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Award Valeur sûre 2020
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Au Superbooth 2019, Novation avait dévoilé le Summit, un puissant synthé polyphonique hybride, regroupant deux modules Peak dans un grand clavier couvert de commandes. Huit mois plus tard, le sommet est enfin accessible. On grimpe !

Fondée en 1992, Nova­tion a présenté son premier synthé en 1994, le Bass Station, un petit analo­gique mono­dique très abor­dable. En 1998, le Super­nova brille par la qualité de sa modé­li­sa­tion VA, sa puis­sante section oscil­la­teurs et ses effets multi­tim­braux. Rache­tée en 2004 par Focus­rite, Nova­tion se réoriente alors vers les inter­faces MIDI et audio. On craint le pire et ce n’est qu’en 2010 que la marque renoue avec les synthés, en sortant l’Ultra­nova, suivi du Mini­nova. Puis en 2013, Nova­tion lance le Bass Station II, signant son grand retour dans le monde de la synthèse analo­gique. En 2017, le Peak est présenté au Super­booth de Berlin ; il s’agit d’un synthé poly­pho­nique hybride combi­nant des oscil­la­teurs numé­riques produits par un FPGA à des filtres et ampli analo­giques, pour le meilleur des deux mondes. Dans l’équipe de déve­lop­pe­ment, Chris Huggett, colla­bo­ra­teur de longue date de la maison anglaise, papa d’une famille nombreuse de synthés qui ont marqué l’his­toire (EDP Wasp, OSC Oscar) avant de colla­bo­rer inten­si­ve­ment au Super­no­va… Nous avions salué l’ar­ri­vée du Peak par un Award Inno­va­tion, voyons ce que valent deux Peak assem­blés dans un grand clavier plein de poten­tio­mètres. Une fois la mise à jour en V1.0 faite direc­te­ment en ligne, nous voilà prêts pour l’as­cen­sion…

Construc­tion au sommet

Summit_2tof 03.JPGLe Summit est un synthé à la construc­tion exem­plaire. Dès le débal­lage, le carton externe à double paroi protège un plus petit carton simple, dans lequel le synthé est parfai­te­ment calé par des mousses. On a récem­ment vu du poly­sty­rène cheap pour des arran­geurs bien plus chers ! La coque du synthé est tout en métal, avec des flancs en bois usinés très design. Cela nous fait 11 kg pour un gaba­rit élancé de 999 × 304 × 92 mm. Les poten­tio­mètres sont vissés sur le panneau et offrent une résis­tance parfaite, sans aucun jeu. Les curseurs ont tendance à bouger en laté­ral, mais pas en longi­tu­di­nal ni en torsion. On pense que c’est voulu, pour une meilleure de prise en main tout en conser­vant une posi­tion précise. Ils offrent égale­ment une excel­lente réponse. Dans le même esprit, la connec­tique est sertie et ne bouge pas d’un iota. En sous-face, un cadre en caou­tchouc bleu permet de stabi­li­ser le synthé quel que soit le support, c’est la première fois qu’on voit ce dispo­si­tif bien plus effi­cace que les quatre plots habi­tuels.

La machine est orga­ni­sée de manière très claire : de gauche à droite, on trouve les modes de jeu (Single/Multi), le choix de la couche sonore à éditer, le contrôle central excen­tré (écran OLED 4 × 20 carac­tères affi­chant le nom des programmes et les valeurs en cours d’édi­tion / stockées, touches de sélec­tion des modules de synthèse, touches de navi­ga­tion dans les menus, enco­deur), modes de voix, arpé­gia­teur, oscil­la­teurs, FM, mixeur, filtres, enve­loppes, LFO et effets.

Summit_2tof 04.JPGLe Summit tota­lise 51 poten­tio­mètres rota­tifs (fonc­tion­nant en mode saut ou seuil), 1 enco­deur, 8 curseurs linéaires et 63 inter­rup­teurs, répar­tis sur toute sa surface. Il est donc prédes­tiné à la program­ma­tion sonore et au touillage en temps réel. Les deux molettes souples sont consti­tuées de parties trans­lu­cides rétroé­clai­rées du plus bel effet. En mode bitim­bral, le rétroé­clai­rage de toute cette zone change de couleur (ambre, bleu ou blanc), suivant la(les) couche(s) sonore(s) en cours d’édi­tion, puisqu’on peut même éditer les deux couches simul­ta­né­ment, bien vu !

