains font appel aux remarquables modélisations VCM développées par Yamaha depuis plusieurs années. Chaque partie (16 parties sonores + entrée audio A/D) dispose d’un ensemble EQ 3 bandes + Insertion A + Insertion B + EQ 2 bandes, ce qui nous fait 34 EQ et 34 effets pour bien commencer dans la vie. Les effets d’insertion sont en réalité de puissants multieffets comprenant 76 algorithmes complexes (jusqu’à 24 paramètres) modulables en temps réel : réverbes, délais, ensembles, compresseurs, simulateurs d’ampli, distorsions, EQ, effets destructeurs de signal, effets Beat et effets en cascade. Les effets d’insertion (A, B) peuvent être placé en série (A -> B ou B -> A) ou en parallèle. On peut y connecter chaque élément d’une partie sonore. 8 algorithmes d’effets disposent d’un Side Chain (à partir d’une partie de 1 à 16, du master ou de l’entrée audio externe) : compresseur 376, compresseur classique, compresseur multibande, modulateur en anneau classique, modulateur en anneau dynamique, filtre dynamique, Phaser dynamique, Flanger dynamique. Un effet vocodeur permet de traiter des sons internes (porteurs) via les entrées audio (modulateur) ; on dispose de 10 bandes, avec compression/gate à l’entrée, décalage des formants, bruit, HPF et gains séparés pour les bandes. Pour nous faire gagner du temps, Yamaha a doté chaque effet d’un certain nombre de presets prêt à l’emploi, merci les gars !

Les effets globaux sont constitués d’un effet de variation (multieffet doté de 76 algorithmes, identiques aux effets d’insertion), d’une unité de réverbe spécialisée (12 algorithmes, parmi lesquels différentes simulations de pièces, de plaques et d’ambiances extérieures, certains tirés du SPX2000) et d’un effet maître (15 algorithmes dédiés à la finalisation du signal, tels que distorsion, compression modélisée, compression multibande, destruction sonore…). Chaque partie dispose d’un départ vers les deux premiers effets, il existe aussi un départ de l’effet de variation vers l’unité de réverbe. Les retours sont ensuite mélangés au signal sec avec niveaux et panoramiques, avant d’attaquer l’effet maître placé en insert stéréo. En bout de chaîne, il y a encore un EQ maître 5 bandes (Peaking / Shelving pour les bandes centrales, Shelving pour les bandes extrêmes). On frise donc les 40 multieffets dans un Montage, avec une qualité de très haut niveau !

Gros arpégiateur, petit séquenceur

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 015.JPG

Depuis le premier Motif, Yamaha a démontré qu’il savait incorporer des éléments rythmiques dans ses synthés-workstations. Les arpégiateurs n’ont cessé de progresser et on est bien loin aujourd’hui des modes basiques up & down et Random… Sur le Montage, l’arpégiateur offre 10 000 motifs Presets classés par catégorie, suivant leur destination ou leur mode de jeu : arpèges générés à partir d’une seule note, motifs rythmiques pilotés par des accords, motifs de batterie, modulations de paramètres, séquences hybrides, Mega Voices (motifs utilisant des multi-échantillons complexes d’instruments très réalistes, injouables à la main)… Chaque partie sonore dispose de 8 variations d’arpèges que l’on peut choisir avec les 8 boutons du pavé de droite. On peut lancer l’arpège de différentes manières : tant que les notes sont maintenues, dès que les notes sont jouées ou alternativement.

4 des 8 encodeurs peuvent moduler l’arpégiateur en temps réel : swing, signature temporelle, temps de Gate et vélocité. Les autres paramètres de reproduction sont très nombreux : ordre des notes, bouclage, quantification, limite de note, octaves de transposition d’arpège (-3 à +3), effets aléatoires (déclenchement de bruits liés au jeu d’un instrument, par exemple pour simuler les frettes d’une guitare)… Depuis l’OS 1.2, le Montage permet de créer ses propres arpèges par extraction d’une partie de Song et de les sauvegarder au sein de 256 emplacements utilisateur (en banque interne ou dans chacune des 8 bibliothèques). On choisit pour cela la portion de Song à exporter, le type de notes à générer (suivi, fixe, suivi de la note d’origine) et les pistes de destination dans le motif d’arpège (4 pistes de 16 notes maximum). Pour clore ce paragraphe, signalons qu’en mode clavier maître, on peut avoir 8 instances d’arpèges qui tournent en même temps. Du lourd !

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 011.JPG

Le Montage comprend aussi un séquenceur MIDI basique de 16 pistes, capable d’enregistrer 130 000 notes dans 64 Songs (la Performance étant liée à la Song). On trouve 40 signatures rythmiques (parmi lesquelles des quaternaires et ternaires), avec une résolution maximale de 480 PPQN. L’enregistrement se fait au sein d’une Performance, uniquement en temps réel (avec ou sans quantification) et suivant trois modes : overdub, remplacement ou punch in/out. Il est impossible de boucler pendant l’enregistrement ; pire, on ne peut éditer la moindre piste une fois enregistrée, ne serait-ce que changer un pain sur une note. Ce séquenceur est donc plus un mémo ou un lecteur de séquences, puisqu’on peut exporter une Song vers un PC, l’éditer puis la réimporter dans le Montage au format SMF0 ou 1, via un logiciel facilitant grandement les échanges de données, dont nous allons bientôt parler. Signalons que depuis l’OS 1.2, la lecture des Songs peut être bouclée. Bon…