Le clavier possède 61 touches sensibles à la vélo­cité et à la pres­sion. Il offre une réponse dyna­mique très agréable. La pres­sion est un peu dure à action­ner, on aime­rait avoir diffé­rentes courbes de réponse dans un futur OS. Les touches blanches mesurent 13,5 cm de long contre 8,5 cm pour les noires, pas les plus longues, mais compa­rables à celles de nos D-50 et V-Synth. Les touches noires sont moins biseau­tées et plus larges qu’à la concur­rence (11 mm contre 10), ce qui leur donne un look un peu pataud.

Prise assu­rée

Summit_2tof 05.JPGLa prise en main du Summit est encore plus immé­diate que celle du Peak, puisqu’il offre davan­tage de commandes directes (dans les sections oscil­la­teurs, FM, LFO et arpé­gia­teur). Pour les commandes cachées, on fait appel aux touches de module et à l’écran (édition par menu avec touches de pages < >, enco­deur, touches de valeurs +/-). Nova­tion n’a pas oublié d’équi­per sa machine des fonc­tions Initia­lise et Compare pour nous simpli­fier la vie. Deux rangées de huit petites LED témoignent de l’ac­ti­va­tion des voix, ce qui met de l’am­biance dans le noir, avec un côté hypno­tique lorsque les deux arpé­gia­teurs tournent en mode aléa­toire.

En plus des deux molettes, on trouve deux boutons d’ani­ma­tion avec fonc­tion de main­tien, assi­gnables à des desti­na­tions de modu­la­tion via la matrice pour créer des varia­tions sonores macro. Deux petits reproches d’er­go­no­mie : la posi­tion de l’en­co­deur à droite de l’écran, qui masque ce dernier quand on le mani­pule à main gauche (ce qu’on fait souvent vu qu’il est excen­tré à gauche) et l’ab­sence de manuel papier (déci­dé­ment, ça devient une manie chez les facteurs de synthés anglais).

Summit_2tof 18.JPGÀ l’ar­rière du Summit, c’est beau­coup plus fourni qu’à l’ar­rière du Peak : sortie casque en jack 6,35 stéréo, deux paires de sorties audio en jack 6,35 TRS (parfait pour trai­ter sépa­ré­ment les deux couches sonores en stéréo, merci !), une paire d’en­trées stéréo en jack 6,35 TRS, deux entrées pour pédales assi­gnables en jack 6,35, une entrée CV Mod en mini-jack (permet­tant de pilo­ter une desti­na­tion interne par une commande en tension externe), un trio MIDI DIN (notes, CC, dump des mémoires en Sysex), une prise USB (Class Compliant MIDI, égale­ment utile pour la mise à jour auto­ma­tique de l’OS via l’ap­pli maison Compo­nents), une borne IEC pour cordon secteur (alimen­ta­tion interne univer­selle, encore merci !) et un inter­rup­teur secteur.

Les entrées audio stéréo permettent d’en­voyer un signal externe vers le filtre (sommé en mono et routé avant ou après le filtre de chaque couche sonore) et vers les effets, en stéréo, en utili­sant les bus des deux couches. Les routages et les dosages sont indé­pen­dants, on peut faire ce qu’on veut avec les filtres et les effets. Tous les reproches faits à la connec­tique du Peak ne s’ap­pliquent donc plus ici, magni­fique…

Deux de Peak

Summit_2tof 10.JPGLe Summit double la poly­pho­nie du Peak, ce qui fait 16 voix au total, assi­gnables à un ou deux canaux sonores. En mode Single, les 16 voix jouent le même programme. En mode Multi, on peut soit sépa­rer les 2 parties (8+8 voix), soit les empi­ler (8×2 voix). Chaque couche comprend un programme tota­le­ment indé­pen­dant (synthèse, effets, sorties audio). On peut régler le volume et l’oc­tave de chaque couche, pour chaque Multi. Les canaux MIDI se règlent au plan global (canal global, canal de la couche A, canal de la couche B) ; cela permet au Summit d’émettre et rece­voir sur deux canaux sépa­rés. Le synthé est entiè­re­ment compa­tible avec le Peak, dont il peut impor­ter les banques simples en Sysex. La réci­proque n’est pas tota­le­ment vraie, au plan des filtres, plus nombreux sur le Summit (nous verrons cela plus tard).

À l’al­lu­mage, la machine est tout de suite prête. Dès les premières notes jouées, on retrouve la patate du Peak, avec un niveau de sortie très élevé, au point qu’il faut souvent atté­nuer à la table ou réduire le poten­tio­mètre de volume. Aucun bruit de fond n’est à déplo­rer, bravo ! Les programmes d’usine ont été retra­vaillés. On en compte désor­mais 384 simples et 384 doubles, sur les 512 empla­ce­ments réins­crip­tibles prévus dans chaque mode. L’im­pres­sion miti­gée lais­sée par les Presets du Peak n’est plus de mise ici, on sent que Nova­tion a revu sa copie, nous ne nous en plain­drons pas ! Pour appré­cier la large palette sonore (encore élar­gie depuis notre test du Peak par de nouvelles tables d’ondes et des possi­bi­li­tés de modu­la­tion des effets, nous y revien­drons), rien de tel que confier les rênes des extraits sonores à l’ami Tinhu, qui à peine après avoir reçu son Summit, a œuvré pour faire parta­ger à la commu­nauté ses premiers moments d’émo­tion avec la machine. Merci à lui !

Summit_1audio Tinhu 01-La base du sommet
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  • Summit_1audio Tinhu 01-La base du sommet01:05
  • Summit_1audio Tinhu 02-Rebon­dis00:54
  • Summit_1audio Tinhu 03-En avant !00:52
  • Summit_1audio Tinhu 04-Fête forraine00:45
  • Summit_1audio Tinhu 05-Zen01:12
  • Summit_1audio Tinhu 06-Golden­city00:56
  • Summit_1audio Tinhu 07-Bloop­bloop01:41
  • Summit_1audio Tinhu 08-Wave arpe­gio01:32
  • Summit_1audio Tinhu 09-Chapa _ Chava !00:51
  • Summit_1audio Tinhu 10-Heat parade01:34
  • Summit_1audio Tinhu 11-Delay01:01
  • Summit_1audio Tinhu 12-Arri­vée sur betel­geuse01:24
  • Summit_1audio Tinhu 13-Angoisse01:41
  • Summit_1audio Tinhu 14-Le village des vieillards retrou­vés00:39
  • Summit_1audio Tinhu 15-Filtre à café01:03
  • Summit_1audio Tinhu 16-Le temple d_Ashra01:23

Le son est large et ample, des basses aux aigus, sans alia­sing ; avec son grain bien à lui. Les basses sont pêchues et impo­santes dès que l’on désac­corde légè­re­ment les trois oscil­la­teurs, qu’on les met à l’unis­son ou qu’on empile deux programmes (48 oscil­la­teurs par voix !). Les ondes conti­nues permettent égale­ment des balayages de spectre progres­sifs ou rapides. Les inter­mo­du­la­tions entre oscil­la­teurs sont aussi très utiles pour élar­gir la palette, que ce soit de grosses synchro­ni­sa­tions, des sono­ri­tés FM typiques ou des modu­la­tions en anneau métal­liques. Pour les adeptes des sons analo­giques (cordes, cuivres, poly­synths, pads évolu­tifs, leads), le Summit a toute la pano­plie de formes d’ondes clas­siques (y compris la Super­saw), tout en étant capable de simu­ler l’in­sta­bi­lité des machines vintage (oscil­la­teurs et filtres). S’il en donne déjà beau­coup dans les sources, il ne néglige pas pour autant la section de filtrage, cette fois analo­gique, avec diffé­rentes pentes, diffé­rents modes, y compris des combi­nai­sons doubles. Les possi­bi­li­tés de modu­la­tion (matrice, arpèges) rendent le son vivant, les effets inté­grés impres­sionnent toujours par leur qualité, leur souplesse et leur nombre (puisqu’il y en a deux fois plus que sur le Peak). Bref, du grand son !