Relations extérieures

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 021.JPG

Le Montage peut recevoir sur 16 canaux MIDI simultanés, chaque partie étant assignée au canal du même numéro, de manière hélas fixe. En émission, le Montage transmet initialement sur le canal de la partie sélectionnée, que ce soit à son générateur interne ou en externe (MIDI DIN et/ou MIDI USB). Mais en activant le mode Master Keyboard, le Montage se transforme en puissant clavier de commandes 8 zones, capable de piloter indifféremment le générateur sonore interne et/ou des modules MIDI externes : les 8 premiers canaux d’une Performance peuvent alors être joués simultanément, en couche, en split, selon la fenêtre de vélocité, avec arpèges et séquences de mouvements multiples. Chaque zone peut aussi transmettre certains messages MIDI (numéros de banques/programmes, tessiture, transposition, commandes physiques), avec filtrage précis des données. Les réglages sont sauvegardés au sein des Performances. C’est donc bien plus puissant que ce qu’on pouvait faire sur un Motif, limité à 4 zones, mais ça n’est pas autant que sur un Kronos ou un PC3K, qui gèrent indifféremment les 16 canaux en émission/réception au sein de la même configuration multitimbrale.

Passons maintenant à l’échange de données : le logiciel Montage Connect permet d’échanger les Performances et Songs entre la machine et un ordinateur, soit en autonomie, soit comme plug (VST3/AU). Dans ce dernier cas, on peut transférer directement les séquences pour les éditer dans sa STAN, par exemple Cubase AI 8 livré avec la machine. Il n’est en revanche pas prévu d’éditeur Montage à ce stade.

Yamaha Montage 6 : Montage 2tof 018.JPG

Pour ce qui est de l’audio, le Montage fonctionne comme une véritable interface audio USB, avec la possibilité d’envoyer jusqu’à 16 canaux stéréo à 44 kHz vers une STAN et d’en recevoir 3 canaux stéréo. On peut même pousser la fréquence à 48/92/192 kHz en émission, mais on est alors limité à 4 canaux stéréo au lieu de 16. Tant qu’on parle d’audio, le Montage ne peut pas échantillonner, mais il peut télécharger des fichiers WAV ou AIFF, avec relecture en 16 ou 24 bit/44 kHz stéréo. Enfin, pour ce qui est des banques sons, le Montage est directement compatible avec les voix des MOTIF XF / XS (et tous les synthés Yamaha compatibles via l’éditeur VST du Motif-XF) pour le moteur AWM2. Pour le moteur FM-X, il faut passer par l’utilitaire FM Converter, qui permet de convertir les fichiers DX7 (toutes générations), TX-802 et TX816 en banques pour Montage. Pour cela, on peut soit utiliser des fichiers (Sysex ou DXC), soit raccorder l’un de ces instruments pour en extraire les données (Web MIDI sous Chrome). Plus d’informations à ce lien.

Conclusion

Le Montage est une nouvelle proposition de valeur dans le monde de la synthèse. Ce n’est pas une station de travail complète avec gros séquenceur MIDI/audio et échantillonnage, Yamaha ayant présumé que peu de monde préparait ses Songs et ses samples dans un synthé hardware seul. En revanche, le Montage peut importer ces éléments préparés au préalable sur ordinateur sans aucune difficulté. Il intègre deux moteurs de synthèse : l’AWM2, qui n’a jamais aussi bien sonné, et la FM, qui apporte un complément précieux pour tous les amoureux de la synthèse et du beau son. Il dispose de nombreux atouts pour l’expressivité, la nuances et le contrôle, que ce soit avec les mains, les pieds, la bouche ou automatiquement. Il démontre également une grosse puissance de feu aux rayons polyphonie et multitimbralité. Sa construction est très soignée, tout comme ses éditeurs graphiques. C’est donc un synthé haut de gamme, voire élitiste (tarif dans le haut du panier des synthés numériques) et parfois un peu complexe. Le professionnel ou l’amateur averti sauront en tirer la quintessence après un peu d’efforts, en studio comme sur scène. Au final, le Montage a choisi de ne pas tout faire tout seul, mais dans ce qu’il fait, il excelle véritablement, au point de mériter l’Award Audiofanzine Valeur Sûre 2016 !

Téléchargez les extraits sonores (format FLAC)

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  • Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 2 Motion Control.JPG
  • Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 3 FXs.JPG
  • Yamaha Montage 6 : Montage 3diag 4 Env Follower.JPG

 

Notre avis :
Award Valeur sûre 2016
Points forts Points faibles
  • Qualité et polyvalence sonores
  • Qualité audio top niveau
  • Éditeurs graphiques soignés
  • Deux moteurs PCM et FM
  • Mémoire globale colossale
  • Mémoire Flash pour les samples utilisateur
  • Polyphonie très confortable
  • Mouvements sonores complexes
  • Section d'effets surpuissante
  • Multitimbralité 16 canaux
  • Arpégiateur multitimbral 8 canaux
  • Fonction clavier de commande
  • Traitement de sources audio externes
  • Interface MIDI et audio USB multicanal
  • Intégration à une STAN via Montage Connect
  • Compatibilité directe avec les Motif XF/XS
  • Très rapide à l’allumage
  • Séquenceur MIDI très limité
  • Pas de sampling direct intégré
  • Drum kits limités au générateur AWM2
  • Parfois complexe à comprendre
  • Compatibilité DX7 nécessitant un logiciel externe
  • Pas d’éditeur externe
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