Summit_1audio 01 Progres­sive Split
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  • Summit_1audio 01 Progres­sive Split01:56
  • Summit_1audio 02 Hybrid Split01:29
  • Summit_1audio 03 Mad Split00:50
  • Summit_1audio 04 Wavy Mallets00:38
  • Summit_1audio 05 Good­bye Summit00:41

Rampe ascen­dante

Summit_3schema 1.JPGLe Summit reprend l’en­semble des capa­ci­tés de synthèse du Peak, en y ajou­tant des amélio­ra­tions côté filtres. Il s’agit d’un synthé hybride combi­nant les tech­no­lo­gies numé­riques (oscil­la­teurs, modu­la­tions, effets) et analo­giques (filtres, ampli, étages de satu­ra­tion). Chaque voix du Summit comprend trois oscil­la­teurs, deux VCF multi­modes, diffé­rents étages de distor­sion et un VCA. Les oscil­la­teurs sont des NCO (Nume­ri­cally Control­led Oscil­la­tors), bapti­sés New Oxford Oscil­la­tors en réfé­rence à Chris Huggett, origi­naire de cette célèbre ville anglaise. Ils sont géné­rés par un FPGA (Field Program­mable Gate Array) cadencé à 24 MHz, c’est-à-dire un circuit inté­gré compre­nant des centaines de milliers de portes logiques, dont la struc­ture même est repro­gram­mable. Rappe­lons que cette tech­no­lo­gie, très complexe au plan du codage, a été déve­lop­pée au milieu des années 80 mais est plus récente en synthèse. L’am­bi­tion de Nova­tion était d’ob­te­nir un compor­te­ment équi­valent aux oscil­la­teurs analo­giques et la souplesse du contrôle numé­rique. Le résul­tat est à la hauteur, puisque la machine est dépour­vue d’alia­sing et le grain est très épais sur les formes d’onde clas­siques.

Summit_2tof 06.JPGLes trois oscil­la­teurs sont iden­tiques : 4 formes d’onde clas­siques (sinus, triangle, rampe et impul­sion) et 60 tables d’ondes éditables via le menu. Les tables contiennent 5 ondes dont on peut modu­ler l’in­dex de lecture, le Summit se char­geant de faire les tran­si­tions en douceur ; ceci est égale­ment possible sur les 4 ondes clas­siques, qui du coup le sont beau­coup moins qu’il n’y parait… Parmi les tables d’ondes propo­sées, désor­mais réper­to­riées dans le manuel, des ondes courtes bouclées de cordes, orgues, claviers élec­triques, vents, bruits, tubes, voix et formants synthé­tiques ; aucun alia­sing à l’ho­ri­zon quand on module la lecture dans la table ou qu’on monte dans les aigus. Atten­tion, ce ne sont pas des multi­samples, mais des ondes à cycle court. Il n’est toujours pas possible de créer ou impor­ter ses propres ondes ou tables. Depuis la façade, on peut direc­te­ment régler la tessi­ture (2–4–8–16–32 pieds), l’ac­cord par demi-ton, l’ac­cord fin, la forme d’onde, les modu­la­tions directes (bipo­laires) du pitch par l’en­ve­loppe 2 et par le LFO2, la varia­tion de forme d’onde (Shape) et les sources de modu­la­tion directes de celle-ci (manuelle, enve­loppe 1 et LFO1, chacune avec une quan­tité de modu­la­tion sépa­rée). Les oscil­la­teurs du Summit présentent d’autres parti­cu­la­ri­tés très inté­res­santes : note fixe avec débrayage du suivi de clavier, réglage de la densité de la dent de scie sans consom­mer de poly­pho­nie (Ultra Saw), synchro­ni­sa­tion à un oscil­la­teur maître virtuel sans consom­mer d’autre oscil­la­teur, cycle d’os­cil­la­tion forcé/libre, FM à trois oscil­la­teurs, modu­la­tion en anneau entre les deux premiers oscil­la­teurs, simu­la­tions de fluc­tua­tions de l’ac­cor­dage (Drift et Diver­gence), table de tempé­ra­ment (1 fixe et 16 program­mables direc­te­ment ou via l’ap­pli Compo­nents)… Les para­mètres FM entre oscil­la­teurs, à savoir quan­tité de modu­la­tion et source (manuelle, enve­loppe 2 et LFO2, chacune avec une quan­tité de modu­la­tion sépa­rée), sont cette fois acces­sibles en façade.

Pentes raides

Summit_2tof 11.JPGLes niveaux des trois oscil­la­teurs, du géné­ra­teur de bruit (à couleur variable conti­nue), de la modu­la­tion en anneau (oscil­la­teurs 1×2) et des entrées audio (via le menu) sont fine­ment dosés puis passent dans un premier VCA avec réglage de gain, avant d’at­taquer les filtres. Ces derniers ont été amélio­rés par rapport aux filtres du Peak, eux-mêmes amélio­rés par rapport aux filtres du Bass Station 2. Il s’agit d’un double VCF multi­mode réso­nant, offrant non seule­ment les modes passe-bas / passe-bande / passe-haut à 2 ou 4 pôles, mais aussi 9 combi­nai­sons doubles à 2 pôles. Celles-ci se décom­posent en 3 combi­nai­sons en série (LP > HP, LP > BP, HP > BP) et 6 en paral­lèle (LP + HP, LP + BP, HP + BP, LP + LP, BP + BP, HP + HP). La fréquence de coupure est codée sur 256 pas, mais bouger le poten­tio­mètre ne génère pas d’ef­fet de palier, le lissage est très effi­cace. Elle peut direc­te­ment être modu­lée par l’une des deux enve­loppes (bipo­laire), le LFO1 (bipo­laire), l’os­cil­la­teur 3 (bien vu !) et le suivi de clavier (0 à 100%). En mode double, les fréquences de coupure des deux filtres sont sépa­rées par un para­mètre supplé­men­taire bipo­laire et modu­lable. La réso­nance entre en auto-oscil­la­tion à partir de 115 sur 127 ; elle produit alors une onde sinus stabi­li­sée, que l’on peut parfai­te­ment jouer au clavier en réglant le suivi sur 100% ; dans ce cas, on peut entendre des paliers si on fait varier la fréquence de coupure pas par pas, très lente­ment. En mode double, il n’y a pas de réglages sépa­rés de réso­nance, contrai­re­ment aux filtres du Quan­tum par exemple.

Summit_3schema 2.JPGLe filtre dispose d’un réglage d’Over­drive en entrée et de distor­sion en sortie, tout cela dans le domaine analo­gique, ce qui apporte du grain et du carac­tère. On trouve même des para­mètres Diver­gence et Drift qui imitent les défauts de cali­bra­tion ou de stabi­lité des synthés analo­giques d’an­tan. Toujours en analo­gique, on attaque le VCA final. C’est le moment de faire quelques petits réglages de voix : mode unis­son (1, 2, 3, 4 ou 8 voix par note avec désac­cor­dage program­mable), sépa­ra­tion stéréo (chaque voix est alter­na­ti­ve­ment placée dans le champ stéréo, avec une largeur progres­sive), modes Mono/Poly avec diffé­rents types de rota­tion des voix. Puis vient le moment de prendre l’air, avec une ultime distor­sion analo­gique stéréo et un volume final program­mable. Notons que la sépa­ra­tion stéréo est la seule manière de placer les voix dans le champ stéréo (cela marche même sans être en mode unis­son, dès qu’on joue un accord), car il n’y a pas de pano­ra­mique modu­lable sur le Summit et c’est bien dommage.

En paral­lèle de l’étage analo­gique de sortie, on trouve un circuit de départ/retour stéréo avec conver­sion A/N vers la section effets numé­riques et N/A au retour. Au menu : chorus, délai et réverbe cumu­lables. Le chorus offre trois algo­rithmes diffé­rents (double ligne, quadruple ligne, ensemble) ; on peut direc­te­ment en régler le type, la vitesse et le niveau ; via le menu, on peut régler la profon­deur, le feed­back (de chorus à Flan­ger) et les EQ haut/bas. Le délai offre des commandes directes pour le temps (jusqu’à 1,4 s, avec synchro à l’hor­loge interne/MIDI suivant 16 divi­sions / multi­pli­ca­tions tempo­relles), le feed­back et le niveau ; via le menu, on peut éditer l’at­té­nua­tion des fréquences hautes/basses, le ratio gauche/droite, l’ef­fet Pitch Shift (lorsqu’on fait varier le temps de délai) et la largeur stéréo. Enfin, la réverbe propose trois modes : les commandes directes concernent la taille, le temps et le niveau ; via le menu, on peut éditer le pré-délai, l’at­té­nua­tion des fréquences hautes/basses, la taille de réverbe, la profon­deur de modu­la­tion, la vitesse de modu­la­tion et les EQ haut/bas. Pas mal du tout !

Pour modu­ler les effets en temps réel, on trouve une matrice spéci­fique à 4 cordons. Chaque cordon contient deux sources addi­tion­nées et une desti­na­tion. Les 16 sources englobent les pédales, l’en­trée CV, les molettes, la note, la vélo­cité, la pres­sion, les boutons d’ani­ma­tion, le LFO3 et le LFO4. Les 12 desti­na­tions concernent les prin­ci­paux para­mètres d’ef­fets, parfait ! Le routage des trois effets numé­riques se règle via le menu : paral­lèle ou série (dans l’ordre qu’on veut). Une touche Bypass permet de couper tous les effets d’un coup. Quali­ta­ti­ve­ment, les effets sont top niveau, y compris la réverbe, même quand on règle des temps très longs. Une bien belle section, aussi capable de trai­ter des signaux externes de manière très souple : en mode double, on peut par exemple trai­ter un signal interne et un signal externe, chacun avec ses effets et ses sorties audio sépa­rées. Excellent !

Haute alti­tude

Summit_2tof 08.JPGAu rayon des possi­bi­li­tés de modu­la­tion, le Summit est au rendez-vous. À commen­cer par un petit Glide à temps réglable avec pré-Glide (Auto­bend bipo­laire), qui fonc­tionne aussi bien en mono qu’en poly­pho­nie. On pour­suit avec deux premiers LFO par voix, tota­le­ment iden­tiques et assez sophis­tiqués : dotés quatre 4 formes d’onde (sinus, dent de scie, carré et S&H), ils peuvent oscil­ler dans deux gammes de fréquence (jusqu’à 200 Hz ou jusqu’à 1,6 kHz, donc très large­ment dans l’au­dio !). Appuyer sur Sync permet d’as­si­gner la fréquence à l’hor­loge interne/MIDI suivant de très nombreuses divi­sions/multi­pli­ca­tions tempo­relles. On peut régler le temps de fondu ou de Gate, en entrée ou en sortie. On peut aussi chan­ger la phase (oscil­la­tion libre ou comprise entre 0 et 357°), le mode de redé­clen­che­ment en jeu mono et poly (relancé ou non, calé sur toutes les voix ou non), l’adou­cis­se­ment de la forme d’onde (pour passer de carré à sinus par exemple ou de S&H à aléa­toire continu) ou le nombre de cycles (1 à 127 ou infini). Sympa ! S’y ajoutent 2 autres LFO globaux, un peu moins sophis­tiqués et moins rapides, agis­sant cette fois sur toutes les voix d’une couche plutôt que les voix sépa­rées. C’est très utile pour certaines modu­la­tions à synchro­ni­ser (balayage poly­pho­nique de filtre ou effets, par exemple). Viennent ensuite 3 enve­loppes, dont une pré-assi­gnée au VCA. Elles sont de type DAHDSR (curseurs en façade pour les segments ADSR), avec un claque­ment sec sur les segments courts ; ceux-ci peuvent durer jusqu’à une ving­taine de secondes. Il est possible de boucler les segments AHD via une touche directe. On appré­cie toutes ces commandes directes, dispo­nibles simul­ta­né­ment pour deux enve­loppes sur trois. Via les menus, on peut régler l’ac­tion bipo­laire de la vélo­cité sur l’en­ve­loppe, le mode de redé­clen­che­ment (Legato / Retrig), le nombre maxi­mum de boucles (1 à 126, infini).

Summit_3schema 3.JPGMais le morceau de bravoure, c’est la matrice de modu­la­tion à 16 cordons, dans chacun desquels on relie 2 sources multi­pliées à une desti­na­tion, avec quan­tité de modu­la­tion bipo­laire. Il y a 22 sources possibles, en plus du contrôle direct (valeur de modu­la­tion fixe) : molette, pres­sion, 2 pédales, vélo­cité, numéro de note, 4 LFO (posi­tifs ou bipo­laires), 3 enve­loppes, 2 boutons d’ani­ma­tion et entrée CV. Il y a 38 desti­na­tions possibles : pitch global, pitch de chaque oscil­la­teur, synchro virtuelle de chaque oscil­la­teur, posi­tion d’onde de chaque oscil­la­teur, niveau de chaque source audio, VCA global, fréquence de coupure du filtre, réso­nance, distor­sions en entrée/sortie de filtre, chaque temps de chaque enve­loppe, FM entre chaque oscil­la­teur (2 par 2), FM de l’os­cil­la­teur 3 sur le filtre, FM du bruit sur le filtre et sépa­ra­tion des fréquences de coupure des filtres doubles (ajou­tée par rapport au Peak). Les réglages se font via le menu, sur une page écran pour chaque cordon, simple mais pas aussi pratique que certains synthés récents assi­gnant sources et desti­na­tions en bougeant direc­te­ment les commandes en façade.

Parlons main­te­nant de l’ar­pé­gia­teur, ou plutôt des arpé­gia­teurs, puisqu’il y en a un par couche sonore. Ils sont capables de trans­mettre les notes en MIDI. On dispose de 7 modes de jeu : haut, bas, alterné simple, alterné avec répé­ti­tion des notes extrêmes, comme joué, aléa­toire, accords. Un para­mètre permet d’ajou­ter de la complexité au motif joué, suivant 33 varia­tions ryth­miques non éditables. L’ar­pège peut être joué sur 1 à 7 octaves, avec facteur de swing (20 à 80%) et diffé­rentes divi­sions tempo­relles lorsqu’il est synchro­nisé à l’hor­loge. On peut aussi régler le temps de Gate, la réponse en vélo­cité et le mode Latch (main­tien du motif avec ajout de notes). Aussi sympa­thique que l’ar­pé­gia­teur puisse être, il manque à notre sens un séquen­ceur à pas, comme c’est la mode sur la plupart des synthés poly­pho­niques du moment, dommage, ça aurait été parfait…

Premier de cordée

Après le Peak, le Summit est un nouveau coup de maître : deux fois plus puis­sant, impec­ca­ble­ment construit, couvert de boutons, amélioré dans plusieurs domaines, il embrasse un terri­toire sonore encore plus étendu que son prédé­ces­seur, grâce à ses oscil­la­teurs à tables d’ondes variables, ses filtres analo­giques combi­nables, ses nombreux étages de distor­sion analo­gique, ses effets modu­lables indé­pen­dants, ses possi­bi­li­tés de modu­la­tion éten­dues et ses géné­ra­teurs de fluc­tua­tions aléa­toires. Son format peu profond et son poids raison­nable le rendent à l’aise en tout lieu. La tech­no­lo­gie FPGA assure une absence totale d’alia­sing, que ce soit au niveau des oscil­la­teurs, des modu­la­tions ou des effets. Cela confirme le posi­tion­ne­ment premium du Summit, ce que son tarif reflète à juste titre. Du coup, on devient toujours plus exigeant et sensible aux quelques rares défauts notables : l’ab­sence de réglages pour la pres­sion, de pano­ra­mique modu­lable et de séquen­ceur à pas. Ceci posé, le Summit mérite ample­ment un Award Audio­fan­zine Valeur Sûre 2020.

 

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9/10
Award Valeur sûre 2020
Points forts
  • Prise en main immédiate
  • Excellente qualité audio
  • Grande polyvalence sonore
  • Polyphonie confortable
  • Bitimbralité totale
  • Section oscillateurs surpuissante
  • Nombreuses interactions d’oscillateurs
  • Doubles filtres analogiques multimodes
  • Drift des oscillateurs et des filtres
  • Distorsions analogiques
  • Matrice de modulation
  • Effets indépendants par couche
  • Arpégiateur bi-canal
  • Commandes directes nombreuses
  • Qualité de fabrication impeccable
  • Sorties stéréo séparées par couche
  • Entrées audio avec différents routages
Points faibles
  • Pas de courbe de réponse en pression
  • Pas de panoramique modulable
  • Pas de séquenceur à pas
  • Encodeur de données mal placé
  • Mode d’emploi à télécharger
Auteur de l'article synthwalker Passionné de synthés, concepteur produits et rédacteur presse

J'aime tous les synthés, avec une prédilection pour les polyphoniques vintage à mémoires, que j'empile avec délectation depuis quelques dizaines d'années. Vieux gourou chauve mais pas barbu, j'écris depuis un quart de siècle des articles techniques sur les synthés et j'ai contribué au développement de certains d'entre eux. Plusieurs centaines ont été publiés, dont une grande partie sur Audiofanzine. J'ai aussi contribué aux magazines PlayRecord, Musiciens, Recording Musicien, Musicsound et KR.


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J'aime tous les synthés, avec une prédilection pour les polyphoniques vintage à mémoires, que j'empile avec délectation depuis quelques dizaines d'années. Vieux gourou chauve mais pas barbu, j'écris depuis un quart de siècle des articles techniques sur les synthés et j'ai contribué au développement de certains d'entre eux. Plusieurs centaines ont été publiés, dont une grande partie sur Audiofanzine. J'ai aussi contribué aux magazines PlayRecord, Musiciens, Recording Musicien, Musicsound et KR.

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